12.04.1821:38

Conférence de presse de Maria Zakharova, porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, 12 avril 2018

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Sur la visite de travail du Ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas Stef Blok en Russie

 

Vendredi 13 avril à Moscou, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov recevra son homologue néerlandais Stef Blok, attendu en Fédération de Russie pour une visite de travail à l'initiative des Pays-Bas.

Les deux ministres se focaliseront sur l'état des relations bilatérales. Ils devraient également évoquer les questions d'actualité internationale et régionale relevant de la responsabilité du Conseil de sécurité de l'Onu, où les Pays-Bas ont le statut de membre non-permanent en 2018.

Il s'agira de la première visite de Stef Blok en Russie depuis sa nomination au poste de Ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas.  

 

Sur la participation du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la XXVIe Assemblée du Conseil de politique étrangère et de défense

 

Le Conseil de politique étrangère et de défense, organisation non-gouvernementale réunissant les académiciens et les experts éminents, les diplomates, les militaires, les entrepreneurs, les journalistes et les personnalités publiques, organisera sa prochaine assemblée annuelle du 14 au 15 avril. Dans le cadre du sujet principal du forum - "Unité et conflit: Comment se développer dans le contexte des affrontements du XXIe siècle?" - les participants évoqueront différents aspects de la politique étrangère et intérieure de la Russie, ainsi que les questions d'actualité internationale.

Selon la bonne tradition établie, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov prendra la parole à l'Assemblée le 14 avril pour évoquer les aspects principaux des changements à l’œuvre dans le monde, le rôle de la Russie et les objectifs de la diplomatie russe dans ces processus compliqués et contradictoires.

Le Ministère russe des Affaires étrangères accorde une attention particulière à sa coopération avec le Conseil de politique étrangère et de défense, qui est la plus ancienne ONG russe dans le domaine des problèmes des relations internationales et de sécurité. Les événements organisés dans le cadre du Conseil lancent de nouvelles idées et propositions, et élaborent des recommandations pratiques pour les institutions et les ministères intéressés, notamment pour le Ministère des Affaires étrangères. 

 

Sur la participation du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov au vernissage de l'exposition des œuvres d'Ilia Glazounov consacrées au Chili

 

La Galerie d'art d'État Glazounov de Moscou organisera le 16 avril la cérémonie solennelle d'ouverture de l'exposition des œuvres d'Ilia Glazounov consacrées au Chili avec la participation du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Je voudrais rappeler que le peintre a visité le Chili en 1973, où il s'est entretenu avec les membres du Gouvernement du pays, des personnalités politiques et publiques éminentes, ainsi que le président Salvador Allende. Cette visite s'est soldée par une série d'œuvres présentant un tableau collectif du peuple chilien: les visages des ouvriers simples, des paysans, des jeunes, des personnalités culturelles et des dirigeants politiques.

Cette exposition sera consacrée au voyage du peintre au Chili (mai-juillet 1973).

Les invitations à la cérémonie ont été envoyées aux chefs des missions diplomatiques latino-américaines accréditées à Moscou, aux membres du Groupe parlementaire pour les liens avec le Congrès national de la République du Chili, ainsi qu'aux représentants des structures publiques et des milieux d'affaires qui coopèrent avec Santiago.

Cette exposition perpétuera la coopération traditionnelle et constructive entre le Ministère russe des Affaires étrangères et la galerie Glazounov. Je voudrais également rappeler l'organisation d'une exposition des œuvres du "cycle nicaraguayen" du peintre en coopération avec l'Ambassade nicaraguayenne en décembre dernier.

Nous invitons tout le monde à couvrir cet événement.     

 

Sur la visite de la Ministre fédérale autrichienne de l'Europe, de l'Intégration et des Affaires étrangères Karin Kneissl

 

La Ministre fédérale autrichienne de l'Europe, de l'Intégration et des Affaires étrangères Karin Kneissl se rendra à Moscou pour une visite de travail du 19 au 20 avril.

Elle s'entretiendra le 20 avril avec le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov afin d'évoquer les questions d'actualité des relations russo-autrichiennes, notamment le calendrier des rencontres bilatérales, ainsi que l'état des liens commerciaux, économiques, culturels et humains en mettant l'accent sur l'organisation de l'Année croisée de la musique et des itinéraires culturels en 2018.

Concernant les problèmes-clés internationaux, la partie russe focalisera le dialogue sur l'unification des efforts afin de combattre efficacement le terrorisme international et de parvenir au règlement de la situation en Syrie. Les deux ministres devraient également examiner les événements dans les zones de crise au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Ils évoqueront enfin la coopération sur les plateformes paneuropéennes. On prévoit notamment d'examiner avec la Ministre fédérale autrichienne de l'Europe, de l'Intégration et des Affaires étrangères Karin Kneissl l'état actuel et les perspectives de la coopération avec l'Union européenne dans le contexte de la future présidence autrichienne de l'UE au second semestre 2018. 

 

Sur la situation en Syrie

 

La situation en Syrie reste très tendue depuis une semaine. Parallèlement au succès des efforts de médiation visant à régler la situation dans la Ghouta orientale, qui ont permis de sauver des milliers de citoyens syriens, on constate une intensification considérable des extrémistes qui s'opposent à cette solution, et de leurs tuteurs, capables, comme la pratique le démontre, de lancer des initiatives très radicales afin de mettre en œuvre en Syrie leurs intérêts qui n'ont rien à voir avec les aspirations réelles du peuple syrien.

On a enregistré le 8 avril une reprise inattendue des bombardements du centre de Damas, qui ont tué 8 personnes et blessé 40 civils. Les militaires syriens ont été obligés de lancer l'assaut de la ville de Douma, dernière localité de la Ghouta orientale encore sous le contrôle des djihadistes. Les forces syriennes ont frappé sur les QG et les points d'appui des groupes armés illégaux et ont réussi à pousser les combattants hors des banlieues sud et est de la ville.

Un jour après, le 7 avril, certains militants, liés visiblement aux fameux Casques blancs, ont publié sur internet des messages indiquant que Douma aurait subi une attaque chimique des forces gouvernementales qui aurait tué, selon les premières données, des "milliers" de personnes. Un chiffre un peu plus raisonnable a été annoncé par la suite. Les matériaux diffusés par les sites d'opposition contenaient un grand nombre de divergences concernant le lieu et l'heure de l'attaque chimique présumée, sans parler du type de substance toxique utilisée.

Tout cela n'a pourtant pas gêné les milieux politiques et les médias engagés de l'Occident, qui se préparaient depuis longtemps à une telle provocation (ou la préparaient eux-mêmes?) et avaient fait depuis fin février-début mars beaucoup de déclarations "préventives" (nous les avons mentionnées lors des conférences de presse précédentes). Aucun représentant de ces milieux n'a demandé d'enquêter immédiatement sur cette situation, n'a mis en doute la vidéo absurde des Casques blancs présentant des enfants et des adultes qui s'arrosaient d'eau, ce qui constituerait selon ces derniers une "preuve" de l'utilisation des "armes chimiques". Des agences de presse prétendument respectées ont cru également à un autre fake encore plus grossier montrant une bombe d'une demi-tonne sur un lit soigneusement fait devant des fenêtres "cassées" ayant pourtant leurs vitres intactes. Les opposants au pouvoir légitime syrien ont unanimement demandé à la communauté internationale, et notamment aux États-Unis, de s'ingérer pour punir le "régime" de Damas. Un scénario classique.

On a constaté au sommet - de la part des présidents américain et français - la menace d'une réaction très ferme prévoyant le recours à la force contre la Syrie. Je voudrais souligner que la menace d'utiliser la force contre un pays membre de l'Onu est déjà une violation grossière de la Charte de l'organisation. Je voudrais également rappeler que l'ambassadrice américaine à l'Onu Nikki Haley y prend activement la parole, ce qui confirme la légitimité de l'Organisation. Sur le fond de tous ses propos, nous voudrions qu'on nous explique l'étendue de la légitimité de la menace de la force contre un État souverain. Nous n'évoquons même pas la lutte contre le terrorisme international et la protection de la souveraineté de la Syrie.

Les Occidentaux refusent obstinément d'écouter les arguments de la Russie qui a appelé à une analyse critique des fake news, tout comme nos informations indiquant que les militaires russes, notamment les médecins et les experts en protection chimique, s'étaient rendus sur les lieux de l'incident prétendu de Douma mais n'avaient trouvé aucune trace de l'utilisation de ces armes ni aucune victime de cette attaque chimique mythique.

Personne n'a toujours expliqué à la communauté internationale les raisons qui auraient pu pousser le Gouvernement syrien à utiliser les armes chimiques si les combattants restants de Douma étaient déjà bloqués et qu'on négociait les conditions de leur évacuation.

En même temps, les principaux médias internationaux et les responsables des capitales mondiales gardent silence sur la découverte d'une quantité considérable de substances chimiques dans les dépôts des terroristes dans la partie libérée de la Ghouta orientale, ce qui est un fait réel. Ils ne dévoilent pas non plus le fait qu'on a enregistré depuis le début de l'année quatre cas d'utilisation par les combattants d'armes chimiques contre les positions des troupes gouvernementales près des localités de Sroudj et d'Al-Mchaïrfa. Ces attaques ont fait plus de 100 blessés parmi les militaires syriens, qui ont été hospitalisés.

La Russie se prononce pour l'organisation immédiate d'une enquête objective de l'OIAC sur les accusations antisyriennes, qui restent toujours infondées. Nous défendons résolument cette position au Conseil de sécurité de l'Onu. Les militaires russes sont prêts à garantir les conditions de travail des experts sur les lieux en coordination avec le Gouvernement syrien. 

La situation en Syrie a encore été davantage déstabilisée par la frappe aérienne d'Israël contre la base aérienne syrienne T-4, située à 70 kilomètres à l'ouest de Palmyre, dans la nuit du 9 avril. La frappe contre T-4, ou sont stationnés les avions de combat qui participent aux opérations contre Daech à l'est de la Syrie, a coïncidé avec la recrudescence de l'activité des terroristes toujours présents dans la région.

Washington tient de nouveaux propos militaristes et brandit la menace d'une escalade redoutable. Ses accusations ne concernent pas que Damas mais ciblent également la Fédération de Russie, qui "protège le régime de Damas et est donc responsable de ses crimes". Qui plus est, on entend notamment cela de la bouche du Président américain Donald Trump dont l'une des premières initiatives présidentielles était de lutter contre les fake news, c'est-à-dire contre les informations qui ne veulent pas informer mais désinformer. Compte tenu de la valeur réelle de ces fakes, on ne comprend pas comment on peut adopter des décisions cruciales concernant l'utilisation de la force contre un État souverain et menacer de recours à la force sur l'arène internationale sans voir le paysage réel des événements.

Nous appelons tous les membres responsables de la communauté internationale à réfléchir sérieusement aux conséquences éventuelles de ces accusations, de ces menaces et surtout des actions planifiées. Personne n'a mandaté les leaders occidentaux pour qu'ils soient les gendarmes du monde, pas plus que leurs enquêteurs, procureurs ou bourreaux.

Notre position est parfaitement claire et concrète. Nous ne voulons pas une escalade mais ne soutiendrons pas ces accusations mensongères. Nous espérons que nos partenaires feront preuve d'assez de bon sens pour revenir dans la sphère du droit et résoudre conjointement les problèmes existants comme le prévoit la Charte de l'Onu.

 

Sur les déclarations de Tony Blair concernant les activités du Royaume-Uni en Syrie

 

Nous avons remarqué les déclarations de l'ex-premier ministre britannique Tony Blair, qui est actuellement "consultant" et ambitionne de "revenir dans la grande politique": il a appelé le gouvernement britannique à se solidariser avec les USA et à lancer une nouvelle campagne militaire au Moyen-Orient. Selon lui, le premier ministre n'a pas besoin de l'approbation des membres du parlement pour frapper la Syrie.

Nous sommes tous parfaitement au courant du "succès" et de l'"efficacité" de l'autre aventure de Tony Blair dans cette région. Combien de fois les représentants des milieux politiques mondiaux, les économistes, les chefs d'organisations humanitaires et les simples citoyens ont évoqué les conséquences provoquées par l'ouverture de cette "boîte de Pandore". Les Britanniques eux-mêmes ont dû le reconnaître: en juillet 2016, la commission britannique indépendante sous la direction de sir John Chilcot, qui a enquêté pendant sept ans sur la participation du Royaume-Uni à la campagne militaire en Irak, a annoncé ses conclusions: l'invasion de l'Irak était une "terrible erreur", et la décision du gouvernement de Tony Blair de s'impliquer dans cette aventure était "hâtive" et "basée sur des informations erronées". Tony Blair lui-même a reconnu que l'invasion de l'Irak avait été décidée "en s'appuyant sur des renseignements erronés", et que les actions de la coalition occidentale avaient contribué de facto à la naissance de Daech.

Aujourd'hui encore nous cueillons les fruits de la guerre irakienne, l'une des plus sanglantes et épuisantes aussi bien pour la région que pour les pays qui avaient décidé d'intervenir pour "remettre de l'ordre". Je dis "nous" intentionnellement. La Russie n'a pas participé à cette intervention mais appelait ouvertement le monde à s'opposer à cette invasion, en citant des faits. Malheureusement, la situation a évolué de la manière que l'on connaît. Je répète que l'usage du terme "nous", quand je dis que nous cueillons les fruits de la situation en Irak, y compris nous en Russie, n'est pas un hasard. Le groupe terroriste Daech, contre lequel se bat si vaillamment le monde occidental aujourd'hui, est le fruit de leurs actions, ainsi que de la politique de force maladroite, stupide et illégale vis-à-vis de l'Irak et des pays voisins.

C'est en Irak que des centaines de milliers d'innocents ont été tués. C'est de ce pays que les citoyens ont dû fuir en grand nombre à la recherche d'une vie meilleure. C'est en Irak que les terroristes en tout genre et de tout calibre ont perfectionné leurs techniques inhumaines d'intimidation et d'assassinat de la population. C'est en Irak qu'on a cherché en vain des armes chimiques, en revanche on a détruit toute l'infrastructure du pays et les grands monuments du patrimoine culturel mondial. La situation en Irak depuis 2003 est tellement catastrophique que les commentaires sont inutiles.

Honnêtement, à la place de Tony Blair, un autre politicien, après ce qu'il a fait, aurait honte de sortir dans la rue. Or l'ancien premier ministre se permet même d'exprimer ses idées sur de nouvelles aventures et sur la nécessité de soutenir le recours à la force vis-à-vis d'un autre pays dans la région. Pousser tous les rivaux dans une aventure vouée à l'échec pour ensuite à nouveau faire parler de soi-même sur la scène politique? C'est un bon engagement pour un avenir politique.

 

Sur la déclaration de l'Organisation mondiale de la Santé concernant l'"attaque chimique" à Douma

 

Mercredi 11 avril, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a diffusé un communiqué concernant l'"utilisation supposée de substances chimiques toxiques à Douma". Il s'avère que la plupart des informations reçues par l'organisation ont été fournies par les fameux Casques blancs et la Société médicale américano-syrienne (SAMS).

Est-ce que quelqu'un d'entre vous s'est demandé depuis: est-ce une guerre? Après tout, tout a été fait pour que cette décision soit prise. Moins d'une journée après, on découvre comment tout cela a été fabriqué.

Par un étrange concours de circonstances, quand nous avons essayé de contacter la direction de l'OMS, le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus et son adjoint Peter Salama, cité dans le communiqué, n'étaient pas disponibles pour un commentaire et auraient même été absents de Genève.

Nous avons seulement réussi à obtenir des collaborateurs de l'OMS des "sources d'information" à partir desquelles la déclaration a été faite. Sachant qu'ils n'ont réussi ni à nommer les fameux "partenaires du secteur de la santé" se trouvant à Douma et ayant un accès direct aux territoires et bâtiments concrets où des attaques chimiques auraient eu lieu, ni à préciser à quels établissements médicaux s'étaient adressés les prétendues 500 victimes, ni à dire qui comptait les prétendues victimes, qui établissait les diagnostics et les causes du décès.

Bien que les représentants de l'organisation nous aient affirmé que les "sources de l'information méritaient la plus haute confiance" (nous connaissons la valeur de ces sources), nous considérons la déclaration de l'OMS comme une diffusion irresponsable d'informations infondées et sans preuves poussant à de nouvelles actions agressives ceux qui souhaitent attiser le conflit syrien.

Nous appelons l'OMS à faire preuve d'une plus grande impartialité et à ne pas s'appuyer sur des sources engagées et discréditées dans la préparation de leurs rapports et déclarations, mais sur l'avis d'experts qui ne formulent des conclusions appropriés qu'après un travail sérieux et approfondi.

 

Sur le bus de journalistes russes attaqué en Syrie

 

Hier, mercredi 11 avril à environ 18:00, un bus de journalistes russes a été attaqué en Syrie. Un correspondant de la chaîne NTV, un cameraman de la chaîne Rossiya 1 et un cameraman de la chaîne Zvezda ont été blessés.

Les journalistes revenaient à Damas depuis la Ghouta orientale où ils avaient réalisé un reportage sur l'établissement du contrôle de la ville de Douma par les forces gouvernementales syriennes et sur le début du travail des unités de la police militaire russe.

Selon le Ministère russe de la Défense, l'aide médicale nécessaire a été apportée aux blessés. Leur vie n'était et n'est pas menacée. Selon les dernières informations, ils se sentent bien.

De tout cœur nous leur souhaitons un prompt rétablissement et leur retour au travail pour que nous puissions effectivement recevoir des informations de Syrie de première main.

 

Autour de l'"affaire Skripal"

 

La campagne médiatique - ou plutôt la guerre - déclenchée par les autorités britanniques contre la Russie avec l'"affaire Skripal" n'est plus un secret pour personne. Toutes les forces et tous les moyens propagandistes ont été mis en œuvre. Je pense que nous n'avions pas vu depuis longtemps dans le monde une campagne antirusse si manifestement fabriquée de toutes pièces, de telle envergure et sans scrupule. Les autorités britanniques bafouent les normes du droit international, les principes et les lois de la diplomatie, les règles élémentaires de l'éthique humaine.

Sur le fond du silence éloquent des organes britanniques compétents sur l'essence de l'affaire et de l'abondance de déclarations et de discours politiques dirigés depuis le début contre la Russie, apparaissent de nouvelles versions des faits, de nombreuses incohérences font surface, des intox et des désinformations flagrantes que personne n'a l'intention de réfuter au niveau des autorités britanniques. Au contraire, toute cette vaste campagne propagandiste avec l'usage de tous les types de médias s'inscrit parfaitement dans la stratégie antirusse du Royaume-Uni. Les autorités de ce pays ont déployé littéralement une campagne intentionnelle pour déformer la réalité. On comprend parfaitement dans quel but. Si les organes publics et les médias, notamment britanniques, cherchaient vraiment à comprendre les faits, remettaient en question les détails étranges, analysaient les incohérences dont déborde cette affaire, la certitude de la prétendue implication de la Russie ne paraîtrait plus si évidente aux yeux du public européen. Et tout le monde poserait à Londres la question qui s'impose depuis longtemps: que s'est-il passé à Salisbury?

Jugez vous-mêmes. Le 4 mars, l'ex-colonel du renseignement russe qui travaillait pour les services britanniques et résidait au Royaume-Uni depuis 2010, qui a purgé une partie de sa peine pour son crime en Russie, délivré de notre plein gré au Royaume-Uni dans le cadre d'un échange d'espions, et sa fille Ioulia, citoyenne russe, résidente permanente de notre pays, ont été, nous dit-on, empoisonnés"en plein jour" dans une ville britannique paisible où tous les voisins se connaissent et remarquent tous les détails, qui n'est pas un centre touristique ou lieu de pèlerinage fréquenté, par l'une des substances chimiques neuro-paralytiques appartenant selon la classification occidentale à la gamme "Novitchok". Depuis 2004, quand Sergueï Skripal a été condamné pour haute trahison, ni en Russie ni après son échange au Royaume-Uni, Moscou, à en juger par les accusations de Londres, n'aurait pas trouvé de meilleure période pour de prétendues "représailles" qu'à une semaine de la présidentielle et à trois mois de la Coupe du monde 2018.

Personne n'a voulu prêter attention à ces faits. En revanche, la Russie a été immédiatement accusée des faits. Les déclarations officielles sont tombées à ce sujet bien avant le début de l'enquête. Bien évidemment, Moscou en a été écarté depuis le début. Apparemment, ils ont tiré des leçons de l'"affaire Litvinenko" quand la participation initiale de la Russie à l'enquête avait créé des complications "inutiles" pour l'enquête. Le 6 mars déjà, la chaîne BBC avait tracé des parallèles avec cette affaire.

Dans le reportage du 6 mars, le correspondant de la BBC Gordon Corera a tracé un parallèle avec l'empoisonnement en 2006 au Royaume-Uni de l'ex-agent du FSB Alexandre Litvinenko. Il y a une sérieuse nuance: à l'époque nous avions au moins vu sa photo. Quant aux Skripal, jusqu'à présent (or cela fait plus d'un mois) personne ne les a vus, il n'y a aucun moyen d'établir un contact avec eux ni pour les médias ni pour les autorités russes, bien que nous ayons envoyé plusieurs notes à Londres pour que cette possibilité nous soit donnée.

Néanmoins, évidemment, la Russie n'est pas restée à l'écart de la situation. Et si Londres reste parfaitement sourd aux nombreuses requêtes de la Russie sur l'"affaire Skripal" et ne veut pas nous laisser participer à l'enquête, nous devons au moins prendre conscience de l'ampleur de l'incohérence des déclarations et des appréciations des représentants officiels, l'absurdité absolue des incohérences, l'abondance de fuites absurdes. Même après une analyse superficielle des faits et des conclusions, il ne fait aucun doute que tout cela est une provocation planifiée et étrangement mise en œuvre, notamment  du point de vue de la logique et de la logistique, contre la Russie.

Cette affaire a permis d'effectuer un test complet de la nouvelle stratégie de guerre d'information basée sur les fake news incessants et les fuites douteuses. Remarquez la pénurie de déclarations des organes officiels chargés de l'enquête sur cet incident. On l'a souvent expliquée par le caractère très confidentiel et secret de l'enquête sous prétexte qu'elle était liée aux intérêts de "sécurité nationale". Mais pourquoi donc alors les médias en tout genre et de tous les niveaux présentaient-ils chaque jour de nouvelles versions des événements en citant des "sources proches de l'enquête"? Son caractère n'est donc pas si fermé que cela… Ou les collaborateurs des organes d'enquête britanniques ne connaissent-ils pas le sens du secret d'État? A mon avis, ils savent garder un secret. Les affaires précédentes ont montré que si des informations étaient classifiées, elles l'étaient sérieusement et pour longtemps. Nous avons donc toutes les raisons de reprendre notre première supposition selon laquelle ces fuites ont un caractère absolument prémédité. Qui plus est, personne n'a officiellement commenté ces fuites dans les médias malgré leur nombre très important. Il s'agit d'un autre trait caractéristique de cette affaire: le grand nombre de fuites de la part des structures prétendument officielles dans le contexte de l'absence totale de démentis par ces structures. Pourquoi parlons-nous donc d'une approche tout à fait nouvelle? Parce que les médias britanniques ont joué le rôle des services de presse des organes publics de cet État. On pourrait l'expliquer par un certain manque de professionnalisme, mais ce n'est pas du tout le cas. Nous savons tous parfaitement comment les Britanniques savent travailler, notamment dans le domaine médiatique. Nous avons constaté les déclarations claires et émotionnelles de la Première Ministre Theresa May au Parlement, les propos extravagants du Ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, y compris dans les médias. Mais où étaient les briefings et les conférences de presse des représentants des organes d'enquête qui auraient dû éclaircir un grand nombre d'incohérences et de fuites apparues dans la presse? Il n'y en a pas eu car ils n'étaient pas nécessaires. Il était tout simplement désavantageux pour Londres de mettre les points sur les i - ainsi que tous les signes de ponctuation dans cette phrase très compliquée.

Le nombre des versions de ces événements présentées par les médias britanniques est en effet impressionnant.

Le 5 mars, le Salisbury Journal a indiqué que les services d'urgence soupçonnaient un empoisonnement au fentanyl, une substance narcotique opioïde. Le restaurant Zizzi où les Skripal avaient déjeuné a été ceinturé. Le Telegraph a avancé une version similaire. Cet article a été plus tard supprimé mais il est resté dans la mémoire cache de Google. Pourquoi l'a-t-on supprimé? Quelles donnés fallait-il effacer d'urgence?  

Le 6 mars, on ne savait encore rien mais Boris Johnson a annoncé au Parlement de manière préventive que son pays "réagirait fermement" à toute preuve de l'implication de la Russie dans l'incident. La décision était donc déjà prise, tout comme les accusations politiques.

Le 7 mars, Mark Rowley, chef du département antiterroriste de Scotland Yard, a annoncé que Sergueï et Ioulia Skripal avaient été empoisonnés par une substance neurotoxique. La police n'a pas précisé de quelle substance concrète il s'agissait.

Le Daily Star a publié le même jour un article indiquant que l'assassin avait injecté lui-même le poison.

Le 8 mars, Metro a supposé qu'on avait empoisonné la nourriture des Skripal.

Le 10 mars, on indiquait que l'empoisonnement aurait pu se passer dans le pub Mill ou dans le restaurant Zizzi. On recommandait à ceux qui avaient visité ces établissements le jour de l'empoisonnement de "laver leurs vêtements". Ces recommandations ont été publiées sur le site du gouvernement britannique. On parle là d'une contamination possible par l'une des substances les plus dangereuses au monde, et les autorités proposent de laver les vêtements six jours après l'incident!

Le Daily Mail a cité le même jour une source haut placée indiquant l'empoisonnement possible du bouquet de fleurs laissé par Sergueï Skripal au cimetière.     

Le 11 mars, le journal Express a présenté une nouvelle version des faits concernant un "paquet empoisonné" délivré par un service logistique.

Le 12 mars, Theresa May a annoncé au Parlement que l'empoisonnement avait été causé par une substance neurotoxique militaire de type Novitchok, conçue, selon elle, en Russie. "Il est désormais clair que monsieur Skripal et sa fille ont été empoisonnés par une substance neurotoxique de combat d'un type conçu en Russie. Elle fait partie du groupe des substances neurotoxiques connues comme Novitchok. Sur la base de l'identification positive de cette substance… à Porton Down et en raison du fait que la Russie a produit cette substance par le passé et a toujours la possibilité de la produire de nouveau, ainsi qu'en tenant compte de tous les assassinats précédents financés par l'État russe et que, selon nos estimations, la Russie considère certains transfuges comme une cible légitime d'assassinat, le gouvernement a conclu que la Russie était très probablement responsable des actions visant Sergueï et Ioulia Skripal… Ainsi, il n'existe que deux explications vraisemblables aux événements du 4 mars à Salisbury: soit il s'agit d'une action directe du Gouvernement russe contre notre pays, soit le Gouvernement russe a perdu le contrôle de la prolifération d'une substance neurotoxique très dangereuse qui est tombée entre les mains de tierces personnes".

Le 13 mars, le Mail online a présenté une nouvelle version des faits selon laquelle la substance toxique aurait été appliquée à la poignée de l'automobile.

Le 14 mars, Theresa May a officiellement accusé la Russie d'avoir tenté d'assassiner les Skripal.

Jonathan Allen, ambassadeur par intérim du Royaume-Uni auprès de l'Onu, a également indiqué qu'il n'y avait pas d'autre alternative à la version de la responsabilité russe dans l'empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille.

Le 15 mars, un article du Guardian a cité Boris Johnson affirmant que le Gouvernement britannique avait des "preuves abondantes" de l'implication de la Russie dans l'empoisonnement des Skripal. Il n'a toutefois apporté aucune précision.

Le Telegraph  a publié le jour même un article qui citait des sources aux sein des services secrets indiquant que la substance ayant empoisonné Sergueï Skripal se trouvait dans la valise de sa fille. Selon le quotidien, le paquet contenant une substance neurotoxique se trouvait dans le bagage que Ioulia Skripal avait apporté à Salisbury depuis Moscou. On a alors émis l'hypothèse de l'empoisonnement des vêtements, du maquillage ou des cadeaux apportés par Ioulia.

Le 17 mars, Boris Johnson a annoncé à BBC que l'incident de Salisbury avait été organisé personnellement par le Président russe Vladimir Poutine.

Le 18 mars, le Daily Star a perpétué les meilleures traditions de science-fiction en supposant que les Skripal auraient pu être empoisonnés par un drone. Le Guardian a souligné le même jour que la substance toxique avait été dispersée à l'aide du système d'aération de l'automobile de Skripal. Je voudrais souligner l'absence totale de démentis de la part des structures publiques britanniques, des organes d'État ou des enquêteurs.            

Le 22 mars, la déclaration finale adoptée à l'issue du sommet de l'UE a confirmé la solidarité de l'Union européenne et souligné l'absence d'explication logique des événements à part celle de l'implication de la Russie.

Le 28 mars, la police britannique a indiqué que les enquêteurs estimaient que les Skripal étaient probablement entrés en contact avec le Novitchok chez eux: la concentration la plus élevée de la substance toxique avait été enregistrée sur la poignée de la porte d'entrée de la maison de Sergueï Skripal.

Le 29 mars, la page Twitter officielle du Ministère britannique des Affaires étrangères a accusé la Russie de disséminer de fausses informations en créant de nombreuses versions et théories des événements de Salisbury (c'est donc nous qui avons beaucoup de versions?!).

Le 1er avril, le tabloïd The Sun a publié un article affirmant que la substance toxique aurait pu être apportée dans un paquet de sarrasin ou de laurier et d'épices que Ioulia Skripal n'avait pas pu prendre avant son vol eu Royaume-Uni et avait demandé à une certaine amie qui devrait se rendre à Londres avec son mari par un autre vol d'apporter. Il s'est avéré plus tard qu'il s'agissait d'un poisson d'avril. Est-ce normal, selon vous, de faire des blagues de ce genre dans cette situation? Ce n'est pas du tout amusant.

Selon une autre version, le Novitchok aurait été appliqué à une plaquette publicitaire destinée aux Skripal.    

Le 2 avril, un article du New York Times a cité certains "fonctionnaires" et affirmé que l'application d'une substance toxique à la poignée d'une porte (ils ont visiblement préféré cette version) était si "risquée et audacieuse" qu'il s'agissait évidemment d'une affaire de super-professionnels, c'est-à-dire des Russes… Et le fait qu'on ne savait toujours pas si le Président russe Vladimir Poutine avait ou non ordonné personnellement d'éliminer Sergueï Skripal s'expliquait par sa capacité à "dissimuler les informations". 

Le 8 avril, le Sunday Times a publié un article de Boris Johnson indiquant que la Russie avait avancé 29 théories concernant l'empoisonnement des Skripal. Le 4 avril, il a présenté sur Twitter les "justifications" si attendues de la responsabilité de la Russie, accompagnant les fameuses preuves "exhaustives" sous la forme de six images:

1. Le laboratoire de Porton Down a identifié la substance comme Novitchok;

2. La Russie a étudié les moyens d'appliquer des substances neurotoxiques et disposait d'un stock limité de Novitchok dans le cadre de ce programme;

3. La Russie avait un motif pour assassiner Sergueï Skripal.

La chronologie des événements présentée sur la page Twitter officielle du Ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson est assez curieuse. Des messages violents, grossiers et à la limite de l'acceptable concernant la Russie et sa responsabilité dans l'affaire Skripal s'entremêlaient avec des photos gentilles de Boris entouré de gens sympathiques et souriants. Suivis par des monstres en masque portant des moyens de protection chimique. Il s'agit d'une manipulation évidente de l'opinion publique: la Russie "terrible" s'est ingérée dans la vie paisible de l'Angleterre.

Cette campagne d'information visant à discréditer la Russie demande visiblement beaucoup d'efforts aux politiciens britanniques. On ne sait pas s'ils n'ont plus assez d'arguments ou s'ils font face à une crise de nerfs. Citons par exemple la querelle de Boris Johnson avec le leader des travaillistes Jeremy Corbin, qui a accusé le Ministre d'induire en erreur l'opinion publique britannique par son interprétation trop libre des conclusions des experts de Porton Down. Boris Johnson a annoncé en réponse que le chef du Parti travailliste "soutenait le Kremlin" et "rendait sa propagande plus convaincante". Il est même allé plus loin en considérant Jeremy Corbin comme un "idiot utile du Kremlin". Il l'a fait pour qu'aucune force politique et aucun média du pays n'aient envie d'appeler à la raison et de mener enfin une enquête normale. Si l'on dit des choses de ce genre aux politiciens, de quelle manière de communiquer avec les médias peut-on parler?

La thèse principale de cette polyphonie médiatique réside dans le fait que la position officielle britannique sur cette question n'exige aucune preuve et qu'il faut tout simplement lui faire confiance. C'est exactement la réponse des diplomates britanniques aux questions de leurs collègues concernant la présentation des preuves. Ils regardent leurs interlocuteurs dans les yeux et demandent: comment pouvez-vous ne pas nous faire confiance?

Les insinuations sur l'origine du Novitchok méritent une mention spéciale. Comme nous l'avons déjà indiqué, Theresa May a pour la première fois annoncé l'utilisation de cette substance concrète le 12 mars. Personne n'a mis en doute cette affirmation depuis, malgré les nombreux appels russes à éclaircir la situation ou au moins à débattre des informations sur l'origine russe de la substance.

Le 4 avril, le chef du laboratoire de Porton Down Gary Aitkenhead a accordé une interview à la chaîne Sky News pour annoncer que les experts avaient réussi à identifier la substance incriminée comme relevant de la catégorie Novitchok selon la classification occidentale. Ils n'ont pas été en mesure d'établir sa provenance précise, mais ont transmis les données scientifiques au gouvernement qui a utilisé plus tard des informations d'autres sources et formulé une conclusion définitive. Quelles autres sources peuvent présenter des informations nécessitant une étude spécialisée par un laboratoire chimique? Existe-il un autre laboratoire sur le territoire britannique que celui de Porton Down? Nous n'en avons jamais entendu parler. Les ministères britanniques des Affaires étrangères et de l'Intérieur n'ont pas les capacités nécessaires pour analyser cette substance. Dans tous les cas, c'est ce qu'on nous disait par le passé.

En même temps, le chef de Porton Down a refusé de confirmer ou de démentir les affirmations sur la présence des échantillons de cette substance dans le laboratoire et a indiqué seulement que "rien de ce genre ne pouvait provenir de notre laboratoire ou quitter les murs de notre établissement". La formulation est curieuse. N'a-t-on donc rien produit ni conçu? Ou aucune substance n'a-t-elle pu quitter l'établissement? Ce sont des choses radicalement différentes. La phrase est si vague qu'elle n'offre aucune réponse précise concernant la production éventuelle d'une substance de ce genre dans ce laboratoire. Qui aurait donc pu être produite, mais ne pouvait pas quitter ses murs.    

L'interview a été immédiatement suivie d'une réaction du Ministère britannique des Affaires étrangères: "Nous avons dès le début donné clairement à comprendre que les experts de Porton Down avaient identifié la substance utilisée à Salisbury comme l'agent neurotoxique militaire de type Novitchok. Cela n'est pourtant qu'une partie du tableau général, fondé sur les données du renseignement. Comme Theresa May l'a dit à plusieurs reprises à commencer par le 12 mars à la Chambre des communes, les conclusions se basent sur le fait que la Russie étudiait depuis dix ans des vecteurs possibles de substances neurotoxiques destinées probablement à des assassinats politiques, et a produit et accumulé des petites quantités de Novitchok". Ils ont également répété la thèse selon laquelle compte tenu des "états de services" de la Russie, il n'existait aucune explication vraisemblable à l'incident de Salisbury à part celle de la responsabilité de Moscou pour cette "action insolente". Que pensez-vous de la base juridique de ces propos? Ils ne savent pas qui l'a fait, et n'ont aucune preuve indiquant la responsabilité de qui que ce soit, mais concluent quand même que la Russie est impliquée. Est-ce qu'un certain droit international possède un nouvel article sur les accusations de ce genre qui ne se fondent même pas sur les suspicions, mais sur l'absence de toute autre explication logique?    

Mais pourquoi donc le Ministère britannique des Affaires étrangères s'est-il tellement empressé d'annoncer sa position officielle suite à l'interview de Gary Aitkenhead? Une explication a été présentée par un article de l'ancien Ambassadeur britannique en Ouzbékistan Craig Murray du 16 mars (c'est-à-dire avant l'implication des experts de l'OIAC) citant ses connaissances au Ministère et soulignant les frictions entre le Ministère et le laboratoire de Porton Down. Nous ne savons rien de la véracité de ces informations, tout comme des publications des médias britanniques en général. Mais comme nous citons ces derniers, pourquoi ne pas citer Craig Murray? Selon lui, le Ministère britannique des Affaires étrangères a exigé fermement du laboratoire une confirmation de l'origine russe de la substance utilisée. Ils se sont au final cantonnés à la formule "une substance du type élaboré en Russie". 

Le 6 avril, les médias britanniques ont publié de nouvelles informations citant des "représentants des services secrets" et des "sources au Gouvernement" indiquant que la substance utilisée avait été produite dans un "laboratoire secret à Iassenevo" (quelle précision géographique!). Personne n'a évidemment présenté aucun fait concret.   

En même temps, le Financial Times a publié le 9 avril l'interview du chimiste soviétique Vladimir Ouglev, qui, malgré son attitude manifestement antirusse, avait reconnu l'impossibilité de confirmer à 100% la responsabilité russe dans la production et l'utilisation de la substance, car cette dernière ne lassait aucune trace et ne pouvait donc être dépistée par des méthodes ordinaires, contrairement aux matières radioactives. Dans ce contexte, on n'a encore une fois constaté aucun commentaire, ni déclaration des responsables britanniques.  

Je voudrais citer un autre fait remarquable. Le 49e numéro du Journal of Medicinal Chemistry de l'American Chemical Society (décembre 2005 - janvier 2006) a publié un article d'un groupe des scientifiques britanniques, notamment des collaborateurs du laboratoire de Porton Down C. Timperley et H. Williams. Cet article présente la formule d'une substance organique similaire à celle publiée dans le livre de Vil Mirzoïanov. Autrement dit, les experts de ce laboratoire étaient en mesure de produire le Novitchok encore en 2005. Ce sont les conclusions présentées par les médias britanniques.

On constate également beaucoup d'incohérences évidentes dans les publications citant des "sources fiables". Je vais vous donner quelques exemples. Une question concerne l'antidote: a-t-il existé? L'a-t-on utilisé ou non? Selon les médias, il a été utilisé, ou on ne l'a pas utilisé, ou il n'existe pas en principe. Aucun Britannique ne peut tenir des propos responsables ou donner les explications nécessaires à ce sujet. Qui est par ailleurs très important. Outre l'affaire-même qu'il faut classifier, comme on nous le dit, car il s'agit d'une question de sécurité nationale, les médias présentent chaque jour de nouvelles versions. Pourrait-on commenter au moins ces dernières?

La question des médecins est un sujet à part. On a beaucoup parlé des médecins qui aidaient les victimes, et nous n'avons aucun doute concernant les capacités de la médecine britannique. Mais qui sont ces médecins qui travaillent avec une substance toxique militaire et utilisent un antidote voire s'en passent facilement? C'est un miracle! 

Suite aux fuites d'un certain "briefing fermé" des services secrets du 6 avril, on a appris que des médecins spécialistes de l'aide aux victimes des armes chimiques étaient par un pur hasard (!) présents à l'hôpital de Salisbury qui avait accueilli les Skripal. Un autre miracle! Je voudrais également souligner dans ce contexte des manipulations concernant l'antidote: son type et son utilisation.

Le sujet suivant évoqué activement par les médias britanniques concerne la nature exacte de la substance toxique. On n'a pas de réponse à cette question. S'agit-il d'une substance ou d'un groupe de substances? D'une substance d'un type ou de substances différentes?  

Nous voudrions également attirer l'attention sur les déclarations de l'administration de l'hôpital de la ville de Salisbury qui a accueilli les Skripal. Elle n'a jamais ouvertement confirmé que les victimes manifestaient des symptômes d'empoisonnement chimique et qu'on leur avait administré un traitement contre cette dernière. Le 16 mars, Stephen Davies, médecin de l'hôpital, a envoyé une lettre au Times et indiqué qu'aucun des patients qui avaient demandé des soins médicaux le 4 mars n'avait manifesté "de symptômes d'empoisonnement par une substance neurotoxique, mais qu'un empoisonnement sérieux avait été constaté chez trois patients (il s'agit visiblement des Skripal et d'un policier)". Pourquoi écrire cette lettre au Times s'il s'agit de données classifiées? Pourquoi un médecin écrit aux médias une lettre expliquant la situation à l'hôpital, si ce dernier ne peut pas donner d'informations pour des raisons éthiques ou humanitaires?

Aucune explication de la nature du poison. D'autres déclarations des représentants de l'hôpital ont mentionné que les Skripal et Nick Bailey avaient été exposés à un agent neurotoxique. En réalité, cela ne dit rien. Cette formule est absolument vide pour les experts. C'est une excuse. Ils auraient pu par exemple se trouver à proximité d'une substance toxique sans la contacter ou être ciblés par une attaque utilisant cette substance. Le 10 avril, la directrice de l'hôpital Christine Blanchard a encore une fois utilisé la formule "exposés" et cité les symptômes classiques de l'empoisonnement chimique. En parlant des Skripal, elle évitait méticuleusement les termes "chimique" ou "neurotoxique". Cela pose une question de principe concernant les symptômes manifestés par les Skripal à l'hôpital, les méthodes de leur traitement et les principes de diagnostic fixant tel ou tel schéma d'ingérence médicale. Des informations en ce sens circulent, mais il n'existe pas de confirmation ou de démenti officiel.

Comment peut-on interpréter les informations de ces derniers jours concernant la volonté annoncée d'éliminer toutes les preuves, y compris la maison des Skripal? Dans ce contexte, des nuances et des interprétations sont possibles mais les Skripal se trouvent dans tous les cas dans une situation d'isolement. Nous ne les avons pas contactés et ne connaissons pas leur situation.

Selon les sources au sein des services de sécurité, la maison de Sergueï Skripal, ainsi que le restaurant Zizzi et le pub Mill qu'il a visité avec sa fille le jour de l'empoisonnement, devraient être démolis. Pourquoi ne pas scruter plutôt chaque centimètre de ces bâtiments? Le banc sur lequel on a découvert les Skripal a également été détruit.       

Dès que nous avons soulevé publiquement la question du sort des animaux domestiques de Sergueï Skripal (elle n'était pas liée à la protection des animaux, mais à l'utilisation éventuelle des substances chimiques), les médias ont publié des propos officiels et non-officiels à ce sujet qui ont complètement dilué l'idée principale. Les animaux seraient restés dans la maison scellée. Mais comment les spécialistes, portant des moyens de protection chimique, qui ont examiné en détail la maison, auraient pu ignorer ces animaux? Ils ont recherché une substance toxique sur les poignées sans apercevoir les animaux? Est-ce crédible, selon vous? Cela est d'autant plus étrange que les Skripal ont publié sur les réseaux sociaux des informations et des photos de leurs animaux domestiques. Tout le monde était au courant de leur existence.

En résultat, deux cochons d'Inde sont morts de déshydratation (et pas de l'empoisonnement par une substance toxique), alors que le chat était "si stressé" que les spécialistes ont été obligés de l'euthanasier. Comment se fait-il que toutes les informations présentées ne font que soulever de nouvelles questions auxquelles personne ne veut répondre? On parle d'encore un animal qui n'aurait pas été trouvé. Peut-être on a trouvé les animaux pendant les fouilles? Quel est leur sort? Où les a-t-on emmenés? Probablement pas au Ministère britannique des Affaires étrangères, qui aime pourtant les chats. Plutôt à Porton Down. Qu'est-ce qui s'est passé avec eux dans le laboratoire? Personne ne pose ces questions au Royaume-Uni. Tout le monde s'amuse, dessine des images et discute. Sans répondre aux questions posées par toute personne sensée. Les médias ont cité le vétérinaire qui a soigné pendant des années les animaux de Skripal. Il a annoncé que, selon ses informations, on avait transporté les animaux à Porton Down immédiatement suite à l'examen de la maison. Aujourd'hui, les animaux ont disparu, tandis que la maison cessera bientôt d'exister, tout comme le banc.        

Je voudrais attirer encore une fois l'attention sur le fait que le retard de la publication des informations sur les animaux, de la confirmation de leur mort de déshydratation ou de leur élimination, est une autre confirmation de la volonté de dissimuler les preuves et de tout faire pour embrouiller au maximum cette histoire du début à la fin.

Concernant les proches. Comme vous le savez, la Grande-Bretagne a refusé le 6 avril d'octroyer un visa à Viktoria, proche parente des Skripal (nièce et cousine des victimes). La situation était très étrange. On n'a rien dit des raisons et de la forme du refus, n'a pas indiqué si elle pouvait faire encore une demande ou s'il s'agissait d'un refus définitif. Chaque institution britannique a présenté sa version. Il s'agissait de fuites ou d'entretiens confidentiels avec les journalistes. Certains renvoyaient la question à une autre institution. Pourquoi est-ce si étrange? Si vous n'avez aucune envie d'octroyer le visa, si vous ne le voulez pas, si cela contredit la sécurité nationale, vous pouvez le dire ouvertement. Mais on présente de nouveau des millions de versions.

Nous comprenons parfaitement que le prétexte officiel utilisé pour justifier les raisons du refus de la demande de visa cache des motifs politiques concrets. Je voudrais souligner encore une fois que les Skripal n'ont eu jusqu'à présent aucun contact avec le monde extérieur.   

Nous n'avons toujours pas pu obtenir un accès consulaire à la citoyenne russe, ce qui constitue une violation du droit international. Selon le Sunday Times et certains autres journaux, on offrira (ordonnera?) aux Skripal de changer de nom et de s'installer durablement dans l'un des cinq pays membres de ladite "alliance des services de renseignements occidentaux". Le 11 avril, on a appris que Ioulia Skripal avait été transférée dans un hôpital d'une base militaire. Il s'agit d'un cocktail médiatique redoutable des informations qu'on fait mousser sans cesse! A quoi bon le faire? La réponse est très simple: pour maintenir ce sujet à flot sans répondre aux questions concrètes.   

Scotland Yard a publié le même jour une déclaration de Ioulia Skripal indiquant qu'elle ne voulait pas parler aux médias, demandait à sa cousine Viktoria de ne pas se rendre à Londres et refusait de contacter l'Ambassade russe. Pourquoi n'ont-ils donc pas expliqué le refus du visa par la non-volonté de sa cousine de voir Viktoria au Royaume-Uni? Nous voudrions bien vérifier que cette déclaration provient en effet de Ioulia Skripal. Et nous avons en effet des doutes en ce sens suite au chaos constaté dans les médias britanniques et les propos des politiciens nationaux. Comme l'Ambassade russe au Royaume-Uni l'a déjà souligné, le texte a manifestement été rédigé pour confirmer les propos officiels des autorités britanniques et exclure en même temps tout contact éventuel de Ioulia avec le monde extérieur. Nous avons été surpris par la mention d'un certain "accès aux amis et à la famille", alors que les amis et les proches des Skripal cités par la presse russe et britannique n'ont eu aucun contact. D'après ce que nous savons, les parents les plus proches des victimes sont Viktoria Skripal et la mère de Sergueï qui habite avec elle. Ainsi, à quels proches parle Ioulia? L'affirmation selon laquelle personne ne parle à son nom semble encore plus étrange. L'histoire a commencé comme un roman policier mais ressemble de plus en plus à un thriller.   

Nous comprenons parfaitement que les collaborateurs de Scotland Yard sont des véritables professionnels qui ont plus d'une fois démontré leur qualités à la Grande-Bretagne et au monde entier. Mais pourquoi la lettre de la jeune femme a-t-elle été publiée par Scotland Yard? Franchement, les derniers événements renforcent de plus en plus nos inquiétudes concernant l'isolement éventuel de la citoyenne russe. Nous avons toutes les raisons de penser qu'il s'agit probablement d'une détention forcée de citoyens russes, ou de leur implication forcée dans une certaine mise en scène.

Nous avons de plus en plus de questions, qui restent toujours sans réponse.

La position de certains pays qui ont souhaité "se solidariser" avec le Royaume-Uni mérite une mention spéciale. Leurs commentaires et conclusions à ce sujet paraissent non seulement engagés, mais aussi tout simplement non professionnels et même maladroits.

Par exemple, le 8 avril, le Daily Express a publié une sélection remarquable de déclarations de politiciens d'Europe de l'Est illustrant - soi-disant - la transmission par Londres de preuves convaincantes de la responsabilité de la Russie dans l'empoisonnement des Skripal. Le journal ne prend même pas la peine d'analyser la substantialité de ces déclarations qui montrent précisément qu'au fond, rien n'a été présenté.

Le vice-Ministre polonais des Affaires étrangères Bartosh Chihotsky a déclaré, par exemple, que "dans notre cas la profondeur de l'information fournie par les Britanniques n'avait pas une signification cruciale car nous avions déjà vu comment se comportait la Russie…" Est-ce que cela prouve que des faits ont été présentés? Au contraire, cela prouve qu'aucun fait n'a d'importance: la position de la Pologne est déjà définie.

Par exemple, le directeur politique du Ministère estonien des Affaires étrangères Paul Teesalu a déclaré que "nous n'avons pas eu besoin de réfléchir longtemps avant de soutenir le Royaume-Uni". Il vaut toujours mieux réfléchir, d'autant plus quand il s'agit d'un ministère des Affaires étrangères, de gens qui représentent un pays entier, d'un cas où un pays en accuse un autre. "Nous n'avons pas eu besoin de réfléchir longtemps" – c'est ainsi que toutes ces décisions sont prises.

"En ce qui concerne la position du Royaume-Uni, nous faisons entièrement confiance à notre partenaire britannique: on ne doute pas d'un ami, surtout quand il prononce des termes comme 'highly likely'", a déclaré le vice-Ministre tchèque des Affaires étrangères Jakub Dürr.

Dire que ce n'est pas sérieux est bien faible. En aucun cas nous ne disons qu'il ne peut y avoir d'amis, mais il est question ici d'un crime, d'une enquête. En l'occurrence, ce n'est pas un jeu "vérité ou mensonge". Le destin de personnes réelles est en jeu. Je le répète: aucun d'entre nous (ni vous) ne les a vu. Remarquez l'usage du terme "solidarité" - on en a déjà parlé.

Aujourd'hui nous avons toutes les raisons d'accuser Londres de désinformation intentionnelle, de propagande et de manipulation de l'opinion publique.

Je voudrais répéter que nous n'avons aucune information officielle sur l'endroit où se trouvent les Skripal et les circonstances de ce qui leur est arrivé. Nous faisons tout pour obtenir ces informations via le Ministère britannique des Affaires étrangères, en envoyant des notes diplomatiques. Nous appelons publiquement le Royaume-Uni à fournir des informations, à faire en sorte de s'assurer que les citoyens russes ne soient pas menacés, pour que tout le monde comprenne que ces gens ne sont pas détenus en otage et ne participent pas à une horrible manipulation ou à un jeu, que ces gens sont en vie, pour qu'ils puissent dire quelque chose sur eux, ainsi que pour, enfin, dans cette histoire, apparaisse quelque chose qui puisse être utilisé en tant qu'information véridique.

Nous avons envoyé au Foreign Office des dizaines de notes diplomatiques dans lesquelles nous avons formulé l'exigence de fournir des informations sur les faits, nous avons proposé une coopération conjointe, nous avons demandé des informations sur l'état des Skripal et un accès à eux. Dans ces notes diplomatiques, malheureusement, nous sommes contraints de faire le travail des journalistes. Nous demandons de confirmer ou de réfuter chaque nouvelle désinformation qui apparaît. Malheureusement, à ce jour nous n'avons reçu de réponse à aucune de nos requêtes de confirmer ou de réfuter les nouvelles versions ou les nouvelles informations diffusées par les médias.

La semaine dernière, nous avons transmis aux autorités britanniques compétentes la requête du Parquet russe d'apporter une aide juridique dans l'affaire pénale concernant l'attentat contre Ioulia Skripal. Aucune réaction des autorités britanniques n'a encore suivi. Nous continuons d'insister sur la fourniture d'informations détaillées sur le déroulement de l'enquête, ainsi que des explications concernant la véracité des versions qui apparaissent dans les médias. En particulier, l'Ambassade de Russie à Londres a posé au Foreign Office des questions concernant les informations diffusées par les médias selon lesquelles la substance neuro-paralytique incriminée aurait été amenée dans le pays sous la forme d'un "gel transparent inodore" et appliquée sur la poignée de la porte d'entrée de la maison de Sergueï Skripal par des agents "en plein jour".

Nous avons également adressé une demande officielle au Foreign Office concernant l'information propagée par les médias sur la prétendue destruction intentionnelle, par les Britanniques, des preuves que j'ai énumérées. Bien sûr, ces agissements créent des obstacles à une enquête indépendante et impartiale. Nous sentons qu'on cherche à cacher et à détruire toutes les preuves liées à cette affaire.

L'Ambassadeur de Russie à Londres, Alexandre Iakovenko, a également envoyé une lettre à la directrice de l'hôpital de Salisbury Christine Blanchard pour lui demander d'éclaircir plusieurs questions concrètes concernant le séjour des Skripal dans cet établissement médical et l'aide qui leur a été apportée. Nous avons essayé de le faire via le Ministère britannique des Affaires étrangères, et, faute de résultat, l'Ambassadeur russe a dû s'adresser directement à l'hôpital. D'ailleurs, Alexandre Iakovenko a également envoyé un message personnel à Ioulia Skripal. Nous ignorons toujours s'il a été transmis. Dans la déclaration faite par Ioulia Skripal, du moins celle qui lui est attribuée et a été publiée par Scotland Yard, rien n'indique qu'elle a reçu le message personnel de l'Ambassadeur de Russie au Royaume-Uni.

Nous avons également demandé aux autorités britanniques des explications concernant l'"interception" de deux messages qui auraient été envoyés de Syrie en Russie et qui ont immédiatement été reliés par Londres à l'"affaire Skripal". La réticence à fournir toute sorte d'information est flagrante.

 

Sur le rapport du Secrétariat technique de l'OIAC après l'analyse des échantillons liés à l'"affaire Skripal" dans des laboratoires sous licence

 

Jeudi 12 avril, le Secrétariat technique de l'OIAC a présenté aux États membres le rapport relatif à l'analyse menée dans des laboratoires sous licence des échantillons prélevés dans l'établissement médical de Salisbury sur les Skripal - père et fille.

Le document mentionné confirme la composition de la substance toxique qui a touché trois personnes, y compris, visiblement, le policier britannique.

Le rapport établit que cette substance toxique avait un haut niveau de pureté, ne contenait pratiquement aucune impureté.

Ce constat soulève des questions chez les experts russes et nécessite évidemment une analyse détaillée supplémentaire, y compris côté britannique. Il est clair pour tout spécialiste que les conclusions définitives peuvent être tirées uniquement en ayant devant les yeux les matériaux de l'analyse chimique et spectrale des échantillons en question.

Je répète que la Russie est prête et ouverte à un travail conjoint.

Nous réaffirmons notre position officielle: la Russie ne croira sur parole aucune conclusion dans l'"affaire Skripal" tant que les experts russes n'auront pas accès aux données mentionnées des expertises de l'OIAC et à l'ensemble des informations réelles sur ces matériaux à disposition de Londres. Ce n'est pas une question de confiance, mais de travail avec des données concrètes. Croire ceux qui se réfèrent à des résultats partiels et font des déclarations au nom de quelqu'un n'est tout simplement plus possible.

Nous nous noyons tous dans le flot de désinformation qui est entretenu d'une manière ou d'une autre par Londres. Il n'existe aucune raison de penser que tout cela n'est pas simplement la suite d'une grossière provocation des renseignements britanniques contre la Russie.

 

Sur l'annulation des consultations russo-américaines sur les questions socioculturelles

 

Une nouvelle fois, nous devons attirer l'attention sur le comportement pas du tout obligatoire de l'administration américaine en ce qui concerne l'organisation des activités dans le cadre de notre dialogue bilatéral. Nouvel exemple: la décision d'annuler les consultations russo-américaines sur les questions socioculturelles prévues les 11 et 12 avril.

Je voudrais noter que c'est le Département d’État américain qui avait demandé il y a quelque temps de les organiser. Nous étions prêts à recevoir la délégation américaine à Moscou et nous nous préparions à avoir une discussion substantielle. Des représentants du Ministère russe des Affaires étrangères étaient censés y participer, ainsi que d'autres ministères – du Ministère russe de la Culture, des Archives russes, de Rossotroudnitchestvo. Cependant, la semaine dernière, alors que le travail préparatoire était en grande partie terminé, Washington a annoncé son refus de venir.

Malheureusement, c'est loin d'être la première fois que les autorités américaines, sans explications claires, au tout dernier moment, sapent le déroulement des réunions et négociations bilatérales. D'autant plus étrange a semblé la tentative de lier ce refus à notre expulsion de diplomates américains de Russie en réponse aux démarches complètement infondées de l'administration américaine contre les établissements diplomatiques russes et leurs collaborateurs.

De notre côté, nous restons ouverts à la discussion sur les questions relatives à la coopération socioculturelle avec les USA. Nous partons du fait qu'elle est appelée à jouer un rôle positif dans l'amélioration de l'atmosphère de nos relations et à contribuer à l'entente entre les citoyens de nos pays. Nous espérons que Washington reviendra, avec le temps, à une approche pragmatique et constructive de l'établissement du dialogue dans ce domaine.

 

Sur la création de biolaboratoires dans l'espace postsoviétique aux frais du Pentagone

 

Nous suivons attentivement l'information concernant l'activité médico-biologique du Pentagone dans l'espace postsoviétique. Bien que les termes de la Convention sur l'interdiction des armes biologiques (CABT), plus exactement l'article X, prévoient la possibilité de développer une coopération bilatérale dans le domaine des biotechnologies, il existe plusieurs éléments inquiétants sur lesquels nous ne pouvons pas fermer les yeux.

Nous sommes préoccupés par l'ampleur de l'activité américaine dans l'espace postsoviétique. A travers des programmes financés par le Pentagone, les USA créent un réseau de micro-biolaboratoires en Transcaucasie et en Asie centrale. Comme en témoigne l'ouverture en 2013 à Alexeevka, près de Tbilissi, d'un laboratoire de troisième niveau de protection biologique qui permet de mener des expériences avec des excitateurs de maladies particulièrement dangereuses. Il s'agit aujourd'hui du Centre de recherche Lugar.

Il est évident que ces centres peuvent mener des recherches pas seulement pour le bien-être sanitaire et épidémiologique de la population de nos voisins. C'est pourquoi la vaste activité médico-biologique du Pentagone à proximité des frontières russes nous inquiète sérieusement.

D'où la question légitime: quel sont les véritables objectifs de cette activité militaro-biologique des USA?

Pour revenir à la coopération internationale dans le domaine biologique, nous soulignons une nouvelle fois que tout État a évidemment le droit de se développer et de choisir librement ses partenaires. Cependant, la coopération interétatique doit rester strictement dans le cadre fixé par la CABT, et les États qui entament un travail commun sur un projet doivent clairement s'imaginer tous les risques et les conséquences de sa mise en œuvre, notamment pour leurs voisins.

 

Sur le verdict du Mécanisme résiduel sur l'affaire de Vojislav Seselj

 

Mercredi 11 avril, le Mécanisme international résiduel pour les tribunaux pénaux a revu l'acquittement, le 31 mars 2016, du leader du Parti radical serbe Vojislav Seselj par le Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie, l'accusant de crimes contre l'humanité et le condamnant à 10 ans de prison.

Rappelons qu'au moment de l'acquittement par le TPIY, Vojislav Seselj avait passé près de 12 ans dans une cellule de détention provisoire du Tribunal. Par conséquent, compte tenu de ce délai, il n'est pas question d'une peine de prison réelle. Cependant, cela n'annule pas les questions concernant la décision prise.

Le Ministère russe des Affaires étrangères a attiré plusieurs fois l'attention de la communauté internationale sur la situation autour du procès concernant cette affaire.

Bien que le texte intégral exposant les motifs de la sentence n'ait pas encore été publié, les informations sur son contenu, en accès ouvert, permettent de déceler des contradictions conséquentes.

Nous constatons avec regret que le Mécanisme résiduel semble devenir un digne héritier du TPIY - dans le sens négatif. Le verdict sur l'affaire de Vojislav Seselj prolonge la série de sentences antiserbes politiquement motivées et loin des idées d'une justice indépendante. Une telle "continuité" sape l'idée d'une justice pénale internationale impartiale.

Nous partons du fait que le Mécanisme résiduel est une structure compacte temporaire et nous comptons sur sa transparence maximale et sur son efficacité du point de vue du respect des normes judiciaires et notamment des délais du procès.

 

Sur l'interpellation du navire "Sea Breeze" en Ukraine

 

Mardi 10 avril, sur arrêté du juge d'instruction, a été satisfaite la requête du Parquet ukrainien d'arrêter le navire Sea Breeze appartenant à la compagnie russe Trans-Service Maritime Agency.

Selon les informations du Consulat général de Russie à Odessa, l'équipage du navire arrêté (près de 20 personnes) se compose essentiellement de citoyens ukrainiens - seulement deux marins ont la citoyenneté russe. Officiellement, le cargo est enregistré à Touapse mais il naviguait sous le pavillon du Belize.

L'équipage du navire est accusé d'avoir violé l'article 240 du Code pénal ukrainien sur la violation des règles de protection des sous-sols (extraction illégale de sable près des côtes de la péninsule de Crimée). Par l'interpellation du navire, les autorités de Kiev cherchent à forcer la compagnie propriétaire à verser une indemnité pour l'extraction illégale de sable près du golfe carcinitique de la mer Noire à laquelle, affirme l'Ukraine, aurait procédé le navire-extracteur Pechora appartenant également à Trans-Service Maritime Agency entre 2014 et 2018.

L'agent maritime du navire est la compagnie ATIS. Selon le représentant de cette organisation, la protection juridique du navire est assurée par la compagnie juridique Interlegal. Le représentant a refusé de fournir des informations plus détaillées sur les propriétaires du navire ou les avocats engagés. Il a reçu les coordonnées du Consulat général de Russie à Odessa à remettre aux propriétaires du navire. Au 11 avril, personne n'avait contacté les diplomates russes. Nous n'avons pas reçu de notification officielle des autorités ukrainiennes concernant l'interpellation du navire.

Nous surveillons cette situation et nous sommes prêts à nous y joindre activement, dès que nous recevrons des requêtes en ce sens de la compagnie ou de ses représentants.

 

Sur la situation de l'équipage du navire de pêche "Nord"

 

Cela fait trois semaines que dure la provocation organisée par les autorités ukrainiennes vis-à-vis des membres de l'équipage du navire russe "Nord". Sous de faux prétextes, nos marins sont de facto retenus en otage sur le territoire ukrainien. A chaque fois que les membres de l'équipage essaient de franchir la frontière, Kiev invente de nouvelles raisons pour ne pas les laisser voir leur famille. Le cynisme débordant des autorités ukrainiennes illustre une nouvelle fois le caractère fourbe du gouvernement ukrainien actuel qui crie sur tous les toits son attachement à la démocratie et à la primauté du droit mais maltraite en réalité les personnes.

Nous exigeons de l'Ukraine qu'elle cesse de maltraiter nos marins et qu'elle les laisse revenir en Crimée, d'où ils viennent. Nous espérons que les agissements antihumains du régime de Kiev feront l'objet d'une appréciation appropriée de la communauté internationale des droits de l'homme. Tant que nos citoyens ne seront pas relâchés du territoire ukrainien, la Russie se réserve le droit de prendre des contremesures.

 

Sur la création à Moscou du Centre médical de l'amitié russo-japonaise

 

Mardi 17 avril, à l'Ambassade de Russie au Japon, se tiendra une conférence consacrée au projet de création à Moscou du Centre médical de l'amitié russo-japonaise.

Le projet a été élaboré par la Direction générale pour soigner les membres du corps diplomatique auprès du Ministère russe des Affaires étrangères conjointement avec les partenaires japonais.

L'activité se déroulera avec la participation de l'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Russie au Japon Mikhaïl Galouzine, des représentants du Ministère des Affaires étrangères, du Ministère de l’Économie, du Commerce et de l'Industrie, de la Santé et d'autres ministères et institutions du Japon, ainsi que des participants potentiels au projet du côté japonais – des dirigeants de plus de 60 compagnies de production et de distribution d'équipements médicaux, mais également de cliniques.

Ce projet vise à développer la coopération entre la Russie et le Japon dans le domaine médical. Le nouveau centre médical, doté des technologies et des équipements les plus modernes, sera créé sur la base du Medintsentr – une filiale de la Direction générale pour desservir le corps diplomatique.

Le centre dispensera un large éventail de services médicaux de qualité aux Russes et aux représentants des missions diplomatiques, des organisations internationales et aux correspondants accrédités en Russie.

La réalisation conjointe de ce projet humanitaire est un autre signal positif confirmant le passage des relations russo-japonaises au niveau supérieur.

 

Sur la publication concernant la prétendue dissimulation, par le Ministère russe des Affaires étrangères, d'informations sur les dépenses budgétaires

 

Nous avons remarqué la publication, le 5 avril dans le quotidien Vedomosti, d'un article intitulé "Les ministrères n'informent pas les citoyens des dépenses budgétaires" dans lequel le Ministère russe des Affaires étrangères s'est retrouvé dans un classement improvisé de l'"opacité" des établissements publics. Comme quoi le Ministère russe des Affaires étrangères ne publierait pas de comptes rendus sur l'accomplissement des programmes publics. Tout cela a été publié en se référant aux informations d'une ONG.

J'ai déjà commenté l'approche de Vedomosti qui nous a envoyé sa demande de commentaire à 19:15 le 4 avril, c'est-à-dire une heure après la fin officielle de la journée de travail. Nous ne l'avons pas vue. L'article est paru sans notre position. Nous avons demandé de publier notre commentaire, et pour une raison qu'on ignore il a été publié dans la rubrique "Lettres à la rédaction". Le plus intéressant est que nous avons envoyé un commentaire officiel sur le fond de la question que le journal n'a toujours pas publié.

Un autre journal a également commencé à propager cette information, se référant même au politologue russe Mikhaïl Deliaguine que nous avons contacté. Il n'a rien dit de tel. Le journal nous a présenté ses excuses.

En réalité, le fait est que le Ministère russe des Affaires étrangères, exécutant responsable du programme public russe "Activité en politique étrangère", envoie régulièrement et opportunément au gouvernement russe, au Ministère russe du Développement économique et au Ministère russe des Finances des rapports trimestriels et annuels sur sa mise en œuvre.

Étant donné que le Programme public contient des informations constituant un secret d’État et des informations confidentielles, les rapports en question ne sont pas publiés sur le site des programmes publics russes conformément aux règles en vigueur dans la partie qui concerne la protection du secret d’État et des informations confidentielles.

Dans le même temps, en dépit de la spécificité de l'activité du Ministère russe des Affaires étrangères, les critères de transparence de l'information sont assurés par le Ministère, notamment via ses sites, à très haut niveau. A ce sujet, le Ministère russe des Affaires étrangères se réfère au décret du Président russe du 10 août 2011 n°1062 sur l'approbation de la liste des informations sur l'activité du Ministère russe des Affaires étrangères publiées sur internet.

Je vous prie de vérifier les faits avant de publier de telles informations.

 

Sur la reprise de la communication aérienne avec l’Égypte

 

Mercredi 11 avril, la communication aérienne directe entre Moscou et Le Caire a été rétablie.

Après l'attentat du 31 octobre 2015 à bord d'un avion russe au-dessus du Sinaï, les spécialistes de la sécurité aérienne russes et égyptiens ont effectué un travail efficace pour renforcer la sécurité dans les aéroports égyptiens afin d'empêcher que de tels faits se reproduisent. Les efforts conjoints avec l’Égypte se poursuivront dans le contexte de la reprise des vols directs à Hurghada et à Charm el-Cheikh.

Nous pensons que cet événement marquant permettra de renforcer et de développer l'ensemble des relations russo-égyptiennes amicales.

 

Sur la célébration du 73e anniversaire de la libération de Bratislava des occupants fascistes

 

Le 4 avril à Bratislava s'est déroulée la cérémonie solennelle traditionnelle organisée par l'Ambassade de Russie en Slovaquie au complexe militaro-mémoriel Slavin à l'occasion de l'anniversaire de la libération de la capitale slovaque des occupants fascistes.

Des gerbes ont été déposées au monument par le Président du Conseil national de la Slovaquie Andrej Danko, le Premier ministre slovaque Peter Pellegrini, l'ex-président du pays Ivan Gašparovič, des dirigeants de ministères et de services slovaques, des représentants des autorités locales, des organisations de vétérans et des associations, des compatriotes russes et des jeunes. Cette activité commémorative s'est déroulée avec la participation du vice-président de la Commission pour la politique économique du Conseil de la Fédération de l'Assemblée fédérale russe Viatcheslav Timtchenko, l'Ambassadeur de Russie en Slovaquie Alexeï Fedotov et des représentants de l'Union russe des vétérans.

A notre époque compliquée, quand les relations internationales sont soumises à de sérieux défis et que les traditions d'amitié et de coopération établies entre les États européens sont mises à l'épreuve, nous remercions le peuple slovaque d'entretenir la mémoire gratifiante du rôle de l'Armée rouge dans la libération de la Slovaquie du fascisme, de prendre soin des tombes des soldats de l'Armée rouge tombés au combat.

 

Réponses aux questions:

Question: Hier en Azerbaïdjan s'est déroulée l'élection présidentielle. Selon les informations préliminaires, la victoire a été remportée par Ilham Aliev. La conférence de presse de nos partenaires occidentaux, observateurs de la mission de l'APEC, de l'OSCE, etc. s'est tenue aujourd'hui. Ils ont dit que de nombreuses infractions ont été commises. Cela fait contraste avec la déclaration faite par les observateurs de la mission de la CEI. Comment l'expliquez-vous? Pouvez-vous le commenter?

Réponse: Je pense que des commentaires appropriés seront faits au niveau de l'Administration présidentielle. Je voudrais dire qu'à l'élection azerbaïdjanaise était présent un grand nombre d'observateurs internationaux, c'est un fait. De plus, il s'agissait d'observateurs de différents pays et structures internationales. Bien sûr, ils doivent dire leur mot. Nous savions parfaitement et disions que la disposition de plusieurs forces politiques à une perception négative de l'élection azerbaïdjanaise était flagrante avant même son déroulement. Nous voyons une telle attitude chez les différentes ONG occidentales, chez les représentants officiels occidentaux non seulement vis-à-vis de l'Azerbaïdjan, mais également de plusieurs autres pays quand il existe une telle approche engagée et préalablement formulée par rapport à l'élection.

Nous partons du fait qu'il y avait un grand nombre d'observateurs qui fixaient tout cela. Ils doivent donner leur avis sur lequel il faut s'appuyer.

Question: Aujourd'hui le Secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a déclaré que la "politique douce" vis-à-vis de la Russie était terminée. Est-ce la continuité des déclarations d'hier du Président américain Donald Trump sur Twitter menaçant la Russie avec de nouveaux missiles "intelligents"?

Réponse: Après les déclarations d'hier de Donald Trump des déclarations ont également été faites aujourd'hui. Il faut partir des déclarations d'aujourd'hui faites par Donald Trump sur Twitter. Vous citez la déclaration de Mike Pompeo. Nous partons du fait qu'il y a un travail concret. Quand il sera chargé de diriger ce département sur le plan pratique et entamer son travail, alors il pourra et devra donner des appréciations aux relations bilatérales, aux perspectives de leur développement.

L'engagement ou la prédisposition aux attaques permanentes contre la Russie n'est évidemment pas réjouissante. S'il existe des problèmes, il faut les régler à la table des négociations. S'il existe des différends, alors il faut, comme c'était convenu auparavant, parler constructivement en supposant ce que nous voulons régler. Nous voulons régler un problème, une question, améliorer les relations. En parlant de déclarations comme celle-ci, je ne pense pas qu'elles visent à améliorer les relations bilatérales. Nous sommes ouverts pour un dialogue constructif, nous n'avons pas fermé la porte. Le potentiel et surtout la nécessité de normaliser les relations bilatérales – c'est ce qu'attendent les gens en Russie et aux USA. Je voudrais vraiment que les politiciens américains ne l'oublient pas non plus. Parce qu'il y a leurs positions politiques, une plateforme, des différends et des divergences, mais il y a aussi des gens qui veulent des deux côtés de l'océan vivre, communiquer, obtenir à temps et dans les délais des visas pour aller voir leurs proches, participer aux activités sociales et sportives, organiser des expositions, participer à la vie culturelle des deux pays.

Voilà ce que veulent les gens. Les habitants en Russie et aux USA ne veulent pas la guerre, l'escalade et d'autres affrontements politiques. Les gens veulent que les relations se normalisent, c'est évident. J'ai énormément d'amis en Amérique et à Moscou qui m'ont envoyé beaucoup de messages depuis hier pour savoir pourquoi sont faites les déclarations que nous avons entendues, vues et lues sur les réseaux sociaux aux USA. Pourquoi faut-il ne pas régler mais aggraver la situation? Je n'ai pas de réponse à cette question. Nous partons du fait qu'il faut depuis longtemps normaliser non seulement les relations bilatérales, mais également la situation dans les relations internationales en général. Je lis de nombreux articles, messages et lettres de citoyens du monde entier qui disent tous la même chose: il est si facile de lancer un conflit, il est si difficile d'y mettre un terme. Ce n'est pas l'aggravation mais uniquement la normalisation des relations qui correspond aux tâches et aux intérêts des peuples des deux pays.

Question: Je voudrais demander plus en détail concernant les déclarations faites sur Twitter, d'une manière ou d'une autre nous nous y référons tous. Hier vous avez eu une sorte de dialogue avec le Président américain Donald Trump. Il a fait une déclaration sur son réseau social, et vous – sur le vôtre.

Réponse: Faites attention à ce que vous dites. Il va encore être accusé de lien avec la Russie.

Question: J'espère que non. Les réseaux sociaux étaient différents – Facebook d'un côté et Twitter de l'autre. Dans quelle mesure une telle diplomatie et politique via les réseaux sociaux sont devenues une normalité? Pouvez-vous donner votre avis sur leur pertinence?

Réponse: La manière dont le Président américain Donald Trump communique avec sa population concerne la société américaine, et non la Russie. Ils ont choisi un président, il a trouvé la forme qui lui paraît pertinente pour communiquer avec les médias et ses citoyens. Ce n'est pas une question qui nous concerne.

Nous comprenons que la montée en puissance des réseaux sociaux et leur popularité supposent indéniablement une diffusion de l'information via ces canaux. Il est étrange qu'au fur et à mesure de la croissance et de la popularité des réseaux sociaux et de leur usage dans la diplomatie numérique se produise un tournant à 180 degrés des principales puissances occidentales par rapport aux réseaux sociaux. Il y a encore 5 ans on nous disait que les réseaux sociaux sont les nouveaux médias, qu'ils ont les mêmes droits que les journalistes, et qu'un blogueur est un journaliste, c'est indiscutable. Nous n'y sommes pas opposés, mais c'est une question de responsabilité. Les médias ont des normes, et surtout la confirmation et la diffusion de l'information pour laquelle ils assument une responsabilité. On nous disait que par une telle position nous réprimons la liberté d'expression.

Maintenant la situation est diamétralement opposée. Londres, Paris, Berlin se dirigent "en avant toutes" vers l'adoption de lois très strictes réglementant l'activité des réseaux sociaux et tentent législativement encadrer les réseaux sociaux.

Une autre tendance intéressante est que les réseaux sociaux font l'objet d'une attention particulière des organes publics et des renseignements, notamment aux USA. Vous avez tous entendu parler des interrogatoires de Mark Zuckerberg, de la pression exercée sur sa compagnie pour qu'elle prenne des mesures appropriées. Nous l'avons lu dans la presse, nous avons vu les actions entreprises par cette compagnie. C'est une démarche évidente pour se protéger contre la pression des renseignements qui se sont effectivement ingérés dans l'activité des réseaux sociaux sur le territoire américain.

Nous savons parfaitement que les réseaux sociaux sont des médias avec une immense couverture qui doivent évidemment s'inscrire dans le domaine de la sécurité et de l'activité dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Il faut prévenir la propagation de telles informations via les réseaux sociaux. Mais nous savons parfaitement qu'on ne peut pas ne pas délimiter ces deux domaines – la prévention de l'usage des médias en tant qu'instruments des terroristes et la possibilité de diffuser des informations, la libre communication entre les gens qui ne ressentent pas encore ces limites sur internet.

Question: Est-ce que la Russie a des théories expliquant pourquoi Londres et Washington ont eu besoin de cette provocation concernant les Skripal? Cet incident aurait-il pu être lié au discours annuel du Président russe Vladimir Poutine à l'Assemblée fédérale, suite auquel la presse américaine a publié les propos de certains sénateurs indiquant qu'il était désormais possible de s'entendre avec la Russie?

Réponse: Tout cela est directement lié à la Syrie, comme nous l'avons déjà indiqué. Cette question fait partie de l'agenda général de la campagne antirusse lancée. Qui plus est, cette question concerne le marché intérieur de consommation britannique du point de vue des informations et de l'opinion publique, les négociations très compliquées et pénibles pour Londres sur le Brexit, ainsi que d'autres problèmes d'actualité: cette situation aurait pu distraire l'attention de ces derniers. Il s'agit d'une question complexe, d'une provocation qui devrait accomplir un nombre d'objectifs. De notre point de vue, cette situation est directement liée notamment aux événements en Syrie. C'est une tentative de torpiller les arguments russes au cours des débats sur l'utilisation des armes chimiques sur le territoire syrien. La campagne lancée contre la Russie en raison de l'incident de Salisbury a été très rapidement suivie d'une provocation impliquant des armes chimiques en Syrie: nous avons constaté des propos très agressifs sur le recours à la force adressés directement à Damas, mais concernant de telle ou telle manière la Russie. Ainsi, l'incident de Salisbury a certainement été une provocation complexe. Elle a plusieurs dimensions qui sont probablement plus nombreuses qu'on ne l'imagine. A mon avis, ce n'est pas à nous d'évoquer ce sujet. C'est plutôt votre objectif de rechercher la vérité. Notre éventail de moyens dans ces recherches est assez limité. Vous ne pouvez même pas vous imaginer combien de notes, de lettres et de demandes nous avons envoyé via l'Ambassade russe au Royaume-Uni. Tout est pourtant resté sans réponse. Pourquoi ne pas poser ces questions d'actualité aux Britanniques?

Question: Quelques heures avant votre conférence de presse, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques a publié son rapport en version complète et abrégée. La version complète contient toute la formule de la substance toxique utilisée à Salisbury. On indique que la version complète a été distribuée parmi tous les membres de l'OIAC. La Russie a donc reçu ce rapport. Avez-vous eu la possibilité d'en prendre connaissance? Si oui, êtes-vous d'accord avec les données et la conclusion?   

Réponse: Nous n'avons pris connaissance que de la version abrégée, de la synthèse qui avait précédé le rapport. Au début de la conférence de presse je n'avais aucune information sur la disponibilité de sa version complète. Si le rapport était disponible - nous le voulons plus que n'importe qui d'autre - il serait certainement étudié par les experts qui présenteraient des conclusions appropriées. En principe, nous avons déjà évoqué et répété aujourd'hui la liste des questions à l'OIAC sur ce thème et sur le rapport présenté aujourd'hui. Je voudrais répéter que je n'avais pas la version complète du rapport au début de la conférence de presse.

Question: Nous avons très récemment observé le conflit entre la Corée du Nord et les États-Unis qui s'accompagnait de menaces de destruction réciproque. Ce problème s'est pourtant résolu, tandis que les deux Corées se sont rapprochées. Aujourd'hui, les événements se répètent en Syrie entre la Russie et les USA. Dans ce contexte, comment pourriez-vous définir le caractère des relations entre les ministères des Affaires étrangères de la Russie et de l'Ukraine? 

Réponse: Je ne vois aucune logique dans votre question. Je ne peux donc répondre qu'à sa partie qui concerne le caractère des relations entre les ministères des Affaires étrangères de la Russie et de l'Ukraine. Malheureusement, ces rapports sont peu optimistes. Ce fait est également confirmé par la représentation de l'Ambassade ukrainienne en Russie et de l'Ambassade russe en Ukraine. Comme vous le savez, nous nous sommes récemment échangés d'expulsions de diplomates. Cet événement et beaucoup d'autres indices soulignent que l'atmosphère des relations de nos ministères laisse à désirer.

Question: Quelles sont les raisons des menaces de l'Administration américaine contre la Syrie? Attaqueront-ils un État souverain? On évoque énormément de versions. Certaines indiquent notamment que l'industrie militaire américaine doit obtenir son financement, tandis que Donald Trump a besoin de présenter un bilan aux "faucons" et aux Congrès. Ma théorie personnelle est liée au sommet tripartite des présidents russe, turc et iranien, qui s'est déroulé à Ankara quelques jours avant ces menaces. Les USA tentent probablement de détruire le format d'Astana en mettant la Turquie devant un choix: soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous.    

Réponse: Je ne peux pas démentir votre théorie, mais je vais la laisser justement en tant que théorie. A mon avis, il s'agit d'une conception globale évoquée par l'administration précédente sous la forme d'une seule phrase "Assad must go" ("Assad doit partir"). Les temps, les présidents et les administrations changent, mais cette conception très utile perdure. Elle tout simplement existe. Elle est complètement liée à une certaine ligne rouge dont on nous parle tout le temps. Cette ligne rouge concerne l'utilisation d'armes chimiques par Damas.

Nous avons déjà frôlé une limite dangereuse. Vous vous rappelez bien les propos similaires du président Barack Obama, qui a lié les frappes à l'utilisation d'armes chimiques par Damas. On avait pourtant à l'époque la possibilité de priver de cet argument les pays et les forces politiques qui considéraient les armes chimiques comme une ligne rouge, car il y avait en réalité des armes chimiques sur le territoire syrien. La Russie a proposé aux États-Unis et à toute la communauté internationale l'idée de démilitarisation chimique de la Syrie, soutenue par Washington et mise ensuite en pratique. 

Quelques ans après, Damas ne possède plus d'armes chimiques, mais la conception demeure. Cela concerne également l'existence du prétexte principal, de la "ligne rouge" qui devrait, selon les idéologues de Washington, jouer le rôle de déclencheur, lancer la mise en œuvre de la conception "Assad must go". On parle de nouveau des armes chimiques. Rien n'a changé. Dans tous les cas, les spin doctors qui assurent le développement et la mise en œuvre de cette conception, misent sur le mariage de deux éléments - Bachar Assad et les armes chimiques - notamment dans l'opinion publique pendant une période prolongée.

C'est la façade de cette situation. Je n'ai aucune réponse concrète concernant les motifs - intérieurs ou concernant les relations internationales - des propos actuels. Toutes ces choses sont en jeu, ainsi que beaucoup d'autres facteurs. Ce n'est pas à nous qu'il faut poser cette question, mais plutôt aux politologues, aux journalistes et aux responsables de Washington.  

Question: Dans quelle mesure est-ce le choix personnel de Donald Trump, ne subit-il pas des pressions? En prenant le préambule, Donald Trump évitait les accusations directes envers la Russie et son gouvernement…

Réponse: Je ne suis pas sûre qu'on puisse parler d'une pression par la force, mais il est indéniable que depuis un an et demi il subit une pression politique. C'est la pression de la partie perdante qui joue activement le rôle d'opposition à l'administration actuelle, la critique et cherche même à prouver l'illégitimité des élections, associe constamment l'activité du président à la présidentielle. Dans cette confrontation le facteur de la Russie est constamment utilisé.

On peut évidemment parler de pression politique, mais je laisserai entre parenthèse de savoir s'il s'agit de ce contexte ou d'un autre. Je peux simplement confirmer que nous avons conscience du fait que la pression politique est clairement exercée.

Question: A en juger par les déclarations de Donald Trump sur Twitter ne pensez-vous pas qu'il ne connaît pas la situation?

Réponse: Je me suis posé la même question. En principe dans quelle mesure les dirigeants et les chefs de diplomatie de différents pays, par exemple de différents membres de l'Otan, possèdent des informations réelles entre les mains?

Bien sûr cette question s'adresse à eux, pas à nous. Dans quelle mesure cette information arrive jusqu'au sommet, dans quelle mesure est-elle préparée, dans quelle mesure y a-t-il une vraie possibilité d'opérer avec des informations réelles sur le terrain et non avec des rapports. Vous vous souvenez de la déclaration de Theresa May. Nous demandions tout le temps pour savoir sur quelles informations elle s'appuyait. On nous a répondu qu'il s'agissait d'un certain rapport des renseignements. Puis il s'est avéré qu'il n'était pas véridique parce qu'il n'y avait aucune confirmation de Porton Down dans la théorie annoncée. D'une manière ou d'une autre, c'est un nouvel exemple pour montrer comment la Première ministre britannique se référait aux informations qui ont été démenties quelques semaines plus tard par les institutions britanniques elles-mêmes, notamment le laboratoire de Porton Down. C'est également ce qu'a fait Boris Johnson.

C'est une très bonne question, mais pour réfléchir, elle ne s'adresse certainement pas à moi.

Question: Le 10 avril dernier a marqué le 8e anniversaire du crash de l'avion présidentiel (polonais) à Smolensk. Mes collègues posent traditionnellement la question sur la fin de l'enquête et le retour des débris de l'avion. Nous connaissons les réponses, c’est pourquoi permettez-moi de proposer une autre question. Cela fait des années que nous menons des enquêtes efficaces sur les causes de différentes catastrophes, par exemple de vos avions, sur le territoire de la Russie et d'autres pays. Elles sont toujours très claires et bonnes. Tous les résultats arrivent très rapidement. Pourquoi les collaborateurs du Comité d'enquête russe n'arrivent pas depuis 8 ans à élucider l'enquête sur l'avion polonais? Toutes les autres enquêtes avancent très rapidement.

Réponse: Est-ce que vous ne connaissez vraiment pas la réponse à cette question? Vous savez parfaitement à quel point toute cette histoire est politisée en Pologne. Tout ce qui pouvait être dévoilé et présenté aux enquêteurs polonais, aux experts et aux gens qui mènent l'enquête a été fait par la Russie. Nous étions et restons prêts à une coopération totale avec Varsovie. Il est impossible d'accuser la Russie de cacher quoi que ce soit à la Pologne ou de ne pas lui accorder un accès.

Question: Vous parlez très souvent de choses honnêtes. L'avion Tu-154 en question appartient à l'Etat polonais. Peut-être qu'il est temps de rendre son bien au propriétaire?

Réponse: Vous comprenez que votre deuxième question concernant le retour des biens au propriétaire est liée à la première. Vous demandez pourquoi ce thème n'est toujours pas clos en Russie. Peut-être que ce n'est pas très éthique, mais j'ai aussi une question pour la Pologne pour savoir ce qui empêche la Pologne de clore cette affaire?

Question: Vous connaissez aussi très bien la réponse. La Pologne propose de rendre les débris de l'avion pour mener une enquête normale comme il se doit.

Réponse: Et qu'est-ce qui empêche de mener une enquête normalement avec un accès total aux débris sur le territoire russe? Nous n'avons pas reçu de réponse claire à cette question.

Question: Si l'avion du Président russe s'était écrasé sur le territoire polonais, accepteriez-vous que ses débris restent pendant plusieurs années sur le territoire de notre pays?

Réponse: Je pense que s'il existe une vraie volonté de mener une enquête réelle au lieu de le faire de manière politisée, alors les experts et les spécialistes trouveront un terrain d'entente, et c'est ce qui a été fait. Malheureusement, nous avons vu ensuite qu'après une ouverture sans précédent de la Russie et la coopération des experts russes et polonais, plusieurs forces politiques polonaises ont commencé à horriblement politiser ce problème. Voilà ce que nous voyons. On peut poser la même question à vous. Les enregistrements des conversations dans la cabine de l'avion ont été décryptés et présentés non seulement à la Pologne, mais également à toute la communauté internationale. Ils sont publiés sur internet.

Malgré la transparence maximale de notre part, en Pologne cette histoire est présentée de telle manière que nous continuons d'entendre constamment des accusations visant la Russie. Je fais référence aux déclarations des politiciens polonais et des publications polonaises liées d'une manière ou d'une autre aux accusations de la Russie, et vous ne pouvez pas le nier.

Question: Vous ne pensez pas que la raison de ces doutes est le fait que l'avion appartient à la Pologne et reste depuis 8 ans sur le territoire de Smolensk?

Réponse: Quels doutes peuvent exister si les autorités polonaises ont accès à l'avion? Quel est le rapport avec la méfiance de Varsovie? Après tout, vous parlez de méfiance. De quelle méfiance est-il question quand non seulement l'enquête, mais également tout ce qui concernait cette catastrophe, se trouvait sous le contrôle personnel du gouvernement des deux pays? L'enquête étroite est devenue bien plus large compte tenu de l'ampleur sans précédent des faits et à cause du préjudice pour la Pologne. Tout a été fait pour que le processus soit le plus ouvert possible. Par la suite l'ex-Président russe Dmitri Medvedev a déclaré et confirmé plusieurs fois que l'accès à toutes les données de cette affaire serait accordé à la Pologne sur toutes les requêtes. Cela a été également déclaré au niveau de nos spécialistes et des représentants publics. S'il est nécessaire de travailler avec les débris de l'avion et d'autres données ou coopérer avec nos experts – pas de problème. Nous y sommes prêts. Mais aujourd'hui nous n'avons reçu aucune requête polonaise qui resterait sans réponse. Cela n'est jamais arrivé à ce jour. Je ne suis pas le porte-parole pour ce thème. Je voudrais noter que nous avons des experts appropriés qui commentent ce sujet. Mais en lisant constamment les articles des médias polonais d’un manière ou d’une autre je suis forcée de me préparer également pour ce thème. Chaque fois après une nouvelle vague de discussions sur ce thème dans les médias polonais j’apprends qu’il y a eu de prétendus refus à la Pologne d’accès aux informations ou aux débris de l’avion. Cela n’est jamais arrivé à ce jour.

Question: Sauf une seule – rendre l'appareil.

Réponse: Nous revenons à la question par laquelle nous avons commencé. L'enquête est en cours, elle n'est pas terminée en Russie. Je dois adresser la question sur ces raisons à vous également. Pourquoi l'enquête est toujours en cours chez vous?

Je veux dire encore une fois qu'à tout moment quand la Pologne demandera des informations ou un accès aux débris de l'avion, elle les aura. On comprend que, malheureusement, ce sujet est devenu une partie intégrante significative de la vie politique polonaise. C'est le principal problème. Ce n'est pas une question de recherche de la vérité, du travail avec des preuves ou des informations, mais de volonté à maintenir éternellement à flot ce thème et de l'instrumentaliser par différents politiciens.

Question: Vous voulez nous en protéger en retenant l'avion?

Réponse: Non. Pensez-vous vraiment qu'en cas de remise hypothétique à la Pologne des débris de l'avion ce thème sera clos?

Question: Je pense que ce serait plus rapide qu'aujourd'hui.

Réponse: L'ampleur avec laquelle ce thème est présent ces dernières années dans l'espace politique polonais témoigne, malheureusement, que ce thème ne sera pas clos pendant encore longtemps. Ce n'est pas une question d'enquête ou de travail des spécialistes, mais de volonté permanente de maintenir ce thème à flot. Je lis les articles publiés en Pologne et j'entends les déclarations des politiciens polonais, je ne vois pas la volonté de revérifier les informations (pour cela il faut venir et demander des documents et des preuves), mais uniquement de maintenir ce thème à flot.

Question: Croyez-vous en développement futur du processus de Genève dans le contexte des débats sur les frappes éventuelles contre la Syrie?

Réponse: Le point de vue russe souligne le caractère inacceptable de toute résolution musclée du conflit syrien. Toutes les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité de l'Onu stipulent que la crise syrienne ne peut être réglée que par des moyens pacifiques. Cela concerne non seulement la position russe, mais aussi la position concertée du Conseil de sécurité de l'Onu.

Compte tenu de ces faits, nous estimons que les processus de Genève et d'Astana, ainsi que tous les autres efforts visant à consolider les forces politiques syriennes, d'opposition ou pro-gouvernementales, sont très importants afin de marquer la progression vers la paix dans un sens pratique.

Les propos sur une solution musclée éventuelle empêchent certainement le processus de paix, poussent les extrémistes locaux à poursuivre leurs activités extrémistes et terroristes, encouragent les djihadistes.

Comme je l'ai déjà mentionné aujourd'hui - par ailleurs, nos experts dans le pays le confirment - les premières frappes aériennes d'Israël et les déclarations américaines sur la possibilité des frappes ont été immédiatement suivies d'une intensification des activités des groupes armés. Cela ne favorise pas le règlement du problème, mais l'aggrave davantage. Il est à noter que les États-Unis, la Russie et d'autres pays soutiennent officiellement le règlement pacifique de la crise syrienne.

Question: Hier, le Président russe Vladimir Poutine s'est entretenu par téléphone avec le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou. Que pensez-vous des relations entre la Russie et Israël suite aux événements en Syrie de cette semaine?      

Réponse: Nous avons une règle: nous ne commentons pas les événements au niveau du Président russe. C'est une prérogative de son Administration et de son service de presse. Il vous faut contacter ces derniers en ce qui concerne l'entretien téléphonique.

Quant à nos relations, elles se développent dans différents domaines. Nous avons visiblement des divergences. J'ai notamment annoncé notre position sur les frappes israéliennes. Il est à noter pourtant que nous examinons ces problèmes dans une atmosphère de confiance. Nous les analysons, exprimons nos approches, écoutons celles d'Israël, tentons de trouver des points de convergence. Concernant les frappes aériennes, nous avons clairement présenté aujourd'hui nos positions. Tout comme par le passé. 

Question: Nos diplomates ont plus d'une fois souligné le caractère inacceptable de la présence des bases avancées près de nos frontières et des violations répétées des traités internationaux, notamment du texte de Vienne. Nos préoccupations restent d'habitude ignorées. Comment peut-on l'expliquer? Peut-on changer cette situation?

Réponse: La situation en Europe s'est considérablement compliquée, et nous en parlons régulièrement. Cela s'explique par l'élargissement du potentiel militaire de l'Alliance atlantique sur son flanc oriental. Plus concrètement, il s'agit de quatre bataillons internationaux et prêts au combat qui ont été déployés sur la base de rotation aux pays baltes et en Plonge dans le cadre de la conception de présence avancée renforcée. Au 1er février 2018, leurs effectifs se chiffraient à près de 5 000 personnes, ce qui correspondait à une brigade motorisée possédant des véhicules lourds. La Pologne, l'Estonie et la Lituanie accueillaient chacune un bataillon d'environ 1 000 militaires, tandis qu'en Lettonie il y avait près de 1 400 militaires de l'Alliance.

L'Alliance poursuit ses missions de patrouille dans l'espace aérien de ses membres d'Europe de l'Est.

Des groupes navals de l'Otan et les navires des pays de l'Alliance visitaient régulièrement les mers Baltique, Noire et Méditerranée, faisaient escale dans les ports des pays non-membres, notamment de la Géorgie, de l'Ukraine et de la Finlande.

Les effectifs du contingent américain déployé actuellement sur la base de rotation sur le flanc oriental de l'Alliance, notamment dans le cadre de l'opération des forces armées américaines "Atlantic Resolve", atteignent environ 5 500 personnes ce qui est comparable à deux brigades de l'armée de terre. Compte tenu  de l'élargissement continu du financement dans le cadre du programme "European Reassurance Initiative", on n'exclut pas l'élargissement futur de la présence américaine et de l'envergure des activités militaires des États-Unis dans la région.

On constate les efforts visant à moderniser les infrastructures militaires et civiles des pays d'Europe de l'Est, ainsi que des initiatives plus nombreuses dans la mise en œuvre des exercices militaires diversifiés des alliés.  

Ainsi, il s'agit aujourd'hui au total de 10 000 ou 12 000 militaires possédant des centaines de véhicules militaires et des avions, qui ont été déployés sur la base de rotation constante sur le territoire où ils n'avaient jamais été présents et n'auraient dû en principe se trouver dans une telle envergure et pour une telle durée, conformément à l'Acte fondateur Russie-Otan de 1997.  

Tous ces efforts entrepris par l'Otan dans le cadre de l'histoire imaginée de la "menace orientale", visent évidemment à créer une tête de pont afin de faire une pression militaire sur la Russie. La Russie n'a pourtant aucun intérêt à contribuer à l'escalade future de la situation près de ses frontières. Nous appelons l'Alliance à réfléchir sérieusement et à se rendre compte du fait que ces provocations se soldent inévitablement par le renforcement des tensions et la dégradation du climat militaire et politique en Europe, ce qui met en péril la sécurité de tous les pays du continent sans aucune exception, y compris des membres de l'Otan.

Question: Quelle pourrait être, selon vous, la réponse russe aux nouvelles sanctions américaines? Symétrique? 

Réponse: De règle, nous n'évoquons pas ces sujets avant de prendre telle ou telle décision. Le cas présent ne fait pas exception. Si nous prenions des décisions, nous le ferions de manière consolidée et les annoncerions plus tard.

Question: Dans son interview accordée récemment à l'agence TASS, le Président azerbaïdjanais Ilham Aliev a indiqué que les relations spéciales avec la Russie étaient l'une des priorités de la politique étrangère de l'Azerbaïdjan. Compte tenu de sa victoire d'hier aux élections, quelles sont, selon vous, les perspectives de développement des relations russo-azerbaïdjanaises? Quels domaines prioritaires pourriez-vous souligner?

Réponse: Afin de ne pas répéter les propos généraux que j'ai déjà tenus aujourd'hui en répondant à la question concernant les élections, je voudrais dire que nous poursuivrons sans doute le développement de nos relations avec l'Azerbaïdjan, qui viseront la mise en œuvre des intérêts des peuples de nos pays dans différents domaines et secteurs sur la base de l'avantage et du respect mutuels. Nos relations sont très prometteuses. Je rédigerai pour la prochaine conférence de presse un rapport détaillé présentant les chiffres, les faits, les perspectives de coopération et les projets prometteurs. A mon avis, cela sera très utile.  

Question: La police de sécurité estonienne (KAPO) fête aujourd'hui son anniversaire. Chaque année, le 12 avril cet organe publie un annuaire des "ennemis de l'Estonie". Ses héros reçoivent une sorte de "marque noire" – par exemple, les médias se voient refuser l'accréditation, les représentants officiels refusent de coopérer avec eux. L'an dernier, cette "marque" a été attribuée à Rossiya Segodnya et à Sputnik.  Depuis plusieurs années consécutives la police de sécurité estonienne qualifie la Russie de principal ennemi de l'Estonie. Peut-on redresser d'une certaine manière cette situation du côté russe? Des mesures symétriques sont envisageables?

Réponse: En effet, les difficultés auxquelles sont confrontés les médias russes en Estonie sont bien connues. Il est question de discrimination tacite – on refuse les accréditations aux activités officielles, nous savons qu'il est interdit aux fonctionnaires de communiquer avec les journalistes russes. Aujourd'hui il existe une nouveauté sous la forme d'une "étiquette" d'ennemi. Ce sont des choses affligeantes, évidemment. Elles ne correspondent aucunement aux objectifs annoncés par Tallinn dans le domaine de la protection de la liberté d'expression, d'un accès égal à l'information. Malheureusement, il existe des craintes qu'une telle politique soit dictée par l'aspiration à restreindre les sources d'information alternatives qui diffusent des informations et des articles qui divergent avec la politique officielle de Tallinn.

Cette question peut être réglée grâce à la coopération avec les structures internationales compétentes comme l'OSCE, en partie l'Onu et évidemment le Conseil de l'Europe. C'est dans le cadre de ces structures que sont réglées les questions relatives à la liberté d'expression, à sa protection. Nous attirons régulièrement l'attention quand il y a des informations factuelles de nos collègues de l'OSCE. Et ce sera également le cas cette fois.

Question: Vous avez parlé de la version selon laquelle Ioulia Skripal serait détenue en isolement. Des informations similaires ont été publiées par l'Ambassade de Russie au Royaume-Uni. Y a-t-il des pronostics pour les actions à venir de la Russie? Il s'avère que notre compatriote pourrait être retenue de force on ne sait où. Allons-nous y réagir?

Réponse: Il y a un point à noter. Nous n'avons pas d'informations pour savoir si elle est retenue de force ou si elle se trouve de son plein gré dans des établissements médiaux, et à présent dans des structures liées aux renseignements britanniques. On ne peut pas parler de confiance. La confiance a été complètement sapée par Londres quand on nous a refusé l'accès aux informations. Nous partons du fait que puisque le Royaume-Uni ne nous fournit pas d'informations concernant l'emplacement et l'état de Ioulia Skripal, et nous n'avons aucune information de ses proches ou par exemple des médias à qui on pourrait faire confiance qui l'auraient vu ou lui auraient parlé, autrement dit, il y a toutes les raisons de penser qu'elle pourrait être effectivement retenue contre son gré.

La lettre publiée sur le site de Scotland Yard au nom de Ioulia Skripal est très étrange. Elle laisse davantage de questions que ne donne de réponses (tout en comprenant la situation dans laquelle s'est retrouvé l'individu). D'où la question, est-ce que les médias ont un accès à Ioulia Skripal? Voilà la question. Le style de la lettre suscite également des doutes. En partant des passions qui se déchaînent dans le monde, est-ce que cette jeune femme a accès à l'internet, à la télévision? Est-ce qu'elle comprend ce qui se passe en dehors du local où elle est détenue? Si oui, alors nous ne pouvons qu'être surpris par la retenue que nous voyons dans la lettre. Mais il me semble qu'on comprend qu'il est possible de parler du contraire – la personne se trouve réellement dans l'isolement. C'est un isolement physique et un isolement des médias, de l'accès aux sources d'informations.

Ensuite nous ferons ce que nous faisions déjà – demander aux autorités britanniques un accès, de fournir des informations factuelles, la participation à l'enquête qui, nous l'espérons, a été mené sur le territoire britannique et aux preuves qui ne seront pas encore détruites.

Question: Si le Royaume-Uni refuse le contact dans l'"affaire Skripal", est-ce que les proches de la famille peuvent porter un avis de recherche international ou déposer une plainte à la Cour internationale des droits de l'homme concernant la violation du droit de liberté et d'accès à l'information.

Réponse: Je pense que cette question s'adresse aux proches. Il y a certainement des procédures juridiques, mais c'est une question pour les proches et les avocats. Les démarches primordiales lesquelles ils devaient effectuer (pas parce qu'ils étaient forcés, mais parce qu'ils sont effectivement des proches) ont été faites, et ils ont obtenu un refus. C'est tout. Malheureusement, les mécanismes qui doivent fonctionner dans cette situation ne fonctionnent pas.

Question: Compte tenu des nombreux messages sur l'état de santé de Khalifa Haftar certains spécialistes occidentaux ont parlé d'une situation politique grave dans l'est de la Libye risquant se transformer pratiquement en vide de pouvoir. Peut-on entendre à ce sujet l'avis des experts russes sur la situation dans l'est de la Libye?

Réponse: La situation est très difficile. Malheureusement, nous ne pouvons pas constater une tendance d'amélioration. Sachant que nous essayons d'entretenir les contacts avec toutes les parties qui représentent cet ancien Etat et cherchent aujourd'hui à rétablir la structure étatique du pays. C'est la première chose que je peux dire. Je peux demander aux experts de préparer un commentaire plus détaillé à ce sujet.

Question: Avez-vous des informations pour savoir à quoi ressemblera la situation à la frontière entre la Russie et le Belarus pendant la Coupe du monde? A l'heure actuelle les étrangers ne peuvent pas la traverser, il n'y a pas de contrôle. Y a-t-il des informations à ce sujet?

Réponse: Je demanderai des précisions à nos experts et nous vous les présenterons. Vous le savez, cette question a été soulevée. Je demanderai des précisions pour vous transmettre ces informations.

Question: La Russie se bat depuis sept ans contre le terrorisme international en Syrie. Il y a eu des tentatives de séparer l'opposition des combattants. Pourquoi une nouvelle escalade a lieu? Après tout, il y a eu des tentatives de processus de paix au Congrès du dialogue national syrien à Sotchi.

Réponse: L'une des versions est que c'est précisément la perspective d'un règlement réel de la situation sur le terrain et, par conséquent, l'absence de perspectives du scénario de force qui étaient également la raison de telles tentatives désespérées d'utiliser les déclarations provocantes sur l'attaque chimique pour exercer la pression par la force.

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