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Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse commune suite à ses pourparlers avec le Ministre tadjik des Affaires étrangères Sirodjidin Aslov, Moscou, 9 avril 2018

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Mesdames et messieurs,

Nous avons mené de bonnes négociations empreintes de confiance, substantielles et concrètes.

La Russie et le Tadjikistan sont des partenaires stratégiques et des alliés dont les relations ont passé l'épreuve du temps. Nos deux pays sont liés par un dialogue franc à tous les niveaux sans aucune exception.

Nous avons évoqué aujourd'hui en détail la mise en œuvre des accords conclus lors de la visite du Président russe Vladimir Poutine au Tadjikistan en février 2017. Nous avons constaté une croissance modeste mais stable des échanges. Le volume des transferts financiers des particuliers de la Russie vers le Tadjikistan a augmenté de près d'un tiers.

Nous espérons que la 15e réunion de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique, qui devrait avoir lieu à Moscou prochainement, donnera une impulsion supplémentaire à la coopération dans le domaine économique, commercial et des investissements. Nous nous sommes accordés pour travailler au perfectionnement futur des conditions de travail des entreprises russes et tadjikes sur les marchés des deux pays.

Nous partageons la même vision du développement dynamique de nos liens culturels et humains. Nous mettons en œuvre avec succès le projet visant à envoyer des professeurs russes dans les écoles tadjikes. Sept établissements sont déjà concernés. Nous signerons bientôt l'accord relatif à l'ouverture d'encore cinq écoles dispensant des cours en russe. D'autres pays d'Asie centrale s'intéressent déjà à cette expérience. Nous tenterons de promouvoir cette initiative utile non seulement au Tadjikistan, mais aussi sur le territoire de ses voisins. Plus de 15 000 Tadjiks suivent actuellement leurs études en Russie, et les antennes tadjikes des universités russes accueillent actuellement plus de 7 000 étudiants. Nous y voyons une preuve évidente du fait que l'enseignement russe est demandé. Nous apprécions grandement le respect du Président tadjik Emomali Rahmon et des autorités du pays en général envers la langue et la culture russes.

Nous avons accordé une attention particulière à la coopération dans le domaine migratoire. Aujourd'hui, nous menons un travail actif visant à augmenter la protection juridique des citoyens tadjiks qui arrivent en Russie. Nous élaborons des accords supplémentaires en matière de migration. Nous nous sommes entendus aujourd'hui pour accélérer la mise au point des textes qui devraient être signés.

Nous avons confirmé notre volonté de poursuivre notre soutien à nos amis tadjiks pour la modernisation et le rééquipement technique de leurs forces armées, ainsi que pour l'augmentation de leurs capacités dans la  protection des frontières nationales.

Nous sommes satisfaits du niveau de coordination entre nos ministères des Affaires étrangères, notamment au sein des plateformes multilatérales que sont la CEI, l'OTSC, l'OCS, l'Onu, l'OSCE etc. L'approfondissement futur de notre partenariat sera favorisé par le programme de coopération entre les services diplomatiques de la Fédération de Russie et de la République du Tadjikistan en 2018, que nous avons signé aujourd'hui.

Le Tadjikistan assure en 2018 la présidence de la CEI. Nous sommes certains que les efforts de Douchanbé favoriseront le renforcement de la Communauté, et nous accorderons tout le soutien nécessaire à nos amis tadjiks.

Nous sommes reconnaissants envers nos partenaires pour la coordination étroite que nous avons établie à l'Onu, plus particulièrement pour leur soutien aux priorités russes et leur rejet des tentatives de soumettre à l'Organisation des initiatives douteuses à tonalité antirusse.

Nous apprécions grandement la solidarité exprimée par le Tadjikistan et tous les pays membres de l'OTSC en lien avec la situation autour de l'incident de Salisbury: le 4 avril dernier, lors de la session spéciale du Conseil exécutif de l'OIAC, nous avons présenté la Déclaration commune des pays membres de l'OTSC stipulant la nécessité de se laisser guider par la Convention sur l'interdiction des armes chimiques dans une enquête transparente, impartiale, objective et professionnelle. De notre côté, nous continuerons de soutenir les actions tadjikes sur l'arène internationale, notamment à l'Onu.      

Aujourd'hui, nous avons examiné les initiatives de nos amis telles que la convocation en juin prochain d'une conférence de haut niveau consacrée à la Décennie internationale d'action "L'eau pour le développement durable" (2018-2028). Le deuxième événement est la Conférence internationale de haut niveau "La lutte contre le terrorisme et le radicalisme", qui se déroulera en mai à Douchanbé. La Russie enverra des représentants de haut niveau à ces deux événements.

L'intensification de la coopération entre les pays d'Asie centrale est positive à nos yeux. La Russie soutient cette tendance et est prête à continuer de favoriser le partenariat interétatique dans la région sur la base des principes d'égalité et de respect mutuel des intérêts des voisins d'Asie centrale. 

Nous avons évoqué en détail le problème afghan, qui touche directement à la sécurité de nos États. On constate en Afghanistan, notamment dans ses régions septentrionales, une intensification de l'activité des combattants de Daech. Le trafic de stupéfiants, qui alimente directement le terrorisme et l'extrémisme, atteint des niveaux sans précédent au lieu de reculer. Nous avons également constaté le caractère inacceptable des tentatives de certains acteurs extrarégionaux d'utiliser la situation très compliquée dans ce pays afin d'atteindre leurs objectifs sordides visant à promouvoir des agendas unilatéraux ne répondant aux intérêts de la région.

Nous affirmons à l'unisson que le rôle principal dans la lutte contre la propagation de l'extrémisme, du terrorisme et du trafic des stupéfiants revient aux pays de la région, ainsi qu'aux organisations internationales telles que l'OTSC, l'OCS et la CEI. Nos collègues ont salué la contribution de la 201e base militaire russe au Tadjikistan et de la base aérienne au Kirghizstan aux efforts communs visant à renforcer la stabilité en Asie centrale.      

Nous nous sommes accordés pour maintenir des contacts étroits sur toutes les questions évoquées aujourd'hui et assurer la mise en œuvre concrète des ententes obtenues par nos présidents au niveau des ministères des Affaires étrangères.

Question: Que pense la Russie des menaces du Président américain Donald Trump contre elle et l'Iran suite aux informations des médias concernant une attaque chimique dans la Ghouta orientale? Quelle serait la réaction russe si les menaces de Donald Trump concernant des frappes américaines éventuelles contre la Syrie étaient mises à exécution? Existe-il, selon-vous, un lien entre la frappe d'aujourd'hui et ces menaces?

Sergueï Lavrov: Nous avions déjà commenté ces événements avant qu'ils surviennent réellement. Nos militaires déployés en Syrie ont plus d'une fois prévenu qu'on préparait vraisemblablement une provocation sérieuse visant à accuser Damas d'utiliser des armes chimiques contre les civils. Le gouvernement syrien a dit la même chose. Conformément à ce que nous avions prédit, nous avons constaté des messages en provenance de la ville de Douma dans la Ghouta orientale (banlieue de Damas). Beaucoup d'entre vous ont probablement vu ces images montrant des enfants et des adultes qu'on arrosait d'eau avec des seaux. Il est à noter que ces "sauveteurs" ne sont aucunement protégés contre les effets de la substance qui a frappé ceux qu'ils aident. Tout cela est très similaire aux images partagées il y a un an, quand les "Casques blancs" dont les escroqueries sont désormais connues travaillaient sans aucun moyen de protection dans un cratère formé, selon eux, par une bombe chargée de gaz sarin. Tous les chercheurs sérieux ne faisaient que hausser les épaules. Tout cela a servi de prétexte pour lancer une campagne antisyrienne colossale, similaire à celle qu'on développe actuellement contre la Russie sous prétexte qu'elle protégerait le "régime criminel", comme ils le disent. 

En ce qui concerne la réaction de nos collègues occidentaux de Washington, Paris, Londres et d'autres capitales, elle se limite à des slogans très simples: "Sans aucun doute, c'est le régime qui a lancé l'attaque. Comme la Russie le soutient, elle est également responsable, tout comme l'Iran. Il faut bien sûr mener une enquête". Pour un homme qui a l'habitude de se laisser guider par la logique, il est très difficile de comprendre comment la première assertion ne contredit pas la deuxième. D'autant plus dans un cas où il est nécessaire de mener d'urgence une enquête honnête. Nous y sommes absolument favorables. Mais si l'enquête ne vise qu'une conclusion déjà établie - "c'est le Président syrien Bachar al-Assad qui l'a fait avec le soutien du Président russe Vladimir Poutine" - aucune discussion sérieuse n'est possible. Les informations sur l'entretien téléphonique entre le Président français Emmanuel Macron et le Président américain Donald Trump ont notamment souligné que ces derniers avaient échangé des preuves de l'utilisation d'armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad. La rapidité de ces rapports aux dirigeants par les experts qui ont tiré ces conclusions est en effet impressionnante. Je ne veux pas ironiser, mais tout cela ne ressemble pas vraiment à des événements plausibles. Nos experts militaires se sont rendus sur les lieux, tout comme les représentants de la Société syrienne du Croissant-Rouge qui est très respectée par les organisations internationales telles que l'Onu et le Comité international de la Croix-Rouge. Ces spécialistes n'y ont trouvé aucune trace de l'utilisation de chlore ou d'une autre substance chimique contre les civils.  

Nos militaires ont déjà réagi aux avertissements de l'entourage du Président américain Donald Trump concernant des frappes éventuelles des États-Unis contre la Syrie. Nous avons nos propres engagements en Syrie, qui se basent sur notre accord conclu avec le Gouvernement légal et légitime de ce pays membre de l'Onu, à la demande de ce Gouvernement.       

En ce qui concerne les frappes d'aujourd'hui, il faut élucider les faits. On a beaucoup d'informations sur qui a volé ou non. Si je comprends bien, Washington nie que ces frappes ont été commises par les Américains ou d'autres membres de la coalition. Cela démontre encore une fois que la situation en Syrie devient trop dangereuse. Il y a des acteurs que personne n'a invités, qui se sont de fait invités eux-mêmes sous prétexte de combattre Daech et le terrorisme. On a pourtant constaté plus tard d'autres objectifs, annoncés ou méticuleusement dissimulés. Les experts sont cependant unanimes sur le fait que ces acteurs, notamment la coalition américaine et les États-Unis-mêmes, ne veulent en réalité pas quitter la Syrie pour laisser ce pays aux autres, comme l'a dit le Président américain Donald Trump. Ils veulent y prendre racine pour très longtemps. Il faut sans doute élucider ces frappes. Ces développements sont très dangereux. J'espère que ce fait est au moins compréhensible aux militaires des États-Unis et des pays membres de la coalition américaine. 

Question: Lors de la rencontre tripartie des leaders russe, turc et iranien à Ankara, l'Iran a appelé la Turquie à restituer Afrin au pouvoir de Damas. Ankara a repoussé cette demande. Est-ce que la Russie considère ce refus comme une tentative d'annexer Afrin? Quelle sera la gestion de la ville, selon la Russie?

Sergueï Lavrov: Je ne me souviens pas de tels échanges catégoriques à Ankara. La question d'Afrin a en effet été évoquée dans le cadre de la position énoncée par le Président turc Recep Tayyip Erdogan, qui soulignait les tentatives des États-Unis de "flirter" avec les groupes kurdes pour créer grâce à eux une certaine "ceinture de sécurité" à la frontière irakienne. Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a considéré ces projets et ces plans comme une menace contre la sécurité de son pays. Il n'a jamais annoncé que la Turquie voulait occuper Afrin.

Comme les Turcs affirment que leurs objectifs principaux à Afrin ont été atteints, nous estimons que le moyen le plus simple de normaliser la situation dans la région est de restituer le contrôle du gouvernement syrien sur ce territoire. Notre position n'a pas changé.

 

 

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