Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, suite à la rencontre des chefs de diplomatie des pays du G20, Nagoya, 23 novembre 2019

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La réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du G20 prend fin. Nous avons examiné des questions liées aux problèmes de gouvernance mondiale. Tout cela doit certainement être perfectionné compte tenu des problèmes accumulés dans l'économie et le commerce mondiaux. De ce point de vue, le G20 constitue un format idéal. Cela a été confirmé lors des débats d'aujourd'hui. Ils ont réuni les pays des BRICS et du G7 ainsi que d'autres États qui assurent la représentation de la diversité civilisationnelle du monde moderne.

Ce travail est compliqué, mais il aide dans tous les cas à évoquer et à rechercher des approches universellement acceptables des problèmes qui seront résolus dans le cadre du droit international par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, l'Organisation mondiale de commerce (OMC). Les questions d'un système libre et ouvert de commerce global occupent une place spéciale dans les débats compte tenu de l'élargissement du protectionnisme, des "guerres commerciales" ou d'autres problèmes qu'il faudra encore résoudre.  

Le deuxième bloc de questions concerne les objectifs de développement durable, adoptés par l'Assemblée générale de l'Onu. Ils fixent le rythme de coopération dans la résolution des problèmes de la pauvreté, de l'assurance de la sécurité alimentaire, de l'industrialisation à l'époque numérique et d'autres sujets concernant directement les pays émergents et d'autres États.

Le troisième bloc suit logiquement le deuxième et concerne le rôle de l'Afrique dans le monde moderne du point de vue de son potentiel économique énorme et encore loin d'être épuisé, ou de l'aide à la résolution de beaucoup de conflits et de crises qui demeurent sur le continent africain et empêchent de mettre en valeur les ressources de l'Afrique pour le bien de ses peuples et de l'économie mondiale.

Nous avons présenté la position russe sur ces questions. En ce qui concerne les affaires africaines, nous avons spécialement souligné la nécessité de ne pas imposer aux Africains des solutions extérieures – y compris dans le règlement de conflits – mais de suivre le principe "les problèmes africains exigent une solution africaine". Cette position a été confirmée encore une fois par le Président russe Vladimir Poutine lors du premier sommet historique Russie-Afrique, organisé il y a un mois à Sotchi. Cela sera donc notre plan d'actions: nous soutiendrons l'Union africaine et les organisations sous-régionales dans leur vision des solutions aux problèmes africains.

Question: La veille de votre rencontre avec le Ministre japonais des Affaires étrangères Toshimitsu Motegi, le Secrétaire général du gouvernement japonais Yoshihide Suga a pratiquement répété la vielle position indiquant que le Japon n'était prêt à signer un accord de paix avec la Russie qu'après la résolution du litige territorial. A votre avis, est-il acceptable – du point de vue russe – de lier la question territoriale à l'accord de paix?

Sergueï Lavrov: Avec tout le respect que je dois au Secrétaire général du Cabinet des ministres,  nous nous guidons par les ententes obtenues au sommet entre le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Ils se sont accordés pour faire progresser les débats sur les problèmes restants sur la base de la Déclaration de l'URSS et du Japon de 1956. Ce texte dit tout clairement: il faut d'abord reconnaître l'intégrité territoriale et la souveraineté de la Russie sur tout son territoire, notamment dans les Kouriles du Sud – cela constitue la reconnaissance du bilan de la Seconde Guerre mondiale – pour évoquer ensuite toutes les questions restantes.

Question: Quelles questions avaient-vous évoquées avec John Sullivan?   

Sergueï Lavrov: John Sullivan est le chef de la délégation américaine à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20. Nous avons évoqué le rôle de ce groupe dans les relations internationales et ont confirmé notre soutien à lui. Il répond à nos intérêts et forme une bonne plateforme pour obtenir des ententes mutuellement acceptables. Nous savons évidemment que John Sullivan passe actuellement la procédure de nomination au poste de l'Ambassadeur américain aux États-Unis. Nous avons débattu des moyens de résoudre le grand nombre de problèmes accumulés dans nos relations. D'autant plus que John Sullivan, en sa qualité actuelle, a mené la délégation américaine aux négociations avec la Fédération de Russie sur la stabilité stratégique. Notre entretien a été très utile.

Question: Ces derniers temps, les États-Unis tentent évidemment d'influencer et de soutenir des contestations dans différentes régions du monde: en Amérique latine, en Iran ou à Hong Kong. Parallèlement, ils continuent de "montrer leurs muscles" dans la région Asie-Pacifique. Est-ce que la Russie et le Japon ont des positions similaires sur le rôle joué par les États-Unis?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne le comportement des États-Unis dans le monde, notamment dans la région Asie-Pacifique, l'Amérique n'hésite pas de souligner ouvertement dans ses relations avec le Japon qu'elle considère la Russie et la Chine comme les menaces principales et qu'elle développera ses alliances militaires avec le Japon, l'Australie et la Corée du Sud sur la base de ces menaces et ces défis. Lors de notre rencontre d'hier avec le Ministre japonais des Affaires étrangères Toshimitsu Motegi, nous avons naturellement attiré l'attention sur le fait que tout cela contredisait clairement les propos des Japonais affirmant que leur alliance militaire et politique avec les Américains n'était pas orientée contre la Russie. Nous continuerons de dialoguer. Bientôt, déjà en décembre, le Ministre japonais des Affaires étrangères Toshimitsu Motegi se rendra en Russie pour sa première visite en cette nouvelle qualité. Ce sujet jouera sans doute un rôle central lors de nos discussions.

Question: Il semble que Moscou soulève plus souvent que les autres capitales la question de sécurité internationale liée à la course aux armements. Evoque-t-on ce sujet dans le cadre du G20? Existe-t-il des leviers permettant à la Russie d'influer sur la communauté internationale via ce groupe afin de résoudre ce problème?  

Sergueï Lavrov: Ce ne fait pas évidemment partie de l'agenda du G20, bien que le pays organisateur puisse proposer n'importe quelles questions aux rencontres des ministres des Affaires étrangères. L'agenda du G20 ne comprend pas de telles questions en 2019. Elles sont essentielles tout d'abord dans notre dialogue avec les États-Unis, ainsi qu'avec les Européens et les pays d'Asie-Pacifique, notamment compte tenu de la volonté des États-Unis – après leur destruction du Traité FNI – de déployer des missiles à portée intermédiaire dans la région Asie-Pacifique. Ils l'ont annoncé absolument ouvertement. Bien que nos collègues du Japon et de la Corée du Sud affirment que les Américains n'ont pas de projets de ce genre et qu'ils n'ont reçu aucune demande en ce sens, Washington tient publiquement ces propos. Ainsi, nous devons nous laisser guider par les faits existants.

Question: La signature de l'accord de paix entre la Russie et le Japon, est-elle freinée par la présence militaire des États-Unis? Progressons-nous à l'aide de l'activité économique commune avec les Japonais dans les Kouriles, grâce aux contacts humains (les Japonais s'y rendent pour visiter les tombeaux de leurs ancêtres)?

Sergueï Lavrov: Cette alliance militaire avec les États-Unis constitue certainement un problème du point de vue de la nécessité d'élever les relations russo-japonaises à un niveau supérieur. Je voudrais rappeler qu'encore à l'époque de concertation de la Déclaration de 1956, l'URSS a déjà dit qu'il ne serait possible de mettre tout cela en œuvre – tous les points de la Déclaration – qu'à condition de la cessation de la présence militaire des États-Unis sur le territoire du Japon. Nous avons transmis à nos collègues japonais – au niveau du Ministère des Affaires étrangères et du Conseil de sécurité – une liste des préoccupations absolument concrètes de la Fédération de Russie en matière de sa sécurité qui s'apparaissaient en raison de l'existence, du développement permanent et du renforcement de l'alliance militaire et politique du Japon et des États-Unis. Nos collègues japonais ont promis de réagir à ces préoccupations. Nous attendrons leurs réponses et poursuivrons la discussion.  

En ce qui concerne l'activité économique commune, elle s'est mise à se développer de manière assez bonne. On constate tout d'abord du progrès dans les projets tels que la mise au point de recyclage moderne de déchets ou l'organisation de voyages touristiques spéciaux dans les Kouriles du Sud. Comme vous le comprenez bien, ces deux domaines ne peuvent pas vraiment être considérés comme une percée, ils ne sont pas stratégiques en ce qui concerne le développement de nos relations économiques. Nous avons beaucoup de projets importants avec le Japon, y compris à Sakhaline. Les Japonais ont intérêt à participer à l'élargissement des projets de Sakhaline, d'Arctic LNG 2 et d'autres initiatives. Nous voudrions attirer plus activement nos partenaires japonais à la coopération dans le domaine des hautes technologies. Il existe un certain progrès dans le domaine médical, notamment en ce qui concerne la création de centres oncologiques de pointe. Nous avons évoqué hier ces sujets. Nous continuerons de développer nos initiatives pratiques visant la mise en œuvre des ententes obtenues par le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Come vous le savez, Shinzo Abe a présenté un plan contenant huit points. Nous avons de notre côté transmis à nos collègues japonais une liste de projets prioritaires. Ces deux textes forment actuellement le fondement de toutes nos actions, notamment dans le cadre de l'activité économique commune dans les Kouriles du Sud.

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