Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe avec Saifuddin Abdullah, Ministre des Affaires étrangères de la Malaisie, Moscou, 21 novembre 2019

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Mesdames et messieurs,

Nos pourparlers avec mon homologue malaisien Saifuddin Abdullah se sont déroulés dans une atmosphère traditionnellement amicale, comme il se doit pour de bons partenaires de longue date. Nos relations s'appuient sur de longues traditions de confiance, de compréhension mutuelle et de coopération.

Nous avons débattu des questions d'actualité bilatérale dans le contexte des ententes obtenues en septembre dernier à Vladivostok en marge du Ve Forum économique oriental entre le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre malaisien Mahathir bin Mohamad. Nous nous sommes accordés pour donner une impulsion supplémentaire à la coopération dans tous les domaines évoqués par nos leaders.

Nous avons souligné l'importance du dialogue dans le domaine de la sécurité. En lien avec ce thème, nous avons évalué positivement les contacts établis entre le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie et nos partenaires des départements correspondants de l'Administration du Premier ministre malaisien. Le Secrétaire du Conseil de sécurité russe Nikolaï Patrouchev s'est rendu à Kuala Lumpur en août dernier. Nous nous sommes entendus pour poursuivre la coopération sur ces questions.   

Nous avons accordé beaucoup d'attention à la coopération commerciale et économique. La hausse stable des échanges permet d'espérer que cette tendance se poursuivra. Au cours des dix premiers mois de l'année, les échanges ont progressé d'encore 10% pour dépasser 2,2 milliards de dollars. Ce chiffre augmentera encore considérablement d'ici la fin de l'année.

Nous avons constaté un travail actif des entrepreneurs russes en Malaisie et des entrepreneurs malaisiens en Russie. Ils réalisent des investissements conjoints et lancent des sites industriels importants en Malaisie et en Russie. Ainsi, une entreprise malaisienne a récemment ouvert une usine de traitement du bois dans la région de Khabarovsk. Nous nous sommes entendus pour soutenir les liens directs entre les entrepreneurs, d'autant plus que nous disposons d'importants formats spécialisés tels que le Conseil d'affaires russo-malaisien ou le Conseil d'affaires Russie-ASEAN qui est une plateforme importante d'ententes mutuellement avantageuses. 

Nous avons maintenu un développement dynamique des liens dans le domaine de la science, des technologies, de la culture, de l'éducation et du tourisme. Nous avons salué l'intérêt des Malaisiens pour la langue russe, l'enseignement en Russie. Plus de 1 200 étudiants malaisiens suivent actuellement leurs études en Russie. Nous nous sommes accordés pour résoudre toutes les questions relatives aux demandes de stages pratiques formulées par les étudiants.

Cette année, nous avons organisé un événement important. Moscou a accueilli en octobre la première réunion de la Commission conjointe russo-malaisienne pour la coopération économique, scientifique, technique et culturelle qui a examiné tous les domaines de notre coopération et a défini des projets appropriés.

Nous avons évoqué les problèmes globaux. Nous avons des positions similaires sur les questions-clés. Nous soulignons unanimement la nécessité de respecter le droit international, de ne pas torpiller les ententes obtenues au format universel, de respecter la Charte de l'Onu, de régler les crises et les conflits uniquement par des moyens pacifiques, de respecter l'individualité de tous les peuples et leur droit de choisir leur voie de développement.

Nous avons débattu des affaires régionales, du développement de la coopération dans la région Asie-Pacifique, des relations entre la Russie et l'ASEAN, de la participation de la Russie dans les formats centrés sur l'ASEAN. Il s'agit du Sommet de l'Asie orientale, du Forum régional des États d'Asie du Sud-Est sur la sécurité ou de l'APEC dont la Malaisie assurera la présidence en 2020. Nos amis nous ont informés aujourd'hui des préparatifs du sommet de l'APEC qui aura lieu en novembre 2020.

Nous avons une position unifiée concernant le fait que l'architecture régionale de sécurité de la région Asie-Pacifique doit continuer de s'appuyer sur les formats créés à l'initiative de l'ASEAN. Nous promouvrons activement cette position.  

Nous avons également évoqué le partenariat entre la Russie et l'Organisation de la coopération islamique. Nos contacts avec cette structure ont été noués à l'initiative du Premier ministre malaisien Mahathir bin Mohamad, qui a proposé à Vladimir Poutine le statut d'observateur au sein de l'Organisation encore en 2003. Depuis, nous disposons de ce statut et développons activement notre coopération.

Nous avons examiné la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où perdurent beaucoup de conflits: cela concerne notamment la Syrie, le Yémen ou la Libye. Aujourd'hui, on constate également une aggravation de la situation en Irak et au Liban. Malgré tous ces problèmes très aigus, on ne peut oublier le conflit israélo-palestinien, le plus ancien de la région. Nous avons les mêmes positions sur cette question: il est nécessaire de se laisser guider par les décisions adoptées au Conseil de sécurité de l'Onu, les principes de Madrid et l'Initiative de paix arabe soutenue par tous les membres de l'Organisation de la coopération islamique. Les déclarations telles que celles faites par le Secrétaire d'État américain Mike Pompeo, qui a affirmé que les États-Unis ne considéraient plus les colonies israéliennes en Cisjordanie comme illégales, contredisent directement les décisions existantes, signées par tous les pays du monde. Dans l'ensemble, cela ne fait que mener la situation dans une impasse. Nous continuerons de promouvoir le rétablissement du respect complet et absolu de toutes les décisions adoptées jusqu'à présent.

Je suis très reconnaissant à mon homologue pour ces pourparlers fructueux et je voudrais lui transmettre la parole. 

Question (adressée à Saifuddin Abdullah): Le Premier ministre malaisien Mahathir bin Mohamad a indiqué en septembre que son pays n'était pas satisfait du progrès de l'enquête sur le crash du vol MH17, et a même mis en doute l'impartialité de l'investigation. Aucune preuve solide n'a été présentée depuis cinq ans. Comme nous le savons, la Malaisie a insisté pour qu'une enquête indépendante soit menée sous l'égide d'un groupe spécial réunissant des experts de différents pays. Où en est ce travail? Quelles initiatives entreprend la Malaisie afin de favoriser une investigation objective?

Sergueï Lavrov (ajoute après Saifuddin Abdullah): Monsieur le Ministre a dit que la Malaisie n'avait été invitée à rejoindre la Joint Investigation Team (JIT) que quelques mois après sa formation (fin 2014), et pas à toutes les activités de cette dernière. Selon nos informations, pendant l'absence de la Malaisie à la JIT les autres membres se sont entendus pour concerter, y compris avec l'Ukraine, toutes les informations avant leur publication. C'est une façon très inhabituelle d'enquêter et de rendre publiques les informations.

Ils ont récemment publié certains enregistrements téléphoniques: il leur a fallu cinq ans pour les monter. Il serait cependant très facile de présenter au monde les faits existants et demandés depuis longtemps: les enregistrements téléphoniques des contrôleurs aériens ukrainiens ou les données primaires des radars ukrainiens (on ne les fournit pas sous le prétexte que tous les radars auraient cessé de fonctionner à ce moment précis). Les données des satellites américains n'ont pas non plus été transmises malgré les promesses, même s'il est très facile de le faire.

Nous avons évoqué aujourd'hui ce que la Russie avait fait pour assurer l'investigation la plus objective, détaillée et concrète possible. La JIT ignore tous les matériaux que nous avons transmis - informations, démonstration grandeur nature - concernant les circonstances éventuelles de l'incident et les conclusions possibles. Si je comprends bien, personne n'a informé la Malaisie de ces données. C'est pourquoi nous avons proposé à nos amis malaisiens d'envoyer chez nous leurs experts pour que nos spécialistes reproduisent pour eux tout ce qu'ils avaient montré et transmis aux Pays-Bas pour la JIT. J'espère que cela pourra permettre à nos collègues malaisiens d'être mieux informés que ne le veulent les autres membres de la JIT. 

Question: Selon les informations précédentes, la Russie devrait présenter à Choe Son-hui, membre du Conseil d'État et première Vice-Ministre des Affaires étrangères de la Corée du Nord, venue à Moscou pour une visite, une version remaniée du plan de règlement coréen, concertée par la Chine et la Russie. En quoi consiste ce plan? Comment a-t-il été reçu par la Corée du Nord?

Sergueï Lavrov: La Russie et la Chine ont avancé pendant l'été 2017 une initiative qui s'appelait à l'époque "feuille de route". Conformément à cette dernière, nous favorisions les initiatives de rapprochement entre les parties, tout d'abord entre la Corée du Nord et les États-Unis, dans le contexte du renforcement de la confiance, du renoncement aux exercices militaires, aux tests nucléaires et aux tirs de missiles. Nous promouvions le lancement du dialogue. Globalement, la situation a évolué exactement de cette manière. Tout comme la Malaisie, nous saluons les contacts directs entre les Américains et les Nord-Coréens, notamment entre les leaders des deux pays: le Président américain Donald Trump et le Président de la Commission des affaires de l'État nord-coréen Kim Jong-un. Comme vous le savez, ces contacts piétinent ces derniers temps. La raison en est très simple: la Corée du Nord estime qu'elle a déjà fait suffisamment pour s'attendre à une action réciproque. Mais l'Amérique veut obtenir tout tout de suite, et réfléchir ensuite à une gratification éventuelle de la Corée du Nord. A mon avis, tout le monde comprend que c'est impossible, que les choses ne fonctionnement pas comme ça. Afin de soutenir le processus en perte de vitesse et de l'empêcher de se retrouver dans une impasse, nous avons élaboré avec la Chine ce texte, le "plan d'action", contenant les idées que les parties pourraient utiliser dans quatre domaines: militaire, politique, économique et social. Le Plan est formulé de manière à ce que l'on puisse en extraire n'importe quelle question et la mettre en œuvre indépendamment. Cela concerne le gel de l'activité militaire sur toute la péninsule coréenne et dans son voisinage, le dialogue politique, les échanges diplomatiques, le rétablissement des liens économiques, y compris avec la participation des voisins des deux Corées, etc. Ce plan d'action a déjà subi des modifications supplémentaires. Nous avons présenté le premier projet aux autres participants aux négociations à six, notamment aux États-Unis, à la Corée du Sud et à la Corée du Nord. Nous avons reçu des commentaires en réponse à ce plan. Ces commentaires étaient constructifs, tout le monde a soutenu l'idée et a présenté des souhaits concrets concernant le texte. Nous avons pris tout cela en considération. La version actuelle du plan d'action a été transmise à la Corée du Nord et sera prochainement présentée à nos autres partenaires. 

Question (adressée à Saifuddin Abdullah): Selon les forces de l'ordre malaisiennes, la simplification du régime de visa avec les pays du Moyen-Orient a transformé la Malaisie en escale pour les terroristes qui se dirigeaient vers l'Asie du Sud-Est. Êtes-vous d'accord avec cette estimation? Quelles initiatives seront entreprises par le Ministère malaisien des Affaires étrangères afin de combattre ce phénomène?

Sergueï Lavrov (ajoute après Saifuddin Abdullah): Je voudrais moi aussi souligner l'importance de ce sujet. Nous coopérons de manière étroite avec la Malaisie au niveau bilatéral ainsi que via les structures compétentes de la région Asie-Pacifique. Il existe le Forum régional de l'ASEAN sur la sécurité, et la lutte antiterroriste est également évoquée lors des Sommets de l'Asie orientale ou dans le cadre du dialogue stratégique entre la Russie et l'ASEAN. Nous coopérons évidemment à l'Onu et dans le cadre du Forum mondial de lutte contre le terrorisme.

Afin de donner une évaluation sur la situation dans tel ou tel pays, il est important de bien comprendre les origines du problème. La menace terroriste globale s'est considérablement aggravée suite à l'invasion illégale en Irak et à l'agression contre la Libye. Aujourd'hui, Daech a été vaincu, notamment en Syrie, du point de vue de la création de son califat. Des groupes dispersés de combattants de Daech, ainsi que du Front al-Nosra - une autre organisation terroriste interdite par le Conseil de sécurité de l'Onu - continuent de résister, mais tout le monde comprend que leurs jours sont comptés. Dans ce contexte, ils commencent à se disperser dans le monde entier: ils partent notamment vers l'Afghanistan, tentent de s'introduire en Asie centrale, en Europe et dans les pays d'Asie du Sud-Est.  

Nous avons transmis à nos collègues malaisiens les informations sur la base de données constituée par le Service fédéral de sécurité russe et permettant de suivre les mouvements des terroristes étrangers en direct. 47 services secrets de 36 pays participent à cette base de données. Cette dernière regroupe également beaucoup de pays de l'ASEAN - y compris le Vietnam, les Philippines et le Cambodge - et des organisations internationales - notamment les structures spécialisées du Comité du Conseil de sécurité de l'Onu. Il s'agit d'un outil très utile permettant de suivre en temps réel les personnes dont la réputation est entachée par le terrorisme et qui pourraient s'introduire dans notre pays à des fins malveillantes.

Nous comptons sur la poursuite de notre coopération dans ce domaine. Nous subviendrons par tous les moyens aux besoins de la Malaisie en équipements et en armes nécessaires pour combattre le terrorisme. Nous avons la Commission intergouvernementale russo-malaisienne pour la coopération dans le domaine de la défense, de l'industrie militaire et des technologies militaires qui travaille efficacement depuis longtemps. La Malaisie peut demander n'importe quels équipements nécessaires dans ce cadre.  

 

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