Discours du Ministre

2 mars 201519:32

Allocution du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'un rendez-vous de haut niveau sur la protection des chrétiens, Genève, le 2 mars 2015

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Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Le christianisme est l'une des plus grandes religions du monde aussi bien en nombre de fidèles qu'en étendue – il existe au moins une communauté chrétienne dans chaque pays. Aujourd'hui, des millions de chrétiens sont persécutés, intimidés, discriminés et sont victimes de répressions inhumaines.

Notamment au Moyen-Orient, berceau de la chrétienté et de la civilisation humaine. Cette région est submergée aujourd'hui par une vague d'extrémisme. Les conflits interconfessionnels et intercivilisationnels se sont exacerbés. La vie normale et l'existence même de nombreuses communautés religieuses sont remises en question.

Depuis le début du Printemps arabe, la Russie a appelé à ne pas laisser les processus de changements dans la région à la merci des extrémistes religieux. Moscou a prôné un règlement des crises par des moyens politiques et diplomatiques, une promotion des réformes nécessaire par un dialogue national, ainsi que la recherche d'une paix et d'une entente entre tous les groupes confessionnels, y compris les divers courants de l'islam et du christianisme.

La situation en Syrie, modèle historique de diversité ethnique et confessionnelle, est dramatique. Ce pays était un exemple unique de cohabitation pacifique et mutuellement respectable de plusieurs communautés religieuses. Après avoir témoigné de la complaisance envers les forces extrémistes, qu'on a tenté d'utiliser pour combattre le gouvernement de Bachar al-Assad, le régime s'effondre. Les sévices des organisations terroristes en Syrie et en Irak, qui ont proclamé un "califat", s'accompagnent de destruction de dizaines d'églises chrétiennes, dont des sanctuaires ancestraux, et d'exode de masse des chrétiens. Des villes entières, comme Mossoul, sont entièrement privées de toute présence chrétienne.

Sur le territoire de ce "califat", les islamistes commettent d'horribles crimes et imposent l'obscurantisme de force: les chrétiens, dont des prêtres, sont tués, brûlés vifs, vendus comme esclaves, pillés, expulsés de leurs terres et pris en otages. Il y a une semaine, les extrémistes de l’État islamique – qui n'a rien d'islamique et qu'on ne laissera pas devenir un État – ont enlevé 150 chrétiens assyriens dans le nord-est de la Syrie et ont profané et détruit deux églises. Il est difficile de trouver les mots pour réagir au massacre cruel de 21 coptes chrétiens égyptiens il y a un mois en Libye. Ces crimes ont tous les aspects d'un génocide selon la définition de la Convention de 1948.

L'exode des chrétiens du Moyen-Orient pourrait avoir les conséquences les plus négatives sur la structure des sociétés arabes et la préservation du patrimoine historique et spirituel qui a un sens pour toute l'humanité. Je suis certain qu'il faut redoubler d'efforts pour faire cesser les persécutions contre les chrétiens et les fidèles d'autres religions.

L'union des efforts pour combattre l'extrémisme et le terrorisme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord doit être une tâche commune. Des démarches importantes ont été engagées dans ce sens avec l'adoption de résolutions au Conseil de sécurité des Nations unies, dont les n°2170 et 2199. Mais notre capacité commune à bloquer efficacement tout canal de soutien aux terroristes, y compris l'EI, le Front al-Nosra et d'autres, en utilisant les mécanismes créés au Conseil de sécurité, aura une importance décisive. Une autre tâche tout aussi importante consiste à empêcher les djihadistes de s'emparer des esprits des jeunes et de les recruter. Nous soutenons les initiatives des leaders chrétiens et musulmans dans la région visant à faire front ensemble contre les tentatives des extrémistes en tout genre de blasphémer et de pervertir les hauts principes moraux des grandes religions mondiales.

Une autre conclusion à tirer suite aux événements tragiques au Moyen-Orient est qu'il faut renoncer une bonne fois pour toutes à la tentation de prendre les destins de nations entières en otage d'ambitions géopolitiques, mises en œuvre en s'ingérant grossièrement dans les affaires intérieures d’États souverains.

A mon plus grand regret, les chrétiens ne sont pas persécutés qu'au Moyen-Orient. Je ne peux pas dire qu'en Ukraine, où une guerre fratricide a été déclenchée après le coup d’État anticonstitutionnel, les nationalistes radicaux incitent à la haine interreligieuse. Mais des églises et des monastères orthodoxes sont détruits, des prêtres et des croyants subissent des persécutions et des intimidations. Rien que dans le Sud-Est de l'Ukraine, dix églises ont été complètement détruites, 77 ont subi de sérieux dommages. Trois prêtres orthodoxes ont été tués. De nombreux représentants de l’Église ont fui en Russie pour fuir les menaces des extrémistes.

Je me dois de mentionner les problèmes éprouvés par les chrétiens dans divers pays occidentaux, où il est devenu politiquement incorrect de définir son appartenance à la religion chrétienne et où les valeurs chrétiennes sont devenues gênantes, alors qu'elles sont la base de la civilisation européenne. La laïcité agressive prend de l'ampleur. On érode la morale et l'identité nationale, les traditions culturelles et religieuses. Les cas de vandalisme et de profanation d'églises, de lieux sacrés, de cimetières et de symboles chrétiens se multiplient. Il est de plus en plus difficile pour les croyants de défendre ouvertement leurs convictions.

Comme le montre l'histoire, la civilisation perd sa force spirituelle quand elle renonce à ses idéaux moraux. Nous devons nous en rappeler, notamment aujourd'hui à l'occasion du 70e anniversaire de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale, qui a emporté des dizaines de millions de vies de toute nationalité et confession. Il est de notre devoir à tous, au nom des futures générations, de ne pas trahir l'héroïsme des vainqueurs et de s'opposer sans appel aux tentatives d'incitation à la haine et à l'hostilité. Les efforts de toutes les religions mondiales porteuses du patrimoine général de l'humanité sont appelés à y jouer un rôle primordial.

Nous saluons l'activité de l'OSCE, où se sont déjà tenues les conférences sur la lutte contre l'islamophobie et l'antisémitisme, et où une autre se prépare sur la christianophobie. Nous appelons à ce que l'Onu, l'Unesco et le Conseil de l'Europe, y compris dans le cadre du Dialogue des civilisations, accordent plus d'attention à ces problèmes. Nous sommes convaincus que le Conseil des droits de l'homme doit également apporter sa contribution.

Nous espérons que la réunion d'aujourd'hui marquera une étape importante dans la mobilisation des efforts collectifs de la communauté internationale pour protéger les droits des croyants et les valeurs religieuses.

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