2 novembre 201113:52

Sténogramme de l'intervention et réponses aux questions des médias de S.V.Lavrov, Ministre des affaires étrangères de la Russie, à la conférence de presse conjointe avec A. al-Nahyan, Ministre des affaires étrangères des EAU, à l'issue de la première séance ministérielle du dialogue stratégique Russie - Conseil de coopération des états arabes du Golfe Abu-Dhabi, le 1er novembre 2011

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Je vous remercie sincèrement, cheikh Abdallah, pour votre hospitalité.

Votre merveilleux pays a toujours été très hospitalier non seulement pour les rencontres officielles, mais pour les touristes russes, qui y viennent avec plaisir, et dont le nombre augmente constamment.

Les pourparlers d'aujourd'hui aux Emirats Arabes Unis ont clairement montré que nos pays veulent développer et approfondir la coopération ultérieure dans le commerce, les investissements, la culture, le sport, l'éducation, la science. Je suis persuadé que la nouvelle séance de la Commission intergouvernementale russo-émiratienne aux changes commerciaux, prévue l'an prochain, aidera à consolider la base actuelle et à prévoir de nouveaux projets assez importants.

Nous remercions l'administration des Emirats Arabes Unis pour l'aide dans l'ouverture à Sharjah de la première église orthodoxe russe sur la péninsule Arabique.

Les consultations du Conseil de coopération des états arabes du Golfe (CCEAG) avec le Ministre des affaires étrangères de la Russie constituent la première rencontre ministérielle de ce genre. Nous nous sommes depuis longtemps entendus de bien la préparer, et je suis heureux qu'il en ait été bien ainsi. Notre entretien a été efficace. Nous avons adopté le Mémorandum de dialogue stratégique, qui fixe les domaines de notre coopération comme l'économie, le dialogue politique, l'interaction culturelle, l'opposition aux nouveaux défis et menaces. Nous avons aussi concerté la Déclaration conjointe, qui contient notre vision des problèmes de l'ordre du jour international. Les positions de la Russie et des membres du Conseil de coopération des états arabes du Golfe coïncident pratiquement sur plusieurs aspects. Cela concerne, avant tout, l'importance du respect des normes du droit international et du rôle central de l'Organisation des Nations unies, mais aussi le besoin de faire tout le possible pour garantir le règlement de tout crise et conflit par les moyens politico-diplomates. Nous nous sommes aussi entendus et, partant, avons informé nos représentants spéciaux que la prochaine rencontre aura lieu à Moscou, et que vers ce temps, les experts de nos pays prépareront le Plan d'actions de la mise en œuvre du partenariat stratégique, qui englobera tous les domaines de la coopération de la Russie avec les états du CCEAG.

Je voudrais encore une fois remercier les hôtes de la manifestation d'aujourd'hui. Je suis persuadé que cette rencontre sera obligatoirement suivie de pas pratiques importants pour le bien de nos pays et peuples.

Merci.

Question: La visite de la délégation de l'opposition yéménite en Russie a montré que les dirigeants russes ont fait preuve de la nouvelle approche au règlement au Yémen. Est-ce que cela est vrai ? Et quelle est la ligne russe dans les affaires syriennes ?

S.V.Lavrov: Je ne crois pas qu'il s'agit d'une nouvelle position du gouvernement de la Russie à propos de la situation au Yémen, car elle était reproduite dans la résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU, adoptée à l'unanimité il y a quelques jours. Ce document se base sur le soutien de l'initiative du Conseil de coopération des états arabes du Golfe en faveur du besoin au gouvernement et à l'opposition de se mettre à la table des négociations et de s'entendre à propos du compromis, qui permettra de régler le conflit. C'est une proposition honnête, et elle est mise en pratique aujourd'hui. Nous sommes persuadés que l'approche pareille au sujet yéménite, qui suppose le dialogue des autorités et des forces d'opposition, doit être appliquée également à la situation en Syrie. La position de la Russie sur ce problème est aussi reflétée dans le projet de la résolution commune de la Russie et de la Chine, présenté au CS de l'ONU, qui prévoit le règlement pacifique du conflit sans aucune intervention étrangère, sur la base du dialogue inclusif syrien, auquel doivent participer toutes les forces responsables de la Syrie.

Je suis satisfait que le Comité de la Ligue des états arabes à sa réunion d'hier à Doha ait approuvé l'initiative, que, comme nous l'espérons, l'administration syrienne adoptera, car elle vise bien l'aide au dialogue entre le gouvernement de la RAS et toutes les parties de l'opposition syrienne. C'est l'unique moyen d'obtenir que les Syriens prennent eux-mêmes la décision concernant l'avenir de leur pays, le dialogue politique, la réconciliation nationale, agissant par les moyens pacifiques sans user de force.

Question: Si l'initiative pacifique pour la Syrie n'est pas couronnée de succès, est-ce que la Russie entend poursuivre le soutien du régime de B.al-Assad ?

S.V.Lavrov: Vous savez, nous ne soutenons pas les régimes, mais prônons le respect du droit international. Sûrement, nous avons beaucoup de questions concernant l'application du droit international après la prise par le CE de l'ONU de la résolution pour la Libye. Après ce drame, qui a emporté des dizaines de milliers de vies sous les slogans répétés de la défense des civils, nous sommes extrêmement préoccupés de ce que certains dirigeants des forces de la coalition, et puis le Secrétaire général de l'OTAN, aient qualifié l'opération en Libye d'un «modèle» pour l'avenir.

Concernant la Russie, nous n'admettrons pas la répétition dans l'avenir de rien de semblable. Je répète, nous ne soutenons pas les régimes, n'avons pas soutenu non plus celui du colonel M. Kadhafi, nous avons prôné le soutien de l'initiative de l'Union Africaine, que certains pays - membres importants de l'OTAN ont malheureusement ignorée et rejetée. Ils se sont servis du mandat établi par le CS de l'ONU pour régler le problème par voie militaire et au prix de dizaines de milliers de vies des civils.

Nous sommes partisans de l'approche, qui est actuellement appliquée au Yémen. Le CCEAG a avancé l'initiative, et tous – le Conseil de coopération, la LEA, l'Union Européenne, les USA, la Russie, la Chine – ont agi de manière très responsable, sans imposer de dates artificielles et donnant assez de temps – des mois – pour que le but déclaré puisse être obtenu.

Je suppose que c'est la décision (du CS de l'ONU) pour le Yémen qui constitue le modèle pour l'avenir, mais pas les résolutions pour la Libye, qui ont été grossièrement violées, ce qui avait sérieusement nui à la réputation du Conseil de Sécurité. Et nous, je vous le certifie, ne l'admettrons plus.

Ainsi, la résolution pour le Yémen est un exemple de la conduite responsable des membres responsables de la communauté internationale, qui ne se soucient pas de leurs propres campagnes de promotion, mais de l'avenir des pays de la région, et qui ne se guideront vraiment pas sur le besoin de la défense des droits de l'homme au prix de la vie des civils, mais par voie de négociations, même si elles sont compliquées et déchirantes. Voilà le vecteur de l'avancement.

Question: Pourriez-vous commenter la situation autour de la Palestine, qui est devenue membre à part entière de l'UNESCO, et la décision des USA, qui ont déclaré qu'ils n'entendent plus financer l'Organisation ?

S.V.Lavrov: Je crois que la participation de la Palestine à l'UNESCO est la réponse tout à fait logique à l'appel de Ramallah. Le vote aux organes directeurs de l'Organisation a été légitime. Il n'est pas correct d'examiner ce pas dans le contexte confrontationnel. Certainement, les dirigeants palestiniens ne considèrent pas la participation de la Palestine à l'UNESCO ou à tout autre organisme spécialisé de l'ONU et même à l'ONU proprement dite comme alternative aux négociations. L'administration palestinienne déclare clairement qu'en présentant la demande à l'ONU, à l'UNESCO ou à une autre organisation, elle s'en tient très fermement à l'orientation à régler le problème par voie des négociations, confirmant qu'elle est prête à poursuivre le dialogue avec Israël sans conditions préliminaires, mais sur la base des documents internationaux de l'ONU en vigueur ou d'autres décisions concertées. C'est la position du Quatuor proche-oriental en composition de la Russie, de l'ONU, des USA et de l'Union Européenne, approuvée le 23 septembre dernier dans la déclaration, qui contient le calendrier des négociations et confirme de nouveau clairement la disposition sur la prise en compte de la base de droit internationale actuelle, qui servira de fondations à ces pourparlers.

Il est très regrettable que les USA aient pris la décision de refuser de cotiser à l'UNESCO. Cela n'aidera pas la formation de l'atmosphère favorisant la reprise des négociations. J'espère que cette décision sera révisée.

Question: Quelles sont, selon vous, les perspectives de ce que la LEA et la Syrie s'entendent de juguler la violence, et connaissez-vous les initiatives du Comité de la LEA ?

S.V.Lavrov: Comme j'ai déjà dit, nous prônons le soutien de ces initiatives. Nous les croyons la manifestation de l'approche constructive, qui consiste non seulement dans les exigences envers les autorités syriennes, mais dans l'appel à l'opposition, qui ne doit pas faire bloc avec les groupes armés radicaux, extrémistes, qui agissent destructivement, ne doit pas recevoir d'armes de l'étranger (il existe plusieurs rapports des faits de la contrebande d'armes pour les groupes d'opposition en Syrie, qui n'ont jamais été démentis) ni ne doit rejeter les propositions de pourparlers. Là est l'initiative du Comité de la LEA, que nous soutenons chaleureusement et espérons que la Syrie l'acceptera. Cependant, nous ne pouvons pas examiner ce sujet isolément. Premièrement, puisqu'au cas où en Syrie quelque chose irait mal, beaucoup de pays de la région sentiront de sérieuses conséquences négatives, et deuxièmement, compte tenu des leçons de la Libye. Nous sommes devenus témoins des faits réels du laxisme public de ce que, malgré l'établissement par le CS de l'ONU de l'embargo sur les livraisons d'armes, les armes entraient en Libye, et les officiels le reconnaissaient. Ils ont aussi reconnu avoir envoyé les unités de force spéciales pour participer aux hostilités, aidé l'aviation de l'OTAN à cibler le territoire de la Libye. Si d'abord on nous disait que la Syrie ne serait pas la Libye, maintenant nous entendons des membres très respectés de l'Alliance Nord-Atlantique que l'opération en Libye était un «modèle» pour l'avenir. Nous sommes assez préoccupés du sort de cette région, puisque nous y avons beaucoup d'amis, avec lesquels nous avons les rapports chaleureux et rapprochés depuis des décennies, et avec certains – des siècles. Nous avons beaucoup de choses communes avec plusieurs pays de la région sur le plan de l'histoire, de la culture, des traditions. C'est une des raisons, pour laquelle nous ne pouvons pas ignorer ce qui s'y passe.

La deuxième raison est que la répétition du «scénario» libyen aura des conséquences géopolitiques très graves non seulement pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, mais aussi pour d'autres régions du monde, compte tenu de ce que le Concept stratégique de l'OTAN, approuvé l'an dernier, prévoit l'usage de la force dans tout point du globe. Tandis que l'OTAN déclare que l'alliance agira en conformité avec les normes du droit international et les dispositions de la Charte de l'ONU, l'opération libyenne nous fournit d'autres preuves.

Ces deux raisons – notre proximité géographique, historique et culturelle de la région, ainsi que l'inadmissibilité de l'approche irresponsable envers l'avenir de l'humanité - nous incitent à faire tout notre possible afin d'éviter les scénarii, selon lesquelles est utilisée la force, la menace par la force, sont instaurées les sanctions ou sont isolés les acteurs importants dans n'importe laquelle région du monde.

Nous sommes persuadés que c'est le strict respect des normes du droit international et l'implication de tous les acteurs d'une situation qui servent de réponse à tous les problèmes, tant en Syrie que dans tout autre point de la région.

Merci.

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