6 juin 200203:50

INTERVIEW DU MINISTRE RUSSE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES IGOR IVANOV ACCORDÉE À RIA "NOVOSTI" ET À "RENMIN RIBAO" À LA VEILLE DU PREMIER SOMMET DE LA CONFÉRENCE SUR LA COOPÉRATION ET LES MESURES DE CONFIANCE EN ASIE

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Question : Le 4 juin, à Alma-Ata, s'ouvre la première Conférence sur la coopération et les mesures de confiance en Asie (CCMCA).

Puisque le sigle CCMCA était pratiquement absent de la presse jusqu'à ces derniers temps, ne pourriez-vous pas évoquer l'origine et le sens de ce processus.

Réponse : L'idée de la Conférence a été proposée par le président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev en 1992, à la 47e session de l'Assemblée générale de l'ONU, pour mettre en marche un processus asiatique d'élaboration de mécanismes de règlement des problèmes fondamentaux du continent et de garantie de la sécurité en Asie. Comme vous voyez, il a fallu dix ans de travail intense pour que cette idée soit matérialisée.

La Russie a soutenu dès le début l'initiative de Nazarbaïev et adhéré au groupe des Etats qui préparaient la première rencontre au sommet.

Aujourd'hui, la CCMCA regroupe seize Etats d'Asie et d'Afrique du Nord : l'Azerbaïdjan, l'Afghanistan, l'Egypte, Israël, l'Inde, l'Iran, le Kazakhstan, la Kirghizie, la Chine, la Mongolie, le Pakistan, la Palestine, la Russie, le Tadjikistan, la Turquie et l'Ouzbékistan. Ces pays occupent ensemble une superficie de 390 millions de kilomètres carrés, soit 89% du territoire de l'Asie, et comptent plus de 2,8 milliards d'habitants, soit près de la moitié de la population de la planète. D'autres pays, notamment les Etats-Unis, le Japon, la République de Corée, l'Indonésie, la Malaisie, le Vietnam, l'Australie et l'Ukraine, ont le statut d'observateur, tout comme les plus grandes organisations internationales dont l'ONU et l'OSCE. En d'autres termes, le processus est largement représentatif, ce qui permet d'envisager des perspectives sérieuses.

Question : Quelles sont, à votre avis, la spécificité et l'importance du forum d'Alma-Ata ?

Réponse : Son importance réside tout d'abord dans le fait qu'il va réunir autour de la même table les dirigeants et les plus hauts représentants des Etats, essentiellement asiatiques, aux traditions historiques et culturelles et aux orientations politiques et économiques différentes. Il ne serait donc pas exagéré de dire que cette rencontre est un événement saillant à l'échelle aussi bien internationale que régionale.

Le contexte international actuel qui a résulté de la mise en place de la coalition antiterroriste globale et de l'opération qu'elle est en train de réaliser en Afghanistan rend ce forum particulièrement opportun. D'autre part, la Conférence compte parmi ses membres des Etats d'autres régions où la situation demeure particulièrement instable : le Proche-Orient et l'Asie du Sud.

Question : La question suivante découle de ce que vous venez de dire. Quelles sont les tâches que la diplomatie russe s'assigne pour le sommet d'Alma-Ata ?

Réponse : Notre position est claire et nette : la CCMCA est de nature à apporter une contribution sensible à l'assainissement de la situation en Asie, en premier lieu à faire face à la menace du terrorisme. L'objectif final, comme nous le concevons, est de mettre en place un espace de sécurité indivisible sur le continent asiatique. C'est une tâche immense et complexe qui implique des efforts collectifs énergiques. Il faudra travailler dans plusieurs azimuts : régler les conflits régionaux, prévenir la prolifération des armes de destruction massive, dissiper l'animosité interconfessionnelle, couper court au trafic d'armes et de stupéfiants. L'un des problèmes les plus pressants consiste à en finir avec les causes premières, ce que l'on appelle les défis de la nouvelle génération, qui sont la pauvreté et l'arriération économique, l'écart grandissant entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement. Bref, c'est un terrain fertile pour le dialogue et la coopération.

La Russie a des intérêts variés et importants en Asie. Ce qui se passe dans la région touche directement notre pays, en premier lieu en ce qui concerne la sécurité et la stabilité à notre frontière orientale et la création des conditions nécessaires au développement de la Sibérie et de l'Extrême-Orient.

Je répète, deux plus grands foyers de crise se trouvent dans la zone de la CCMCA : le Proche-Orient et l'Afghanistan. Parmi les membres de la Conférence on trouve aussi l'Inde et le Pakistan dont la confrontation actuelle préoccupe vivement le monde entier.

La Russie possède une riche expérience de renforcement de la confiance et de répression des défis nouveaux qui menacent la sécurité internationale. Je tiens à rappeler à cette occasion l'Accord sur les mesures de confiance dans le domaine militaire et celui de réduction des forces armées dans la zone de l'ancienne frontière soviéto-chinoise, signés avec la Chine, le Kazakhstan, la Kirghizie et le Tadjikistan. Ce sont les premiers documents de ce genre de toute l'histoire de l'Asie. Une expérience importante de lutte contre le terrorisme, l'extrémisme, le séparatisme et la criminalité organisée transnationale a été également acquise au sein de la CEI et de l'Organisation de coopération de Shanghai. Il y a lieu de rappeler aussi notre travail commun avec l'ASEAN sur l'élaboration de la Déclaration des principes directeurs des relations en Asie-Pacifique, une sorte de Code de comportement dans la région. Tout cela constitue notre contribution concrète au renforcement de la sécurité asiatique.

La CCMCA offre des possibilités supplémentaires pour multiplier les efforts multilatéraux afin de stabiliser la situation en Asie. Et nous avons l'intention de les utiliser activement.

Question : La CCMCA se réunit bout-à-bout avec la rencontre des chefs des Etats membres de l'Organisation de coopération de Shanghai. N'est-il pas projeté de réunir ultérieurement ces deux organisations ?

Réponse : Il faut voir clairement la différence entre l'Organisation de coopération de Shanghai et la CCMCA. L'OCS est constituée comme une organisation régionale et mécanisme nettement structuré de coopération multiforme pratique de six pays dans les plus divers domaines allant du renforcement de la confiance et de la lutte contre les menaces communes au partenariat commercial, économique et culturel. En ce qui concerne la CCMCA, c'est un forum pour dialogue et consultations qu'il n'est pas envisagé de transformer en une organisation internationale.

L'OCS est ouverte à la coopération constructive avec d'autres pays et structures internationales. C'est pourquoi les discussions au niveau de la CCMCA s'annoncent être de nature à favoriser l'organisation du fonctionnement de cette nouvelle association interétatique.

Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE)

Conseil de l'Europe (CE)

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