27 août 202117:58

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe avec Luigi Di Maio, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de l'Italie, à l'issue de leurs pourparlers, Rome, 27 août 2021

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Mesdames et messieurs,

Nous avons terminé les pourparlers d’aujourd’hui à Rome. J’ai rencontré ce matin le Président du Conseil des ministres Mario Draghi, et nous venons de terminer des consultations détaillées avec le Ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale Luigi Di Maio.

L'Italie est l'un des principaux pays avec lequel nous entretenons une riche coopération commerciale, économique et d'investissement. La pandémie a légèrement ralenti les projets dans ces domaines. Les échanges ont diminué l'an dernier. Mais, au premier semestre de l'année en cours, la croissance a repris pour atteindre 30%. Un rôle important est joué dans ces efforts par le Conseil russo-italien pour la coopération économique, industrielle et financière, présidé par Luigi Di Maio côté italien et par le Ministre de l'Industrie et du Commerce Denis Mantourov côté russe.

Nous avons évoqué les contacts à venir à différents niveaux. Nous avons exprimé notre satisfaction vis-à-vis du fait qu'à Ekaterinbourg, au salon international INNOPROM en juillet dernier, l'Italie a été le premier Etat européen à jouer le rôle de pays partenaire, et le Ministre italien du Développement économique Giancarlo Giorgetti a dirigé une délégation.

Nous avons également exprimé notre grande estime du travail mené par la chambre de commerce russo-italien et le Comité russo-italien des entrepreneurs. Nous avons noté les résultats positifs de la participation d'une délégation des entreprises italiennes au Forum international économique de Saint-Pétersbourg qui s'est tenu début juin et où ont été signés plusieurs accords commerciaux importants.

Nous apprécions et cherchons à développer les liens sociaux et culturels, les échanges éducatifs. Nous voulons stimuler les contacts entre les jeunes, l'étude des langues de nos pays. Nous avons examiné le déroulement cette année de l'Année croisée des musées. Il existe plusieurs projets communs, notamment des activités qui seront organisées en Italie à l'occasion du 200e anniversaire de Fedor Dostoïevski. Nous avons réaffirmé le soutien à l'activité du Forum-dialogue des sociétés civiles.

Mon homologue a mentionné l'importance d'unir les efforts dans la lutte contre la pandémie. Le 13 avril a été signé le Mémorandum d'entente en matière de coopération scientifique et d'échange d'informations et de connaissances entre le Centre national Gamaleïa d'épidémiologie et de microbiologie, le Fonds russe d'investissements directs (RFPI) et l'Institut national des maladies infectieuses Spallanzani. Cet accord a posé les bases pour une coopération systémique à long terme. Je suis certain qu'il sera mutuellement avantageux.

Nous espérons que les restrictions de quarantaine seront progressivement levées et qu’il sera possible de rétablir le régime le plus simplifié possible pour les voyages réciproques des citoyens de nos pays. Le gouvernement russe a décidé de rétablir le 28 juin dernier la communication aérienne régulière avec l'Italie. Cela permet aux citoyens italiens d'entrer dans notre pays selon les anciennes modalités.

Concernant l’ordre du jour international, nous avons examiné les perspectives de notre coopération dans la lutte contre le terrorisme et le crime. Nous avons créé une bonne base sous la forme de mécanismes bilatéraux. Il existe également des canaux de coopération à ce sujet dans le cadre de l'Onu.

Compte tenu de la présidence italienne du G20, nous avons parlé en détail du fonctionnement de ce groupe, qui reflète mieux les réalités contemporaines multipolaires que les groupes "étroits".

Pour des raisons évidentes, l'Afghanistan a occupé une place significative dans nos discussions. Nous nous joignons à la condamnation des attentats et aux condoléances exprimées aux familles des victimes. Cela ne fait que renforcer la nécessité d'accélérer l’aide aux Afghans pour qu'ils puissent, sans plus tarder, constituer un gouvernement de transition inclusif avec la participation de toutes les forces politiques principales de ce pays.

Nos collègues occidentaux veulent toujours unir les efforts et chercher des réponses communes quand nous parlons des conséquences de la situation actuelle sur un plan plus large (sur les flux de migrants, de réfugiés). Mais il faut tout de même tirer des leçons après l'Irak, la Libye et maintenant l'Afghanistan. Les tentatives d'imposer un système de valeurs étranger sont très dangereuses. J'espère qu'après la troisième fois, il sera possible de fixer cette conclusion dans la conscience des hommes politiques qui considèrent des actions à venir à l'étranger.

Il est primordial pour nous d'assurer la sécurité de nos frontières au Sud, de nos alliés en Asie centrale. Cette question a été évoquée pendant le sommet en ligne de l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC). Le sommet de l'OTSC en présentiel se tiendra mi-septembre. Le lendemain aura lieu le sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Il ne fait aucun doute que les risques émanant d'Afghanistan, notamment les flux provoqués de migrants clandestins, seront au centre des discussions de nos dirigeants, tout comme les questions relatives à l’aide aux Afghans afin de garantir dans leur pays la stabilité et le fonctionnement normal des institutions civiles.

Nous avons parlé de la situation en Europe. Nous avons partagé nos avis sur les actions des dirigeants de l'UE qui conservent leur disposition antirusse destructive sous l'influence d'un groupe russophobe de pays membres de l'UE.

Nous avons également évoqué la situation en Ukraine. Notre position est la même concernant la nécessite d'accomplir à part entière les Accords de Minsk. Nous avons montré, sur la base d’exemples concrets, comment les dernières modifications de la législation ukrainienne interdisent de facto aux dirigeants de Kiev et aux autres négociateurs d'accomplir ce que les Accords de Minsk exigent d'eux. La situation n'est pas simple. J'espère que tous nos collègues européens qui souhaitent sincèrement la normalisation de la situation en Ukraine pourront influencer le gouvernement de Kiev en ce sens.

Nous avons échangé nos avis sur la situation en Libye et dans l'ensemble en Méditerranée, au Nord de l'Afrique. On constate plusieurs processus, qu'il est difficile de qualifier de positifs. Notre position coïncide concernant le processus de paix libyen. Nous avons prôné le retrait progressif et synchronisé de toutes les forces étrangères de ce pays. L'une des tâches prioritaires consiste à contribuer à l'organisation des élections générales.

Mon homologue a mentionné Alexeï Navalny. Une nouvelle fois je lui ai suggéré, et je suggère à tous ceux qui souhaitent sincèrement élucider ce problème, de prendre connaissance du sténogramme de la réunion du Bundestag où le gouvernement allemand a répondu aux questions très concrètes des députés concernant "l'empoisonnement" de cet homme. Je n'ai pas le moindre doute qu'en se familiarisant avec ces textes une personne objective tirera des conclusions importantes, et notamment qu'une très grande partie de ce problème est classée confidentielle sans raison. Nous voudrions également le comprendre.

Kiev a organisé récemment un événement appelé "Plateforme de Crimée". A cet égard - des collègues italiens ont participé à cet événement - nous avons exprimé notre avis concernant cette idée insensée, qui ne fait qu'attiser une tension inutile là où il faut reconnaître les réalités existantes. Or ces réalités sont que la République de Crimée et la ville de Sébastopol font partie de la Fédération de Russie conformément au vote libre de leurs citoyens.

Nous avons parlé en détail, de manière concrète et productive. J'ai invité Luigi Di Maio à se rendre en visite en Fédération de Russie. J'espère que nous poursuivrons notre dialogue, notamment sur les sujets récemment évoqués au téléphone par le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre italien Mario Draghi.

Question (adressée à Luigi Di Maio, traduite de l'italien): Quelle est actuellement la situation en Afghanistan? A l'heure actuelle, nous voyons que la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France achèvent le retrait de leurs troupes. Quand décolleront les derniers avions italiens? Peut-être la Russie devrait-elle être impliquée? Après tout, elle poursuit les négociations avec les talibans.

Sergueï Lavrov (ajoute après Luigi Di Maio): Je rappelle que depuis des années, nous discutons avec toutes parties du conflit, notamment dans le cadre du format de Moscou. Tous les pays capables d'influencer la situation, ainsi que les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et le Pakistan, y participent.

Nous dialoguions avec les talibans dans le cadre du "trio élargi" (Russie, Etats-Unis, Chine, Pakistan). Ce dialogue se poursuivait jusqu'à récemment dans la capitale qatarie (Doha). Nous avons constaté une tendance à retarder les accords. Si les négociations n'apportent aucun résultat, il y a un risque de reprise des activités militaires, et c'est ce qui s'est produit.

Nous étions prêts à soutenir les accords conclus entre les Etats-Unis et les talibans. Malheureusement, il n'a pas été possible de les accomplir et pas seulement à cause de la position des talibans.

Question (adressée à Luigi Di Maio, traduite de l'italien): Comment se déroule la préparation du G20. Quelle contribution la Russie pourrait-elle apporter?

Sergueï Lavrov (ajoute après Luigi Di Maio): Nous avons parlé aujourd'hui de la préparation du G20 avec le Premier ministre Mario Draghi et Luigi Di Maio. Nous voulons comprendre quel rôle nos amis italiens voient dans le G20. Quelle "valeur ajoutée" voient-ils dans l'usage de ce mécanisme. Un "papier" exposant leur conception nous a été promis pour l'expliquer.

Luigi Di Maio a mentionné qu'il fallait remplir les cinq principes annoncés plus tôt. La lutte contre le terrorisme y occupe la cinquième place, alors que les quatre premiers sont complètement différents. Nos priorités seront différentes. Le plus important pour nous est de garantir la sécurité de nos alliés au Sud de la Fédération de Russie, qui ont des frontières directes ouvertes avec l'Afghanistan.

Mon homologue a souligné la nécessité du format inclusif, c'est une chose importante. J'ai déjà mentionné cinq pays d'Asie centrale qui ne font pas partie du G20. Le Pakistan et l'Iran n'en font pas non plus partie, or sans eux la discussion ne sera pas complète. Nos collègues ont promis de réfléchir à la création de formats qui pourraient être utiles.

Nous étudierons prochainement les affaires afghanes et les conséquences des faits dans le cadre de l'OTSC et de l'OCS. Nous serons prêts à étudier les propositions concrètes de l'Italie pour savoir quel rôle le G20 pourrait jouer.

Question: La situation en Afghanistan est constamment évoquée ces derniers temps. Au sein de la communauté internationale s'est établi un certain consensus concernant la nécessité d'une coopération étroite afin que l'Afghanistan ne redevienne pas un "foyer" de terrorisme international. A-t-il été possible d'élaborer une approche commune lors des pourparlers? Comment la Russie compte-t-elle réagir aux nouvelles menaces qui surviennent littéralement chaque jour (comme dans le cas de l'attentat d'hier)?

Sergueï Lavrov: Je viens de parler en détail de nos priorités en Afghanistan et dans cette nouvelle situation. Nous coordonnerons nos actions avant tout avec les alliés et les partenaires stratégiques dans le cadre de l'OTSC et de l'OCS. Nous serons prêts à coopérer avec tous les autres pays qui, dans un esprit de bonne volonté, pourront contribuer à la normalisation de la situation en Afghanistan en mettant l'accent sur la garantie de la sécurité. Tout le reste sera secondaire dans nos priorités.

Question: Il s'avère que les citoyens de Saint-Marin, vaccinés en majorité avec le vaccin russe Spoutnik V, pourront librement et tranquillement entrer sur le territoire de l'Italie. Sachant qu'il reste fermé aux citoyens russes ayant reçu le même vaccin. N'y voyez-vous pas des doubles standards? Avez-vous évoqué les conditions qui permettraient de rétablir la communication touristique entre la Russie et l'Italie?

Sergueï Lavrov: J'ai demandé à Luigi Di Maio ce qui expliquait cette position privilégiée pour les citoyens de Saint-Marin par rapport aux citoyens russes. Bien que les uns et les autres soient vaccinés avec le même vaccin.

Nous espérons que dès que la question relative à la reconnaissance mutuelle des vaccins sera réglée, les flux touristiques reprendront. Les vols directs en Italie ont repris à partir du 28 juin. Les Italiens empruntant ces vols pour se rendre en Russie peuvent séjourner librement sur notre territoire en conformité avec leur programme de séjour.

La grande majorité des pays de l'UE attend le feu vert de l'Agence européenne des médicaments. Mais on sait que la décision finale est prise par les régulateurs nationaux. Comme l'a fait la Hongrie, qui a enregistré le Spoutnik V au niveau national. Il existe un accord sur la reconnaissance mutuelle des vaccins utilisés en Russie et en Hongrie. La décision finale est prise par les gouvernements nationaux. L'UE a fait des déclarations peu constructives concernant les vaccins russes et chinois.

Question: A la veille de votre visite, l'agence de presse italienne AGI a écrit: "Le ministre russe a l'intention de demander à son homologue italien Luigi Di Maio d'adopter une approche constructive en matière de sanctions". Y a-t-il une part de vérité dans cette formulation? Avez-vous évoqué le thème des sanctions antirusses aujourd'hui?

Sergueï Lavrov: C'est faux. Nous n'avons pas abordé ce thème. Les témoins sont nombreux (les délégations russe et italienne). Cela n'a rien d'étonnant. Nous avons dit plusieurs fois que nous n'avions pas l'intention de parler des sanctions avec les pays utilisant les sanctions comme un instrument faute d'autres méthodes de promotion de la politique étrangère. Nous ne demanderons jamais d’assouplissement à qui que ce soit.

Je suis venu en Hongrie, en Autriche et en Italie pour une bonne et simple raison: j'y ai été invité. Nous apprécions cette possibilité de dialogue concret, honnête, mutuellement avantageux et dans le respect mutuel.

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