21 juin 202115:56

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe avec Helga Schmid, Secrétaire générale de l'OSCE, sur les résultats de leurs pourparlers, Moscou, 21 juin 2021

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Mesdames et messieurs,

Notre entretien a été concret, long et utile. Le dialogue a été constructif et substantiel. Vous le savez, il s'agit de la première visite d'Helga Schmid à Moscou depuis sa nomination en tant que Secrétaire générale de l'OSCE.

Nous connaissons Helga Schmid comme une diplomate expérimentée et très professionnelle, et nous comptons sur la poursuite des contacts dans sa nouvelle fonction. Nous espérons que l'interaction sera productive, notamment du point de vue de l'amélioration de la situation au sein de l'OSCE, qui ne se trouve pas dans sa meilleure étape de développement. Nous sommes d'accord sur la nécessité de perfectionner le travail de l'Organisation.

Nous sommes d'accord sur le fait qu'en raison de sa large couverture géographique, de son approche globale de la sécurité dans toutes ses dimensions, et de la règle de consensus, l'OSCE est tout à fait capable de jouer un plus grand rôle dans les affaires internationales et, évidemment, avant tout dans la région euro-atlantique. La Russie en est convaincue: pour que cela se produise, il faut faire revenir dans l'Organisation la culture, autrefois inhérente, du dialogue équitable dans le respect mutuel et de la recherche de compromis.

Malheureusement, tous les membres de l'OSCE ne partagent pas ce point de vue. Nous avons partagé aujourd'hui des exemples illustrant le maintien de déséquilibres géographiques et thématiques dans le travail des structures exécutives de l'Organisation. Nous les avons hérités des années 1990, quand s'est clairement manifestée l'aspiration à séparer les pays de l'espace paneuropéen en "enseignants" et "élèves". Il est clair que cette voie ne mène nulle part et que tous ces déséquilibres doivent être redressés au plus vite.

Pendant la dernière réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE, qui s'est tenue à Tirana (3-4 décembre 2020), la Russie a proposé d'organiser systématiquement des discussions sur le renforcement de l'efficacité de l'OSCE. Il ne s'agit pas d'une révision des principes fondamentaux et des obligations de base. Au contraire, l'objectif est de faire revenir l'OSCE à sa vocation initiale en tant que structure paneuropéenne pilier pour discuter et adopter des décisions collectives dans le domaine de la sécurité dans ses dimensions militaire et technique, économique et écologique, ainsi que sociale.

Nous espérons que les pourparlers d'aujourd'hui ont été utiles pour la Secrétaire générale et son équipe du point de vue de la poursuite des efforts pour trouver des points de convergence entre les différentes idées consacrées au renforcement de l'efficacité de l'OSCE.

Nous avons évoqué en détail les tâches actuelles dans les trois dimensions mentionnées de l'activité de l'OSCE, le travail de ses institutions spécialisées et des présences sur le terrain. Nous avons abordé les questions administratives budgétaires et de ressources humaines. Plusieurs difficultés se sont également accumulées dans ces sphères.

La Russie a réaffirmé sa disposition à un travail constructif au sein de l'OSCE dans les domaines tels que la lutte contre le terrorisme, le trafic de stupéfiants, les menaces dans le domaine des technologies de l'information et des communications, le crime organisé et la traite d'êtres humains.

Nous pensons que l'OSCE doit trouver sa niche dans la palliation des lourdes conséquences économiques de la pandémie de coronavirus, notamment en élaborant des mesures de soutien aux secteurs les plus touchés, de garantie des droits sociaux et économiques de la population, de renforcement de l'interconnexion eurasiatique commerciale et de transport. Dans le secteur social, nos priorités inconditionnelles restent la protection des droits des minorités nationales, notamment en matière d'éducation et d'usage de la langue natale, la proclamation du caractère inadmissible des manifestations de néonazisme et d'extrémisme radical, la lutte contre la christianophobie et l'islamophobie, ainsi que la défense des valeurs traditionnelles.

Nous avons évoqué en détail les perspectives du règlement du conflit en Ukraine. Il ne peut être réglé qu'en appliquant les Accords de Minsk étape par étape. Il n'y a pas d'alternative. Cela a été réitéré plusieurs fois par les membres du processus de Normandie et d'autres pays membres de l'OSCE. Nous avons de nouveau mis l'accent sur l'importance de la contribution de l'OSCE à l'établissement d'un dialogue direct entre les belligérants - Kiev, Donetsk et Lougansk - au sein du Groupe de contact. Les autorités ukrainiennes tentent encore de l'esquiver.

Nous nous sommes prononcés pour le renforcement de l'efficacité de la Mission spéciale d'observation (MSO) de l'OSCE en Ukraine. Nous avons rappelé qu'elle devait refléter de manière nette et impartiale les violations du cessez-le-feu, réagir immédiatement et constater dans ses rapports tous les cas de décès et de blessés parmi les civils dans le Donbass en indiquant la partie coupable.

Je rappelle que fin 2020, la MSO a enfin publié un rapport sur les victimes civiles du conflit (du 1er janvier 2017 au 15 septembre 2020). Ce rapport confirme très clairement le fait - évident pour nous depuis des années - que la population civile du Donbass souffre essentiellement des actions de Kiev. Les victimes des bombardements des unités militaires ukrainiennes sont trois fois plus nombreuses que les victimes des ripostes sur le territoire contrôlé par le gouvernement. Nous attendons la publication d'un tel document sur toute la période du conflit, d'un rapport sur les destructions de l'infrastructure civile, ainsi que sur les manifestations de nationalisme agressif et de néonazisme en Ukraine.

Le mandat de la MSO prévoit un suivi du respect des droits de l'homme sur tout le territoire de l'Ukraine. Cependant, la Mission néglige souvent cette tâche. Je pense qu'en tant que première mesure immédiate, il faut apporter des éclaircissements sur tous les faits que je mentionne maintenant. La MSO doit pleinement prendre conscience de sa responsabilité pour rapporter de manière claire et véridique ces faits à l'Organisation et à la communauté internationale.

Nous avons échangé nos avis sur la situation actuelle du processus de paix au Haut-Karabakh et en Transnistrie, ainsi que sur le déroulement des Discussions de Genève sur la sécurité et la stabilité en Transcaucasie. Nous avons abordé certains aspects du travail des présences de l'OSCE  sur le terrain en Asie centrale et dans les Balkans.

Nous avons souhaité à la Secrétaire générale de l'OSCE des rencontres constructives au Conseil de la Fédération et au siège de l'OTSC, ainsi qu'une participation substantielle à la 9e Conférence de Moscou sur la sécurité internationale organisée par le Ministère russe de la Défense. Nous avons souligné que la coopération productive de l'OSCE devait être projetée sur toutes les structures régionales qui se trouvent dans la zone de responsabilité de l'OSCE: l'UE, l'Otan, l'OTSC et d'autres structures régionales, tel que cela a été convenu dans le cadre d'un sommet de l'Organisation il y a quelques années.

J'estime que ces pourparlers ont été très utiles. Nous voudrions souhaiter à Mme Schmid un travail productif dans sa nouvelle affectation dans l'ensemble, et pendant son séjour à Moscou au programme chargé et très utile.

Je vous remercie!

Question (adressée à Helga Schmid): Mme Schmid, je voudrais attirer votre attention sur la situation relative aux droits des journalistes en Lettonie où, depuis deux ans, plus de dix de mes confrères journalistes font l'objet de poursuites pénales. Leurs domiciles ont été perquisitionnés, on a saisi leur matériel et leurs documents, ainsi que leurs cartes bancaires. Ils ont été assignés à résidence. Ils sont poursuivis pour leur collaboration avec les agences de presse Sputnik et Baltnews. Ils sont formellement accusés d'enfreindre un prétendu "régime de sanctions", même si ni les journalistes mentionnés ni les agences Baltnews et Sputnik ne font l'objet d'aucune sanction.

C'est une persécution politique. C'est mon avis. Ils sont rudoyés pour leur travail et leur position journalistique. D'où la question: Mme Schmid, l'OSCE possède-t-elle un mécanisme réellement efficace pour garantir la protection des droits des journalistes dans de telles situations? L'OSCE peut-elle prendre sous son contrôle la situation décrite en Lettonie et garantir son règlement conformément aux principes de l'Organisation?

Sergueï Lavrov (ajoute après Helga Schmid): Nous avons évoqué ce thème pendant l'entretien. Mme Schmid a formulé le même avis que celui qu'elle vient d'exprimer. Je ne peux pas dire que je suis d'accord avec elle. Au minimum, la question de l'impact des sanctions de l'UE sur la liberté des médias mérite une discussion spéciale à l'OSCE. D'autant plus qu'on ignore pourquoi des affaires pénales ont été ouvertes pour les "fautes" commises, selon l'UE, par les journalistes de Sputnik et de Baltnews.

Nous n'avons pas abandonné ce thème. Il reste sur la table des négociations à l'OSCE, avec la nouvelle représentante spéciale de l'OSCE pour la liberté des médias Teresa Ribeiro qui se rendra prochainement en Fédération de Russie.

Les statistiques du nombre de médias russophones qui travaillent dans différents pays doivent être analysées pour savoir à quelle catégorie ils se rapportent et qui en est propriétaire.

Je le répète: nous en avons parlé. Ce thème n'est pas du tout clos pour nous. Aucune statistique ne peut justifier des poursuites pénales contre des journalistes.

Question: Les élections législatives ont eu lieu en Arménie. Que pensez-vous de l'impact de leurs résultats sur la stabilité de la situation au Haut-Karabakh et dans la région dans l'ensemble?

Sergueï Lavrov: Les élections viennent d'avoir lieu. On ignore pour le moment comment ces résultats se refléteront sur la vie politique dans les nouvelles conditions. Attendons la constitution du gouvernement.

Nous partons du principe que l'Accord trilatéral du 9 novembre 2020, qui a mis un terme à la guerre, tout comme l'Accord du 11 janvier 2021 qui a initié le processus de mise au point des formes concrètes pour débloquer toute l'activité économique et lever le blocus, fonctionnent et correspondent aux intérêts de toutes les parties impliquées.

Question (adressée à Helga Schmid): Vous avez mentionné que les Accords de Minsk étaient la base du règlement du problème en Ukraine. Que peut faire l'OSCE aujourd'hui pour forcer le gouvernement ukrainien à respecter ces Accords?

Sergueï Lavrov (ajoute après Helga Schmid): Nous avons évoqué ce sujet. Les gens souffrent. Une nouvelle fois, j'ai attiré l'attention sur le fait qu'au sommet du Format Normandie à Paris en décembre 2019 avait été étudié un document convenu par les experts et les conseillers des dirigeants et soumis à l'approbation. Le premier point concernait la séparation des forces et du matériel, le retrait du matériel lourd sur toute la ligne de contact dans le Donbass. Cela été convenu et même validé. Vladimir Zelenski a refusé d'accepter ce point revêtant, comme vient de le dire Helga Schmid, une importance décisive pour le bien-être des gens et la garantie de leur sécurité. Il s'est prononcé pour la séparation dans seulement trois zones, dont la mise au point continue à ce jour. En d'autres termes, au lieu de régler ce problème une bonne fois pour toutes, en sécurisant la population des deux côtés de la ligne de contact, Vladimir Zelenski a maintenu et aggravé ce problème.

Question (adressée à Helga Schmid): Le Ministère des Affaires étrangères de l'Ukraine a récemment annoncé qu'un accord de coopération dans le secteur militaire avait été conclu avec la Turquie. L'organisation d'exercices en mer Noire avec la participation des forces armées des deux pays n'est pas exclue. Est-ce que cela contribue à la stabilité dans cette région qui vit sous tension?

Sergueï Lavrov (ajoute après Helga Schmid): Nous avons très clairement exprimé notre position concernant les tentatives d'aspirer l'Ukraine au sein de l'Otan. Il ne fait aucun doute que les États sérieux et responsables savent parfaitement de quoi il retourne. Nous sommes en contact régulier avec nos collègues turcs. Un nouveau contact est prévu prochainement. Je pense que nous évoquerons ce thème également.

Question: Après le sommet de Genève, la Maison Blanche a fait part de son intention de poursuivre ses livraisons d'aide humanitaire en Syrie. Pourriez-vous accepter la prolongation du mandat correspondant de l'Onu?

Sergueï Lavrov: Les autorités américaines ont soulevé cette question. Je rappelle qu'aujourd'hui, le seul endroit via lequel l'aide humanitaire est acheminée en Syrie de l'extérieur et sans la participation du gouvernement du pays (contrairement à ce qu'exige le droit humanitaire international) est le point d'entrée dans la province d'Idleb. Malgré les efforts actifs de nos collègues turcs, l'organisation terroriste Hayat Tahrir al-Cham, qui retient en otage de nombreux civils, continue d'y jouer un rôle décisif. Bien sûr, il faut leur apporter une aide humanitaire. Le gouvernement syrien est prêt à le faire sans aucune exception aux principes du droit humanitaire international.

Depuis avril 2020 (depuis plus d'un an), le gouvernement syrien est prêt à envoyer des convois humanitaires pour la population civile à Idleb via Damas. Malheureusement, nos collègues de l'Onu et ceux qui sont d'un autre avis ne peuvent toujours pas se mettre d'accord sur cette approche évidente et parfaitement légitime. Je répète que nous souhaitons contribuer au règlement des problèmes humanitaires. Mais il ne faut pas oublier qu'hormis ce passage vers la partie de la province d'Idleb contrôlée par les terroristes, perdurent des choses encore plus graves qui font souffrir la population civile syrienne. Je fais allusion au "Caesar Act" américain "étouffant", visant directement l'interruption de tous les contacts susceptibles de contribuer d'une manière ou d'une autre à la remise en état de l'infrastructure de la Syrie et du bien-être humanitaire de la population; et l'occupation illégale par les forces américaines de l'Est de l'Euphrate où sont pillés les hydrocarbures et d'autres richesses naturelles de la Syrie. Sachant que l'argent qui est tiré de ce commerce illégal sert à financer des projets qui sont perçus par beaucoup comme un encouragement au séparatisme et une provocation de l'effondrement de l’État syrien unifié.

Un autre aspect qui impacte bien plus la situation des civils dans ce pays est la politique de l'Occident, de l'UE et des États-Unis concernant la création des conditions pour le retour des réfugiés. Toute l'aide réunie par l'Occident (sans aucune participation de Damas, ce qui est une violation des règles de l'Onu) ne vise pas à créer les conditions pour que les réfugiés puissent revenir dignement chez eux en bénéficiant de services éducatifs et énergétiques élémentaires et de l'approvisionnement en eau, mais à installer des camps de réfugiés en Jordanie, en Turquie et au Liban ayant franchement pour but d'y maintenir la présence des réfugiés le plus longtemps possible. Si la somme de ces facteurs est reconnue comme influençant la situation humanitaire en Syrie, nous sommes prêts à en parler. Pour cela, il faut que nos partenaires occidentaux renoncent absolument aux interprétations unilatérales des différents problèmes et assument leur responsabilité pour la situation générale dans le secteur humanitaire en Syrie. 

Question (adressée à Helga Schmid): A l'initiative des autorités officielles de l'Ukraine, le dialogue a été de facto suspendu non seulement avec les républiques non reconnues du Donbass, mais également avec leur propre peuple. Plus exactement avec sa partie qui n'est pas toujours d'accord avec la politique des autorités en place. Il est question de la fermeture de trois chaînes sous un prétexte fallacieux. Que pense l'OSCE de cette situation? Quel est le lien de l'administration de Vladimir Zelenski avec une telle politique? Est-ce un attachement à la recherche d'une issue à la situation ou un attisement?

Sergueï Lavrov (ajoute après Helga Schmid): Nous attendons la représentante pour la liberté des médias Teresa Ribeiro. D'ailleurs, nous lui avons transmis les informations sur ce fait révoltant. Elle n'a pas encore réagi.

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