11 mai 202115:30

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Djeyhoun Baïramov, Ministre des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan, Bakou, 11 mai 2021

  • de-DE1 en-GB1 es-ES1 ru-RU1 fr-FR1

 

Monsieur Baïramov,

Avant tout, je voudrais exprimer ma reconnaissance pour vos paroles de condoléances et de compassion suite à la tragédie de Kazan. Les autorités du Tatarstan ont décrété une journée de deuil demain. Nous apprécions la solidarité dont font preuve nos amis azéris.

Ces événements sont survenus pendant notre visite, qui était consacrée en grande partie à la réaffirmation de notre attachement commun aux résultats de la Seconde Guerre mondiale, de la Grande Guerre patriotique. Nous en avons parlé en détail hier avec le Président azéri Ilham Aliev, et aujourd'hui avec vous. Il en a été question hier également lors d'un entretien entre les dirigeants de la Russie et de l'Azerbaïdjan.

Nous tenons en grande estime le fait que l'Azerbaïdjan chérit, tout comme la Russie, la mémoire des événements de l'époque, de ceux qui ont donné leur vie pour notre liberté, pour l'avenir du monde, pour débarrasser l'Europe du nazisme.

Hier, pendant un entretien détaillé avec le Président azéri Ilham Aliev et aujourd'hui avec le Ministre azéri des Affaires étrangères Djeyhoun Baïramov, nous avons analysé tout l'éventail de nos relations. Nous avons noté le caractère successif du partenariat stratégique et ses bonnes perspectives de développement aussi bien en ce qui concerne l'ordre du jour bilatéral que sur les problématiques régionales et internationales.

Difficile de surestimer la signification du dialogue régulier à haut niveau. Cette année, en quatre mois, le Président russe Vladimir Poutine et le Président azéri Ilham Aliev se sont déjà rencontré et ont organisé cinq entretiens téléphoniques, pendant lesquels ils ont comparé leurs avis concernant la mise en œuvre des accords fondamentaux en vigueur.

Nous communiquons régulièrement avec Djeyhoun Baïramov. Il y a un mois, en marge du Conseil des ministres des Affaires étrangères de la CEI à Moscou, nous avons organisé une nouvelle rencontre. Nous avons signé aujourd'hui le Plan de consultations entre les ministères des Affaires étrangères pour 2021-2022. Il est riche et englobe toutes les questions importantes de l'ordre du jour régional et international.

Nous espérons que prochainement, les relations entre nos deux pays reviendront au format normal, en présentiel. D'ailleurs, dans ce régime travaillent non seulement les ministres des Affaires étrangères, mais également les coprésidents de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique - le vice-Premier ministre russe Alexeï Overtchouk et le vice-Premier ministre azéri Chakhine Moustafaev. Les premiers ministres se rencontreront en personne ce mois-ci. Le Premier ministre azéri Ali Asadov visite la capitale russe.

L'interaction interparlementaire est un élément important de notre dialogue et de notre coopération. Nous entretenons des contacts actifs à ce niveau et à celui de tous les ministères et institutions des deux gouvernements.

Le document de synthèse qui détermine nos objectifs actuels est le Plan d'action à l'horizon 2024. Il inclut six "feuilles de route" pour le commerce, le transport, l'infrastructure, les productions de pointe, les innovations, l'économie numérique, le renforcement de l'efficacité des processus économiques et le tourisme.

Nous avons de bons échanges commerciaux. Ils se sont légèrement réduits à cause de la pandémie mais ils s'élevaient néanmoins à 3 milliards de dollars l'an dernier. Il y a une compréhension commune, dans le cadre de la Commission intergouvernementale, au sujet de la reprise la tendance progressive. Nous ne doutons pas qu'à cela contribuera l'élargissement de notre coopération dans la réalisation de grands projets. Un exemple en est la production de camions GAZ en Azerbaïdjan. Elle a déjà été mise en place. Nous mettons en place un centre de maintenance de la compagnie Hélicoptères de Russie. Le centre d'exportation russe a apporté un soutien financier de 2 milliards de dollars aux projets bilatéraux. Nous préparons également le lancement de l'assemblage en Azerbaïdjan de moissonneuses-batteuses Rostselmach. Nos opérateurs économiques sont prêts à participer activement au programme de privatisation lancé par le gouvernement azéri et, dans l'ensemble, nous sommes intéressés par la coopération la plus étroite.

La coopération dans la lutte contre le coronavirus se développe. La première cargaison de vaccins Sputnik V a été acheminée ce mois-ci. D'ici fin mai une autre le sera en Azerbaïdjan. Nous étudions la possibilité de fabriquer notre vaccin dans la République.

Les contacts sociaux, la coopération culturelle et éducative, sont des facteurs importants des relations entre nos deux peuples. Nous partageons un espace linguistique commun. Nous apprécions l'attitude du gouvernement azéri envers la langue russe. 

L'an dernier, à cause de la pandémie, ont été annulées des activités que nous espérons pouvoir organiser cette année. Il est question du Forum interrégional (prévu à Bakou), des Journées culturelles de l'Azerbaïdjan en Russie et du Forum des initiatives de jeunesse.

Nous disposons d'un bon potentiel pour développer la coopération dans le secteur des études supérieures, pour élargir la présence des plus grandes universités russes dans l'espace éducatif azéri. Nous ressentons non seulement un soutien, mais également un intérêt vif et direct de la part des autorités de la République.

L'an prochain, nous célébrerons le 30e anniversaire de l'établissement de nos relations diplomatiques. Nous sommes convenus d'établir prochainement la liste des activités qui permettront de célébrer dignement cette date. Nous pensons que cela marquera une bonne étape dans le développement de nos relations, les fera passer au niveau supérieur.

Nous avons parlé en détail de la situation concernant le processus de paix au Haut-Karabakh. Nous sommes d'accord pour dire que la clef de la normalisation de la situation est le respect à part entière des accords conclus entre les dirigeants de la Russie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie le 9 novembre 2020 et le 11 janvier 2021. Ces accords fournissent tous les mécanismes nécessaires pour soutenir la cessation de toutes les activités militaires et visent à débloquer les communications - pendant beaucoup d'années le potentiel de transit et économique majeur de cette région géopolitiquement importante n'a pas pu dévoiler son plein potentiel.

Nous remercions nos amis azéris pour leur haute appréciation de l'activité du contingent de maintien de la paix russe. Nos militaires travaillent en contact étroit avec les collègues azéris. Dans l'ensemble, nous jugeons leur activité très positive. Ils contribuent réellement au rétablissement de la vie pacifique.

Le Groupe de travail trilatéral sous la présidence conjointe des vice-premiers ministre de la Russie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, qui déterminent les solutions concrètes pour débloquer les communications de transport et économiques, apporte une grande contribution à la mise en œuvre des accords en vigueur. Cela permettra de relier les États transcaucasiens avec leurs voisins pour créer un espace logistique de transport commun.

Reste importante l'activité des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, avant tout pour contribuer au règlement des questions humanitaires et à la promotion des mesures de renforcement de la confiance entre les parties.

Nous avons abordé les principaux thèmes régionaux et internationaux. Je voudrais noter en particulier que les amis azéris soutiennent tous les principaux projets de résolutions avancés par la Russie à l'Assemblée générale des Nations unies. De notre côté, nous prêtons toujours attention aux initiatives de Bakou.

Nous sommes convenus d'approfondir la coordination au sein de toutes les structures multilatérales: l'Onu, la CEI, l'OSCE, le Mouvement des non-alignés, le Conseil de l'Europe, et l'Organisation de la coopération économique de la mer Noire (OCEMN).

Comme l'a déclaré Djeyhoun Baïramov, la Russie a demandé le statut d'observateur pendant la présidence azérie dans le Mouvement des non-alignés. Cette décision est pratiquement prête. Elle sera prise à la prochaine occasion. Nous remercions sincèrement nos amis azéris pour ce soutien.

Nous avons noté avec satisfaction le développement dynamique de l'interaction entre les États de la mer Caspienne pour mettre en œuvre les accords conclus dans la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne et dans la Convention sur la protection de l'environnement de cette région.

Nous avons réaffirmé la disposition au développement successif des relations, à les faire passer au niveau supérieur. Je trouve que les entretiens d'hier et d'aujourd'hui ont permis d'avancer sérieusement dans ce sens.

Je remercie sincèrement nos hôtes azéris pour l'hospitalité dont ils font traditionnellement preuve à notre égard.

Question: La semaine dernière, le Président américain Joe Biden a réaffirmé sa volonté d'organiser un sommet avec le Président russe Vladimir Poutine. Ceci étant dit, les États-Unis adoptent de nouvelles sanctions antirusses. On a l'impression que Washington envoie des signaux contradictoires à Moscou. Selon vous, si cette rencontre avait lieu, pourrait-elle constituer un point de départ pour un redémarrage complet des relations entre la Russie et les États-Unis? Avez-vous un bon pressentiment?

Sergueï Lavrov: Nous avons réagi positivement à cette proposition. Le Président russe Vladimir Poutine a souligné plusieurs fois que la Russie et les États-Unis assumaient une responsabilité particulière pour la situation dans le monde, car elles sont les deux plus grandes puissances nucléaires. Dans des conditions où Washington a détruit pratiquement tous les mécanismes de maîtrise des armements de manière systématique (il ne reste plus que le START 3), le dialogue est nécessaire.

Nous avons indiqué aux collègues américains la nécessité de formuler l'ordre du jour. Selon nous, les questions mentionnées doivent être centrales. Nous proposons d'analyser les problèmes en matière de stabilité stratégique compte tenu de tous les facteurs et systèmes sans exception, offensifs et défensifs, qui impactent directement cette stabilité stratégique. Nos propositions ont été transmises l'an dernier déjà à l'administration de Donald Trump et réaffirmées quand la Maison blanche a changé de locataire. Nous attendons une réaction. Même si, selon les premiers signes, les Américains voudraient significativement réduire l'ordre du jour de la discussion sur la stabilité stratégique et inclure dans les pourparlers peu de facteurs ayant un impact significatif sur la situation actuelle dans ce secteur.

Nous voudrions également comprendre comment les collègues américains ont l'intention d'agir. Nous avons posé cette question. Nous n'avons pas obtenu de réponse sur l'enchaînement des démarches. Washington a d'abord proposé que les présidents se rencontrent sans préparation et déterminent les axes principaux du travail à venir. Puis ils ont mentionné qu'il serait préférable pour les experts de s'entretenir avec le sommet. Il y a beaucoup de choses floues. Notre attitude est globalement positive par rapport à cette initiative, et nous étudions tous les aspects qui s'y rapportent.

Question: Comment se déroule la mise en œuvre des points de la déclaration conjointe du 9 novembre 2020, notamment en ce qui concerne l'ouverture des communications? Y a-t-il des obstacles à la réalisation complète de cette déclaration?

Sergueï Lavrov: Nous tenons en grande estime le travail du groupe trilatéral avec les vice-premiers ministres des trois pays. Je ne prendrai pas les devants pour exprimer un avis à leur place. Ils travaillent de manière très productive. Il y a toutes les raisons de penser que nous obtiendrons à court terme les premiers résultats de ce travail.

Question: Avez-vous une idée de quand les parties pourront passer des discussions sur le déblocage des communications dans le groupe trilatéral et à d'autres niveaux au travail sur le terrain, aux projets concrets avec des devis, des délais et des itinéraires sur lesquels il n'y a pas encore d'entente.

Sergueï Lavrov: Je peux réaffirmer ce qu'a déclaré Djeyhoun Baïramov. Si la manière dont tout cela doit être fait n'a pas encore été décidée, pas plus que les itinéraires, alors il n'est pas très productif d'essayer de deviner quand tout cela aura lieu. Cette question est traitée globalement en tenant compte des intérêts de toutes les parties intéressées. Ce n'est pas seulement l'Arménie et l'Azerbaïdjan mais également la Russie, la Turquie, l'Iran en tant que pays voisins, qui voudraient également refléter un équilibre des intérêts de tous les pays de cette région. Selon nous, il y a du progrès, il est très concret et s'oriente dans la bonne direction.

Question: En tant que médiateur dans le processus de paix au Haut-Karabakh, quels efforts engage la Russie pour obtenir les cartes des champs de mines?

Sergueï Lavrov: Nous prônons que toutes les questions humanitaires (des gens meurent à cause des mines non neutralisées) soient réglées le plus rapidement et sans conditions préalables: le retour des prisonniers de guerre et des corps des défunts, la détermination du sort des disparus et le règlement des problèmes liés aux restes "matériels", en l'occurrence les mines.

Les 5 et 6 mai, nous avons soulevé cette question à Erevan. Il m'a semblé que le gouvernement arménien comprenait la nécessité de régler ce problème. Les premières démarches préalables en ce sens ont été entreprises. J'en ai informé le gouvernement azéri. Nous espérons que ce processus sera considérablement accéléré et permettra de régler complètement ce problème.

Question: Le 9 mai, le monde entier a célébré l'anniversaire de la Grande Victoire sur le nazisme. Que pensez-vous de la tentative de glorifier des nazis en Arménie?

Sergueï Lavrov: Nous adoptons une position très claire et nette concernant les manifestations de néonazisme et les tentatives de glorifier des nazis: nous les condamnons fermement où qu'elles se produisent. Nous constatons des problèmes particuliers à cet égard sur le territoire de l'Union européenne et de l'Otan, notamment dans les pays baltes, en Ukraine et dans certains autres États.

La Russie initie chaque année le vote sur la résolution de l'Assemblée générale des Nations unies concernant l'inadmissibilité de la glorification du nazisme. Nous espérons que tous ceux qui votent pour elle - et ils sont une grande majorité - respecteront à part entière ses exigences. L'Azerbaïdjan et l'Arménie sont les coauteurs de cette résolution. Il n'est pas nécessaire d'apporter des explications supplémentaires.

Affichage de 1 résultat(s).

Calendar

x
x

Archive

Outils supplémentaires de recherche