22 septembre 202018:15

Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, accordée à l'agence de presse TASS, Moscou, 22 septembre 2020

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Question: Notre équipe est rentrée hier de Biélorussie. Nous y avons travaillé pendant plus d'un mois. La Biélorussie est un thème chaud aujourd'hui. Nous avons suivi attentivement les déclarations de Moscou. Il a été dit plusieurs fois que la Russie soutenait l'idée du Président biélorusse Alexandre Loukachenko concernant une réforme constitutionnelle. Si nous soutenons cette idée, il existe certainement une vision des délais pour ce faire. De quels délais est-il question – de semaines, de mois, de six mois, d'un an?

Sergueï Lavrov: Nous soutenons cette idée parce qu'elle a été effectivement avancée par le Président biélorusse Alexandre Loukachenko. Nous la soutenons également parce qu'on ressent clairement la nécessité d'une plateforme concrète et inclusive pour le dialogue national au Belarus.

En ce qui concerne les délais et le contenu de cette initiative, y compris le cercle des participants, c'est aux Biélorusses d'en décider, et ici le dialogue entre le pouvoir et la société est très sollicité dans le sens large du terme.

Alexandre Loukachenko a dit qu'il voulait faire participer à ce travail non seulement les structures officielles, notamment la Cour suprême du Belarus, mais également l'Assemblée nationale biélorusse. C'est probablement le mouvement dans le sens qui est nécessaire aujourd'hui pour organiser le dialogue national. Mais c'est évidemment à nos voisins biélorusses de déterminer l'aspect concret.

Question: Si cette idée réalisée (on comprend que le dialogue national est une chose fragile), d'après vous, si Alexandre Loukachenko déclarait un jour qu'il a l'intention de se présenter pour un nouveau mandat, cela aura-t-il un effet négatif?

Sergueï Lavrov: C'est encore une fois aux Biélorusses d'en décider. Je pense que le premier pas, et c'est logique dans toute situation de réforme constitutionnelle, consiste à procéder aux transformations nécessaires et à obtenir l'approbation de ces transformations au référendum national, comme c'est fait partout ailleurs et, si je comprends bien, c'est ce qui est prévu en Biélorussie. Tout le reste doit être convenu entre les principales forces politiques de la République, comme dans tout autre pays, en s'appuyant sur les normes constitutionnelles qui stipuleront précisément comment les processus électoraux doivent être organisés.

Question: Un autre de nos voisins – l'Ukraine. La semaine dernière vous avez déclaré que sous l'administration ukrainienne actuelle il ne serait peut-être pas possible de mettre en œuvre les Accords de Minsk. Que ferions-nous dans ce cas – nous nous retirerons des négociations, nous attendrons encore quatre ans? Ou peut-être qu'il existe des alternatives?

Sergueï Lavrov: Il n'y a pas d'alternative aux Accords de Minsk. A noter que c'est confirmé par tous les acteurs du processus: la France, l'Allemagne et surtout l'UE en la personne du Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Josep Borrell, qui a déclaré récemment qu'il n'existait pas d'alternative aux Accords de Minsk et qu'il fallait les réaliser à part entière. Nous sommes parfaitement d'accord avec cela. Cela doit être perçu à Kiev comme un signal clair de l'inadmissibilité des tentatives de mettre les Accords de Minsk sens dessus dessous et de changer la succession des Accords de Minsk en mettant en première place de facto l'occupation de certaines zones des régions de Donetsk et de Lougansk où des républiques populaires ont été proclamées.

L'établissement du contrôle par le gouvernement ukrainien sur l'ensemble de la frontière conformément aux Accords de Minsk est l'étape finale quand tous les autres termes seront déjà accomplis. Cela concerne également l'amnistie, la fixation du statut particulier du Donbass dans la Constitution ukrainienne, l'organisation des élections sur la base qui sera convenue par Kiev, Donetsk et Lougansk, tel que c'est prévu par les Accords de Minsk.

Quand nous entendons les déclarations de représentants officiels que les Accords de Minsk sont obsolètes, qu'il faut les changer, faire participer d'autres acteurs à leur mise en œuvre, alors c'est un écart direct des exigences avancées notamment par Bruxelles que les Accords de Minsk doivent être remplis à part entière.

Question: Je ne peux pas ne pas poser une question sur les Etats-Unis. Des élections s'y dérouleront bientôt. D'après vous, une révolution de couleur est-elle envisageable aux Etats-Unis si soudainement l'un des camps ne reconnaissait pas les résultats du vote?

Sergueï Lavrov: Ce n'est pas à moi de juger. Il existe une plaisanterie qui dit qu'il n'y aura jamais de révolution de couleur aux Etats-Unis parce qu'il n'y a pas d'ambassade américaine. Chaque plaisanterie a une part de vérité.

On entend des menaces, des suppositions qu'il est fort probable que l'un des camps ne reconnaisse pas les résultats des élections. Vous savez comment le Président américain Donald Trump commente le vote prévu par la poste en accusant directement ceux qui compteront les voix de l'intention de déformer les résultats.

Il existe de nombreuses suppositions et spéculations à ce sujet. Je ne vais pas commenter ou donner des pronostics. Nous avons déjà souligné à plusieurs reprises, notamment le Président russe Vladimir Poutine, que nous travaillerons avec tout gouvernement qui sera élu en s'appuyant sur la législation américaine. En parlant de législation, d'ailleurs, il existe également de nombreuses questions. Des débats ne cessent pas de savoir pourquoi plus d'une fois dans l'histoire américaine il soit déjà arrivé que le candidat ayant reçu la majorité des voix des citoyens américains se retrouve perdant au final parce que les voix des grands électeurs sont réparties différemment et en reflètent pas proportionnellement le nombre de votes directs des citoyens. Mais c'est un problème des Etats-Unis, leur Constitution et leurs lois.

Mais nous ne voudrions vraiment pas qu'un aussi grand pays à l'échelle mondiale que les Etats-Unis se retrouve dans une profonde crise si des perturbations y éclataient en plus des phénomènes alarmants de violence et de racisme qui ont actuellement lieu dans différents Etats et villes des Etats-Unis.

 

 

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