16 juin 202017:32

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Mohammad Javad Zarif, Ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Moscou, 16 juin 2020

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Mesdames et messieurs,

L'entretien avec mon homologue le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a été, comme toujours, constructif et très substantiel.

Nous avons évoqué en détail l'état et les perspectives des relations russo-iraniennes. Nous avons constaté le caractère nourri de notre dialogue politique, même malgré le coronavirus, en premier lieu au sommet. En février et en avril, le Président russe Vladimir Poutine et le Président iranien Hassan Rohani se sont entretenus par téléphone pour aborder en détail l'état de notre coopération bilatérale, les perspectives de l'interaction bilatérale et celles de la coopération dans les affaires régionales et internationales.

Nous avons constaté aujourd'hui que les liens commerciaux et économiques se développaient activement malgré et en dépit des sanctions unilatérales et de l'iranophobie attisée par les États-Unis. Nous comprenons l'objectif de Washington: intimider et forcer par le chantage les autres pays à renoncer à leur coopération légale et légitime avec l'Iran. La Fédération de Russie est convaincue que cette ligne - et c'est l'avis unanime de la majorité absolue de la communauté internationale - est contraire aux normes du droit international, aux principes du libre-échange, et représente une concurrence déloyale flagrante.

Nous sommes convenus d'unir nos efforts pour préserver une hausse stable des échanges. Nous avons noté un bon progrès dans les grands projets concrets mis au point ou planifiés pendant la réunion de la Commission bilatérale intergouvernementale pour la coopération commerciale et économique à Ispahan en été 2019. Nous travaillons à la préparation de sa prochaine réunion prévue cette année en Fédération de Russie.

Nous saluons l'intérêt des régions russes pour élargir la coopération avec l'Iran, ce que nous encouragerons pleinement.

Nous avons exprimé notre avis sur la coopération qui se développe entre l'Iran et l'Union économique eurasiatique (UEE).

Nos positions coïncident ou sont très proches sur les principaux problèmes régionaux et mondiaux. En particulier, nous nous sommes prononcés pour le renforcement des bases juridiques de la communication interétatique fixées dans la Charte de l'Onu. Nous avons souligné l'inadmissibilité de l'ingérence dans les affaires intérieures d’États souverains.

Nous avons évoqué en détail la situation autour du Plan d'action global commun pour le nucléaire iranien. En dépit de la ligne franchement destructive des États-Unis, nous avons noté l'importance de préserver cet accord qui reste un sérieux facteur de maintien de la sécurité internationale.

Nous avons échangé nos avis sur le processus de paix en Syrie. Nous avons réaffirmé l'absence d'alternative aux accords conclus au format d'Astana, notamment leur composante antiterroriste, en respectant absolument la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Syrie. Nous avons évoqué la nécessité de stabiliser la situation sur le terrain, du rétablissement de la Syrie après la guerre, ainsi que de la contribution au retour des réfugiés et des déplacés internes syriens et de l'aide humanitaire pour la population dans le besoin.

Avec nos amis iraniens, nous continuerons de coordonner nos approches du processus de paix en Afghanistan afin de lancer au plus vite le processus de réconciliation nationale, le rétablissement d'un Afghanistan pacifique et autonome d'où n'émanent pas de menaces liées au terrorisme, au trafic de stupéfiants, et d'autres.

Nous signons aujourd'hui un document important: la Déclaration de la Fédération de Russie et de la République islamique d'Iran sur la hausse du rôle du droit international. Elle revêt une actualité particulière compte tenu des tentatives permanentes de certains pays de promouvoir la conception préjudiciable d'un "ordre mondial basé sur des règles", qui sape les principes fondamentaux de justice et de respect réciproque posés par nos prédécesseurs à la base du droit international et de la Charte de l'Onu.

Dans l'ensemble, je trouve que notre entretien a été très opportun. Je remercie mon homologue et ami d'avoir accepté notre invitation et d'être venu en Fédération de Russie pour cette conversation très utile.

Question (traduite du farsi): Mohammad Javad Zarif a noté les efforts des États-Unis pour prolonger l'embargo sur les armes de l'Iran en faisant pression sur l'Onu et le Conseil des gouverneurs de l'AIEA. Que pensez-vous des actions des États-Unis en ce sens? Comment la Russie et l'Iran peuvent-ils coopérer dans le cadre des organisations internationales afin de neutraliser les actions malhonnêtes et illégales des États-Unis?

Sergueï Lavrov: Le Plan d'action global commun pour le nucléaire iranien et la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies approuvant de Plan forment un ensemble unifié.

Quand, en 2018, nos collègues américains ont officiellement cessé leur participation au Plan d'action en appliquant les consignes et décrets présidentiels, ils ont perdu tous les droits et capacités qui découlaient de l'accomplissement du Plan d'action par tous ses acteurs et fixés dans la résolution 2231. En bloquant l'accomplissement du Plan d'action par tous les autres acteurs, ainsi que de leurs engagements vis-à-vis de l'Iran, les États-Unis veulent à la fois punir Téhéran en avançant des initiatives illégitimes et absolument illégales, dont l'embargo sur les armes. Je pense que cette tentative repose sur des méthodes inadmissibles, et qu'elle n'a pas de perspectives du point de vue du droit international. Nous profitons de toutes les possibilités apportées par le droit international pour que la justice triomphe.

Tous les engagements de l'Iran et d'autres acteurs du Plan d'action représentent un ensemble unifié. C'est un paquet dont il est impossible de détruire une partie en maintenant seulement les engagements de Téhéran, en cherchant à interdire aux Européens, à la Russie, à la Chine et à tous les autres pays d'avoir des liens commerciaux et économiques légaux et solides avec l'Iran. Je suis certain qu'il n'y a pas de spécialistes compétents du droit international qui ne comprendraient pas toute l'évidence de cette situation.

Je peux vous assurer que nous ferons tout pour que personne ne puisse détruire les accords fixés dans le Plan d'action. Si ce Plan ne s'inscrit pas dans la logique de l'administration américaine actuelle, si elle estime que ce plan est "mauvais", alors c'est son avis. Mais Washington n'a aucun droit de "punir" l'Iran en spéculant sur l'autorité du Conseil de sécurité des Nations unies, en le manipulant et, dans une certaine mesure, en manipulant le Secrétariat de l'Onu. Le dernier rapport du Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres sur la situation concernant la résolution 2231 dépasse largement le cadre des pouvoirs du Secrétariat de l'Onu. De nombreuses questions sont également soulevées par le fait que ce rapport, au moment de sa publication, a immédiatement "fuité" dans la presse occidentale. D'ailleurs, le rapport du Directeur général de l'AIEA Rafael Grossi évoqué actuellement à la réunion du Conseil des gouverneurs de l'Agence a également "fuité" illégalement dans l'espace public.

J'estime que ces actions visent à créer des prétextes artificiels pour justifier les attaques illégitimes contre l'Iran. Ceux qui sont derrière ces actions, qui les encouragent et les initient, se conduisent d'une manière indécente et très malhonnête.

Question: Monsieur Lavrov, y a-t-il eu une réaction à votre lettre adressée au Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres et aux membres du Conseil de sécurité appelant à empêcher les Américains d'appliquer le mécanisme de retour aux sanctions sévères contre l'Iran? La Russie est-elle certaine que les acteurs du Plan d'action, notamment le Royaume-Uni, rejetteront ensemble les plans des États-Unis?

Sergueï Lavrov: Aucune réponse n'a encore été reçue à ma lettre adressée au Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres et à la même lettre envoyée au Président du Conseil de sécurité des Nations unies pour être transmise à tous les membres de cet organe. Je pars du principe que cette lettre comporte des arguments très sérieux, exposés sur cinq pages. J'espère que cette lettre est à l'étude et que tous les arguments irréfutables du document seront attentivement analysés et soutenus.

Je ne peux pas me porter garant pour la position d'autres acteurs du Plan d'action, notamment européens, qui subissent une immense pression des États-Unis, sachant que cette pression use de méthodes incorrectes - des menaces dans le domaine commercial et économique et dans d'autres domaines des relations entre les alliés de l'Otan. Il est évident pour tout le monde que ceux qui souhaitent soutenir les États-Unis ou essaient d'aider partiellement les États-Unis n'ont pas d'arguments juridiques. Je suis certain qu'indépendamment de ceux qui seront prêts à rejeter les plans des États-Unis parmi les membres du Plan d'action, ces projets sont voués à l'échec parce qu'ils sont foncièrement contraires au droit international.

Question (traduite du farsi): Monsieur Lavrov, quand les frontières rouvriront-elles? Les hommes d'affaires et les touristes subissent un immense préjudice à cause de leur fermeture.

Sergueï Lavrov: Les questions relatives à la reprise de la communication dans les domaines commercial, économique, culturel, touristique et d'autres ne relèvent pas des compétences du Ministère russe des Affaires étrangères. Il serait irresponsable de notre part d'essayer d'assumer les fonctions des structures responsables de la sécurité épidémiologique de la population.

Nous avons la possibilité aujourd'hui de communiquer en personne en respectant toutes les mesures de précaution. Le retour de ce régime à la normale dépend des décisions des autorités chargées de la sécurité épidémiologique.

Question: Est-ce que le prochain sommet au format d'Astana se tiendra avant la reprise des réunions du Comité constitutionnel annoncées par votre homologue, le Ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, pendant la conférence de presse commune qu'il a tenue hier avec le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif? Quel est l'impact de l'expérience fructueuse du maintien de la paix de la Russie en Syrie sur la situation en Libye?

Sergueï Lavrov: Nous avons réaffirmé aujourd'hui l'entente entre les trois présidents des pays du format d'Astana pour organiser le prochain sommet à Téhéran dans un délai qui sera déterminé compte tenu notamment de la situation du coronavirus. Nous avons soutenu la proposition d'organiser une visioconférence entre les trois dirigeants avant leur rencontre en personne. Nous travaillons activement sur la date. Elle sera annoncée ultérieurement.

On peut affirmer qu'il sera possible d'organiser une visioconférence entre les trois dirigeants avant que l'envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Geir Pedersen ne réunisse la Commission rédactionnelle du Comité constitutionnel.

En ce qui concerne l'expérience de maintien de la paix en Syrie et dans d'autres pays de la région, je pense qu'on peut parler d'une telle possibilité. Cette expérience réside dans une vérité très simple: il faut communiquer avec tous les belligérants, les inciter à se réunir, à s'asseoir à la table des négociations sans conditions artificielles préalables pour chercher un terrain d'entente. Nous appliquions cette ligne depuis le début aussi bien dans la crise syrienne qu'en ce qui concerne notre soutien au processus de paix en Libye. Malheureusement, à l'étape initiale du conflit libyen, quand en 2015 le Conseil de sécurité des Nations unies étudiait et prenait les décisions à ce sujet, les différents acteurs extérieurs tentaient de promouvoir les intérêts d'une seule partie libyenne au détriment de l'autre. En conséquence, tous les accords et les nombreuses conférences organisées dans différents pays n'ont rien donné. J'espère que cette expérience sera prise en compte par les participants à la Conférence de Berlin pour la Libye, qui a tout de même formulé les approches approuvées par tous les acteurs extérieurs. Il ne reste plus qu'à persuader les belligérants libyens de s'asseoir à la table des négociations pour chercher un terrain d'entente. C'est exactement ce que nous faisons aujourd'hui, notamment en contact avec nos collègues turcs, comme cela a été récemment annoncé.

 

 

 

 

 

 

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