11 décembre 201901:08

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la conférence de presse conjointe suite à ses pourparlers avec Mike Pompeo, Secrétaire d'État des États-Unis d'Amérique, Washington, 10 décembre 2019

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Mesdames et messieurs,

Je voudrais remercier le Secrétaire d'État américain Mike Pompeo pour cette possibilité de nous rencontrer ici, à Washington. Nous avons accepté l'invitation à Washington pour une visite-retour après le déplacement de Mike Pompeo en Fédération de Russie à Sotchi en mai dernier, où il s'était entretenu avec le Président russe Vladimir Poutine et avait mené avec moi des pourparlers détaillés.

Nous nous rencontrons régulièrement et nous parlons au téléphone si nécessaire. Notre entretien d'aujourd'hui a confirmé l'utilité du dialogue. Malgré le caractère très compliqué de la période actuelle de nos relations et du contexte international, l'existence d'une communication est toujours préférable à son absence.

Nous avons évoqué en détail l'état des affaires bilatérales. Nous avons débattu du contrôle des armes, des conflits régionaux. Notre conversation a été très professionnelle et ouverte. Nous avons non seulement essayé de nous écouter, mais aussi de nous entendre.

Tout le monde sait que nous avons des opinions très différentes sur certaines choses. Il serait naïf d'estimer qu'il est possible de parvenir en une heure à une entente sur les questions-clés, mais cela a toujours été le cas, dans telle ou telle mesure. Les positions ne sont jamais identiques à 100%. Le sens de la diplomatie est de rechercher des solutions permettant, sans porter préjudice aux intérêts de principe de chaque partie, d'éviter les conflits et de promouvoir une coopération constructive.

Nous sommes certainement d'accord avec nos partenaires américains en ce qui concerne le fait que - Mike Pompeo vient de le mentionner - l'accumulation de divergences entre deux puissances nucléaires est tout sauf acceptable. Cela ne correspond ni aux intérêts de nos pays, ni à ceux de la communauté internationale. Cela crée des tensions supplémentaires sur l'arène internationale et dans le monde en général. C'est pourquoi nous poursuivrons notre dialogue. Nous sommes tous les deux prêts à rechercher ensemble des opportunités pour normaliser les relations bilatérales. Nous constatons que ce travail conjoint a été et reste toujours empêché par une vague de soupçons concernant la Russie, déversée sur Washington. Nous avons souligné encore une fois aujourd'hui le caractère infondé de toutes les suspicions au sujet de notre ingérence prétendue dans les affaires intérieures des États-Unis. Nous n'avons toujours vu aucun fait capable de le prouver. Personne ne nous en a présenté, car il semble qu'il n'y en a pas, tout simplement.

Rappelons que suite aux premiers propos à ce sujet (avant les élections présidentielles aux États-Unis en 2016), nous avons utilisé le canal qui existait à l'époque entre Moscou et Washington, l'administration de Barack Obama, pour demander à de nombreuses reprises à nos partenaires américains de nous offrir la possibilité d'élucider les suspicions évoquées en octobre 2016, jusqu'à l'investiture de Donald Trump. Nous n'avons reçu aucune réponse. Aucune réaction à nos messages du type: si vous nous suspectez, parlons-nous, présentez-nous les faits. Ce processus a continué après l'investiture du Président américain Donald Trump et la nomination de la nouvelle administration. Afin de lever toutes ces suspicions infondées, nous avons proposé à nos collègues de publier la correspondance menée via ce canal fermé d'octobre 2016 à janvier 2017. Cela aurait pu éclaircir la situation pour beaucoup de personnes. L'administration actuelle a malheureusement refusé de le faire. Je voudrais répéter que nous sommes prêts à rendre publiques les communications via ce canal. Je pense que cela pourrait éclaircir beaucoup de choses. Dans tous les cas, nous espérons que les passions nées à partir de rien se calmeront progressivement - tout comme le maccarthysme qui s'est évaporé dans les années 1950 - et que nous aurons la possibilité de nous revenir à une coopération plus constructive. Par ailleurs, nous avons proposé à plusieurs reprises - et l'avons rappelé encore une fois aujourd'hui - de fixer l'engagement bilatéral de non-ingérence dans les affaires intérieures de l'autre pays suivant l'exemple d'échange de notes effectué en 1933, à l'époque du rétablissement des relations diplomatiques entre l'Union soviétique et les États-Unis. Les Américains ont proposé, et les Soviétiques ont accepté, d'échanger des lettres entre le Président américain Franklin Roosevelt et le Ministre soviétique des Affaires étrangères Maxime Litvinov stipulant l'engagement d'éviter toute ingérence dans les affaires intérieures de l'autre pays. Il s'agissait d'une initiative des Américains. Nous sommes prêts à faire la même chose à l'étape actuelle, qui est très importante.

Dans tous les cas, nous avons reconnu qu'il était injuste de "mettre sur pause" nos relations, de suspendre et de reporter notre coopération sur les problèmes d'actualité. Nous sommes prêts à mener ce travail pratique sur tout l'éventail de questions d'intérêt commun, à un niveau d'intensité qui conviendrait à nos partenaires américains.

La stabilité stratégique a été l'un des principaux sujets de notre entretien. Nous avons porté notre attention sur les répercussions négatives de la sortie américaine du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Nous avons souligné que, dans le contexte actuel où le Traité avait cessé d'exister, nous avions intérêt à ne pas perdre le contrôle de ce domaine de la stabilité stratégique. Comme vous le savez, le Président russe Vladimir Poutine a indiqué dans ces messages adressés aux chefs des principaux États, notamment des États-Unis et d'autres pays de l'Otan, que la Russie annonçait un moratoire unilatéral sur le déploiement des missiles de ce type dans les régions concernées avant qu'on n'y déploie des systèmes similaires de production américaine. Nous avons proposé à nos partenaires américains, y compris aux États-Unis, de rendre ce moratoire réciproque. Cette proposition reste toujours d'actualité.       

Aujourd'hui, nous avons également parlé du sort d'un autre Traité, qui expirera automatiquement en février 2021 s'il n'était pas prolongé. Je fais allusion au Traité de réduction des armes stratégiques. La Russie a réaffirmé sa proposition de prendre une décision dès à présent pour que ce Traité soit prolongé. Le Président russe Vladimir Poutine a confirmé cette position récemment dans une allocution publique.

Nous réaffirmons également la proposition de suivre une fois de plus l'exemple de l'Union soviétique et des États-Unis en adoptant au niveau des présidents une déclaration sur l'inadmissibilité d'une guerre nucléaire. Cette proposition reste également sur la table.

Parmi les affaires régionales, nous avons parlé aujourd'hui de l'Ukraine. J'ai informé en détail le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo et sa délégation des pourparlers d'hier au "format Normandie" à Paris, des décisions prises, et des questions qu'il restait à régler afin d'avancer dans la mise en œuvre des Accords de Minsk. Il est primordial que le document final approuvé hier par les présidents de la Russie, de l'Ukraine, de la France et la chancelière de l'Allemagne confirme l'immuabilité des Accords de Minsk et exige leur accomplissement à part entière. C'est notre position à 100%.

Nous avons aussi parlé de la nécessité de poursuivre les discussions sur les solutions permettant de surmonter la crise autour du programme nucléaire iranien. Vous connaissez notre position. Nous pensons qu'il faut tout faire pour sauver le Plan d'action global commun afin de garantir le caractère pacifique des recherches nucléaires iraniennes. Bien évidemment, nous sommes préoccupés par la situation dans le golfe Persique et dans le détroit d'Ormuz. Nous préconisons à tous les pays qui veulent garantir la sécurité de la navigation maritime d'étudier la proposition soumise par la Russie. Elle concerne l'établissement d'un dialogue sur la création d'un système de sécurité collective dans le golfe Persique. En septembre 2019, nous avons déjà organisé à Moscou un séminaire spécial au niveau des politologues, des experts et de la communauté scientifique. Avec la participation de plusieurs pays de la région, dont les pays arabes du Golfe, et plusieurs chercheurs européens. Nous avions également invité des représentants américains, et nous comptons sur leur participation la prochaine fois.

Nous avons parlé de la situation autour du Venezuela. La Russie estime invariablement que c'est le peuple vénézuélien qui doit décider de son avenir, que les prémisses de dialogue observées d'abord au "format d'Oslo" (malheureusement, en suspens), et maintenant dans le cadre d'une table ronde entre le gouvernement et l'opposition modérée, apporteront le résultat escompté, et que la crise sera réglée de manière uniquement pacifique.

Nous avons parlé de la situation sur la péninsule coréenne. Nous prônons sa dénucléarisation. Dans ce contexte, nous trouvons très importants les contacts entre les États-Unis et la Corée du Nord. Nous espérons que notre position, également évoquée avec Mike Pompeo, la position de la Russie et de la Chine (avec laquelle nous coordonnons les approches sur ces thèmes), sera utile pour la détermination par Washington de sa ligne dans les conditions de l'impasse actuelle dans les négociations. Nous sommes certains que pour sortir de cette impasse il faut avancer en s'appuyant sur des actions réciproques - action pour action. Dans ce sens, nous sommes prêts à contribuer pleinement et activement à surmonter la situation actuelle.

Nous avons parlé de la Syrie. La résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies regroupe tous les cadres qui doivent déterminer l'avancement sur tous les aspects du processus de paix. Nous avons souligné la nécessité de poursuivre la coopération de la Russie, des États-Unis et d'autres acteurs pour éradiquer définitivement le terrorisme sur le territoire syrien, la nécessité de régler les problèmes humanitaires et, évidemment, d'un processus de paix constructif et durable qui a été initié à Genève dans le cadre du Comité constitutionnel où les parties syriennes doivent s'entendre sur l'avenir de leur pays.

Nous avons également parlé d'autres foyers de tension au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où ils sont nombreux. En particulier, selon moi, nous souhaitons tous un dialogue plus étroit sur le processus de paix en Libye. Nous coopérons aussi sur la situation autour du Yémen. Bien sûr, il est très important de garder dans son champ de vision le processus de paix israélo-palestinien, qui fait clairement du surplace et se trouve dans un état critique.

Nous avons parlé des affaires bilatérales. Vladimir Poutine et Donald Trump se sont entendus sur plusieurs démarches concrètes au sommet d'Helsinki en 2018, puis en juin 2019 à Osaka en marge du sommet du G20. Parmi les résultats, il y a un an a été relancé le dialogue antiterroriste, dont plusieurs cycles se sont déjà déroulés. Cela permet de combattre plus efficacement ce mal pour la Russie, les États-Unis et toute la communauté internationale. Nous espérons que ce format restera très intense après le changement de son coprésident américain - à ce que l'on sache, John Sullivan sera présent demain aux audiences du Sénat au sujet de sa nomination au poste d'ambassadeur des États-Unis en Russie. Nous le connaissons comme un diplomate expérimenté et très professionnel, nous serons ravis de collaborer avec lui. Bien évidemment, nous partons du principe que notre Ambassadeur à Washington bénéficiera du même soutien.

En ce qui concerne l'économie, malgré les sanctions qui, vous le savez, nuisent à tout le monde, le commerce bilatéral sous la présidence de Donald Trump a affiché une croissance stable. Donald Trump a permis d'atteindre des échanges de 27 milliards de dollars - contre 20 milliards de dollars sous Barack Obama, qui avait réduit les échanges. Cette hausse d'un tiers signifie de nouveaux emplois dans les deux pays, une augmentation des revenus des producteurs. Je pense qu'en apportant une stimulation supplémentaire à cette coopération, les résultats seraient encore plus avantageux pour les deux parties.

Nous sommes convenus de poursuivre la recherche de solutions pour remédier aux différents facteurs irritants dans le secteur bilatéral. Cela concerne notamment l'arrestation de citoyens russes à l'étranger, la non-délivrance de visas pour nos délégations qui participent aux activités internationales sur le territoire américain et pour nos diplomates, la situation avec l'immobilier diplomatique. Nous sommes convenus que nos adjoints poursuivront sur toutes ces questions une conversation concrète, que nous voulons rendre constructive et, surtout, productive.

Pour terminer, je dirai que malgré toutes les difficultés et les divergences, le potentiel de notre coopération aussi bien dans l'économie que dans d'autres secteurs est important. Il est dans l'intérêt des deux pays de profiter pleinement de ce potentiel et de développer les relations au profit de soi et de toute la communauté internationale. Nous y sommes disposés. Aujourd'hui, nous avons senti une disposition réciproque de la partie américaine. Je remercie Mike Pompeo. Nous voulons poursuivre le dialogue. Je l'invite à se rendre en Russie quand il lui conviendra.

Question (adressée à Mike Pompeo, traduite de l'anglais): Êtes-vous satisfait par la pression de sanctions exercée par la Russie et d'autres pays sur la Corée du Nord? La semaine dernière, la Corée du Nord a averti qu'elle avait un "cadeau de Noël" pour les États-Unis. Est-ce que l'administration est prête au retour de la Corée du Nord à une position plus ferme, voire à la suspension définitive des négociations?

Sergueï Lavrov (ajoute après Mike Pompeo): Il est question des sanctions décrétées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Les sanctions sont un instrument utilisé par le Conseil de sécurité des Nations unies, mais les résolutions en question ne se limitent pas aux sanctions. Chacune de ces résolutions implique la nécessité d'intensifier le processus politique. Cet aspect est passé un peu au second plan dans la couverture de la situation actuelle.

Nous sommes certains que ce processus politique doit être activement maintenu. Le dialogue direct entre Washington et Pyongyang joue un rôle central. Nous prônons sa reprise et sommes certains que le dialogue ne pourra apporter un résultat que s'il évoluait en se basant sur des démarches réciproques. Il est impossible d'exiger de la Corée du Nord de faire tout à la fois, et seulement ensuite revenir au règlement des questions relatives à sa sécurité, la levée des sanctions et ainsi de suite. La situation humanitaire en Corée du Nord nécessite des démarches urgentes, qui permettraient de comprendre la disposition de la communauté internationale non seulement à exiger l'application des termes des résolutions, mais également à réagir aux besoins économiques et humanitaires parfaitement légitimes de la Corée du Nord. Actuellement, même les produits qui ne sont pas concernés par les sanctions des États-Unis ou de l'Onu sont très difficiles à livrer en Corée du Nord simplement parce que les producteurs et les compagnies de transport craignent d'être sanctionnés uniquement pour avoir mené des affaires avec la Corée du Nord, bien qu'elles soient légitimes. C'est cette situation qui nous a conduits dans l'impasse actuelle. Bien sûr, nous appelons les autorités nord-coréennes à la retenue et espérons que les conditions seront créées pour la reprise du dialogue.

Question (traduite de l'anglais): Pendant la discussion concernant la situation de Paul Whelan, est-ce que la Russie et les États-Unis sont parvenus à avancer dans son règlement? Est-il est question de sa libération?

Sergueï Lavrov: L'enquête a été terminée en septembre. L'acte d'accusation est examiné par l'intéressé. Il doit désormais terminer l'étude de ce document, ce qui ne dépend que de lui et de ses avocats. C'est alors que se tiendra un procès qui permettra de mettre un point final à cette affaire, après quoi il sera possible de prendre des décisions en s'appuyant sur les accords bilatéraux officiels entre nous dans le domaine des forces de l'ordre.

Je voudrais noter qu'on parle beaucoup de la santé de Paul Whelan. Nous le prenons très au sérieux. Nos médecins l’examinent régulièrement. Il s'est plaint d’une hernie inguinale.Une opération lui a été proposée, il  l'a refusée. Je voudrais noter que Paul Whelan (c'est probablement la tactique choisie par ses avocats) se comporte de manière très insolente. Il menace les agents du Service fédéral d'application des peines (FSIN), menace de leur trouer la tête avec une perceuse, fait d'autres déclarations arrogantes. Peut-être que les avocats lui ont suggéré de se comporter ainsi. Si le but de ces actes consiste à créer l'image de martyr, c'est probablement incorrect et malhonnête. Je répète que nous agissons en parfaite conformité avec notre législation et les normes internationales qui s'appliquent en l'occurrence.

Question (traduite de l'anglais): Pensez-vous que l'Ukraine s'est ingérée dans la présidentielle américaine de 2016? En avez-vous parlé avec le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo?

Sergueï Lavrov: Cette question n'a rien à voir avec nous. C'est une question entre deux États souverains. Indirectement, elle permet probablement de mieux comprendre l'absurdité des accusations à notre égard selon lesquelles nous nous serions ingérés dans les élections de 2016. J'ai déjà dit que nous étions prêts à révéler notre correspondance avec l'Administration américaine concernant les accusations d'ingérence. Nous sommes prêts, dès que Washington donnera son accord, à révéler ces documents importants pour le public.

Question: Est-ce que la rencontre d'aujourd'hui a permis d'éclaircir le sort du Traité de réduction des armes nucléaires stratégiques (New Start)? Sera-t-il prolongé? Que pensez-vous de l'argument américain concernant la nécessité d'impliquer la Chine? S'agit-il d'une volonté sincère d'impliquer Pékin dans les négociations ou de ce qu'on appelle ici "red herring", c'est-à-dire de la recherche d'un prétexte pour ne pas prolonger le traité?

Sergueï Lavrov: La Russie a récemment confirmé encore une fois - en personne du Président Vladimir Poutine - sa volonté de s'entendre sans tarder sur la prolongation du New Start afin de lever les tensions provoquées au sein de la communauté internationale par l'expiration éventuelle du dernier outil de contrôle des armements entre la Fédération de Russie et les États-Unis. Nous sommes prêts à le faire aujourd'hui: la balle est dans le camp de nos collègues américains.

Le président russe Vladimir Poutine s'est également prononcé à plusieurs reprises au sujet de la Chine. Si cette dernière était prête à rejoindre l'entente, nous soutiendrions cette approche. Dans ce contexte, il serait évidemment nécessaire de faire attention aux autres puissances nucléaires, officielles ou non officielles. Cependant, la Chine a clairement déclaré qu'elle ne participerait à aucune négociation, car son arsenal nucléaire est largement inférieur à celui de la Russie et des États-Unis du point de vue du volume et de la structure des armes. Nous avons évoqué aujourd'hui ce sujet, avons analysé les statistiques de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm concernant l'arsenal nucléaire chinois, qui diffère très considérablement de ceux de la Russie et des États-Unis.

Mais, encore une fois, si la Chine était prête à le faire, nous serions prêts à examiner le processus multilatéral dans le domaine du désarmement nucléaire. Dans tous les cas, comme Vladimir Poutine l'a dit au Secrétaire d'État Mike Pompeo en mai dernier à Sotchi, cette situation exige des négociations, car pour l'instant nos collègues américains n'ont même présenté aucune proposition concrète sur le papier. Cela prendra du temps. En attendant, afin de ne pas créer un vide, la Russie et les États-Unis, qui restent les deux principales puissances nucléaires, pourraient annoncer la prolongation du Traité New Start  pour calmer l'opinion publique mondiale. Cela serait bénéfique.  

Question (adressée à Mike Pompeo): Si l'on ne parvenait pas à impliquer la Chine dans les négociations sur le New Start, compte tenu des objectifs de Pékin mentionnés par Sergueï Lavrov, seriez-vous prêts à prolonger le traité dans le cadre d'un format limité, sans la participation de la Chine?

Sergueï Lavrov (ajoute après Mike Pompeo): Dans sa réponse à cette question, Mike Pompeo a dit qu'en proposant d'élargir le cercle des participants aux négociations sur le contrôle des armes stratégiques, les États-Unis avaient à l'esprit, selon lui, un éventail de conditions - "set of conditions" - et pas des limitations pour chaque participant. C'est la première fois qu'un responsable américain apporte une telle précision. C'est pourquoi j'ai dit qu'il serait plus facile à nous et aux autres récipients de l'idée américaine de l'examiner si elle avait une forme plus concrète.

Question: Vous avez mentionné votre volonté d'obtenir des États-Unis des informations supplémentaires sur l'ingérence de la Russie dans les élections américaines. Pourquoi ne pas lire tout simplement le rapport du procureur spécial Robert Mueller qui contient beaucoup de détails concernant les accusations des États-Unis contre Moscou dans le cadre de l'ingérence dans les élections de 2016?

Sergueï Lavrov: Nous avons pris connaissance de ce rapport. Il ne présente aucune confirmation de conspiration éventuelle. Je vais le répéter, pour la quatrième fois: notre proposition est de publier les données montrant la réaction de la Russie via le canal officiel créé afin d'examiner les menaces dans le domaine cybernétique, la volonté de la Russie d'examiner tout cela de manière confidentielle et la décision de l'administration de Barack Obama de rejeter toutes ces propositions. A mon avis, la publication de ces données ne porterait aucun préjudice à la transparence du processus et n'empêcherait pas le procureur spécial Robert Mueller de rédiger un rapport reflétant tous les aspects de la situation. Qui plus est, cela serait certainement intéressant pour la presse. Je réitère ma proposition.   

Question: Avez-vous obtenu un progrès dans la formation du Conseil d'affaires russo-américain?

Sergueï Lavrov: Nous avons évoqué aujourd'hui notre coopération économique, y compris la possibilité de la perfectionner d'un point de vue organisationnel, conformément aux entretiens entre les présidents russe et américain Vladimir Poutine et Donald Trump à Hambourg, à Helsinki, et récemment à Osaka.

Question: Compte tenu de l'expulsion massive de diplomates russes survenue il y a quelques années, le travail des services consulaires des deux pays - en Russie tout comme aux États-Unis - a été perturbé, notamment en ce qui concerne l'octroi de visas aux délégations officielles. Avez-vous évoqué cette question? Envisagez-vous de rétablir le travail des consulats?

Réponse: Nous sommes tout à fait d'accord avec la nécessité d'un fonctionnement efficace des services consulaires. Nous avons évoqué aujourd'hui les visas. Je voudrais présenter ces statistiques: les établissements diplomatiques américains en Russie comptent 155 diplomates de plus que nos missions diplomatiques chargés des relations bilatérales. Notre ambassade à l'Onu compte 155 personnes. Quand nous avons équilibré les niveaux de présence diplomatique, nous n'avons pas exclu du quota général les diplomates qui ne s'occupaient pas des relations bilatérales et n'en ayant pas le droit. C'est pourquoi nous avons ici 155 diplomates de moins que les États-Unis n'en ont en Russie. Nos citoyens sont malheureusement obligés d'attendre longtemps l'entretien précédent l'octroi du visa: 300 jours à Moscou, 40 jours à Vladivostok et plus de 30 jours à Ekaterinbourg. Seulement pour obtenir un entretien. Nos collègues américains l'expliquent par le fait que tous les collaborateurs consulaires sont partis après l'introduction des quotas. Chaque pays a le droit de définir la structure de sa représentation diplomatique. Nous avons, nous aussi, été obligés de "couper dans le vif", beaucoup de nos collaborateurs consulaires sont partis. Cela ne s'est cependant soldé par aucune prolongation de la durée de la délivrance des visas. Tous les visas sont toujours délivrés dans les mêmes délais qu'avant cette évolution désagréable dans nos relations bilatérales. Il est, selon nous, particulièrement important de soutenir une telle approche compte tenu de l'importance des contacts humains: sportifs, culturels, interparlementaires, etc. Plus souvent les Américains et les Russes se rendront visite et plus faciles seront ces déplacements, mieux ce sera pour le renforcement de nos relations et de notre partenariat qui, comme je l'ai déjà dit, a des perspectives colossales. 

 

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