5 décembre 201914:58

Allocution de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la 26e réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE, Bratislava, 5 décembre 2019

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Monsieur le Président en exercice,

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et messieurs,

Avant tout, je voudrais exprimer notre reconnaissance à la présidence slovaque pour son hospitalité. Ici, à Bratislava, à la frontière entre l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest, il convient de rappeler que notre Organisation est appelée à contribuer à la construction d'une sécurité commune basée sur la coopération, à effacer les lignes de démarcation, à soutenir et à renforcer la confiance réciproque. L'objectif de créer une communauté de sécurité égale, globale et indivisible, fixé pendant le sommet d'Astana de 2010, doit rester la priorité absolue. Aujourd'hui, les ministres des Affaires étrangères de l'OTSC ont adopté une déclaration réaffirmant l'attachement à cet objectif.

Malheureusement, tout le monde ne suit pas cet exemple. Nous constatons pas un mouvement vers une sécurité égale, mais un mouvement dans le sens inverse. L'architecture de stabilité stratégique s'effondre. La fragmentation de l'espace de sécurité continue. On cherche à remplacer le droit international par un "ordre basé sur des règles" - un ensemble de directives en matière de politique étrangère formulées par un groupe étroit de pays occidentaux. Plusieurs vagues d'expansion de l'Otan, que l'on cherche obstinément à transformer en "source de légitimité", le rapprochement de son infrastructure militaire des frontières russes, le renforcement actif des potentiels militaires en Europe de l'Est, la hausse record des budgets de la défense accompagnée de la création d'une "image de l'ennemi": tout cela a provoqué une tension sans précédent depuis la Guerre froide.

Il est important de renverser cette tendance dangereuse, de stopper la dérive vers la confrontation. Un ordre du jour paneuropéen positif sur l'ensemble des problèmes d'actualité est nécessaire: de la lutte contre les nombreux risques et défis à l'union des processus d'intégration en Eurasie. Au vu de sa large couverture géographique, de son approche globale de la sécurité, du principe de consensus et de sa culture du dialogue, l'OSCE doit jouer un rôle important dans le règlement de ces tâches. D'ailleurs, c'est ce dont il est question dans l'appel de Bratislava du Président en exercice, que nous soutenons pleinement.

Guidés par la même philosophie, nous avons préparé plusieurs initiatives pour la réunion d'aujourd'hui. Il serait primordial d'adopter la Déclaration à l'occasion du 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et la Déclaration commémorative que nous avons proposée pour le 20e anniversaire de la Charte de la sécurité européenne, qui vise à réaffirmer les principes fixés il y a vingt ans qui, je le rappelle, avaient été avancés avant tout par les collègues occidentaux. Mais aujourd'hui, ils sont devenus plus froids à l'égard de ces principes.

Nous soutenons la poursuite du "dialogue structuré" faisant appel aux experts militaires sans politiser le processus. Nous considérons ce dialogue comme une mesure importante pour renforcer la confiance, notamment à l'heure où les contacts au niveau militaire entre la Russie et l'Otan ont été suspendus. Les propositions russes concernant la diminution de la tension sur la ligne de contact entre la Russie et l'Otan restent sans réponse. Tout comme il n'y a pas de réaction à la lettre ouverte des ministres des Affaires étrangères des pays de l'OTSC aux collègues de l'Otan. Dans une situation où, au lieu d'un dialogue, nous sommes confrontés à une "contention" agressive de notre pays, nous ne voyons aucune raison d'évoquer la modernisation du Document de Vienne de 2011.

L'OSCE doit jouer un rôle plus important dans la lutte contre le terrorisme et la menace des drogues. Nous avons préparé des projets de telles solutions. Nous comptons sur leur étude constructive.

Nous notons une élaboration de qualité, par la présidence et les États membres, de projets sur la coopération énergétique et les innovations numériques. Il faut accorder davantage d'attention au second "panier".

Le potentiel de l'OSCE est particulièrement sollicité pour régler les problèmes humanitaires graves. Je rappelle que le phénomène honteux de non-citoyenneté persiste en Lettonie et en Estonie. En Ukraine, la langue russe, qui est parlée par la majeure partie de la population, subit une grossière discrimination. Les persécutions se poursuivent également contre l’Église orthodoxe ukrainienne canonique.

Plusieurs pays transgressent grossièrement leurs engagements d'assurer la liberté des médias et un accès équitable à l'information.  On constate une intolérance envers les points de vue alternatifs.

A l'ordre du jour: la mise en œuvre de nos propres décisions datant d'il y a cinq ans sur l'adoption de déclarations pour la protection des chrétiens et des musulmans.

Les efforts anticrises de l'OSCE sont d'actualité. Nous soutenons le travail de la Mission spéciale d'observation en Ukraine. Nous attendons la publication de rapports honnêtes de la Mission sur les victimes et les destructions de l'infrastructure civile dans le Donbass. Nous espérons que le sommet de Paris au "format Normandie" fera avancer la mise en œuvre des Accords de Minsk. L'élément principal du processus de paix, et c'est inévitable, reste le dialogue direct de Kiev avec Donetsk et Lougansk.

La situation difficile dans les Balkans requiert davantage d'attention. La présence de l'OSCE sur le terrain ne doit pas être utilisée pour remplir les tâches d'intégration euro-atlantique des pays de la région. Toute action au sein de notre Organisation allant à l'encontre de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies est inadmissible.

Il convient de rappeler que l'activité des structures exécutives de l'OSCE et de ses institutions doit être dirigée vers le profit pour tous les États membres. Il n'est possible de dévoiler le grand potentiel constructif de l'OSCE que sur la base des principes de respect réciproque et d'équilibre des intérêts.

Pour conclure, je voudrais souhaiter de la réussite à l'Albanie qui va prendre la présidence de l'OSCE.

 

 

 

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