27 mars 201509:32

Allocution et réponses aux questions des médias du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue guatémaltèque Carlos Morales au sujet de la réunion Russie-Sica, Guatemala, le 26 mars 2015

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Cette rencontre multilatérale, utile et importante, a de bonnes perspectives.

La Russie développe ses relations avec le Système d'intégration centre-américain (Sica) depuis la fin des années 1990. Aujourd'hui, nous avons atteint un nouveau niveau d'interaction. La Fédération de Russie a adressé à la Secrétaire générale du Sica, Victoria Marina Velasquez, une demande officielle de commencer l'examen de l'obtention par notre pays du statut d'observateur extra-régional auprès de cette organisation. Cette demande a été saluée par tous et, comme le président de cette réunion, le ministre des Affaires étrangères du Guatemala, Carlos Morales, a dit qu'elle sera examinée rapidement. J'espère que cela sera le cas.

Nous avons approuvé une déclaration conjointe qui liste les principaux axes de nos futurs efforts. Nous avons convenu de commencer le travail sur un autre document – un mémorandum concrétisant et réunissant tous ces axes: le commerce, les investissements, l'économie en général, l'éducation, la prévention des situations d'urgence, la préparation aux catastrophes naturelles, l'organisation d'échanges culturels, humanitaires et académiques, le tourisme et autres. Tout aussi importante est notre interaction liée au renforcement des structures d'application de la loi des pays d'Amérique centrale, y compris pour lutter contre le trafic de drogue et la criminalité organisée.

Nous développons avec succès nos relations bilatérales avec la plupart des pays de la région centre-américaine, y compris le Guatemala. Dans bien des cas, les liens bilatéraux peuvent être complétés par des formats efficaces multilatéraux d'interaction entre la Russie et les pays du Sica. Au cours de notre discussion d'aujourd'hui, nous en avons évoqué de nombreux exemples. Notamment la création au Nicaragua, sur la base de la formation existante des agents des services des stupéfiants, du Centre régional de formation dont les services seront également accessibles à d'autres pays de l'Amérique centrale. Un autre projet très important est la création à Managua, conjointement avec la Russie, d'une usine de vaccins. Elle a déjà reçu l'approbation de l'Organisation panaméricaine de la santé et sera certifiée. Cela permettra de réduire considérablement le déficit de vaccins observé dans toute la région.

Concernant l'économie et le commerce: compte tenu de la structure largement similaire des exportations des pays du Sica, il leur serait probablement bénéfique de joindre leurs efforts pour sortir sur le marché russe. De la même façon, les fournisseurs russes de divers produits auront peut-être intérêt à travailler avec plusieurs pays à la fois. Dans les deux cas, cela minimiserait les frais logistiques.

Un autre exemple intéressant est le tourisme. Le leader incontesté dans ce domaine est la République dominicaine, visitée par près de 180 000 Russes l'année dernière. Les pays du Sica pourraient facilement travailler ensemble pour permettre aux Russes qui achètent un tour en République dominicaine de visiter également d'autres pays d'Amérique centrale. Cette idée a suscité un grand intérêt.

La libéralisation du régime de visas facilitera, bien sûr, les échanges économiques, scientifiques, académiques, touristiques et autres. Avec le Guatemala, le Nicaragua et le Panama, nous avons déjà un régime sans visa. Nous avons signé un accord avec le Honduras, qui est maintenant à l'étape de la ratification dans ce pays. Aujourd'hui, nous allons signer un accord sur les entrées sans visa pour les citoyens de la Russie et du Salvador.

Avec plusieurs pays du Sica, nous avons établi une coopération à travers les académies diplomatiques auprès des ministères des Affaires étrangères. Aujourd'hui, nous avons également évoqué des formes de l'interaction multilatérale collective qui pourraient être appliquées à ce sujet.

La Russie et les pays d'Amérique centrale ont des positions similaires et, dans bien des cas, identiques sur les grands problèmes internationaux. Nous défendons le respect du droit international, le renforcement du rôle central de l'Onu et le règlement pacifique des différends. Cela est également reflété par la Déclaration conjointe que nous avons adoptée aujourd'hui.

Nous sommes reconnaissants envers nos partenaires d'Amérique centrale pour le soutien qu'ils ont apporté à plusieurs initiatives russe à l'Onu, y compris aux résolutions sur des questions telles que l'inadmissibilité de la glorification du nazisme, le renforcement des mesures de confiance dans l'espace, le développement de la coopération dans le domaine de la sécurité internationale de l'information et d'autres secteurs. Nous apprécions la position pondérée des pays de la région à l'égard des événements en Ukraine et leur refus de rejoindre les sanctions antirusses.

Je suis convaincu que notre rencontre d'aujourd'hui a lancé une nouvelle étape d'interaction avec les pays de la région, qui donnera des résultats mutuellement bénéfiques supplémentaires.

En conclusion, je tiens à exprimer encore une fois ma gratitude à mon homologue, le ministre des Affaires étrangères du Guatemala, Carlos Morales, pour l'accueil chaleureux et l'organisation impeccable de notre travail.

Question: Comment se concrétise la collaboration de la Russie avec les pays du Sica dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogues?

Sergueï Lavrov: La Russie a passé des accords bilatéraux avec beaucoup de pays de la région prévoyant l'interaction dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue. Cela sous-entend notamment la formation de spécialistes sur le territoire de la Fédération de Russie. À Managua sont également dispensés des cours de formation des agents des services des stupéfiants (maintenant transformés en Centre régional de formation), auxquels participent les citoyens de plusieurs pays d'Amérique centrale, dont le Guatemala.

En plus de ce centre régional existe une autre forme de travail – les missions ponctuelles des spécialistes russes qui donnent une série de conférences dans les pays de la région. Récemment, cette forme a été notamment utilisée pour la formation des agents des services des stupéfiants au Guatemala. Nous sommes convaincus que le principal axe de renforcement de la capacité de lutter contre la menace de la drogue devra être l'assistance dans la formation des spécialistes nationaux des États concernés.

En plus de cette forme de travail, nous collaborons également sur la scène internationale au sujet des questions liées au renforcement et au développement du cadre juridique international pour combattre le trafic illicite de stupéfiants. À la base de cette activité: trois conventions universelles sur la lutte contre différents aspects de la menace de la drogue. L'organe de coordination est la Commission des stupéfiants des Nations unies, dans le cadre de laquelle se prépare une session spéciale de l'Assemblée générale prévue pour 2016, dédiée à l'augmentation de l'efficacité des efforts pour lutter contre le trafic de drogue. Aujourd'hui, au cours de notre rencontre avec Monsieur Morales, nous avons convenu de coordonner nos démarches de préparation à cet événement important.

Question: À la fin de votre allocution, vous avez mentionné la déclaration, parue dans les médias, d'un militaire ukrainien à un poste de contrôle qui disait que tout agent de la mission de l'OSCE, Russe de nationalité, serait tué?

Sergueï Lavrov: L'OSCE applique des règles bien établies de formation des missions internationales qui excluent toute discrimination fondée sur la nationalité ou la citoyenneté. Lorsque les dirigeants ukrainiens se sont adressés à l'OSCE avec une demande de déployer dans leur pays une mission spéciale d'observation, les autorités de Kiev ont donné leur accord à l'application de ces règles et principes.

Aujourd'hui 20 citoyens russes travaillent dans cette mission et nous avons présenté près de 15 nouveaux candidats, en tenant compte de la décision récente du Conseil permanent de l'OSCE sur l'élargissement des effectifs de la mission jusqu'à mille personnes.

Si les militaires ukrainiens se permettent de menacer les Russes travaillant dans la mission de l'OSCE, ils doivent être immédiatement licenciés voire poursuivis au pénal. Je ne suis pas sûr de savoir si celui qui a prononcé ces paroles est un militaire des forces armées de l'Ukraine ou bien un combattant des bataillons bénévoles. Dans tous les cas, cela démontre une fois de plus qu'il est grand temps de remettre de l'ordre en Ukraine parmi ceux qui portent des armes et obéissent à on ne sait qui.

Les dirigeants du pays donnent, paraît-il, des ordres appropriés, mais dans la réalité ils se heurtent à la dure loi du terrain. Par exemple, les dirigeants du "Secteur droit" ont catégoriquement refusé d'obéir à qui que ce soit.

De telles menaces contre les agents russes travaillant dans la mission de l'OSCE démontrent une fois de plus qu'en Ukraine, les humeurs ultranationalistes pénètrent même jusque dans les forces armées. La mission de l'OSCE, les États européens et tous les pays occidentaux patronnant les dirigeants de l'Ukraine devraient y prêter une attention très sérieuse. Nous avons porté notre attention à cette menace il y a longtemps. Nous exigeons de prendre des mesures pour prévenir la transformation de l'Ukraine en État nationaliste, ce qui serait contraire à toutes les normes européennes. J'espère que cette situation ne sera pas négligée au point d'en devenir incurable.

Dans tous les cas, la partie ukrainienne assume pleinement la responsabilité de la sécurité des agents de la mission de l'OSCE en Ukraine – indépendamment de leur nationalité et de leur citoyenneté.

Question: Pourriez-vous détailler la demande du Guatemala concernant l'entraînement du cosmonaute guatémaltèque en Russie?

Sergueï Lavrov: J'en ai déjà parlé. Après les négociations avec le Président du Guatemala, Otto Perez Molina, nous avons reçu une telle demande. Elle est examinée non par le ministère des Affaires étrangères mais par l'Agence spatiale russe avec des structures compétentes des pays qui participent au projet de la Station spatiale internationale. Le ministère russe des Affaires étrangères ne traite pas de fond ces questions. Je sais seulement qu'il y a une certaine file d'attente. Mais nos collègues de l'Agence spatiale vont sûrement examiner cette demande et nous allons transmettre leur réaction à nos amis au Guatemala.

Question: Y-a-t-il des recommandations, côté russe, concernant la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala?

Sergueï Lavrov: Si cette Commission a été créée au Guatemala et qu'elle lui convient, il n'y a rien à discuter.

Question: Que pensez-vous de la situation au Yémen et de la position des États-Unis sur la crise dans ce pays? Notamment, après la fuite du président ukrainien Viktor Ianoukovitch en 2014, les États-Unis ont soutenu le coup d'État en Ukraine, et après la fuite du président du Yémen les Américains soutiennent le gouvernement légitime de ce pays.

Sergueï Lavrov: Sur cette question, on est amenés à utiliser un cliché assez usé: il s'agit clairement d'une politique de doubles-standards. Bien sûr, nous n'avons voulu ni ce qui s'est passé en Ukraine, ni ce qui se passe au Yémen. Dans les deux cas, il était nécessaire – et il l'est toujours – d'avancer vers la réconciliation nationale.

J'en suis convaincu: si le 22 février 2014, quand l'opposition a piétiné l'accord signé la veille sur le règlement de la crise en Ukraine, quand elle a refusé de créer un gouvernement d'unité nationale, a commencé à s'emparer des bâtiments de l'Administration du Président et du Gouvernement et à brûler les bureaux des partis politiques, si, à ce moment-là, l'Europe (surtout les pays qui ont été témoins de la signature dudit accord – l'Allemagne, la France et la Pologne), et les États-Unis, que nous avons activement appelés la veille à empêcher Viktor Ianoukovitch de faire sortir l'armée dans les rues – si, après l'effondrement de l'accord piétiné par l'opposition, ils avaient utilisé leur influence et usé de leur autorité et avaient exigé de rétablir immédiatement les accords, je suis sûr que rien de ce à quoi nous assistons maintenant en Ukraine ne serait pas passé, la tragédie actuelle ne se serait pas produite.

Aujourd'hui, il est nécessaire de déployer tous les efforts pour rétablir le processus politique sur la base des accords conclus à Minsk le 12 février 2015. Là aussi, on constate une certaine inhibition de la part du gouvernement. Les représentants officiels des structures de Kiev, en violation flagrante des accords de Minsk, déclarent qu'ils ne considèrent pas les leaders des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk comme des partenaires de négociation. De notre côté, nous insistons sur l'implication intégrale du Groupe de contact, dans le cadre duquel les représentants de Kiev, de Lougansk et de Donetsk, avec la Russie et l'OSCE, doivent travailler sur la résolution de toutes les questions, y compris la consolidation du cessez-le-feu, le contrôle du retrait des armes lourdes, de l'aide humanitaire, du redressement économique et du processus constitutionnel. À cet effet, nous avons proposé il y a longtemps de créer des sous-groupes de travail dans le cadre du Groupe de contact pour chacun de ces domaines, afin de rendre le travail le plus concret et efficace possible. Kiev a exprimé verbalement son accord, mais dans la pratique, a essayé de faire traîner le processus. Il y a seulement quelques jours, la décision à cet effet a été prise lors de la rencontre des vice-ministres des Affaires étrangères au "format Normandie". Il est nécessaire de la mettre en œuvre le plus vite possible. Nous allons y engager tous nos efforts.

En ce qui concerne le Yémen, vous avez absolument raison: les États-Unis s'y sont comportés de manière diamétralement opposée. Il faut appeler les choses par leur nom: jouer sur la confrontation entre les sunnites et les chiites est très dangereux. Au Yémen non plus, il n'y a pas d'autre moyen que de rétablir le processus de négociation qui était préparé sous la médiation du représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu. Nous allons insister sur ce point. J'espère que tous les autres pays impliqués, d'une manière ou d'une autre, dans la situation au Yémen, vont agir de la même façon.

En général, si l'on parle du problème que vous avez évoqué, sur le plan international, encore en septembre dernier, à la session de l'Assemblée générale de l'Onu, nous avons proposé d'adopter une déclaration détaillée qui confirmerait un des principes de la Charte des Nations Unies – à savoir l'obligation des États d'empêcher les ingérences dans les affaires intérieures d'un autre – et soulignerait le caractère inadmissible du changement des régimes légitimes par les coups d'État.

Par ailleurs, en Amérique latine s'applique un principe de non reconnaissance de ceux qui sont venus au pouvoir par la voie inconstitutionnelle, par un coup d'État. Un principe similaire est appliqué à l'Union africaine. Je crois que les autres régions du monde pourraient soutenir cette approche et l'affirmer dans le cadre de l'Onu. Nous avons proposé une telle initiative mais elle a suscité peu d'enthousiasme de la part de nos partenaires occidentaux. Mais nous allons poursuivre le travail.

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