Agrégateur de contenus

7 décembre 201722:45

Réponse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à une question de la presse suite à ses pourparlers avec le Secrétaire d'État américain Rex Tillerson en marge du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE, Vienne, 7 décembre 2017

2376-07-12-2017

  • de-DE1 en-GB1 es-ES1 ru-RU1 fr-FR1

Question: Qu'avez-vous pensé de votre rencontre avec le Secrétaire d'État américain Rex Tillerson?

Sergueï Lavrov: Ma rencontre avec le Secrétaire d'État américain Rex Tillerson a été assez concrète et longue: elle a duré près d'une heure. Nous avons accordé une attention particulière à la mise en œuvre des engagements figurant dans la déclaration adoptée par les présidents russe et américain Vladimir Poutine et Donald Trump en marge du sommet de l'APEC à Da Nang. Nous avons notamment évoqué nos contacts au niveau des ministères des Affaires étrangères et des militaires déployés sur le terrain, ainsi que soulevé plusieurs questions nécessitant une clarification du point de vue des événements actuels. Nous avons notamment confirmé la nécessité d'éviter toute action susceptible de remettre en cause notre attachement à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de la Syrie.  

Nous avons évoqué le processus de paix sous l'égide de l'Onu, qui a été réanimé après le début du processus d'Astana et s'est intensifié ces derniers temps grâce aux initiatives avancées à Sotchi lors du sommet tripartite des présidents russe, iranien et turc. Nous avons salué la reprise des pourparlers à Genève et souligné notre certitude que le Gouvernement et l'opposition devaient y participer sans aucune condition préalable. Ce fait a été souligné et confirmé lors de la reprise de ce cycle par Staffan de Mistura, représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie. Malheureusement, certains opposants campent sur des positions qui contredisent leurs engagements, et avancent en même temps des conditions préalables. Dans ce contexte, nous avons les mêmes approches que les Américains qui affirment que ces conditions préalables sont inacceptables. Il faut lancer les négociations directes concernant l'élaboration de la nouvelle constitution et l'organisation des élections. 

Nous avons informé le Secrétaire d'État Rex Tillerson des préparatifs du Congrès du dialogue national syrien qui devrait réunir les représentants d'un large éventail de l'opposition et des tribus syriennes. Dans ce cadre, nous tenterons de favoriser le lancement de la réforme constitutionnelle et l'examen des aspects concrets de l'organisation des futures élections sous le contrôle de l'Onu.

Notre entretien a ensuite porté sur le dossier ukrainien. Sur ce thème, nous avons encore moins d'approches similaires - même si la Russie et les États-Unis ont déjà beaucoup de postions antagonistes sur la Syrie. Nous les avons évoquées, nos militaires ont eux aussi débattu de ces questions. Concernant l'Ukraine, nous avons souligné le fait que les Accords de Minsk n'avaient aucune alternative. Nous avons demandé à la partie américaine de confirmer son attachement à cette position. J'espère que cette confirmation reflète réellement la réalité actuelle à Washington.

Nous sommes préoccupés par les tentatives d'altérer notre initiative d'envoyer des forces de l'Onu en Ukraine pour assurer la sécurité de la mission de l'OSCE. Cette initiative est absolument conforme à l'esprit et à la lettre des accords de Vienne. Elle prévoit que les observateurs de l'OSCE doivent être accompagnés par des protecteurs onusiens indépendamment de leur lieu de travail et de déplacement. Le représentant américain Kurt Volker propose l'approche inverse. Il ne veut pas résoudre les questions relatives au statut spécial du Donbass, à l'amnistie et aux préparatifs des élections via un dialogue direct entre Kiev, Donetsk et Lougansk, mais y établir tout de suite une administration onusienne qui gérerait tous les aspects de la vie dans les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Il est évident que le processus de Minsk serait tout simplement impossible dans ce cas-là, car ses racines résident dans les négociations directes et les accords sur tous les aspects mentionnés.   

Nous avons attiré l'attention sur le fait qu'il serait injuste d'envoyer des signaux de ce genre aux Ukrainiens, car cela ne ferait que renforcer leur idée selon laquelle ils pourraient prétendument être dédouanés de  leurs engagements et contourner les Accords de Minsk. Par ailleurs, certains membres du gouvernement ukrainien le disent déjà publiquement et clament leur capacité à résoudre le problème par la voie militaire. Nous avons appelé Washington à arrêter les provocations de ce genre.

Nous avons également examiné la situation sur la péninsule coréenne. Notre position reste la même. Nous sommes convaincus de la nécessité de mettre fin au cercle vicieux de la confrontation, des aventures et des provocations. Nous avons exposé notre vision des perspectives de mise en œuvre de la feuille de route russo-chinoise visant à faire baisser les tensions et réunir les conditions permettant de lancer les négociations dans un format acceptable pour les pays intéressés. Nous savons que la Corée du Nord veut notamment parler aux États-Unis des garanties de sa sécurité. Nous sommes prêts à soutenir ce processus et à concourir à ces pourparlers. Le Secrétaire d'État Rex Tillerson, mon homologue américain, l'a entendu.

Nous avons confirmé l'utilité des contacts sur l'Afghanistan entre les représentants du Ministère russe des Affaires étrangères et du Département d'État américain. Ils ont eu lieu en septembre et en décembre. Dans ce contexte, nous constatons également la nécessité de mieux comprendre les intérêts des parties. Nous sommes préoccupés par l'annonce de la nouvelle stratégie de Washington, qui mise de fait sur une résolution musclée de la crise afghane. Cette approche est irréaliste. Nous avons évoqué ce sujet. Nous avons établi que nos représentants poursuivraient leurs contacts et l'examen de leurs approches, ainsi que leur coopération avec les autres pays participant au règlement afghan.     

Nous avons demandé de nous expliquer le sens de la décision concernant le transfert de l'ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Nous avons demandé de clarifier quels résultats cela pourrait, selon eux, apporter aux efforts entrepris sous l'égide de l'Onu dans le cadre du Quartet pour le Moyen-Orient. Nous avons beaucoup de questions. Nous avons souligné les inquiétudes avancées par les pays arabes et musulmans, la Ligue arabe et l'OCI concernant le fait que tout cela pourrait torpiller voire enterrer les négociations selon la formule d'une solution à deux États qui prévoit la coexistence normale des États israélien et palestinien dans une atmosphère de sécurité. Tout cela était reflété dans les décisions de l'Assemblée générale de l'Onu et du Conseil de sécurité de l'Onu, qui pourraient être mises en cause par cette décision américaine.

Nous nous sommes accordés pour poursuivre les contacts au niveau des experts afin de mieux comprendre l'approche américaine - elle contient d'autres aspects nécessitant une clarification - et les perspectives de notre travail futur au sein du Quartet pour le Moyen-Orient (Russie, États-Unis, Onu, Union européenne).  

Nous avons évidemment évoqué toutes les questions de notre actualité bilatérale qui nuisent réellement à nos relations. Nous avons encore une fois souligné que la coopération sur les questions internationales intéressant les Américains souffrait très considérablement du fait qu'il existait, dans nos relations bilatérales, une politique persistante et conséquente visant à leur destruction côté américain.

Nous sommes convenus de poursuivre les contacts au niveau de nos adjoints - bien que leurs deux ou trois dernières rencontres n'aient donné aucun résultat - ainsi que sur les questions de la stabilité stratégique des accords dans le domaine de la réduction des armes stratégiques offensives et des missiles à longue et moyenne portée, tout comme sur les questions relatives au Traité Ciel ouvert.

Documents supplémentaires

Photos

Calendar

x
x

Archive

Outils supplémentaires de recherche