8 novembre 201711:11

Commentaire et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en marge du CMAE de l'APEC, Da Nang, 8 novembre 2017

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La réunion du CMAE de l'APEC a commencé: elle vise à préparer le sommet de l'APEC qui s'ouvrira après-demain dans la ville vietnamienne de Da Nang. Les ministres ont étudié les projets de documents actuellement sur la table des négociations et qui seront proposés aux chefs d’État. La question la plus sérieuse concerne l'attitude envers le protectionnisme: condamner ou y renoncer, comme le souhaitent la plupart des membres de l'APEC, ou alors ne pas prendre d'engagements supplémentaires comme tente de le faire l'administration des USA qui revoit actuellement les approches du commerce international promues par le président Barack Obama. Certains doutent que l'ouverture du commerce international soit un bienfait pour les USA. Les débats à venir promettent d'être assez tendus.

Tout cela se déroule alors que de nombreux problèmes politiques et économiques perdurent dans le monde. La volatilité des taux de change et des marchés dans l'ensemble - y compris des matières premières - n'aide pas à définir une stratégie stable à long terme. C'est l'un des sujets qui seront évoqués ici lors des réunions des ministres des Affaires étrangères et des ministres du Développement économique (certains pays sont représentés par leur ministre des Finances).

A tout cela s'ajoute un nouveau phénomène: l'économie numérique, les technologies de pointe. Une attention particulière y est accordée en Russie – le Président et le Premier ministre en ont parlé en détail et ont donné plusieurs consignes concrètes à ce sujet. Nous avons attiré l'attention sur le problème de la sécurité de l'information comme garantie de l'association de l'accès libre à l'information et de la prévention des tentatives d'abuser des technologies de l'information, y compris à des fins criminelles et parfois même terroristes. Il y a quelques années nous avons suggéré à l'Onu, au nom de l'OCS, d'élaborer les règles universelles de conduite dans le cyberespace. Aujourd'hui à la réunion des ministres de l'APEC, nous avons attiré l'attention des collègues sur cette initiative. J'espère que dans les conditions où les menaces d'abus des réseaux sociaux et, dans l'ensemble, des technologies de l'information sont effectivement communes et deviennent de plus en plus palpables pour nous tous, ce thème attirera une attention supplémentaire de tous les pays de l'APEC et, sur un plan plus large, à l'Onu.

Nous verrons quels seront les résultats de la réunion d'aujourd'hui, quels projets seront soumis à l'étude des présidents et sous quelle forme définitive.

Question: Selon certaines informations, les Américains pourraient ne pas signer la déclaration finale en insistant sur la formulation "commerce honnête", et non "libre". Est-ce vrai?

Sergueï Lavrov: De telles informations circulent. Nous avons entendu parler de cette approche des USA. Les négociations se poursuivent et un compromis sera probablement trouvé. Le comportement réel des États-Unis sur les marchés mondiaux ne dépend pas des termes qui exprimeront la position générale. Il sera guidé avant tout par les intentions qui ont été exprimées par le Président américain Donald Trump durant sa campagne présidentielle: faire revenir, dans la mesure du possible, toute la production délocalisée aux USA. Compte tenu de l'immense envergure de l'économie américaine et de sa part dans l'économie mondiale, cela aura de sérieuses conséquences pour les marchés mondiaux. Je suis certain que nos partenaires et nous-mêmes chercherons les possibilités de prendre en compte te tels changements dans la position américaine dans nos propres actions afin que notre économie et les plans de développement du pays ne soient pas affectés.

Question: Devant le Parlement sud-coréen, Donald Trump vient de déclarer qu'il souhaitait construire la paix par la force, que le temps des excuses était révolu et que le monde ne pouvait plus tolérer un régime voyou brandissant la menace de l'arme nucléaire.

Sergueï Lavrov: Si je comprends bien, il est question de la Corée du Nord.

Nous avons déjà exprimé plusieurs fois notre position. Nous sommes certains que l'échange de menaces et même d'invectives (qui a eu lieu des deux côtés) ne mènera à rien de bon. Il faut s'asseoir et s'entendre. Il y a la proposition sino-russe. Nous sommes convaincus qu'il n'existe pas d'alternative au règlement pacifique. Tout le monde doit aborder ce problème la tête froide, et non avec les émotions débordantes. C'est un jeu trop dangereux. J'ai déjà cité les propos du Ministre américain de la Défense James Mattis qui a déclaré cet été qu'un conflit armé provoquerait une catastrophe avec des dizaines de milliers de victimes (et les dernières estimations parlent de millions).

Question: La rencontre entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump sera-t-elle un entretien à part entière ou une discussion de couloir?

Sergueï Lavrov: Je répète que nous avons entendu la déclaration de Donald Trump selon laquelle il comptait organiser un entretien avec le Président russe. Vladimir Poutine y est prêt, les Américains le savent, les services protocolaires sont en contact. Quand les emplois du temps des chefs d’État seront fixés, vous en serez informés.

Question: Allez-vous rencontrer le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson?

Sergueï Lavrov: Si je comprends bien, il ne sera pas présent aujourd'hui et arrivera avec le Président américain Donald Trump. C'est pourquoi nous communiquerons probablement pendant le sommet.

Question: De quoi comptez-vous parler?

Sergueï Lavrov: De toutes les questions à l'ordre du jour. Nos relations bilatérales nécessitent de "sérieuses réparations" depuis que l'équipe de Barack Obama a œuvré pour les détériorer. Concernant les affaires internationales nous évoquerons la péninsule coréenne, le processus de paix en Syrie, l'Irak, le conflit israélo-palestinien ou encore l'Ukraine - le représentant américain semble avoir commencé un travail actif à ce sujet et compte s'entretenir d'ici quelques jours avec le conseiller du Président russe Vladislav Sourkov. Les thèmes de discussion sont nombreux.

Question: Des déclarations avaient été faites après la première rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump, puis plusieurs décisions annoncées à l'époque avaient été rapidement désavouées par les autorités américaines. Y a-t-il un risque que la même chose se reproduise aujourd'hui?

Sergueï Lavrov: Elles n'ont pas été vraiment désavouées, simplement on empêche le Président américain Donald Trump de remplir ses fonctions présidentielles notamment en ce qui concerne la coopération avec la Russie sur la cybersécurité.

En effet, à Hambourg, les présidents ont parlé de l'éventuelle reprise de la coopération pour prévenir les crimes dans le milieu informatique. Nous avons suggéré de créer un groupe sur la cybersécurité qui examinerait notamment les préoccupations d'un pays par rapport à l'autre. Le Président Donald Trump a trouvé cette proposition très prometteuse. Une entente préalable a été annoncée. Puis des voix et un brouhaha se sont élevés du Congrès, demandant comment la Maison blanche pouvait coopérer avec les Russes qui s'étaient prétendument ingérés dans ce même domaine dont il est question: la cybersécurité des USA, le piratage des serveurs du Parti démocrate et bien d'autres. Les faits, qui sont déjà établis et connus, indiquent qu'aucune trace russe n'a été trouvée à ce jour dans ces affaires. Il y a des traces internes, notamment des ingérences et des divulgations d'informations aux concurrents découvertes au sein du Comité national du Parti démocrate.

Bien sûr, nous pouvons conclure des accords mais, malheureusement, ils deviennent immédiatement un élément de lutte politique intérieure et de jeux visant à compliquer au maximum la vie et l'activité du Président Donald Trump.

Question: Les autorités ukrainiennes veulent que les tournées d'artistes russes soient validées par les services de sécurité du pays avant qu'elles se déroulent.

Sergueï Lavrov: Je ne commente plus ce que font les autorités ukrainiennes. D'après moi, elles ne comprennent plus elles-mêmes ce qu'elles font.

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