21 novembre 201911:44

Interview de Sergueï Beliaev, directeur du Second Département européen du Ministère russe des Affaires étrangères, à l'Agence d'information internationale Rossiya Segodnya, 18 novembre 2019

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Question: Les pays du Nord de l'Union européenne se sont-ils adressés à la Fédération de Russie avec de nouvelles propositions concernant la conquête de l'Arctique, notamment l'exploitation de la Route maritime du Nord? Des pays sont-ils intéressés par la construction de ports sur son itinéraire? Que pensez-vous de la déclaration du Ministre norvégien des Affaires étrangères exprimant les doutes d'Oslo quant à l'utilité économique de la Route maritime du Nord et soulignant qu'il procédera à l'évaluation de sa conformité avec les standards environnementaux?

Réponse: La communauté internationale attire de plus en plus l'attention sur le thème de l'exploitation commerciale de la Route maritime du Nord (RMN), qu'elle considère comme une éventuelle alternative aux itinéraires océaniques traditionnels. Son principal avantage est la réduction significative de l'itinéraire pour l'acheminement des marchandises d'Europe en Asie et dans les pays de la région du Pacifique. Parmi d'autres avantages, on peut citer l'absence de limitations pour la capacité de franchissement, contrairement au canal de Suez, et une sûreté relative de la navigation. Il est évident que la sollicitation de la RMN ira croissant compte tenu de l'activité accrue des compagnies gazières et pétrolières en Arctique, notamment sur la péninsule de Yamal. La Russie est disposée à développer la RMN. Nous possédons une expérience unique dans l'organisation d'un travail ininterrompu dans les latitudes Nord, nous comptons poursuivre le développement de l'infrastructure portuaire, les capacités de navigation et hydrographiques de cet itinéraire de transport, perfectionner le système de recherche et de sauvetage.

La RMN est gérée par la compagnie d’État Rosatom, qui a reçu en 2018 le mandat d'opérateur unique de cette artère de transport. A ces fins a été créée la direction de la RMN afin d'appliquer la politique de l’État et la stratégie de développement de la RMN, y compris la gestion des projets, notamment d'infrastructure. Dans le cadre de cette activité Rosatom développe la coopération avec les pays étrangers, notamment dans le Nord de l'Europe.

Afin d'assurer le développement global de la RMN et le respect de hauts standards de sécurité et de protection de l'environnement a été créé le Conseil social de la RMN, dont l'activité consiste à évoquer les plans et à élaborer les recommandations en matière de développement de cet itinéraire. Il inclut les représentants des principales corporations de navigation et d'assurance russes et étrangères, des organisations de recherche et d'étude ayant les compétences nécessaires en matière de navigation arctique.

Les compagnies étrangères ont manifesté un grand intérêt pour l'activité du Conseil - des représentants de plus de 10 pays d'Europe et d'Asie ont participé à sa première réunion le 4 septembre 2019 en marge du Forum économique oriental à Vladivostok, dont le Danemark, l'Allemagne, la Norvège, la France, la Suède, la Chine, la Corée du Sud, les Émirats arabes unis, et le Japon. Avec un certain nombre d'entre eux une coopération est déjà établie pour réaliser des projets en Arctique. Nous le considérons comme un signe prometteur du développement de la RMN en tant qu'itinéraire de transport compétitif entre l'Europe et l'Asie, qui nous permettra de garantir l'accomplissement des engagements contractuels pour l'acheminement des produits dans le cadre de projets actuels ou prometteurs en Arctique. Nous souhaitons approfondir la coopération mutuellement bénéfique pour développer la RMN et son infrastructure.

Ceci étant dit, la Route maritime du Nord est une artère de transport nationale russe. La Russie, en tant qu’État riverain, en parfaite conformité avec le droit international, est responsable du fonctionnement de cet itinéraire et fera tout pour assurer la sécurité de la navigation et le respect rigoureux de l'écosystème fragile de cette région.

Lors des contacts bilatéraux, la partie norvégienne a souligné plusieurs fois son intérêt pour coopérer avec les partenaires russes concernant l'utilisation de la RMN. Sachant qu'aucune déclaration concernant l'inefficacité économique ou l'irrespect des normes environnementales n'a été faite.

Selon nos informations, en 2018, sur les 91 autorisations de navigation dans les eaux de la RMN délivrées par l'Administration de la RMN aux navires sous pavillon étranger, cinq ont été octroyées à la Norvège, et quatre sur les 79 autorisations délivrées en 2019.

Question: Des médias suédois ont récemment rapporté que la Marine royale suédoise avait déménagé son quartier général dans une base souterraine datant de la Guerre froide à cause de "la menace émanant de la Russie". D'après vous, l'hystérie antirusse permanente pourrait-elle conduire à la perte du statut de neutralité de la Suède et à son adhésion à l'Otan? Si cela arrivait, quelles mesures supplémentaires seraient prises par la Russie?

Réponse: En effet, la Suède propage régulièrement le mythe de la fameuse "menace russe", notamment depuis qu'un sous-marin soviétique s'est échoué dans les écueils suédois en 1981 après une erreur de navigation. Une nouvelle grande campagne médiatique antirusse sur un prétendu sous-marin étranger découvert à proximité de Stockholm avec des allusions explicites à son appartenance russe, voire des accusations directes, a été lancée en 2014. Cependant, la vaste opération de recherche n'a retrouvé aucun sous-marin. Par la suite, comme l'a récemment annoncé la presse suédoise, il s'est avéré que cette "chasse" avait été lancée suite à une erreur des militaires suédois qui avaient pris pour un bruit de sous-marin la transmission de signaux acoustiques par une bouée météorologique défaillante de l'Institut météorologique suédois.

Ces dernières années, les médias suédois ont aussi parlé plusieurs fois de violations de l'espace aérien suédois par l'aviation militaire russe. Cependant, les statistiques des militaires suédois eux-mêmes font ressortir un tableau très curieux.

En 2018, les frontières de la Suède ont été violées treize fois par des unités militaires - des navires, des avions, des unités militaires des États membres de l'Otan. Aucune violation n'a été constatée de la part d'une unité russe. En ce qui concerne les informations du côté suédois concernant la violation de l'espace aérien suédois le 19 janvier 2019 par un avion russe Il-20 accompagné de deux chasseurs Su-27, Stockholm a été informé que la situation avait été attentivement examinée par les militaires russes et n'avait pas été confirmée par les données objectives de contrôle.

Nous entretenons des contacts réguliers avec nos partenaires suédois via les canaux diplomatiques sur la stabilité et la sécurité dans la région de la mer Baltique. Nous soulignons continuellement notre disposition à évoquer toutes les préoccupations de nos voisins. Nous sommes convaincus qu'il n'existe dans la région du Nord de la Baltique aucune menace nécessitant une solution militaire.

En mars 2019, dans le cadre de la préparation d'un rapport sur la politique de sécurité et de défense de la Suède pour un autre quinquennat de 2021 à 2025, une délégation de la Commission pour la défense de la Suède s'est rendue à Moscou, composée de représentants de partis et du parlement. Les membres de la délégation ont rencontré le président de la Commission des affaires internationales du Conseil de la Fédération de l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie, Konstantin Kossatchev, ainsi qu'avec la direction du Ministère russe des Affaires étrangères et du Ministère russe de la Défense. Il est regrettable que malgré notre approche ouverte de la discussion sur toutes les questions soulevées, le rapport final de cette Commission, publié en mai 2019, émet des avertissements concernant la "détérioration de la situation militaro-stratégique pour la Suède ces dernières années suite à l'évolution politique en Russie et à l'accroissement de la puissance militaire russe". Le document n'écarte pas l'éventualité d'une attaque armée contre la Suède. Il est évident que c'est dans le même registre de réaction aux prétendues menaces à la sécurité que les forces armées suédoises ont rouvert et remis en service la base militaire de Muskö fermée il y a quinze ans.

Nous assistons ces derniers temps au renforcement d'un partenariat privilégié entre la Suède et l'Otan. Les forces armées suédoises participent activement aux exercices de l'Alliance. La Suède met à disposition son territoire pour des manœuvres des unités des pays de l'Otan. Un mémorandum d'entente et de soutien au pays hôte a été signé pour déterminer les conditions de contribution aux contingents et aux structures des pays de l'Otan pendant leur séjour sur le territoire du pays. Tout cela est inquiétant.

Dans ces conditions, nous considérons la poursuite par la Suède de sa ligne traditionnelle de non-participation aux alliances militaires, qui a été réaffirmée en janvier dernier par le gouvernement du pays, comme particulièrement importante. Nous considérons cette politique de Stockholm comme un facteur significatif pour garantir la stabilité et la sécurité aussi bien au Nord de l'Europe que sur l'ensemble du continent. La disposition de l'opinion publique suédoise est également importante: selon les sondages, environ 30% de la population est prête à soutenir l'adhésion de la Suède à l'Otan. Pas plus pour l'instant.

Question: Depuis que le Président finlandais Sauli Niinistö a annoncé l'idée de renforcer la sécurité des vols au-dessus de la mer Baltique et d'utiliser des transpondeurs, plusieurs discussions ont eu lieu mais la mise en œuvre de ces plans est reportée pour différentes raisons - notamment après le refus de l'Otan. Peut-on considérer ce thème comme définitivement clos?

Réponse: Ce thème n'est pas du tout clos. Nous soulignons constamment notre disposition à évoquer les solutions permettant de diminuer la tension dans la région baltique aussi bien au format du Conseil Otan-Russie (COR) que sur le plan bilatéral avec tous les pays intéressés. Nous considérons donc la promotion de l'initiative du Président finlandais Sauli Niinistö visant à renforcer la sécurité des vols au-dessus de la mer Baltique comme un axe de travail d'actualité en matière de renforcement des mesures de confiance régionales. D'autant que des résultats significatifs ont été atteints dans son cadre.

En une courte période, le Groupe de travail spécial d'experts pour la coopération militaro-civile sous l'égide de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a réussi à adopter des recommandations pour le comportement des pilotes afin de régler les situations dangereuses dans l'espace aérien de la région, visant à empêcher les rapprochements dangereux de l'aviation civile et militaire, les manœuvres non standards et les vols dans l'espace international au-dessus de la Baltique. Elles sont entrées en vigueur en décembre 2017.

L'itinéraire pour les avions militaires russes de Saint-Pétersbourg à Kaliningrad et leur retour en dehors des tracés internationaux de l'aviation civile a été mis au point. La mise au point de tels itinéraires hors du tracé et des échelons, afin que les avions naviguent à d'autres échelons d'altitude et d'autres itinéraires, a été réalisée, même si c'est difficile dans la Baltique parce que l'espace aérien y est très étroit. Conformément aux engagements volontaires pris par la Russie, les vols via cet itinéraire sont effectués avec transpondeurs allumés, en contact radio avec les contrôleurs civils, conformément aux plans de vol préalablement fournis. Cela a permis de réduire significativement les risques éventuels pour l'aviation civile. Avec tout ce que cet indicateur a de conditionnel, on estime que la sécurité aérienne dans la région de la mer Baltique a augmenté de 50%. C'est l'estimation des experts étrangers. Selon les informations disponibles, les mesures prises dans le cadre de "l'initiative de Sauli Niinistö" ont permis de diviser par deux la part des vols avec transpondeurs éteints au-dessus de la Baltique. A noter que dans la région a été entamé le dialogue entre les organes militaires et civils de contrôle de la navigation aérienne - une expérience qui n'existe nulle part ailleurs.

En même temps, les mesures élaborées dans le cadre de l'OACI ont valeur de recommandations pour l'aviation militaire. Nous avons proposé plusieurs fois à l'Otan de lancer un dialogue sur la sécurité aérienne et le pilotage. En dépit des affirmations concernant la possibilité d'évoquer ce sujet au COR, les représentants otaniens esquivent une discussion objective sur ce thème.

Dans l'ensemble, grâce à la réalisation de "l'initiative de Sauli Niinistö", il a été possible de remédier à la disposition critique à notre égard concernant l'utilisation de transpondeurs par l'aviation militaire au-dessus de la mer Baltique, car la Russie était a priori accusée de négliger cette règle. Il est devenu évident pour tous que l'adoption de mesures pratiques pour renforcer la sécurité du transport aérien était en réalité freinée par l'Otan.

Nous poursuivons notre ligne visant à pousser les partenaires à adopter des positions plus constructives. Nous espérons que tôt ou tard la sagesse prendra le dessus.

Question: Quand l'accord frontalier russo-estonien sera-t-il ratifié? Pourquoi les autorités russes tardent-elles à le faire? Comptons-nous accroître la coopération frontalière avec l'Estonie?

Réponse: L'entrée en vigueur des accords frontaliers sur la frontière terrestre et maritime aurait indéniablement un impact positif sur les relations entre la Russie et l'Estonie, qui traversent aujourd'hui une période compliquée à cause de la ligne inamicale menée par Tallinn. Mais la balle n'est pas dans notre camp. Lors de la signature des documents à ce sujet en 2014, une entente a été conclue avec les autorités estoniennes concernant l'absence de revendications territoriales entre les deux États et la nécessité de garantir une atmosphère normale et non conflictuelle pour ratifier les accords frontaliers.

La Russie remplit pleinement ces conditions, ce qu'on ne peut pas dire des autorités estoniennes. Le fond politico-médiatique vis-à-vis de la Russie n'a fait qu'empirer. Et les principaux ministres de la coalition au pouvoir, le Ministre des Affaires étrangères Urmas Reinsalu et le Ministre de l'Intérieur Mart Helme, ont même publiquement avancé des revendications territoriales envers notre pays, se référant au traité de paix de Tartu invalide. En 2005 déjà ont été signé des accords sur la frontière, et la signature de la Russie a dû être retirée précisément parce que le parlement estonien avait inscrit dans la loi sur la ratification plusieurs formulations politiques renvoyant au Traité de Tartu, qui n'est pas en vigueur et qui suppose de facto des revendications territoriales envers la Fédération de Russie.

Nous attendons que les partenaires estoniens respectent leurs engagements concernant la ratification, y compris l'abandon de tout appendice politique. Sachant qu'au parlement estonien, les accords sur la frontière lors de leur ratification doivent être adoptés en deux lectures, et à la Douma russe en une seule lecture. Leur première lecture a eu lieu, mais après les législatives la situation est revenue à la case départ, par conséquent c'est au nouveau parlement de les adopter en deux lectures. Les Estoniens ne s'empressent pas de les ratifier.

Il est évident que la Russie doit être certaine que le processus de ratification n'apportera aucune surprise afin que la situation de 2005 ne se reproduise pas. Nous devons être sûrs que les autorités estoniennes n'avanceront aucune condition supplémentaire ni appendice politique à ces accords.

En ce qui concerne la coopération frontalière, cela fait partie des rares domaines qui témoignent de la possibilité d'une coopération mutuellement bénéfique et dépolitisée entre nos pays. Nous évaluons positivement la mise en œuvre du Programme de coopération frontalière Russie-Estonie pour 2014-2020, qui non seulement apporte une importante contribution au développement des territoires frontaliers, mais contribue également au développement des contacts et à la création d'une atmosphère de confiance entre les personnes. Nous souhaitons poursuivre une telle coopération après 2020, et dans l'élaboration du nouveau programme nous sommes prêts à tenir compte au maximum de l'expérience positive de la mise en œuvre du document en vigueur.

Question: La Présidente estonienne Kersti Kaljulaid a transmis au dirigeant russe une invitation à participer au Congrès des peuples finno-ougriens. A-t-on déjà pris une décision concernant le niveau de la participation de la Russie?

Réponse: Cette question relève avant tout de la compétence de l'Administration du Président de la Fédération de Russie. Je suis certain que la décision sera prise en fonction du calendrier de travail du Président, ainsi que de l'atmosphère générale des relations russo-estoniennes.

Question: Constate-t-on déjà des résultats suite à la mise en place de visas électroniques pour visiter Kaliningrad et Saint-Pétersbourg? Ces visas électroniques sont-ils populaires auprès des citoyens des pays baltes? Les touristes britanniques s'intéressent-ils à la visite de Saint-Pétersbourg avec des visas électroniques?

Réponse: Ils sont probablement intéressés. Mais avec Londres nous avons un régime de visa assez strict, et le régime de visas électroniques ne s'étend pas aux citoyens britanniques. Même si actuellement ce régime est accessible aux citoyens de 53 États, y compris tous les pays de l'UE à l'exception du Royaume-Uni.

En revanche, ce régime concerne les pays du Nord de l'Europe et les pays baltes. En octobre 2019, 28.500 visas électroniques ont été délivrés pour visiter Saint-Pétersbourg et la région de Saint-Pétersbourg. Sachant que ce sont pour la plupart des citoyens de l'Estonie, de la Lettonie et de la Finlande. Bien évidemment, le nombre de touristes et de voyages avec des visas électroniques ne fera qu'augmenter.

Il faut savoir que les visas électroniques fonctionnent et qu'il existe une possibilité technique de les utiliser sur les postes de contrôle routiers, aériens, maritimes et piétons. L'utilisation de visas électroniques dans les trains est à l'étude, qui pourrait devenir d'actualité à une certaine étape. L'un des itinéraires touristiques les plus actifs au Nord est la communication ferroviaire entre la Finlande et Saint-Pétersbourg, le train à grande vitesse Allegro Helsinki-Saint-Pétersbourg. En cas de mise en place de possibilités techniques pour l'utilisation de visas électroniques, cela conduirait à une croissance considérable, je pense.

Sur les postes de contrôle non ferroviaires, il existe pour le moment certaines complications techniques. Quand les individus remplissent eux-mêmes les visas électroniques, il faut que le consommateur s'y habitue, parce qu'il s'avère que l'inscription correcte de son nom, surtout scandinave avec des symboles qui ne sont pas acceptés par le logiciel, est une chose assez difficile pour les Européens. Bien que nos établissements consulaires fournissent des explications assez détaillées sur la procédure, il existe encore une certaine confusion. Mais seulement dans un premier temps, j'en suis sûr. Au fur et à mesure que les gens s'habitueront à ce système, il fonctionnera de mieux en mieux.

Question: Quand pourraient être introduits les visas électroniques dans le train Allegro?

Réponse: Le travail a déjà commencé, et la compagnie des Chemins de fer russes y travaille déjà. Une analyse est en cours afin de déterminer ce qui est nécessaire pour que ce régime fonctionne également dans la communication ferroviaire. Le contrôle frontalier dans le train Allegro est effectué pendant le déplacement, ce qui nécessitera certainement des solutions techniques spéciales et pourrait prendre du temps. Entre l'idée et le lancement du projet Allegro, il s'est écoulé presque dix ans. J'espère qu'en l'occurrence tout se déroulera plus vite.

Question: Songe-t-on à la possibilité d'introduire des visas électroniques pour d'autres destinations ferroviaires, par exemple dans les trains jusqu'à Tallinn, Riga?

Réponse: En principe, en cas de mise au point des visas électroniques dans la communication ferroviaire, la prochaine question portera sur l'utilité de son usage. Cela dépend de l'envergure du transport et, il faut le dire, de l'atmosphère dans les relations avec les pays concernés. Si un jour le schéma de l'utilisation des visas électroniques dans la communication ferroviaire était mis au point, à terme, en principe, il pourrait fonctionner aussi bien avec les pays du Nord de l'Europe qu'avec les pays baltes.

Question: La sortie du Royaume-Uni de l'UE approche, cependant les conditions de cette procédure n'ont toujours pas été fixées par les parties. Une telle incertitude représente-t-elle un risque pour les entreprises russes qui coopèrent avec les partenaires britanniques? Quelles démarches pourraient être entreprises par Moscou pour minimiser ce risque?

Réponse: Nous partons du principe que la sortie du Royaume-Uni de l'UE est une affaire souveraine du Royaume-Uni. Tout en sachant que nous suivons attentivement le dialogue entre Londres et Bruxelles, ainsi que le débat à ce sujet au parlement britannique.

Il est évident que le processus de ratification par le Royaume-Uni de l'accord sur les paramètres de sortie du pays de l'UE a pris des formes douloureuses et constitue une sérieuse épreuve pour les milieux dirigeants britanniques. En dépit de tous les efforts du gouvernement de Boris Johnson, la nouvelle tentative de valider l'accord en octobre dernier a échoué. Dans ces conditions, il a été décidé d'organiser des législatives anticipées le 12 décembre. Selon nous, il est trop tôt pour dire comment les résultats du vote à venir pourraient se refléter sur les perspectives du Brexit. Les Britanniques eux-mêmes ne sont pas unanimes à ce sujet.

En même temps, il ne fait aucun doute que le Brexit affectera forcément la croissance économique mondiale et surtout européenne, sachant que cette influence, selon la plupart des experts, sera clairement négative. Selon les prévisions de la Banque d'Irlande, en cas de sortie du Royaume-Uni de l'UE sans accord, la croissance de l'économie irlandaise pourrait diminuer de 5,8% cette année (données au deuxième trimestre 2019) jusqu'à 0,8% en 2020.

De plus, les résultats des estimations régulières (effectuées par le groupe Lloyds, les banques Barclays et Santander, l'agence de presse Bloomberg et d'autres) de la dynamique du marché britannique et des perspectives économiques du pays témoignent d'une baisse conséquente de l'optimisme chez les entrepreneurs. Ainsi, 43% des compagnies s'attendent à des conséquences seulement négatives de la sortie du Royaume-Uni de l'UE. La part des transactions européennes des entreprises britanniques a chuté depuis début 2019 de 32% pour atteindre son minimum depuis dix ans, et le montant des actifs étrangers absorbés par les compagnies britanniques a baissé de 69%. Cette situation crée forcément des risques, notamment pour les opérateurs économiques russes sur le marché britannique.

A cet égard, je voudrais noter que nous avons plusieurs fois fait part de notre volonté d'élargir la coopération commerciale et économique aussi bien avec le Royaume-Uni qu'avec les autres pays de l'UE indépendamment du Brexit. A terme, le Royaume-Uni maintiendra quoi qu'il arrive ses positions d'acteur important des relations économiques internationales et de partenaire commercial de la Russie. De janvier à août 2019, les échanges bilatéraux se sont élevés à 9,2 milliards de dollars.

Nous sommes conscients qu'après le Brexit il sera nécessaire d'apporter plusieurs modifications au régime commercial actuel entre la Russie et le Royaume-Uni. Visiblement, si nous voulons adopter une approche sérieuse de cette question, nous devons, avec les Britanniques, nous asseoir et voir au niveau des experts quelles seront les conséquences du Brexit pour nos relations économiques. Un travail est déjà mené en ce sens. En particulier, les 25 et 26 septembre 2019 à l'OMC ont eu lieu des consultations bilatérales Russie-Royaume-Uni et Russie-UE au niveau des experts concernant la répartition des quotas tarifaires du Royaume-Uni et de l'UE après le Brexit. Mais certaines questions relatives à la communication de transport, par exemple à la navigation maritime commerciale qui était régulée jusqu'à présent par les normes de l'UE, devront être régulées ensuite au niveau bilatéral. Que signifiera le Brexit pour les compagnies russes qui travaillent à la Bourse de Londres? Les questions sont nombreuses à ce sujet.

En même temps, nous voudrions attirer l'attention des représentants du monde des affaires russes sur les déclarations des représentants officiels britanniques concernant l'intention de Londres de coordonner sa politique de sanctions vis-à-vis de la Russie aussi bien avec l'UE qu'avec les États-Unis après le Brexit. Il y a une possibilité de durcissement des sanctions - il faut également être prêts à cela. Ensuite, comme aujourd'hui, s'appliquera le principe selon lequel nous sommes prêts à développer les relations dans la mesure où nos partenaires le seront. Si nous partenaires cherchaient la confrontation, le principe de réciprocité resterait valable.

La Chambre des communes parle ouvertement de la possibilité de décréter à terme des sanctions nationales supplémentaires contre des compagnies russes. Cette rhétorique nous rend très perplexes. Les auteurs de cette initiative sont-ils conscients des éventuelles conséquences, notamment pour leurs propres compagnies britanniques dont nombre souhaitent une coopération étroite mutuellement bénéfique avec leurs partenaires russes?

Nous pensons que dans le cadre du Brexit, un précédent en matière de sanctions nationales pourrait provoquer une réaction en chaîne qui accélérerait la fuite des investisseurs étrangers de la juridiction britannique, et éroderait ainsi la position de Londres en tant que centre financier international. A titre d'exemple, on peut citer les données d'une étude récemment menée par la Landesbank Hessen-Thüringen (Allemagne), qui indiquent qu'après le référendum sur le Brexit en 2016 31 établissements financiers de 14 pays ont déménagé de Londres vers la plateforme financière de Francfort-sur-le-Main.

Nous espérons que la compréhension de telles évidences dissuadera les politiques britanniques de commettre des actions irréfléchies. De notre côté, nous menons un travail actif avec eux afin de déboucher sur les positions d'une coopération responsable et constructive.

Question: Constatez-vous des changements dans les relations entre la Russie et le Royaume-Uni avec le cabinet de Boris Johnson? Vous attendez-vous à une détente dans les relations bilatérales après les élections?

Réponse: Il est difficile de dire s'il existe des perspectives d'amélioration des relations. Il est possible de dire clairement que le principe de notre politique étrangère est que nous sommes prêts à coopérer avec les partenaires étrangers dans la mesure où ils sont prêts à coopérer avec nous. Nous n'avons pas d'approches selon lesquelles nous ne serions pas prêts et ne voudrions pas avoir affaire à certains partenaires. C'est pourquoi tout est entre les mains des Britanniques avant tout. Une hystérie antirusse se déploie au Royaume-Uni ces dernières années, sans qu'aucune preuve ne soit nécessaire pour cela. Nos collègues britanniques ont inventé l'excellent concept de "highly likely": les Russes sont coupables de tout, nous ne pouvons pas le prouver, mais qui d'autre? Malheureusement, on a constaté cette approche sous l'ancien premier ministre, et cette ligne n'a absolument pas changé. Changera-t-elle à terme? Nous verrons. Parce qu'objectivement la Russie et le Royaume-Uni sont membres du Conseil de sécurité des Nations unies, il existe donc de nombreuses questions à examiner ensemble ou du moins à coordonner.

La coopération économique se poursuit, bien que les contacts politiques soient pratiquement réduits à néant. Les compagnies britanniques travaillent assez activement sur notre marché, elles étaient largement représentées au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, et en mars de cette année le Président russe Vladimir Poutine a rencontré les responsables des plus grandes compagnies britanniques. Autrement dit, au niveau économique la coopération se poursuit.

Les liens se développent dans le domaine culturel avec l'Année croisée de la musique qui a commencé en mars, et les tournées réciproques de théâtres et d'orchestres. Les épisodes politiques ne les perturbent en rien.

En revanche, le Brexit est un immense problème pour nos partenaires britanniques. Je pense que des possibilités ne s'ouvriront pas par rapport aux élections, mais plutôt par rapport au Brexit, parce qu'aujourd'hui les Britanniques n'ont ni la force ni la possibilité de faire autre chose. Eux-mêmes ne semblent pas savoir ce qu'est le Brexit et comment il sera mené.

Malheureusement, l'hystérie antirusse semble s'expliquer en grande partie par les causes politiques intérieures au Royaume-Uni. C'est un schéma classique: quand la situation intérieure est compliquée, il est très commode de trouver et de pointer un ennemi extérieur pour détourner l'attention de l'opinion publique, ce qui est précisément fait au Royaume-Uni. Il faudra voir quelle sera la situation après les élections législatives et quand - plus probablement "quand" que 'quand et si" - la sortie du Royaume-Uni de l'UE aura eu lieu.

Question: Quels pays du Nord de l'Europe et des pays baltes ont reçu une invitation à la cérémonie du 75e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique? Quels pays ont déjà exprimé leur volonté d'y participer? A quel niveau seront-ils représentés?

Réponse: Les invitations à participer aux activités solennelles à l'occasion du 75e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique ont été envoyées aux autorités de plusieurs pays supervisés par le Second département européen. Personne n'a encore fait de commentaire public à ce sujet. Il n'y a pour l'instant ni réaction positive ni négative.

Question: S'attend-on à des visites officielles de représentants des pays du Nord de l'Europe à Moscou d'ici la fin de l'année? Ou des visites à haut niveau ou au sommet?

Réponse: Probablement pas de visites officielles. La visite officielle est une grande visite d'un chef d’État, ce qui est très rare dans l'ensemble pour nous avec le Nord de l'Europe. Ce sont en général des visites de travail. Il est assez difficile de faire des prédictions parce que ce serait empiéter sur le travail d'autres structures que la nôtre. Mais on peut dire qu'aujourd'hui les préparatifs sont en cours pour la visite du Premier ministre finlandais en Russie, qui aura lieu prochainement, mais c'est probablement l'Appareil du gouvernement qui annoncera sa date et son lieu

Question: La visite est prévue pour cette année?

Réponse: Oui, cette année. Au niveau du Ministère des Affaires étrangères nous attendons la visite du Ministre des Affaires étrangères de l'Islande d'ici la fin de l'année. Plusieurs autres contacts sont en cours d'élaboration. Avec tous les autres pays du Nord de l'Europe, la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, on étudie la possibilité d'un échange de visites au niveau des chefs de diplomatie: ce sera parfois le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov qui se rendra en visite, parfois ses adjoints seront invités à venir. Ces contacts auront probablement lieu l'année prochaine.

Question: Est-ce que les pays du Nord de l'Europe et des pays baltes ont répondu à la proposition de Moscou concernant le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI)? Qu'ont-ils répondu?

Réponse: Des messages concernant le FNI ont notamment été envoyés aux chefs d’État et de gouvernement des pays sous la responsabilité de notre département. Aucune réponse officielle n'a encore été donnée. En même temps, ce thème a été abordé avec de nombreux partenaires du Nord de l'Europe lors des contacts bilatéraux à différents niveaux. Je suis certain que la discussion sur ce thème se poursuivra.

 

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