25 décembre 201916:30

Interview d'Ivan Soltanovski, Représentant permanent de la Fédération de Russie auprès du Conseil de l'Europe, accordée à l'agence de presse TASS, 19 décembre 2019

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Question: Que pensez-vous du bilan de l'année 2019, marquée par le retour de la délégation russe à l'APCE?

Réponse: Le Conseil de l'Europe a réussi dans une grande mesure à surmonter une crise politique très grave, une crise institutionnelle, en s'appuyant strictement sur son statut. La plupart des pays membres ont fait preuve de la volonté de maintenir l'unité de l'Europe. Cela s'explique notamment par notre volonté de défendre fermement nos intérêts et nos droits légitimes. La plupart des délégations ont enfin compris qu'il était impossible de résoudre les problèmes du continent sans coopérer et dialoguer avec la Russie de manière équitable.

La délégation russe est prête à travailler activement à l'APCE sur la base du principe d'égalité. Nous espérons une coopération dépolitisée et constructive visant à construire un espace juridique et humanitaire uni de Vladivostok à Lisbonne. Nous comptons sur la volonté similaire des autres pays membres du Secrétariat de l'Organisation. On voudrait logiquement que cette volonté se manifeste non seulement dans les situations de crise menaçant l'existence-même du Conseil de l'Europe, mais aussi dans le travail quotidien.  

Un autre résultat positif de l'année réside dans le fait que le Conseil de l'Europe a commencé à faire attention à la discrimination des russophones en Ukraine et dans les pays baltes. C'est notre interprétation de la conclusion récente de la Commission de Venise sur la loi ukrainienne sur la langue d'État. Qui plus est, la Commission de Venise examine aujourd'hui la loi lettone sur l'enseignement. La Commissaire du Conseil de l'Europe aux droits de l'homme Dunja Mijatović a également fait attention à la situation inacceptable des citoyens russophones des pays baltes.

Question: Comment le Conseil de l'Europe, pourrait-il favoriser le règlement du conflit en Ukraine?

Réponse: Le Conseil de l'Europe doit se souvenir de ses engagements en matière d'observation en Ukraine et surveiller plus attentivement l'état des droits de l'homme dans ce pays en faisant tout d'abord attention aux droits des citoyens russophones et des minorités nationales, à la situation des journalistes russes. Ce travail pourrait sans doute influer de manière positive sur la situation en Ukraine, ainsi qu'au sein des organisations européennes internationales. De ce point de vue, la seule conclusion de la Commission de Venise n'est pas suffisante: la direction du Conseil de l'Europe doit envoyer un message fort soulignant l'inadmissibilité des violations massives des droits de l'homme que nous constatons partout en Ukraine. Il faut que le Conseil de l'Europe cesse de ménager Kiev et de lui octroyer des facilités en échange des déclarations de ce dernier sur son intégration européenne.   

Question: La nouvelle délégation ukrainienne a renoncé en automne à participer aux séances de l'APCE et a annoncé au lieu de cela la formation du groupe "Baltic+" avec un nombre d'autres pays. Nos parlementaires ont considéré ce dernier comme antirusse. Qu'attendez-vous de cet ensemble en 2020? Correspond-il, selon vous, à l'esprit de l'Organisation?

Réponse: Nous estimons naturellement que cet ensemble marginal qui n'a aucune base juridique et dont le fondement idéologique officiel est l'opposition à la Russie, lancera de nouvelles initiatives antirusses lors de la session de janvier de l'APCE. Il n'existe pour l'instant aucune raison de supposer que les pays membres du groupe renonceront à leurs spéculations sur la "menace russe", qui forment la base de leur politique étrangère.

Un tel ensemble n'est pas conforme à l'esprit de l'APCE qui – conformément au statut du Conseil de l'Europe – doit assurer plus d'unité des pays membres. Je peux vous citer une analogie: c'est la même chose que la formation à un parlement national d'un groupe dont le programme ne comprend rien à l'exception de la russophobie. Même l'Ukraine et les pays baltes ne sont pas allés si loin.

Question: Que pouvez-vous dire de l'élaboration par le Conseil de l'Europe du mécanisme qui devrait assurer le respect par les pays membres de leurs engagements dans le cadre du statut de l'Organisation?

Réponse: Nous estimons que ce mécanisme doit être absolument conforme au statut de l'Organisation et avoir assez de contrepoids pour empêcher son utilisation politisée.    

Question: Le Président de la Douma Viatcheslav Volodine a invité début octobre le Secrétaire général du Conseil de l'Europe et les présidents des parlements des pays membres du Conseil de l'Europe à se rendre à Moscou pour participer aux célébrations des 75 ans de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique. A-t-on déjà reçu des réponses positives?

Réponse: La question est toujours examinée par la Secrétaire générale du Conseil de l'Europe Marija Pejčinović Burić. En ce qui concerne les présidents des parlements, ils enverront leurs réponses via les ambassades russes dans leurs pays.

Je pense que le 75e anniversaire de la Victoire offre aux pays membres du Conseil de l'Europe et au Secrétariat de l'Organisation une bonne occasion pour réfléchir à la chose suivante: la réécriture de l'histoire et son altération ne se soldent pas par des répercussions abstraites, mais par des tragédies réelles. La présentation des bandits et des collaborateurs nazis comme des héros nationaux a été l'un des facteurs provoquant la tragédie à Odessa et la guerre civile dans le Donbass. L'héroïsation des collaborateurs nazis dans les pays baltes s'est soldée par un schisme social, des violations réelles des droits de l'homme et des vies brisées, ce que nous constatons clairement dans le cas des persécutions du député du conseil municipal de Klaïpeda Viatcheslav Titov en Lituanie ou du défenseur des droits de l'homme Alexandre Gaponenko en Lettonie.

Le Conseil de l'Europe doit veiller attentivement à ce que les pays membres respectent absolument les décisions du tribunal de Nuremberg.

Question: C'est la France qui a assuré la présidence du Conseil des ministres au cours des six derniers mois. La Russie a réintégré l'APCE pendant cette période. La présidence a pourtant été transmise à la Géorgie jusqu'au mai 2020. Est-ce que cela changera quelque chose pour la Russie? 

Réponse: La présidence géorgienne du Conseil de l'Europe doit assurer une activité responsable et honorable: travailler activement pendant six mois sur la mise en œuvre de l'objectif du statut du Conseil de l'Europe, c'est-à-dire favoriser le rapprochement entre les pays membres.

Nous sommes prêts à travailler de manière constructive avec n'importe quel pays président du Conseil qui veut renforcer la coopération entre tous les pays membres du Conseil de l'Europe. Nous comptons sur la volonté similaire de la présidence géorgienne.

Question: Quelles sont les priorités de la Russie au Conseil de l'Europe en 2020? Quels objectifs seront les plus importants?

Réponse: Nous continuerons de protéger les droits des russophones en Ukraine et dans les pays baltes, de rappeler aux organes du Conseil de l'Europe leur obligation d'effectuer la surveillance active de toutes les violations existantes des droits de l'homme et d'utiliser leur poids politique afin de corriger la situation.

Une autre priorité réside dans la lutte contre les violations des droits des journalistes russes dans les autres pays membres du Conseil de l'Europe. Nous encouragerons les structures spécialisées du Conseil de l'Europe à travailler plus activement avec les pays membres de l'Organisation pour assurer la véritable égalité des droits de tous les journalistes indépendamment de leur appartenance nationale et de leur média.

Nous accorderons certainement une attention particulière à la situation à l'APCE. Les tentatives de discriminer les parlementaires russes par tous les moyens sont absolument inacceptables. Nous envisageons également de lutter contre la falsification de l'histoire que certains pays utilisent afin de justifier les violations actuelles des droits de l'homme.

La Russie peut partager avec les autres pays membres du Conseil de l'Europe son savoir-faire sur un large éventail de questions, de la lutte antiterroriste à la gestion des flux migratoires. Nous voulons promouvoir cette expérience au Conseil de l'Europe.

Question: Il ne reste que quelques jours avant le Nouvel an. Que voudriez-vous souhaiter à vos collègues diplomates en 2020?

Réponse: Continuer de promouvoir notre cause juste malgré toutes les difficultés, garder le calme olympique et la santé spartiate.

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