22 février 201800:37

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse conjointe suite à ses pourparlers avec le Président serbe Aleksandar Vučić, Belgrade, 21 février 2018

301-21-02-2018

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Mesdames et messieurs,

Tout d'abord, je voudrais remercier le Président serbe Aleksandar Vučić, mon homologue le Premier Vice-Premier Ministre et Ministre serbe des Affaires étrangères Ivica Dačić, ainsi que tous nos amis serbes pour leur hospitalité traditionnelle. Nous nous sentons ici comme chez nous. J'espère que nos partenaires serbes ressentent la même chose lors de leurs visites en Fédération de Russie. Très récemment, en décembre dernier, le Président serbe Aleksandar Vučić a visité notre pays.

Aujourd'hui, à l'occasion des 180 ans de l'établissement de nos relations diplomatiques, nous avons examiné tous les efforts entrepris afin de mettre en œuvre l'ensemble des engagements obtenus grâce aux nombreux contacts entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président serbe Aleksandar Vučić ces derniers temps.

Nous avons constaté que le développement des liens commerciaux et économiques avançait à un bon rythme. Il existe des statistiques différentes mais on sait que les échanges commerciaux se développent et ont déjà passé la barre des 2 milliards de dollars. Le volume des investissements ne cesse également de croître et se chiffre à plus de 4 milliards de dollars. Nous continuerons de favoriser activement ce processus, notamment à l'aide du travail actif de la Commission intergouvernementale pour le commerce et la coopération scientifique et technique.    

Comme le Président serbe Aleksandar Vučić, je voudrais souligner notre coopération fructueuse et étroite dans le domaine de l'énergie, de l'infrastructure, notamment ferroviaire, ainsi que dans un grand nombre d'autres secteurs.

L'anniversaire des 180 ans de nos relations diplomatiques ne signifie pas que nos pays et nos peuples n'avaient eu aucun lien avant leur établissement. Ces liens, notamment spirituels, religieux et orthodoxes, ont des racines historiques beaucoup plus profondes. Comme l'a dit le Président serbe Aleksandar Vučić, nous participerons demain à la cérémonie de transfert d'une mosaïque pour le décor intérieur de l'église Saint Sava. Cette initiative se déroule avec la bénédiction des Églises orthodoxes russe et serbe, ainsi qu'avec la participation des structures gouvernementales officielles de nos deux pays. Elle a une importance particulière non seulement pour nos relations bilatérales, mais aussi pour l'objectif plus général de la défense des valeurs spirituelles, religieuses et traditionnelles face aux tentatives de plus en plus actives - nous les constatons dans des régions très différentes du monde, notamment en Ukraine - de profaner les églises et de disséminer la haine religieuse. Comme nous l'avons indiqué aujourd'hui, il est absolument nécessaire de poursuivre la défense des droits des chrétiens et des représentants de toutes les autres confessions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Notre coopération dans le domaine de la politique étrangère s'appuie sur le droit international, le respect mutuel et la recherche d'un équilibre d'intérêts. Ni la Russie ni la Serbie n'imposent rien à l'autre. Nous ne nous demandons jamais de couper les liens avec qui que ce soit. Nous voulons que tout pays, la Russie, la Serbie ou n'importe quel autre État, ait toujours la liberté absolue de choisir et essaie de développer ses liens extérieurs dans le domaine politique et économique avec tous ceux qui sont prêts à le faire en cherchant un avantage mutuel. 

Dans ce contexte, nous saluons les efforts de Belgrade visant à développer ses relations non seulement avec l'Union européenne, mais aussi avec l'Union économique eurasiatique. Dans le domaine militaire et politique, Belgrade coopère avec l'Otan et l'Organisation du Traité de sécurité collective tout en conservant son attachement au principe de neutralité militaire, ce qui a été confirmé aujourd'hui de manière très claire et ferme par le Président serbe Aleksandar Vučić.      Nous sommes certains que ce statut est l'un des facteurs les plus importants du maintien de la stabilité dans les Balkans et sur le continent européen en général.

Nous avons accordé une attention particulière à la situation dans les Balkans, où l'on constate des tendances contradictoires. Notre position commune souligne l'impossibilité de mettre les pays devant un faux choix entre l'Occident et la Russie. Nous avons la même vision concernant n'importe quelle autre situation dans d'autres régions du monde.

Aujourd'hui, nous avons évoqué en détail le problème du Kosovo. Notre position commune souligne que la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'Onu reste la seule base légitime pour toutes les actions dans ce domaine. 

Nous avons salué et soutenu la mission de médiation de l'Union européenne. Cette mission a été appuyée par une résolution appropriée de l'Assemblée générale de l'Onu. Nous espérons que nos collègues de Bruxelles rempliront cette mission de manière très responsable. Pour le moment, le dialogue engagé entre Belgrade et Pristina a conduit à certaines ententes mais ne permet pas d'assurer leur mise en œuvre, ne serait-ce que la formation d'une communauté des municipalités serbes du nord du Kosovo, le début du fonctionnement du tribunal spécial du Kosovo ou le respect du principe fixé par l'Onu qui stipule que les forces de sécurité du Kosovo ne doivent pas se transformer en forces armées, en véritable armée. Nous avons entendu il y a quelques jours les propos du "président" kosovar Hashim Thaçi sur la formation de l'armée du Kosovo en violation de tous les accords et positions avancés notamment par les tuteurs européens de Pristina. J'espère que les autorités de l'Union européenne et de l'Otan à Bruxelles comprennent les dangers de toute complaisance envers ces humeurs des représentants de Pristina. Nous continuerons d'exiger le respect complet du droit international dans le règlement de la question kosovare.

Nous apprécions grandement les efforts entrepris personnellement par le Président serbe Aleksandar Vučić après le meurtre du célèbre politicien serbe Oliver Ivanović. Nous jugeons nécessaire de faire aboutir bientôt l'enquête sur ce crime et d'identifier les coupables qui doivent subir le châtiment mérité. Nous soutenons complètement les efforts de Belgrade, notamment son exigence d'impliquer les organes compétents serbes dans l'investigation.    

Aujourd'hui, nous avons également évoqué plusieurs initiatives communes dans le domaine de la politique étrangère, notamment à l'Onu et à l'OSCE. Je suis convaincu que notre partenariat stratégique a des perspectives excellentes de développement, dans l'intérêt des peuples russe et serbe ainsi que de la stabilité et du bien-être sur tout le continent européen.

Question: Moscou ne craint-il pas que la Serbie se rallie aux sanctions européennes contre la Russie?

Sergueï Lavrov: Vous souriez en posant cette question? Je peux seulement constater avec satisfaction ce que le Président serbe viens de souligner. Si vous avez besoin de commentaires supplémentaires, je peux vous dire la chose suivante. Nous savons que, dans le cadre des négociations concernant l'adhésion de la Serbie, l'Union européenne pose certaines conditions dans le domaine de la politique étrangère et notamment l'adoption de sanctions contre la Russie et la reconnaissance du Kosovo. 

Concernant la première exigence - les sanctions - vous le savez: l'Union européenne est une structure qui avance beaucoup par inertie. Ils ont adopté par le passé, sur la base du principe faussement évident de solidarité, une décision selon laquelle les sanctions antirusses introduites à la hâte sur une base conjoncturelle et de courte vue ne pourraient être levées qu'après la mise en œuvre complète des accords de Minsk. Aujourd'hui, on affirme déjà qu'il n'est pas même nécessaire de le faire complètement: on peut accomplir progressivement les accords et lever les sanctions. Mais le régime de Kiev n'a aucune envie de mettre en œuvre ces accords. Un bon exemple en est la signature par le Président ukrainien Petro Porochenko, hier ou d'aujourd'hui, de la loi absolument odieuse sur la réintégration du Donbass qui non seulement autorise, mais en réalité envisage la possibilité d'une résolution musclée du conflit dans le sud-est de l'Ukraine. Tous nos collègues européens, qui comprennent parfaitement de quoi il s'agit, gardent le silence et ne disent rien à ce sujet. Dans le contexte des débats menés actuellement au sein de l'UE - nous savons parfaitement que de plus en plus de pays considèrent cette politique de confrontation comme absolument contreproductive - je doute qu'imposer à tous ceux qui ont envie de coopérer avec l'Union européenne d'adopter une position antirusse soit réellement viable. Mais je ne peux pas prédire les actions de Bruxelles.  

La deuxième exigence formulée envers la Serbie en vue de son adhésion à l'UE réside dans la reconnaissance du Kosovo. Comme je l'ai déjà dit, nous avons tous salué les efforts de l'Union européenne pour établir le dialogue entre Belgrade et Pristina. Cette initiative de Bruxelles a été soutenue par l'Assemblée générale de l'Onu. Nous avons tous espéré que l'Union européenne accomplisse sa mission de manière responsable. Il y a quelques années, on a concerté la décision sur la formation d'une communauté des municipalités serbes du nord du Kosovo. On n'a toujours pas lancé sa mise en œuvre. L'Union européenne a également demandé à Pristina de former un tribunal spécial pour enquêter sur les événements bien connus au Kosovo. On ne l'a pas non plus créé. Les autorités de Pristina tentent d'empêcher son fonctionnement, de faire oublier tout cela.

Nous sommes préoccupés par la passivité de l'Union européenne concernant l'initiative de Tirana sur ladite "plateforme de Tirana", qui constitue en réalité un appel dissimulé à former la "Grande Albanie". Il existe beaucoup d'exemples inquiétants. Après les récentes élections législatives en Macédoine, le Président élu du parlement est entré dans son bureau et a mis le drapeau albanais sur sa table. En Macédoine! Il y a quelques jours, le Premier Ministre albanais Edi Rama a fièrement annoncé qu'il avait initié au Parlement macédonien, depuis l'Albanie, un projet de loi pour donner à la langue albanaise un statut étatique. Cette initiative tire un trait sur les accords d'Ohrid qui avaient été accueillis avec soulagement par tout le monde et avaient constitué la base de la résolution de la crise en Macédoine il y a des années. Si l'on tente actuellement de torpiller ces accords et de les détruire, on perdra tout ce qui a été créé et concerté avec tant d'efforts en Macédoine, en Bosnie-Herzégovine ou ailleurs dans les Balkans occidentaux. A mon avis, nous avons toutes les raisons de demander à l'Union européenne de rendre des comptes sur la mise en œuvre de ses propres décisions et sur la confiance que la communauté internationale lui a accordée.     

C'est pourquoi je n'essaierais pas de simplifier la situation. Nous avons entendu les propos du Président serbe. Je suis convaincu que tout État doit choisir ses partenaires compte tenu de ses intérêts nationaux, de l'envie de tirer des avantages économiques, commerciaux et d'investissement ainsi que de sa volonté de conserver ses racines spirituelles et culturelles. La volonté de punir l'État serbe ou n'importe quel autre pays pour son aspiration à une cohabitation normale avec tous ses voisins, avec le monde extérieur, est si antieuropéenne et étrangère à la culture européenne que cela n'exige même aucun commentaire supplémentaire.

Question: La Russie ne craint-elle pas un scénario à l'ukrainienne en Serbie? Vous avez mentionné à plusieurs reprises que l'Occident ne devait pas mettre la Serbie devant un choix entre la Russie et l'UE. La Russie participerait-elle au dialogue entre Belgrade et Pristina si les États-Unis étaient impliqués dans ce processus selon les exigences des Albanais? Avez-vous évoqué le statut des collaborateurs du Centre humanitaire russo-serbe?

Serguei Lavrov: J'ai n'ai pas très bien compris la première des trois questions. Avons-nous peur que quelque chose se passe avec la Serbie? Nous ne nous inquiétons pas pour la Serbie si elle a des leaders choisis par le peuple, Aleksandar Vučić et son équipe, la coalition élue par le peuple serbe. Je n'ai rien à ajouter.

Concernant le dialogue entre Belgrade et Pristina, comme je l'ai déjà dit, nous avons accordé notre confiance à l'Union européenne, notamment via l'Assemblée générale de l'Onu. L'UE devrait donc entreprendre des initiatives supplémentaires pour justifier cette confiance. Si la partie albanaise exprimait son envie d'élargir le nombre de médiateurs, nous nous appuierions sur l'opinion de la Serbie, tenterions de comprendre si cela conviendrait à nos amis serbes. Si l'on décidait qu'en cas d'invitation des États-Unis, on pourrait inviter la Russie afin d'assurer une approche globale de la médiation, nous y participerions sans aucun doute.

En ce qui concerne le Centre humanitaire russo-serbe situé dans la ville de Nis, il fonctionne toujours. Depuis son lancement, il a effectué un grand nombre d'opérations importantes telles que le déminage de territoires énormes en Serbie ou l'élimination des conséquences d'incendies et d'inondations dans beaucoup de pays de la région, notamment en Macédoine, en Bosnie-Herzégovine et en Grèce. Plusieurs collaborateurs russes - 4 ou 5 personnes - qui travaillent au Centre avec leurs collègues serbes remplissent efficacement leurs fonctions. Nous espérons que ce centre sera sollicité, comme il l'a été par le passé lors des désastres naturels que j'ai mentionnés. Il revêt un caractère international et régional, sans obstacle caché ni arrière-pensée. Suite aux doutes émis quant à la nature du travail des collaborateurs russes et serbes, nous avons spécialement invité au Centre un représentant de l'attaché militaire du pays qui avait ces soupçons - les États-Unis. Ce dernier a eu la possibilité d'examiner tout le Centre pour s'assurer que ses collaborateurs s'occupaient uniquement des questions qui avaient été concertées lors de sa formation. Par ailleurs, je voudrais mentionner qu'il existe sur le territoire serbe, dans la région autonome du Kosovo, la base militaire américaine de Bondsteel dont la création se réfère à la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'Onu, ce qui lui confère l'autorité de l'Onu. Il existe beaucoup d'informations semant des doutes sur la nature des activités de nos collègues américains. Mais les Américains n'invitent pourtant personne à visiter la base en réponse à ces soupçons, bien que cette dernière ait été mandatée par l'Onu et appartienne donc dans une certaine mesure à la communauté internationale 

 

 

 

 

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