17 juin 202118:20

Conférence de presse de Maria Zakharova, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Moscou, 17 juin 2021

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Sur l'entretien à venir entre Sergueï Lavrov et Helga Schmid, Secrétaire générale de l'OSCE

 

Lundi 21 juin est prévu un entretien entre le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et la Secrétaire générale de l'OSCE Helga Schmid, qui se trouvera à Moscou pour participer à la 9e Conférence de Moscou sur la sécurité internationale à l'invitation du Ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou.

A l'ordre du jour figurera un large éventail de questions relatives au travail actuel de l'OSCE sur trois axes en matière de sécurité: militaire et politique; économique et écologique; et sur le plan des droits de l'homme. Il est prévu d'évoquer le rôle de l'OSCE dans la contribution au règlement des conflits régionaux dans son espace. Il sera notamment question du règlement du conflit ukrainien du point de vue de l'activité de la Mission spéciale d'observation en Ukraine, et de la coordination par l'OSCE du travail du Groupe de contact, au sein duquel les représentants de la Russie et de l'OSCE aident Kiev, Donetsk et Lougansk à remplir les Accords de Minsk. Les deux interlocuteurs échangeront leurs avis sur la situation actuelle des processus de paix en Transnistrie et au Haut-Karabakh, et des Discussions de Genève sur la stabilité en Transcaucasie.

Il est prévu d'analyser le travail des structures exécutives de l'OSCE, notamment de ses institutions telles que le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme, le Haut-Commissaire pour les minorités nationales et le Représentant pour la liberté des médias.

La Russie prône systématiquement le renforcement de l'autorité et de l'efficacité de l'OSCE. Étant la plus grande organisation régionale du monde, elle possède le potentiel nécessaire pour remplir le rôle de tribune pour un dialogue équitable entre les États parties afin de réagir ensemble aux menaces et aux défis communs, de prévenir et de régler les conflits.

 

Sur la participation de Sergueï Lavrov au Dialogue de haut niveau consacré au 25e anniversaire du forum Asie-Europe

 

Mardi 22 juin, dans le cadre du forum Asie-Europe, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov participera au Dialogue de haut niveau "L'ASEM a 25 ans: en renforçant le partenariat entre l'Asie et l'Europe dans un monde en transformation".

L'ASEM est un mécanisme utile de coopération pratique dans l'espace eurasiatique, où grandit la demande en méthodes progressistes pour une coopération constructive et non conflictuelle. C'est ce vecteur de développement de la plateforme que visent les efforts de la Russie en tant que l'un des coordinateurs du groupe asiatique de l'association.

Nous poursuivons le travail sur plusieurs initiatives concrètes et projets concrets très diversifiés lancés dans le cadre de l'ASEM. Un accent à part est mis sur la lutte contre la pandémie de Covid-19, à laquelle est notamment consacrée la déclaration spéciale adoptée en septembre 2020 par les ministres des Affaires étrangères des cinq coordinateurs de l'ASEM (Russie, UE, Allemagne, Cambodge, Singapour), et aux problèmes du rétablissement post-crise. Nous y soulevons les questions relatives au renforcement de la coopération dans le domaine du commerce électronique, au soutien de petites et moyennes entreprises, à l'entrepreneuriat féminin et à la modernisation des territoires éloignés. Les secteurs sollicités sont les technologies de l'information et des communications, la science et l'éducation, ainsi que le volontariat en tant que nouveau phénomène socioculturel.

A l'ordre du jour de la réunion à venir et de l'ASEM dans l'ensemble s'inscrit organiquement l'expansion du contour d'intégration de la Grande Eurasie à travers l'union des potentiels des principaux centres du développement régional: l'Union économique eurasiatique, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, l'Organisation de coopération de Shanghai et l'Union européenne.

Nous espérons que le Dialogue permettra de déterminer les axes principaux de l'évolution de l'ASEM, notamment dans le contexte de la préparation du 13e sommet de l'association au Cambodge.

 

Sur l'entretien à venir entre Sergueï Lavrov et Jorge Arreaza, Ministre des Affaires étrangères du Venezuela

 

Mardi 22 juin, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s'entretiendra avec le Ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza, qui se trouvera en visite officielle en Russie.

Les relations entre la Russie et le Venezuela sont un partenariat stratégique basé sur la coopération mutuellement avantageuse et équitable, et se caractérisent par des liens d'amitié et de sympathie réciproque entre les peuples des deux pays. L'an dernier, les deux pays ont célébré le 75e anniversaire de leurs relations diplomatiques, cette année marque le 25e anniversaire de la signature de l'Accord d'amitié et de coopération.

Cette visite en Russie du chef de la diplomatie vénézuélienne témoigne du développement dynamique du dialogue politique bilatéral malgré la pandémie.

Les deux ministres évoqueront la situation au Venezuela et autour, ainsi qu'un large éventail de questions relatives à la coopération bilatérale, notamment dans la lutte contre le coronavirus. A l'heure actuelle sont mis en place des livraisons régulières du vaccin Sputnik V dans ce pays.

Les deux interlocuteurs échangeront également leurs avis sur l'ordre du jour régional et international, ainsi que sur la coopération au sein de l'Onu et d'autres plateformes internationales sur la base immuable du respect du droit international, notamment du principe de protection de la souveraineté et de non-ingérence dans les affaires intérieures.

 

Sur l'entretien à venir entre Sergueï Lavrov et Peter Maurer, Président du Comité international de la Croix-Rouge

 

Mercredi 23 juin, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s'entretiendra avec Peter Maurer, Président du Comité international de la Croix-Rouge, qui se trouvera en visite à Moscou de 21 au 24 juin pour participer à la 9e Conférence de Moscou sur la sécurité internationale.

Sergueï Lavrov et Peter Maurer évoqueront les défis mondiaux dans le secteur humanitaire et les efforts visant à contenir la pandémie de coronavirus, et échangeront traditionnellement leurs avis sur la situation humanitaire actuelle dans les points chauds.

Le dialogue entre le Ministère russe des Affaires étrangères et le Comité international de la Croix-Rouge est entretenu en permanence, et reste toujours aussi constructif et substantiel. Nous partons du principe que la rencontre à venir servira à approfondir notre coopération.

 

Sur la visite de travail en Fédération de Russie de Demeke Mekonnen, vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères de l’Éthiopie

 

Mercredi 23 juin, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s'entretiendra  avec Demeke Mekonnen, vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères de l’Éthiopie, pendant la visite de travail de ce dernier à Moscou.

Les deux chefs de diplomatie évoqueront les axes clés de la coopération russo-éthiopienne dans les domaines politique, commercial, économique, des investissements, éducatif et social.

Il est prévu d'aborder l'ordre du jour régional et international, le règlement des situations de crise sur le continent africain et la situation dans la région de la Corne de l'Afrique.

Les deux ministres évoqueront également les questions relatives à la préparation du 2e sommet Russie-Afrique prévu en 2022.

 

Sur la participation de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à la 9e Conférence de Moscou sur la sécurité internationale

 

Jeudi 24 juin, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov participera à la 9e Conférence de Moscou sur la sécurité internationale organisée par le Ministère russe de la Défense.

Dans son discours pendant ce forum représentatif, le Ministre abordera les problèmes et les défis les plus pertinents en matière de garantie et de maintien de la sécurité et de la stabilité régionales et internationales.

 

Sur l'entretien à venir entre Sergueï Lavrov et Pedro Brolo, Ministre des Affaires étrangères du Guatemala

 

Jeudi 24 juin à Moscou, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s'entretiendra avec le Ministre guatémaltèque des Affaires étrangères Pedro Brolo, qui se rendra en visite de travail en Russie.

Le Guatemala est un partenaire prometteur de la Russie, avec lequel la coopération s'appuie traditionnellement sur le respect mutuel et la prise en compte des intérêts réciproques. En 2020, nos États ont célébré le 75e anniversaire de leurs relations diplomatiques.

Pendant cet entretien, les deux ministres évoqueront un large éventail de questions figurant à l'ordre du jour bilatéral, notamment la possibilité de renforcer et de diversifier les liens commerciaux et économiques, d'approfondir la coopération socioculturelle, scientifique et technique, et de perfectionner la base juridique. Une attention particulière sera accordée à la lutte contre la prolifération du nouveau coronavirus.

Un échange d'avis sur les thèmes régionaux et internationaux les plus d'actualité est également au programme. Les deux interlocuteurs aborderont les questions relatives au développement du dialogue entre la Russie et le Système d'intégration centraméricain (SICA), que présidera le Guatemala au second semestre 2021.

 

Sur le sommet russo-américain

 

Par anticipation sur les questions des correspondants qui nous ont rejoints, nous répondrons aux questions reçues avant la conférence de presse. Plusieurs d'entre elles étaient relatives au sommet russo-américain qui s'est déroulé hier à Genève.

Toutes les évaluations ont été formulées par le gouvernement russe. Je voudrais attirer votre attention sur l'interview du vice-Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov au sujet de la stabilité stratégique et de la coopération entre la Russie et les États-Unis dans ce domaine. Elle a été publiée sur le site du ministère russe des Affaires étrangères. Elle évoque non seulement nos approches, que vous connaissez, mais également les perspectives du travail avec les collègues américains sur cet axe.

Tout le monde se pose des questions concernant Anatoli Antonov, l'Ambassadeur de Russie aux États-Unis. Nous partons du principe qu'il passera la prochaine semaine de travail à Washington.

Un travail actif a déjà commencé sur toutes les questions évoquées hier pendant la conférence de presse par le Président en tant qu'objectifs du Ministère russe des Affaires étrangères.

 

Sur le sommet du G7

 

Nous avons suivi avec intérêt le déroulement du sommet du G7 du 11 au 13 juin en Grande-Bretagne.

Dans l'ensemble, on peut comprendre l'aspiration des gouvernements du G7 à redonner vie à ce forum faisant autrefois autorité, à lui redonner un sens. Ce n'est pas si simple puisque le G7 est une association des principales puissances occidentales. Comme le disait à son époque le Président américain Barack Obama: "Ce forum est devenu régional." Je trouve que c'est ainsi qu'il faut le prendre. Ni la Russie ni la Chine n'y sont représentées. Même si ce forum accorde une part significative, voire très grande, de son attention et de son temps à ces deux pays.

Néanmoins, le travail en ce sens est tout à fait possible dans le cadre du G20 où, hormis le G7, sont représentés les pays des Brics et d'autres centres de développement mondial.

Nous notons que pour consolider le G7 est utilisé un ordre du jour "orienté sur les valeurs". C'est sur cette base que les discussions ont été menées au Royaume-Uni et que les décisions ont été prises sur un large éventail de questions. Cependant, les prétendues valeurs du G7 ne sont pas du tout universelles et ne sont pas forcément partagées par la majorité des membres de la communauté internationale. On notera également qu'à l'intérieur de ces pays, il n'y a pas de consensus large sur plusieurs de ces fameuses valeurs imposées via le G7 à la communauté internationale par la voie médiatique et politique.

Cette nouvelle ligne de démarcation tracée par les actions des dirigeants du G7 dans les affaires internationales est forcément préoccupante. Cette fois, un petit groupe de pays se proclament "démocraties" contre tous les autres. A travers ce prisme, le G7 avance ses propositions visant à surmonter la pandémie de Covid-19, à réformer le système de commerce mondial en s'orientant sur la protection de l'environnement et la lutte contre les changements climatiques.

Nous ne sommes certains qu'une telle approche pourra apporter des résultats positifs durables, qu'elle contribuera dans l'ensemble au renforcement d'un véritable multilatéralisme incarné dans l'Onu et sa Charte, notamment dans les principes de la coopération équitable et mutuellement avantageuse entre tous les États.

En ce qui concerne la discussion qui a eu lieu et les passages du communiqué final sur la Russie, nous n'avons rien vu de foncièrement nouveau - comme l'on pouvait s'y attendre. La sélection connue des directives conflictuelles a été réitérée. Si nos collègues ne peuvent pas s'exprimer autrement, nous ne pouvons pas le leur interdire et ne voulons pas le faire en principe. Il est évident que l'exercice permanent de la rhétorique antirusse ne contribue pas à l'amélioration de l'atmosphère des relations entre l'Occident et la Russie. Cela concerne également la Chine, qui a fait l'objet d'une liste d'exigences désinvoltes à son égard par le G7 et de réclamations dans la droite ligne de l'ingérence occidentale dans les affaires intérieures d’États indépendants. La même approche non constructive a été adoptée vis-à-vis de la Biélorussie, notre alliée, et de plusieurs autres pays qui n'arrivent pas à se mettre dans le lit de Procuste des fameux standards démocratiques.

Malgré tout cela, nous avons entendu la thèse de l'aspiration du G7 à des relations stables et prévisibles avec notre pays. Nous espérons que ce ne sont pas des mots vides mais une volonté sincère des membres du sommet et qu'elle sera appuyée par des actions pratiques concrètes de l'Occident. Nous avons toujours fait preuve de stabilité et de prévisibilité dans les relations internationales. De notre côté, nous réaffirmons notre disposition à des démarches réciproques, bien évidemment dans le respect de l'équité, du pragmatisme et du respect mutuel.

 

Sur les résultats du sommet de l'Otan

 

Les résultats du sommet de l'Otan, qui a commencé lundi 14 juin à Bruxelles, étaient attendus et prévisibles pour nous. L'Alliance rêve manifestement d'un rôle global. Elle se prépare à une rivalité avec la Chine, dont "l'aspiration et le comportement agressif" ont été proclamés en tant que défi pour la région euro-atlantique. Chaque année, on lit ces documents finaux concernant les menaces et les défis - les années passent mais ces menaces et défis ne se confirment pas. Ils s'avère qu'ils viennent d'autre part et concernent d'autres problèmes. Cela fait penser aux grandes lignes: "Il demande la tempête, comme s'il pouvait y trouver la paix." Je trouve que ce sommet de l'Otan, ses documents finaux, ont été inspirés par ce poème.

Des menaces ont été proférées de recourir à l'article 5 sur la défense collective en cas d'"attaque dans l'espace" et d'attaques dans le cyberespace. En ce qui concerne le cyberespace, nous en entendons parler régulièrement. En ce qui concerne une "attaque dans l'espace": à quoi s'attendent nos partenaires de l'Otan? Il serait intéressant de développer cette pensée.

Cela réduit le seuil d'usage de la force, détériore la situation dans le domaine de la sécurité pour tous les pays, complique sérieusement la perspective d'accords universels visant à prévenir l'usage de l'espace et du cyberespace à des fins non pacifiques. Dans le sens idéologique, c'est une prétention à unir le "monde démocratique" dans la confrontation contre ce qu'ils considèrent comme des "autocraties" - parmi lesquelles ils inscrivent la Chine. C'est visiblement la base du nouveau concept idéologique. Ni plus ni moins.

L'Alliance continue de vivre dans une "réalité" fictive vis-à-vis de la Russie. Nous entendons de nouveau parler de prétendues "actions agressives" de la Russie, qui sont qualifiées dans le communiqué de la réunion de menace à la sécurité euro-atlantique. La position de l'Otan vis-à-vis de la Russie reste figée, conservant une approche destructive et double au format "contention et dialogue". On se demande où cela a déjà fonctionné pour eux.

Les dirigeants de l'Alliance affirment que l'Otan aurait tenté depuis plus de 25 ans d'établir des relations de partenariat avec la Russie. Nous avons été accusés d'avoir sapé ce processus, enfreint les valeurs, les principes, la confiance et les engagements dans le cadre des documents convenus constituant la base des relations entre la Russie et l'Otan. Parmi les critiques nous visant figurent "le renforcement de la puissance militaire", "l'activité provocante, notamment à proximité des frontières de l'Otan", les "vastes exercices inopinés organisés sans prévenir", le "déploiement de missiles à double usage dans la région de Kaliningrad", le "renforcement de la coopération militaire avec la Biélorussie" et, ce qui encore plus ridicule, "les multiples violations de l'espace aérien des États membres de l'Otan". Notre proposition de moratoire mutuel sur le déploiement de missiles à portée intermédiaire en Europe avec la possibilité de vérifier son application a été considérée comme ne méritant pas la confiance, et n'a fait face qu'à un refus d'en discuter. C'est un nouvel acte du "théâtre de l'absurde".

Il est de nouveau exigé de la Russie d'être "attachée au droit international et à ses engagements". Tant que, soi-disant, la Russie ne le fera pas, l'Alliance visera à "contenir" notre pays, notamment avec la présence avancée sur le "flanc Est". Sachant que toutes les démarches engagées par l'Alliance, nous affirme-t-on, n'iraient pas à l'encontre de l'Acte fondamental Otan-Russie. On prétend que "l'Alliance ne cherche pas la confrontation et ne représente pas une menace pour la Russie", on entend aussi que l'Alliance n'attirerait pas dans ses "filets" de nouveaux pays. Comme quoi ses membres n'organiseraient pas régulièrement des exercices de plusieurs milliers d'hommes (et pas seulement sur leurs territoires), ne rapprocheraient pas leurs potentiels et infrastructure militaires de la frontière russe - alors que les dépenses militaires totales de l'organisation ont déjà dépassé 1.000 milliards de dollars et représentent plus de la moitié des dépenses mondiales.

Pendant le sommet, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres ont chargé le secrétaire général de l'Otan de renouveler la stratégie de l'Alliance qu'il est prévu d'adopter au prochain sommet en 2022 en Espagne. Nous espérons qu'elle reflétera les réalités de notre époque et non les fantaisies de certains membres de l'Alliance. On voudrait croire qu'une structure avec une histoire aussi riche pourra passer des images fictives au factuel. Mais comment l'Otan pourrait-elle se passer d'une "menace de l'Est"? Elle ne peut pas, à en juger par les résultats du sommet. Ou alors il lui faudrait foncièrement changer quelque chose en elle.

 

Sur le rapport conjoint de la Commission européenne et de Josep Borrell, Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, concernant la politique de l'UE dans les relations avec la Russie

 

Nous avons reçu plusieurs questions des médias au sujet du rapport conjoint de la Commission européenne et du Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Josep Borrell sur la politique de l'UE dans les relations avec la Russie.

Comme l'a déclaré une source de Bruxelles je crois - du moins affiliée aux institutions de l'UE - la date a été choisie sans calculer ni penser que ce jour-là se déroulait le sommet russo-américain. Je ne savais pas que les dates pour publier de tels documents étaient choisies sans réfléchir. C'est une première dans notre pratique.

Nous avons pris connaissance du contenu de ce document. Je rappelle qu'il a été préparé conjointement par le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell et la Commission européenne sur ordre du Conseil européen faisant suite à la "revue stratégique" des priorités de l'UE dans les relations avec la Russie initiée au niveau des dirigeants de l'UE. Nous pensions qu'à l'issue de ce travail, Bruxelles et les capitales européennes de l'UE repenseraient la ligne actuelle de l'UE vis-à-vis de la Russie en fonction de leurs intérêts à long terme. Depuis 2016, elle se construit autour des fameux "principes de Mogherini" dont la réalisation a entraîné la stagnation et l'effondrement de l'architecture de nos relations. Cette réflexion stratégique aurait pu constituer la base d'un nouveau départ afin de renforcer la prévisibilité et la stabilité. Nous savons qu'une telle demande de scénario positif existe en UE. Et c'est logique. Dans un monde compétitif confronté à un sursaut sans précédent de défis transfrontaliers globaux, il est plus que jamais nécessaire d'unir les efforts de tous les acteurs intéressés.

Ce n'étaient que des attentes. En réalité, nous constatons que cette contribution intellectuelle des structures européennes ne rapproche pas la perspective de la normalisation entre les deux plus grands voisins du continent européen. Le contenu du rapport est idéologisé. Il est difficile de le qualifier de réflexion sur les intérêts fondamentaux des Européens à travers le prisme des relations avec la Russie. Les auteurs se sont principalement concentrés sur la formation d'une image de la Russie détachée de la réalité, afin de créer un mythe sur une "menace de l'Est". Nous venons de dire que c'était la terminologie de l'Otan, maintenant nous parlons de l'UE. Nous avons déjà dit par le passé que, malheureusement, l'Otan érodait de plus en plus l'autonomie de l'UE. C'est également évident dans le document en question. Les discours qui passent d'un document à l'autre concernant notre pays n'ont rien à voir avec la politique de la Fédération de Russie ou les intérêts des Russes.

La triade des principes des relations entre l'UE et la Russie dans le rapport, "opposition, contention et coopération" (c'est peut-être un langage normal pour la bureaucratie bruxelloise, mais cela "perce" les oreilles pour la diplomatie traditionnelle), formulée plus tôt par Josep Borrell à l'issue de sa visite à Moscou en février dernier, a été pensée dans l'esprit de la rhétorique de la Guerre froide, quand la fameuse contention était placée en tête. Elle revient aujourd'hui. Bien évidemment, de tels principes ne peuvent pas servir de base pour des relations constructives et stables entre la Russie et l'UE, pour les faire sortir du cadre de la coopération conjoncturelle. Qui plus est, pour construire à terme un "partenariat renouvelé", comme appellent à le faire les auteurs du rapport. Il y a de très nombreuses contradictions dans ce document.

Les accusations gratuites concernant la projection de prétendues menaces "hybrides" ou d'autre nature pour les intérêts et l'intégrité de l'UE sont absolument inadmissibles. De leur caractère fallacieux témoigne le fait que Bruxelles esquive lui-même le lancement d'un dialogue professionnel avec nous au sujet de sa prétendue inquiétude pour la cybersécurité et la lutte contre la désinformation. Nous sommes prêts à en parler à tous les niveaux dans n'importe quel format, quand cela conviendra à nos partenaires. Nous l'avons proposé plusieurs fois. Malheureusement, il n'y a pas de réponse. Et ensuite ils parlent de leurs préoccupations dans leurs rapports.

L'UE tente de se positionner comme une "gardienne" du droit international. Cependant, son interprétation des Accords de Minsk approuvés par la résolution 2202 du Conseil de sécurité des Nations unies donne l'impression que l'UE n'a pas lu ce document fondamental pour régler le conflit en Ukraine. Or il explique clairement qui sont les belligérants. Et l'UE a complètement oublié les termes de la déclaration des dirigeants du Format Normandie du 12 février 2015 indiquant clairement que les dirigeants contribueront à la mise en œuvre des Accords de Minsk en usant de leur influence sur les parties concernées. Les membres de l'UE n'exercent aucune influence sur Kiev et, qui plus est, encouragent le sabotage des Accords de Minsk par le régime de Kiev.

L'UE préfère ignorer le fait que la réunification de la Crimée avec la Russie, ainsi que le conflit dans le Sud-Est de l'Ukraine, ont logiquement résulté de l'imposition de la politique de "Partenariat oriental" de l'UE mettant les pays du "voisinage commun" devant un choix artificiel entre la Russie et l'UE, ainsi que du soutien direct au coup d’État anticonstitutionnel à Kiev en février 2014. Je rappelle que ses initiateurs ont annoncé dès le premier jour qu'ils engageraient des démarches pour éradiquer tout le russe en Crimée, ne laissant aucun autre choix aux habitants de la péninsule que celui qu'ils ont finalement fait. En ce qui concerne les engagements en matière de droits de l'homme dans le cadre de l'OSCE et du Conseil de l'Europe, nous suggérons aux structures européennes, avant d'avancer à la Russie des reproches infondés, de régler la situation scandaleuse autour de la violation des droits de la population russophone et de la censure non dissimulée des médias dans les pays baltes et en Ukraine. Les faits sont nombreux, ils sont régulièrement transmis à nos partenaires, mais il n'y a pas de réaction claire.

Dans l'ensemble, la philosophie du rapport rédigé par les structures européennes indique que certains, en UE, voudraient construire la coopération sur la base des "seules convictions" vraies en continuant de remanier le monde selon leur volonté, en partant de leur propre vision de ce que seraient les "véritables valeurs". Tout cela en pensant qu'en cas d'échec il faudrait se cacher derrière des lignes de démarcation, des ultimatums, des sanctions unilatérales et illégitimes du point de vue du droit international. La prévision de la détérioration des relations entre l'UE et la Russie contenue dans ce rapport est difficile à percevoir autrement qu'un signe d'indisposition à renoncer à une telle approche archaïque et à l'idéologie de la confrontation de bloc et de sa propre "domination", d'avoir "raison en tout", d'"exclusivité", etc. On voit clairement que l'UE suit par inertie le sillage conceptuel de l'Otan et des États-Unis, avec qui la coordination sur le dossier russe est mentionnée spécialement dans le document. Alors de quelle "autonomie stratégique" peut-on parler?

Nous sommes ouverts à la coopération avec l'UE sur une base équitable et dans le respect mutuel. Nous n'avons pas l'intention d'éviter un travail laborieux pour trouver des points de convergence au profit de tous les habitants du continent européen (le rapport reconnaît que la Russie et l'UE sont liées par une histoire, une géographie et des contacts interhumains communs). Il est regrettable que cela ne soit reconnu que sur le papier, tandis que dans les affaires et les démarches pratiques l'UE ne remplit pas ses fonctions dans cette direction. Pour notre part, nous nous référons aux principes fondamentaux d'Helsinki de non-ingérence dans les affaires intérieures, de coopération entre les États et d'accomplissement de bonne foi des engagements dans le cadre du droit international. Notre ordre du jour ne doit pas être constitué uniquement des divergences qui existent. Ce n'est pas la seule chose dont il faut s'occuper.

Le rapport présenté par Josep Borrell souligne tout de même l'importance de maintenir le dialogue UE-Russie dans plusieurs domaines tels que la santé, les changements climatiques, la numérisation, la science et l'éducation, la lutte contre les menaces et les défis transfrontaliers, le règlement des problèmes régionaux et internationaux. Leur liste coïncide avec notre vision des domaines éventuels d'intérêt commun dans les relations avec l'UE. Nous sommes prêts à un travail commun dans ces domaines si la volonté politique mûrissait pour cela à Bruxelles. Pour ce faire, nous conseillons à ceux qui sont responsables de la politique étrangère de l'UE vis-à-vis de la Russie de cesser de regarder la situation en dehors de leur cabinet à travers la serrure des approches idéologisées. D'ouvrir les yeux sur le multilatéralisme et la diversité de l'ordre mondial polycentrique qui s'est formé, où la Russie continuera de jouer un rôle constructif et responsable conformément à ses intérêts nationaux. Voilà ce que Bruxelles doit faire.

 

Sur les déclarations du commandant en chef des forces armées de la Suède

 

Notre attention a été retenue par les déclarations du commandant en chef des forces armées suédoises, Micael Bydén, dans une interview à la Radio suédoise du 12 juin concernant "une menace accrue pour la sécurité nationale" en raison de laquelle, selon lui, il ne faudrait pas "exclure le scénario d'une attaque armée contre le pays". En commentant l'ordre du jour, l'approche et l'idéologie de l'Otan, nous avons déjà parlé aujourd'hui des phobies qui dominaient sur la perception de la réalité. C'est encore le cas: la Russie est de nouveau désignée comme une source d'agression potentielle.

Nous voyons ces derniers temps que ces déclarations infondées du commandement militaire suédois se distinguent par leur régularité. Elles pointent la prétendue nécessité de se préparer à une guerre contre la Russie. Nous le considérons comme une campagne intentionnelle visant à attiser dans la société suédoise la phobie, frôlant la paranoïa, d'une menace militaire russe. Apparemment, peu croient aujourd'hui sur l'archipel de Stockholm aux mythes sur les "sous-marins étrangers" associés à notre pays. Maintenant les militaires suédois ont besoin de nouveaux arguments fantaisistes pour justifier le renforcement du budget militaire suédois, qui est sans précédent même en comparaison avec la Guerre froide.

Il est regrettable que le commandant en chef des forces armées suédoises Micael Bydén, ainsi que d'autres militaires suédois, ne mentionnent pas que depuis plusieurs années Stockholm ignore les propositions de la Russie de relancer le dialogue au niveau militaire afin de renforcer la confiance mutuelle.  Ce dialogue a été suspendu à l'initiative de la Suède en 2014. Au lieu de cela, le commandement des forces armées de la Suède non-alignée renforce de plus en plus sa coopération avec l'Otan, ce qui s'accompagne notamment de l'organisation d'exercices conjoints à proximité immédiate des frontières russes pour s'entraîner à lutter contre un ennemi comparable, notamment en imitant des attaques nucléaires. La déclaration du commandant militaire suédois a été faite en pleine phase active des exercices de l'Otan Baltops auxquels participe la Suède et dans le cadre desquels sont utilisés des bombardiers stratégiques américains B-52H.

 

Sur la militarisation du Kosovo

 

Nous lisons avec inquiétude les communiqués sur les fournitures américaines d'armes et de matériel aux autorités de Pristina. Ce faisant, les États-Unis sapent ouvertement les efforts internationaux visant à garantir la paix et la stabilité dans les Balkans. La militarisation de la "république du Kosovo" autoproclamée est incompatible avec eux.

L'idée de Washington consiste à créer sur ce territoire une "armée", ce qui est une grossière violation directe des termes de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce document fondamental du droit international prévoit la dissolution de toutes les entités militarisées albano-kosovares et n'admet sur le territoire du Kosovo que la présence d'un contingent international de maintien de la paix.

Nous appelons tous ceux que le sort des Balkans et l'avenir de cette région sensible ne laissent pas indifférents à empêcher toute démarche susceptible de la déstabiliser et d'accumuler un potentiel conflictuel dangereux.

 

Sur les 80 ans du début de la Grande Guerre patriotique

 

Huit décennies nous séparent de cette terrible journée stratégique pendant laquelle les envahisseurs hitlériens ont lâchement attaqué notre pays. La Grande Guerre patriotique qui a commencé ce jour-là a emporté des millions de vies, a laissé une trace dans chacune de nos familles. Ce jour-là, le 22 juin, nous inclinons la tête en hommage aux tués.

Il reste encore du temps jusqu'à cette date, mais je voudrais rappeler qu'en parlant de ces jours et en s'y préparant, nous réfléchissons de nouveau à ce qui a conduit jusqu'à ce seuil fatal. La raison principale est l'essence haineuse et agressive du nazisme et de la politique des pays de l'Axe. A la réalisation de leurs projets d'invasion a contribué la complaisance des puissances de l'époque, qui cherchaient à régler le problème de leur propre sécurité - comme l'ont montré les accords de Munich - au détriment de la sécurité et de la souveraineté des autres, en faisant dévier l'axe de l'agression vers l'Est comme l'ont fait les "démocraties occidentales".

De ce fait, l'affirmation d'une prétendue "similitude" entre le communisme et le nazisme est foncièrement inadmissible, perfide et simplement antihistorique, tout comme les tentatives de rejeter la même responsabilité pour le début de la guerre sur l'Allemagne et l'URSS, de placer dans le même rang les bourreaux et les victimes, de taire la contribution décisive de l'Union soviétique pour briser la machine de guerre hitlérienne, de diminuer l'exploit de nos guerriers libérateurs de l'Armée rouge, de rendre cette contribution moins décisive qu'elle ne l'a été. 

De telles réflexions sont outrageantes pour la Russie, elles profanent la mémoire des millions de citoyens de notre pays tués dans la lutte contre le fascisme. Comme l'a souligné le Président russe Vladimir Poutine à la réunion du Comité organisationnel russe "Victoire" le 20 mai, nous ne pouvons pas ne pas répondre, ne pas réagir dignement à ces actes, nous ferons tout pour que les futures générations conservent la vérité sur la guerre, une attitude sacrée et gratifiante envers les héros, leurs ancêtres.

 

Sur le Forum international des compatriotes russes "22 juin 1941. Nous remporterons la victoire!"

 

Le Ministère russe des Affaires étrangères et ses établissements diplomatiques à l'étranger organiseront plusieurs activités. Compte tenu de la situation épidémiologique, elles se dérouleront en grande partie en ligne. Nous vous invitons à vous y joindre.

Du 19 au 23 juin à Minsk et à Brest, sous l'égide de la Commission gouvernementale pour les expatriés, se tiendra le Forum international des compatriotes russes "22 juin 1941. Nous remporterons la victoire!" consacré aux 80 ans de la Grande Guerre patriotique.

A cet événement participeront plus de 80 représentants de la diaspora russe menant une vie sociale publique active dans la communauté étrangère d'environ 40 pays. A la cérémonie d'ouverture du forum participera le vice-Ministre russe des Affaires étrangères Andreï Roudenko. Parmi les orateurs: le membre du Comité des affaires internationales du Conseil de la Fédération de l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie Elena Afanassieva, le directeur de Rossotroudnitchestvo Evgueni Primakov, et d'autres représentants des organes du pouvoir exécutif, d'ONG russes et de fondations patriotiques. Pendant les discussions, une attention centrale sera accordée à la consolidation de notre diaspora sur l'exemple de la mémoire historique commune, de la lutte contre la falsification de l'histoire, de l'éducation patriotique de la jeune génération.

Un élément important du programme sera la visite, par les compatriotes, de la forteresse de Brest, le dépôt de fleurs et la participation à un rassemblement-requiem sur son territoire.

 

Réponses aux questions:

Question: Récemment le Ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmitri Kouleba a proposé comme condition pour le lancement du Nord Stream 2 d'"échanger le lancement du gazoduc contre la Crimée". Kiev suggère également de transférer à l'Ukraine jusqu'à 10% des actions du gazoduc afin que le pays puisse combler ses pertes. Que pouvez-vous dire de ces déclarations?

Réponse: Il y a un proverbe à ce sujet, qui transmet aussi bien symboliquement que littéralement la réponse à votre question: "Les baies de sureau dans le jardin - un oncle à Kiev" (ndlr - la baie de sureau est transcrite "bouzina" en russe, du nom du journaliste ukrainien tué à Kiev en 2015). On voudrait qu'Oles Bouzina soit à Kiev, mais ce n'est pas le cas parce qu'il a été tué. En revanche "l'oncle" de Kiev, au lieu de travailler dans "son jardin", cherche constamment à s'introduire dans celui des autres. C'est un exemple classique. On ne comprend pas du tout comment Dmitri Kouleba peut proposer d'échanger ce qui ne concerne absolument pas l'Ukraine.

La question relative à l'appartenance territoriale de la Crimée a été définitivement réglée il y a sept ans suite au vote libre des habitants de la péninsule. C'est leur choix. Entre autres, il a exprimé leur avis sur le travail des autorités de Kiev pendant toutes les années de l'indépendance de l'Ukraine.

En ce qui concerne le Nord Stream 2, je voudrais rappeler à Dmitri Kouleba et au régime de Kiev que ce projet commercial est bénéfique pour les pays et les partenaires qui y participent. Vous voulez y participer? Alors exprimez votre volonté.

Je voudrais rappeler aux collègues de Kiev que ce projet est basé sur l'intérêt économique mutuel des compagnies russes et européennes consistant à garantir des fournitures fiables de gaz russe via l'itinéraire le plus rentable. Ce n'est pas la politique qui guide ce projet, aussi étrange que cela puisse paraître à Dmitri Kouleba. C'est le profit. Le fait que l'Ukraine ou d'autres pays avancent des conditions pour le lancement et l'exploitation du gazoduc, en dehors des normes juridiques en vigueur, est contraire aux principes universels du marché sur lesquels doivent reposer les relations internationales commerciales et économiques. C'est précisément la position à laquelle nous appelaient les "protecteurs" occidentaux de Kiev. Maintenant nous l'avons entendue, nous l'adoptons et la réalisons. Les déclarations de Dmitri Kouleba sont un exemple de la fameuse politisation de la coopération énergétique dont les opposants au projet accusent la Russie.

A une époque, plusieurs compagnies européennes ont fait preuve d'un esprit visionnaire en décidant de participer au financement du Nord Stream 2 pour des importations stables de gaz russe à des prix bon marché et tirer des bénéfices de son acheminement. Si les autorités ukrainiennes veulent se joindre au projet, elles doivent négocier avec les actionnaires et d'autres compagnies intéressées, cesser l'hystérie politique et se comporter de manière décente.

Question: Les unités militaires azéries qui ont pénétré sur le territoire souverain de l'Arménie ne se sont pas encore retirées. Il a été annoncé récemment que des représentants des forces armées russes avaient visité la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, étudié les territoires, les postes éventuels où des gardes-frontières russes pourraient être déployés en cas de retrait des troupes des belligérants. Quels sont les résultats des négociations qui se sont déroulées avec la médiation de la Russie?

Réponse: Nous avons déjà fait remarquer que les incidents qui avaient eu lieu à la frontière azéro-arménienne étaient liés à l'absence d'encadrement de cette question dans le droit international, à laquelle s'ajoute le déficit de confiance mutuelle entre les parties.

La Russie continue d'entreprendre des efforts actifs de médiation visant la désescalade de la situation. Une coordination étroite a été établie au niveau des ministères des Affaires étrangères, de la Défense et des services frontaliers. Il a été possible de réduire globalement la tension au cours des dernières semaines. Les consultations visant à régler le litige frontalier seront poursuivies.

Selon nous, le règlement durable et à long terme du problème doit passer par le lancement au plus vite du travail sur la délimitation de la frontière entre les deux pays, suivie de sa démarcation. Nous réaffirmons notre disposition à apporter à ce processus la contribution la plus active.

Question: Mardi 15 juin, le Président turc Recep Tayyip Erdogan et le Président azéri Ilham Aliev ont visité la ville de Chouchi occupée. Sur fond d'invasion du territoire arménien par l'Azerbaïdjan et de non-accomplissement des engagements au retour des prisonniers de guerre depuis près de 7 mois, ne pensez-vous pas que l'organisation d'une telle visite témoigne de la pression psychologique sur les Arméniens de l'Artsakh ou d'une provocation contre l'établissement d'une stabilité fragile dans la région?

Réponse: Nous trouvons incorrect de mélanger les sujets qui concernent le Haut-Karabakh à proprement dit avec les relations bilatérales de l'Azerbaïdjan (ou de l'Arménie) avec d'autres pays. C'est sous cet angle que nous analysons les récents contacts azéro-turcs au sommet.

Nous partons du principe que les liens bilatéraux dans la région, notamment au niveau militaire, ne doivent pas être construits contre d'autres États. Nous soutenons pleinement les démarches visant à normaliser le dialogue entre Bakou et Erevan, entre Erevan et Ankara. L'interaction dans le Caucase du Sud doit se développer conformément aux principes de bon voisinage avec une prise en compte et un équilibre des intérêts de tous les pays de la région.

Question: 7 mois après la fin des activités militaires, les autorités azéries continuent de ne pas tenir les engagements qu'elles avaient pris dans le cadre de la déclaration du 9 novembre 2020, notamment concernant le retour des prisonniers de guerre et d'autres individus. Que pouvez-vous dire de l'initiation de faux procès par l'Azerbaïdjan?

Réponse: Le thème des prisonniers de guerre et des autres détenus reste d'actualité, notamment dans le contexte de la mise en œuvre des termes de la déclaration des dirigeants de la Russie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie du 9 novembre 2020. Nous saluons la remise de 15 citoyens arméniens à Erevan par les autorités azéries le 12 juin. Nous prônons l'achèvement définitif de la procédure d'échange selon la formule "tous contre tous" sans aucune condition préalable. Sachant que nous jugeons important de régler également d'autres problèmes humanitaires, notamment concernant le déminage et la fourniture des cartes de champs de mines. Je pense que vous êtes au courant de nos efforts en ce sens.

Question: Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a promis, pendant sa visite dans le Haut-Karabakh le 15 juin, de soutenir l'Azerbaïdjan si ce dernier était attaqué. Cette déclaration n'est-elle pas provocante et n'alimente-t-elle pas les sentiments militaristes étant donné que des efforts colossaux sont entrepris pour garantir une vie normale dans la région?

Des communiqués ont rapporté l'éventuelle ouverture d'une ambassade turque dans l'Artsakh, notamment à Chouchi occupée. Cela n'entre-t-il pas en contradiction avec la mission de maintien de la paix de la Russie? Comment peut-on commenter cette déclaration? Dans quel but a-t-elle été faite? Comment la Russie perçoit-elle l'activité turque et les tentatives de s'affirmer dans la région?

Que pense la Russie de la "déclaration de Chouchi" signée par Recep Erdogan et Ilham Aliev?

Réponse: J'ai déjà commenté aujourd'hui une question similaire. Je trouve incorrect de mélanger deux sujets qui ne sont pas directement liés au Haut-Karabakh ou aux relations bilatérales de l'Azerbaïdjan avec d'autres pays.

C'est sous cette angle que nous voyons les récents contacts azéro-turcs au sommet. Nous trouvons très important que les liens bilatéraux dans la région, notamment au niveau militaire, ne soient pas établis contre d'autres États. Nous soutenons les démarches visant à normaliser le dialogue entre les pays de la région.

Compte tenu des processus dans la région, les efforts multilatéraux visant à pousser les parties vers la signature d'accords et à entamer le mouvement vers la paix, toutes les déclarations faites à cet égard doivent poursuivre un seul but: la stabilisation, le développement pacifique, le rétablissement des liens administratifs et, évidemment, répondre aux intérêts des habitants de la région.

Question: Le 14 juin, pendant le sommet de l'Otan à Bruxelles, les dirigeants de l'Alliance ont soutenu le droit de l'Ukraine et de la Géorgie à adhérer à l'organisation sans indiquer de délais précis mais en pointant la nécessité de poursuivre les réformes dans ces pays.

Ensuite, pendant la rencontre du Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg avec des correspondants militaires, il a déclaré que l'Ukraine devait faire davantage en matière de réformes pour son adhésion. Difficile de ne pas remarquer que de telles déclarations se sont intensifiées précisément à la veille du sommet entre le Président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Joe Biden le 16 juin.

Que pense la Russie de telles déclarations promouvant la position de l'Otan concernant son expansion? Comment la Russie défendra-t-elle ses intérêts et sa sécurité dans ces conditions?

Réponse: J'ai beaucoup parlé aujourd'hui du sommet de l'Otan, des déclarations faites, de l'aspiration d'autres pays dans ses filets durant toutes ces années. J'ai commenté tout cela. Je peux seulement répéter que cela ne correspond pas aux hauts objectifs fixés par l'Alliance et proclamés par sa direction, par les dirigeants des pays membres de l'Alliance, sur la stabilisation, sur une plus grande prévisibilité, sur la sécurité, etc. Cela va dans le sens opposé et dans l'ensemble, c'est contraire à ces objectifs.

Vous connaissez bien notre position à ce sujet, c'est pourquoi je peux seulement réaffirmer l'approche russe. Dans la pratique, je trouve évident que de telles déclarations et de tels dialogues ont déjà conduit aux résultats opposés, à des conséquences regrettables. Cela n'a jamais renforcé et ne renforcera jamais la stabilité, la prévisibilité ou l'équilibre des intérêts. Ce sont des postulats détachés de la réalité et réincarnés de l'époque de la Guerre froide.

Je ne pense pas que ces propos ont été prononcés spécialement à la veille du sommet russo-américain. Ces déclarations ont été faites dans le cadre du sommet de l'Otan. La question de savoir pourquoi ils ne peuvent pas se débarrasser de ce "concept du passé" réside probablement dans leur potentiel intellectuel. L'ancien concept devrait être remplacé par un nouveau qui ne serait pas simplement une mise à jour, pas simplement un modèle repeint de quelque chose qui existe déjà et ne fonctionne pas, mais quelque chose de foncièrement nouveau, qu'il est possible de proposer au monde en tant que mouvement en avant réellement progressiste à titre de réponse aux nouveaux défis. Mais je pense que l'Otan ne possède simplement pas de telles capacités intellectuelles. Si c'était le cas, ils le feraient au lieu de répéter comme un mantra la même chose pendant des années.

Question: L'Otan attribue à la Turquie un rôle central dans la garantie de la sécurité de l'aéroport de Kaboul après le retrait des États-Unis et d'autres forces de l'Alliance d'Afghanistan. C'est ce qu'a annoncé à Bruxelles le Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg le 12 juin pendant le sommet de l'Alliance. Quelle est la position de la Russie concernant la garantie par la Turquie de la sécurité de l'aéroport de Kaboul après le départ des forces américaines et de l'Otan d'Afghanistan?

Réponse: Le maintien par la Turquie - tout comme par n'importe quel autre pays - de son contingent militaire en Afghanistan est contraire d'un point de vue légal à l'accord signé entre les États-Unis et les talibans à Doha en février 2020, prévoyant un retrait total des forces étrangères d'Afghanistan d'ici le 1er mai - et ce délai a déjà été reporté au 11 septembre 2021. Les talibans ont exprimé leur avis clairement négatif vis-à-vis d'une telle perspective.

Nous pensons que la décision définitive à ce sujet doit être prise de manière pesée, en partant des objectifs de progression du processus de réconciliation nationale interafghane.

De plus, cela soulève une question logique: pourquoi la protection de l'aéroport du pays ne peut-elle pas être confiée aux forces nationales de sécurité afghanes.? Je rappelle que des milliards de dollars ont été dépensés depuis vingt ans pour leur formation et leur équipement. Nous avons régulièrement entendu des représentants officiels des États-Unis et de l'Otan parler de leur niveau de préparation élevé et de leur capacité à remplir des missions pour garantir la sécurité du pays. Et maintenant il s'avère qu'on ne fait pas confiance aux forces afghanes.

Question: Hier, les journalistes russes n'ont pas été autorisés à assister à la conférence de presse du Président américain Joe Biden. Que pouvez-vous dire au sujet de telles conditions de travail pour la presse?

Réponse: C'est une bonne chose que le refus de laisser des journalistes russes participer à la conférence de presse du Président américain Joe Biden fasse mal au cœur d'un journaliste de l'UE. Le refus de laisser les journalistes russes participer à la conférence de presse de Joe Biden montre seulement que toutes les déclarations concernant une prétendue ouverture, démocratie et non-censure - dont les partenaires américains parlent constamment - se brisent contre leur propre pratique. Autrement dit, des slogans résonnants sont scandés, mais en réalité ils ne s'appuient pas sur des démarches réelles. Vous le savez, non seulement nous laissons participer mais également nous invitons les journalistes de différents pays aux conférences de presse du Président russe Vladimir Poutine, aux conférences de presse des représentants publics russes, de différentes branches du pouvoir. Qui plus est, quand nous savons que l'activité à l'issue de laquelle est prévue une conférence de presse ou une communication avec la presse concerne un certain pays, nous invitons forcément les journalistes de ce pays ou de cette région. Nous n'avons pas de tels problèmes. Tirez vos propres conclusions, même si elles sont évidentes, selon moi.

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Conseil de l'Europe (CE)

OTAN

Union européenne (UE)


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