26 mai 202017:51

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe avec Stanislav Zas, Secrétaire général de l'OTSC, à l'issue de la réunion du CMAE de l'OTSC en visioconférence, Moscou, 26 mai 2020

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Nous venons de terminer la réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Organisation du Traité de sécurité collective (CMAE de l'OTSC) en visioconférence.

Cette année, la Russie préside l'Organisation. Nous avons approché avec une responsabilité particulière la préparation et le déroulement de notre rencontre dans cette situation difficile provoquée par le coronavirus.

Nous avons été contraints d'apporter des modifications à l'ordre du jour parce que nous ne pouvions pas omettre la lutte contre la propagation du coronavirus. La dynamique de la situation a confirmé la nécessité de créer au sein de l'OTSC un potentiel de réaction aux menaces à la sécurité biologique, de mettre en place un travail conjoint dans le cadre de notre espace épidémiologique commun. Dans les conditions de crise actuelles, nous estimons qu'il faut absolument unir les efforts et engager des démarches collectives de concert. Nous sommes d'accord, avec mes homologues, sur le fait que la Déclaration des États parties de l'OTSC concernant la solidarité et l'entraide dans la lutte contre le coronavirus reflète à part entière la position fondamentale et successive de notre Organisation. Cette Déclaration sera publiée aujourd'hui.

Nous avons évoqué un large éventail de thèmes régionaux et internationaux d'actualité, en partant de nos positions qui coïncident. Nous avons soutenu la formation d'un ordre mondial plus juste et démocratique basé sur les normes universelles du droit international. Nous avons adopté une Déclaration conjointe à ce sujet, qui réaffirme l'attachement des membres de l'OTSC aux objectifs et aux principes de la Charte de l'Onu.

Cette année se déroule sous le signe du 75e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique. Nous avons adopté une Déclaration spéciale des ministres des Affaires étrangères afin d'empêcher de telles catastrophes à l'avenir, nous avons appelé la communauté mondiale à des actions solidaires visant à préserver la vérité historique sur la lutte pour libérer le monde du nazisme, à faire entrave aux tentatives de profaner la mémoire des morts, à condamner toute forme d'idéologie de haine, d'extrémisme, de discrimination ethnique, raciale et religieuse.

Nous avons parlé de la réalisation des axes prioritaires de l'activité de l'OTSC pendant la présidence russe, dans le cadre des tâches exprimées par le Président russe Vladimir Poutine pendant la session du Conseil de sécurité collective le 28 novembre 2019 à Bichkek.

Nous avons examiné les perspectives du développement de l'activité de maintien de la paix en mettant l'accent sur le renforcement et l'élargissement de la coopération entre l'OTSC et l'Onu dans ce domaine, notamment le perfectionnement de la base normative juridique de notre Organisation.

Dans le contexte du développement des institutions de Partenaire et d'Observateur auprès de l'OTSC (vous le savez, de telles institutions ont été instaurées sur décision du Conseil de l'OTSC au sein de notre Organisation) nous avons parlé de l'approfondissement de la coopération de l'OTSC avec la CEI et l'OCS. A la réunion d'aujourd'hui ont participé le Président du Comité exécutif - le Secrétaire exécutif Sergueï Lebedev - et le Secrétaire général de l'OCS Vladimir Norov. Nous avons déterminé les axes prometteurs des efforts communs des trois organisations.

Nous avons également approuvé plusieurs documents concernant les ressources humaines et le plan de travail de l'Organisation pour cette année.

La prochaine réunion du CMAE de l'OTSC se tiendra à la veille du Conseil de sécurité collective de l'OTSC au second semestre 2020 à Moscou.

Question: L'épidémie a affecté non seulement la vie de millions de gens, mais également les relations internationales. Comment se déroule le travail de l'OTSC dans ces nouvelles conditions? Comment l'organisation combat-elle l'épidémie?

Sergueï Lavrov: Une question d'actualité. Nous avons adopté aujourd'hui deux documents consacrés à la lutte contre le coronavirus. Le premier, "Sur la solidarité et l'entraide dans la lutte contre le coronavirus", appelle à la coopération sous l'égide des organisations internationales universelles, dont l'Onu et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le second document a été approuvé à l'initiative de l'Arménie et de la Russie en soutien à l'appel du Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres: il soutient l'annonce d'une trêve mondiale pendant la période du coronavirus. Nous soutenons cet appel. Sachant que la Déclaration précise que, bien évidemment, cet appel ne peut pas s'appliquer aux organisations terroristes reconnues en tant que telles par le Conseil de sécurité des Nations unies. Telle est la position des pays de l'OTSC.

Il existe plusieurs autres questions d'ordre pratique. Une partie concerne l'organisation de notre travail. Nous fonctionnerons au format de visioconférence. La décision de revenir aux réunions en personne sera prise compte tenu des recommandations des autorités sanitaires après une analyse en la matière. Plusieurs activités concernant directement les problèmes provoqués par le coronavirus ont déjà eu lieu, l'une d'elles en avril. Il s'agissait d'une visioconférence des responsables des services médicaux militaires. La médecine militaire participe activement aux efforts de notre pays et au travail de nos alliés de l'OTSC compte tenu de la situation du coronavirus. Pour novembre 2020, en tant que présidents de l'OTSC, nous comptons organiser une conférence scientifique pratique de médecins militaires.

Nous avons également proposé aujourd'hui de faire appel au centre de réaction de crise de l'OSCE pour étudier les possibilités supplémentaires dans le contexte de l'infection. En examinant ce problème plus largement, nous avons rappelé aujourd'hui que la Stratégie de sécurité collective de l'OSCE d'ici 2025, approuvée par les dirigeants de nos pays, ordonne directement aux ministères des Affaires étrangères de mener des actions conjointes visant à renforcer le régime de la Convention sur l'interdiction des armes biologiques (CABT), et notamment de se pencher sur l'engagement de tous les États à garantir la transparence complète de leur activité biologique en dehors du territoire national. Cela concerne avant tout les États-Unis, qui sont les seuls à bloquer aujourd'hui ce mécanisme de vérification dans le cadre de cette convention, et en parallèle mènent une activité biologique militaire à travers le monde, notamment autour de nos frontières.

Sur ces thèmes, nous menons un dialogue bilatéral intensif avec les alliés de l'OTSC. Nous avons déjà signé un tel accord avec le Tadjikistan, nous travaillons avec l'Arménie et le Kazakhstan. C'est également un grand bloc de travail appelé à garantir le respect des engagements prévus par la CABT concernant l'inadmissibilité de réorienter toute activité biologique à des fins militaires. J'espère que toutes les capacités de l'OTSC et les objectifs fixés par les chefs d’État nous permettront d'obtenir les résultats escomptés.

Question: Pendant le sommet de l'OTSC au Kazakhstan en 2018, des documents réglementant l'attribution du statut de partenaire de l'OTSC et d'observateur auprès de l'OTSC ont été adoptés. Travaille-t-on dans ce sens actuellement? Est-ce que des pays témoignent de leur intérêt pour coopérer avec l'OTSC?

Sergueï Lavrov: Ces décisions ont été prises il y a presque deux ans pendant le sommet au Kazakhstan, et ont été signées par les chefs d’État. Elles doivent désormais être ratifiées. Le processus de ratification est terminé dans tous les pays sauf le Tadjikistan, où des procédures doivent être achevées. La décision entrera en vigueur dès que cela sera fait. Il sera alors possible d'attribuer le statut de partenaire et d'observateur.

Nous avons évoqué ce thème aujourd'hui. Nous avons réaffirmé que cela sera fait sur la base d'un consensus compte tenu des intérêts de chaque pays de l'OTSC et de la valeur ajoutée que peuvent apporter les partenaires et les observateurs à notre travail.

Selon les termes concernant les partenaires et les observateurs, cela concerne aussi bien les États que les organisations. Aujourd'hui, il a été noté en particulier que l'OTSC entretenait déjà des liens étroits avec l'OCS et la CEI (ils ont participé à notre travail aujourd'hui). Un consensus se met en place pour commencer à attribuer le statut d'observateur à ces deux organisations fraternelles.

Certains pays témoignent également de l'intérêt pour la coopération avec l'OTSC. Aucune demande officielle d'attribuer le statut d'observateur ou de partenaire n'a été formulée au moins parce que ce n'est pas encore une réalité ou une situation juridique. Mais vous savez qu'avec l'OTSC coopère activement la Serbie, qui participe au travail de l'Assemblée parlementaire de l'OTSC et à certains types d'exercices. Je pense que d'autres voisins de la région de l'OTSC songeront à ce travail. D'autant que les thèmes tels que la lutte contre le terrorisme, le trafic de stupéfiants et le crime organisé intéresseront certainement les pays d'Asie centrale qui ne sont pas membres de l'OTSC.

Dès que la ratification sera complète, nous entamerons l'étude pratique des candidats potentiels.

Question: Fin avril, l'Ambassadeur de Russie en Afghanistan Alexandre Mantytski a annoncé que Kaboul avait demandé à Moscou de l'aide pour combattre le coronavirus. La semaine dernière, des médecins du Tatarstan ont organisé des consultations vidéo avec leurs collègues pour partager leur expérience de la lutte contre le Covid-19. Outre l'aide en matière de conseils, la Russie apportera-t-elle une autre aide à l'Afghanistan, je fais allusion à un éventuel envoi de médicaments, de moyens de protection, d'équipements ou, comme en Serbie et en Italie, de brigades médicales?

Sergueï Lavrov: Tout dépendra des moyens de protection et des équipements nécessaires pour l'Afghanistan. S'ils figuraient expressément dans leur demande, je vous assure qu'elle serait immédiatement étudiée dans le cadre du Centre opérationnel créé pour combattre le coronavirus sous la présidence de la vice-première ministre Tatiana Golikova. Le Centre étudie notamment la possibilité d'apporter une aide aux pays étrangers compte tenu des ressources disponibles.

Question: Je voudrais poser une question générale permettant de fixer l'état des choses à l'heure actuelle. Que pensez-vous des relations russo-arméniennes, notamment dans le domaine de la défense, dans le cadre de l'OTSC et au format bilatéral?

Sergueï Lavrov: Nous considérons ces relations comme des relations d'alliés. Elles le sont. Cela concerne aussi bien l'OTSC que nos relations bilatérales. La coopération militaire est très étroite. Vous le savez, en Arménie se trouve une base militaire russe qui aide à garantir la stabilité et la sécurité dans la région. En ce qui concerne la coopération militaro-technique, l'aide militaro-technique que nous apportons à l'Arménie, nous avons également établi un dialogue, un travail très étroit et productif, permanent, quotidien et professionnel. Cela ne fait aucun doute.

Question: Ma première question porte sur les déclarations des États-Unis concernant leur retrait du Traité Ciel ouvert. D'après vous, quelles seront les conséquences des actions des Américains?

Ma seconde question concerne Hong Kong. Le conseiller du Président américain à la sécurité nationale Robert O'Brien a déclaré que les États-Unis pourraient décréter des sanctions contre Pékin si la Chine adoptait le projet de loi sur la "sécurité nationale" de Hong Kong. En agissant ainsi, la Chine "capturerait Hong Kong", selon les Américains. Le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo a dit que toute action de la Chine affectant la liberté de Hong Kong pourrait conduire au changement d'approche des Américains du principe "un pays-deux systèmes". Que pouvez-vous dire au sujet de ces attaques des Américains?

Sergueï Lavrov: Il est très difficile de commenter les déclarations faites par des représentants américains parce qu'elles sont imprégnées d'un sentiment de permissivité et de leur propre supériorité, y compris le droit arbitraire de juger tout le monde et d'avancer des exigences concernant la satisfaction des intérêts américains. Les problèmes attisés actuellement autour de Hong Kong concernent les affaires intérieures de la Chine. Nous les considérons en tant que telles. Je ne pense pas que les tentatives des États-Unis de tourner ce problème de manière à susciter des situations scandaleuses ajoutent de la fiabilité  au dialogue avec ce pays sur tous les autres sujets. Nous en avons fait les frais plusieurs fois. Malheureusement, ce que les États-Unis déclarent aujourd'hui par rapport à la Chine ne nous surprend pas, bien que tout cela soit sans précédent.

Beaucoup de choses ont déjà été dites au sujet de la sortie des États-Unis du Traité Ciel ouvert, notamment par des représentants du Ministère des Affaires étrangères. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet, mais je vais citer un exemple. Comme dans le cas du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire et d'autres documents juridiques internationaux, qui ont cessé de "plaire" aux Américains, nous avons été accusés d'avoir forcé les États-Unis à se retirer du Traité Ciel ouvert parce que "la Russie transgressait grossièrement tous les termes de ce Traité". En mentionnant l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, ainsi que le fait que nous n'autorisons pas l'approche de notre frontière avec ces États à moins de 10 km. C'est notre position. Elle s'appuie sur les termes du Traité qui prévoit le refus de la surveillance de la zone de 10 km de la frontière des États qui ne sont pas membres de ce Traité. Que les collègues occidentaux ne reconnaissent pas l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud en tant qu’États indépendants ne change rien. C'est notre position, qui est parfaitement conforme au droit international.

Deuxième reproche. Nous avons limité la portée des vols au-dessus de la région de Kaliningrad compte tenu de ses particularités géographiques et en utilisant le précédent créé par les Américains par rapport à l'Alaska. La région de Kaliningrad et l'Alaska sont des semi-enclaves, cela découle de leur position géographique. Deuxièmement, nous nous basions sur le principe qu'aussi bien en Alaska que dans la région de Kaliningrad des aérodromes de ciel ouvert étaient alloués pour surveiller le territoire. La portée maximale de vol en Alaska a été déterminée conformément à l'annexe au Traité Ciel ouvert, et nous avons établi la portée maximale de vol au-dessus de la région de Kaliningrad. Nous avons déterminé le régime des vols au-dessus de la région de Kaliningrad de manière parfaitement symétrique. Mais malgré toute la similitude de ces approches, les résultats, en les comparant, se distinguent de manière très intéressante. Par exemple, en comparant la superficie des territoires, l'image qu'il est possible d'obtenir en un vol d'observation au-dessus de la région de Kaliningrad peut atteindre 98% de l'ensemble du territoire, alors qu'un vol d'observation au-dessus de l'Alaska peut apporter seulement 3% du territoire observé. Aucun de nos partenaires occidentaux, qui ont activement soutenu les États-Unis dans l'accusation nous visant d'enfreindre ce Traité, ne mentionne l'Alaska. Ils parlent seulement de violations de la Fédération de Russie. Il existe également d'autres violations chroniques du Traité par les États-Unis, dont mes collègues ont parlé plusieurs fois ces derniers jours. Quelle sera la suite? Nous adopterons une approche pesée de l'analyse de cette situation en s'appuyant avant tout sur nos intérêts nationaux et les intérêts de nos alliés, dont avant tout le Belarus, qui forme avec nous un groupe de pays dans le cadre de ce Traité. Certaines activités sont prévues dans le cadre de ce Traité. En octobre se tiendra une conférence d'examen régulière de ce Traité. Compte tenu de l'annonce de la sortie des États-Unis de ce document, il faudra organiser une conférence extraordinaire qui devra se réunir pas avant un mois et pas plus tard que deux mois après une telle annonce. Aujourd'hui, les dépositaires de ce Traité travaillent sur les délais.

Question: Après une nouvelle aggravation à la frontière entre le Kirghizistan et le Tadjikistan (des gardes-frontière ont participé à des fusillades), l'OTSC pourrait-elle jouer un rôle dans la stabilisation de la situation dans cette région?

Le Président biélorusse Alexandre Loukachenko a fait part hier de son intention de songer à une coopération avec la Chine dans la production de missiles. Est-ce que cela préoccupe la Russie?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne la situation à la frontière entre le Tadjikistan et le Kirghizistan, malheureusement, cette aggravation ne se produit pas pour la première fois. Nous appelons nos alliés à entrer en dialogue, à s'abstenir au maximum de l'usage de la force. Nous sommes prêts à accorder nos services de médiation. Nous pensons que plus tôt la situation s'apaisera, mieux ce sera. Nous l'avons dit aujourd'hui à nos amis.

Quant à la coopération entre le Belarus et la Chine, dont parlait le Président biélorusse Alexandre Loukachenko. Nous sommes des alliés avec le Belarus, nous avons une coopération militaire très étroite, une planification militaire commune, de nombreux projets communs dans le domaine militaro-technique, mais il n'existe aucune interdiction de coopération militaro-technique avec la Chine. La Russie possède également des projets militaro-techniques avec des pays étrangers. Sachant que nous ne suivons jamais une voie susceptible de créer des risques pour notre État de l'Union, les intérêts militaires, les intérêts de la sécurité de la Russie et du Belarus. Je suis convaincu que les collègues biélorusses agissent de la même manière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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