9 juillet 202116:26

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, en conférence de presse conjointe avec Subrahmanyam Jaishankar, Ministre des Affaires étrangères de l'Inde, à l'issue de leurs pourparlers, Moscou, 9 juillet 2021

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Mesdames et messieurs,

Nous avons eu un bon échange sur tout le spectre de notre ordre du jour bilatéral, sur les affaires régionales et internationales. Nous avons confirmé que les liens solides et multidimensionnels entre nos deux pays s'appuyaient sur les fondations solides de notre confiance mutuelle et possédaient une puissante immunité contre l'impact de la conjoncture politique internationale.

Nous sommes d'accord sur le fait que malgré les problèmes provoqués par le coronavirus, le dialogue s'est progressivement développé ces dernières années. Nous avons organisé des contacts non seulement en ligne mais également en présentiel, notamment lors de ma visite en Inde au printemps. Cette fois, le Ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar est en visite à Moscou.

Nous sommes entièrement d'accord pour dire que les relations entre la Russie et l'Inde, qualifiées de partenariat stratégique privilégié par nos dirigeants, se renforcent et ont de très bonnes perspectives. Une attention particulière a été accordée au développement du dialogue politique, à la préparation d'un contenu substantiel pour le prochain sommet russo-indien prévu cette année. La date concrète sera déterminée par les chefs d’État en fonction de l'évolution de la situation liée à la pandémie de coronavirus.

Beaucoup de choses ont déjà été faites dans la lutte contre la Covid-19. Le Fonds russe des investissements directs a déjà signé avec de grandes compagnies pharmaceutiques indiennes des accords pour la fabrication du vaccin russe. La production d'essai en phase expérimentale a déjà été approuvée. Les structures compétentes s'entendent actuellement sur la mise en place de sa production à l'échelle industrielle. Je suis certain que la production du vaccin russe sur le territoire de l'Inde apportera une grande contribution aux efforts mondiaux pour lutter contre cette infection.

Nous avons également parlé de la coordination de nos actions étant donné que les citoyens ont tout de même besoin de se déplacer et de visiter d'autres pays. Nous avons quelques idées à ce sujet, que nous avons proposées à nos amis indiens. Nous y travaillerons en profondeur.

Nous avons échangé nos avis sur la coopération commerciale et économique. Ce thème était au cœur de la rencontre d'hier entre le Ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar et le vice-Premier ministre russe Iouri Borissov. Ils coprésident la Commission intergouvernementale pour la coopération commerciale et économique. Nous espérons que les mécanismes actuels de la commission intergouvernementale élaboreront des mesures supplémentaires pour stimuler la coopération commerciale, économique et d'investissement. La hausse des échanges, de presque 12% au cours des quatre premiers mois de cette année, sont un bon signe. Il faut renforcer cette tendance.

Nous avons réaffirmé la nécessité de signer un accord mis à jour sur la protection des investissements avant la mise au point du programme de coopération commerciale, économique et d'investissement d'ici 2030, et de terminer le travail sur plusieurs autres documents qui pourraient réellement faire passer notre coopération au niveau supérieur.

Nous souhaitons que les négociations entre l'Inde et la Commission économique eurasiatique sur la création d'une zone de libre-échange commencent au plus vite. Le groupe de travail à cet effet a été créé. Nous espérons que la date de sa première réunion sera bientôt fixée.

Je rappelle que le 29 juin a eu lieu un événement marquant pour notre coopération dans le secteur du nucléaire civil: les premières fondations ont été coulées pour le bloc 5 de la centrale nucléaire de Kudankulam. C'est un autre exemple de réalisation réussie de plans conjoints dans l'un des principaux secteurs du partenariat russo-indien.

La coopération militaro-technique occupe une place importante dans nos relations. Nous avons échangé les informations dont nous disposions sur la réalisation des contrats actuels dans l'industrie de l'armement, sur le travail pour élargir la base contractuelle dans ce secteur. Nous avons réaffirmé notre disposition à participer aux projets pour localiser la fabrication de produits militaires russes et à créer des coentreprises sur le territoire indien dans le cadre de la réalisation des programmes de substitution aux importations "Fabrique en Inde" et "Une Inde autosuffisante" annoncés par nos collègues indiens. Nous sommes certains que le renforcement des efforts en ce sens correspond entièrement aux intérêts nationaux de nos pays et de la sécurité régionale.

Nous avons noté le développement positif de la coopération dans la conquête pacifique de l'espace, notamment dans le cadre du soutien de la mission indienne habitée Gaganian par la compagnie Roskosmos.

Nous avons constaté la proximité ou la coïncidence de nos approches sur les principaux problèmes de notre époque et l'ordre du jour régional: le règlement de la situation très difficile en Afghanistan, la situation en Syrie, la situation autour du programme nucléaire iranien et d'autres thèmes. Nous tenons en grande estime la qualité et l'ampleur de la coopération étroite entre Moscou et New Delhi, notamment à l'Onu où l'Inde est actuellement membre du Conseil de sécurité, ainsi que dans le cadre du G20, de l'OCS et des Brics. Les contacts à venir au format RIC semblent prometteurs. Nous prévoyons une nouvelle réunion au niveau ministériel dans un avenir proche. Nous avons parlé en détail des processus dans la région Asie-Pacifique. Des deux côtés a été confirmée la disposition à maintenir et à renforcer le rôle central de l'ANASE dans l'architecture de sécurité qui s'y est établie au cours des dix dernières années, y compris le Sommet de l'Asie orientale, le forum régional de l'ANASE pour la sécurité, les rencontres des ministres de la Défense de l'ANASE et des partenaires, entre autres formats.

Nous remercions les collègues indiens pour leur disposition constructive et leur volonté de poursuivre la coordination étroite des actions sur la scène internationale. Les pourparlers ont été très fructueux. Je remercie mon collègue et je lui laisse la parole.

Question: Des représentants des talibans ont déclaré aujourd'hui à Moscou qu'ils contrôlaient 85% du territoire de l'Afghanistan, notamment certains postes de contrôle à la frontière iranienne. Quelles mesures supplémentaires pourraient être prises par la Russie et le Tadjikistan pour renforcer la frontière, dont les deux tiers sont contrôlés par les talibans? Le monde pourrait-il se résigner au fait que l'Afghanistan se retrouve de nouveau sous le contrôle des talibans sans aucun accord avec le gouvernement de Kaboul?

Sergueï Lavrov: Il faut poser cette question aux Afghans. Avec la médiation des États-Unis ont été déterminées des démarches pour normaliser la situation, entamer le processus politique, passer des accords sur la période de transition, puis sur les paramètres définitifs de la vie future de l'Afghanistan. Il est évident que seuls les Afghans peuvent régler ces problèmes. Mais les accords conclus entre Washington et les talibans ont été salués par tous. Nous prônons leur mise en œuvre.

En ce qui concerne les activités militaires qui perdurent sur le territoire afghan en l'absence de processus de paix, cela nous préoccupe du point de vue d'une éventuelle projection des problèmes sur le territoire de nos alliés.

Les talibans ont occupé les postes de contrôle à la frontière avec l'Iran et le Tadjikistan. Tant que cela se déroule sur le territoire de l'Afghanistan, nous n'avons pas l'intention de prendre d'autres mesures que répéter nos appels insistants pour que le processus de paix, soutenu par tous les Afghans en paroles, soit lancé au plus vite.

Nous parlerons de l'Afghanistan la semaine prochaine à Douchanbé où se tiendra la réunion ministérielle de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). S'y tiendra également la réunion du groupe de contact OCS-Afghanistan. Nous écouterons nos amis afghans pour savoir quels sont leurs projets pour faire avancer le processus de paix.

La semaine prochaine à Tachkent se déroulera la conférence internationale "L'Asie centrale et du Sud: interconnexion régionale. Défis et opportunités", où le thème afghan occupera une place importante. Nous espérons que tous les participants aux deux activités enverront un signal puissant à tous les Afghans concernant la nécessité de s'entendre sérieusement.

Question (traduite de l'anglais): Que pensez-vous des relations russo-indiennes dans le cadre de la lutte contre le coronavirus? Les médias utilisent ces derniers temps un nouveau terme: la "diplomatie vaccinale". D'après vous, quelles sont les perspectives d'interaction entre nos pays dans ce secteur?

Sergueï Lavrov: Je trouve que les relations entre la Russie et l'Inde sont exemplaires dans ce secteur également, avec l'union des efforts pour lutter contre le coronavirus. Nous avons pour objectif de protéger notre population et de participer activement aux efforts mondiaux pour garantir la vaccination la plus large, notamment dans les pays émergents qui ne possèdent pas de telles possibilités. C'est précisément sur ces positions que nous nous sommes orientés pendant les récents forums, notamment lors de la discussion à ce sujet dans le cadre du G20.

Nous coopérons actuellement à la mise en place de la production du Spoutnik V en Inde. La production expérimentale d'une quantité réduite de doses a déjà eu lieu. Actuellement, les spécialistes mettent au point les processus à venir pour atteindre une qualité irréprochable.

Nous sommes prêts à évoquer les possibilités de coordonner nos actions par rapport aux citoyens vaccinés, la certification des personnes vaccinées. Je pense qu'une entente est tout à fait possible. Elle serait un exemple pour les autres pays qui, dans le cadre de ce que vous avez qualifié de "diplomatie vaccinale", tentent de discriminer tels ou tels vaccins, notamment russe et chinois. De telles idées sont exprimées par certains pays de l'UE, même si la Commission européenne souhaite coopérer avec la Russie et d'autres producteurs de vaccins mondiaux clés.

N'oublions pas qu'hormis le G20, où ce thème est abordé, nous planchons également  sur la possibilité d'utiliser les paramètres de l'OCS, des Brics et d'autres structures dont la Russie et l'Inde font partie ensemble.

Je souligne de nouveau que l'Inde et la Russie s'opposent aux tentatives de politiser cette situation, de recourir à la concurrence déloyale. Je suis convaincu que la plupart des pays partagent cette approche.

Question: Vous avez mentionné les négociations sur la mise en place d'une zone de libre-échange entre l'UEE et l'Inde. Comment progressent-elles à vos yeux? Y a-t-il du concret sur les délais pour la signature d'un tel accord?

Sergueï Lavrov: Il y a du concret sur les délais pour entamer les négociations. Un groupe de travail a été créé à cet effet. Ses membres s'entendront sur la première réunion dès que la situation liée au coronavirus le permettra. Il est clair que les négociations de ce genre en ligne ne sont pas confortables. Il faut des réunions en présentiel. Comme nos amis indiens, nous souhaitons que le processus soit le plus rapide possible pour déboucher sur un accord.

Dans le contexte de ces négociations, nous tiendrons également compte du fait qu'en UEE (aussi bien à l'intérieur de ce groupe d'intégration que dans les relations avec les partenaires avec lesquels des accords de libre-échange ont déjà été conclus) la question relative aux paiements réciproques occupe une place importante compte tenu des problèmes sur les marchés mondiaux et des tentatives d'étendre les sanctions contre l'usage du dollar. Nous introduisons activement dans nos échanges avec les partenaires de l'UEE et d'autres collègues sur les thématiques commerciales des discussions sur le passage vers les paiements en monnaies nationales.

A cet égard, je voudrais dire que les positions de départ de nos collègues indiens sont plutôt bonnes. En 2018 déjà, le Système national russe de paiement par carte et la Corporation nationale indienne de paiement ont signé un mémorandum de coopération dans l'exploitation des capacités réciproques dans ce secteur. J'estime que cela facilitera en grande partie les négociations sur la signature d'un accord de libre-échange et son fonctionnement.

 

 

 

 

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