25 novembre 202016:19

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Fouad Hussein, vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères de l'Irak, Moscou, 25 novembre 2020

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Mesdames et messieurs,

Nous venons de mener des pourparlers constructifs et substantiels avec le vice-Premier ministre et Ministre irakien des Affaires étrangères Fouad Hussein. Des liens d'amitié solides et de longue date lient nos pays. Il y a 76 ans a été signé l'accord sur l'établissement des relations diplomatiques bilatérales, et, depuis, nous coopérons activement dans différents domaines - notamment énergétique et militaro-technique. Les possibilités d'approfondissement de notre coopération économique seront évoquées plus en détail demain par monsieur le Ministre et son homologue coprésident de la Commission intergouvernementale russo-irakienne pour le commerce, la coopération économique, scientifique et technique côté russe : le vice-Premier ministre russe Iouri Borissov.

Nous avons échangé nos avis sur de nombreux problèmes régionaux et internationaux. Nous avons souligné la bonne coopération de nos pays à l'Onu, la coïncidence de nos approches de la défense du règlement pacifique de tous les conflits à travers le dialogue entre toutes les parties impliquées avec le soutien de la communauté internationale. C'est la position adoptée par la Russie et l'Irak pour régler les différents conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, y compris la situation en Syrie, au Yémen et dans d'autres parties de cette région importante.

Nous coopérons activement dans le cadre des efforts internationaux pour éliminer les vestiges des bandes de terroristes internationaux, notamment en Syrie et sur le territoire irakien. A ce sujet, je voudrais noter le travail efficace du Centre d'information de Bagdad créé pour coordonner les approches de la lutte contre le terrorisme avec la participation de spécialistes militaires russes, irakiens, syriens et iraniens.

La Russie soutient les efforts du gouvernement du Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi visant à stabiliser la situation dans le pays, à éliminer les menaces terroristes extrémistes et à se préparer pour les nouvelles élections législatives.

Les amis irakiens ont réaffirmé leur volonté de participer aux efforts internationaux pour contribuer au processus de paix syrien. Ils ont le statut d'observateur au sein du format d'Astana. Nous avons également apprécié la participation de l'Irak, avec de nombreux autres pays arabes, à la récente Conférence internationale pour contribuer au retour des réfugiés et des déplacés internes syriens, qui s'est tenue à Damas.

Nous avons évoqué la situation autour du conflit israélo-palestinien. Nous sommes d'accord que les efforts entrepris à l'initiative de l'administration du Président américain Donald Trump pour normaliser les relations entre certains pays arabes et Israël, avec toute leur signification positive, ne doivent en aucun cas se substituer à un règlement juste de la question palestinienne. Il y a la décision de l'Onu et l'Initiative de paix arabe. Tout cela doit être mis en œuvre.

Notre volonté commune consiste à contribuer à la mise en place des conditions pour initier le processus de normalisation de la situation et renforcer la confiance dans le Golfe. Nous avons réaffirmé la conception bien connue de la garantie de la sécurité dans cette région, qui est évoquée avec les collègues des pays arabes, des pays du Golfe, de l'Iran et d'autres pays de la région, ainsi qu'avec les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et les autres acteurs internationaux intéressés.

Je suis certain que la visite de monsieur le Ministre permettra de faire avancer la coopération bilatérale dans différents domaines et de trouver des possibilités supplémentaires afin de contribuer au renforcement de la stabilité et de la sécurité au Moyen-Orient.

Question (traduite de l'arabe): Les Irakiens considèrent la Russie comme une vieille et puissante amie. Ils s'attendent à ce que les relations bilatérales atteignent un niveau qui correspondrait aux besoins de l'Irak dans tous les secteurs. Cette visite marquera-t-elle le début de nouvelles relations, notamment dans le domaine de l'énergie, des technologies et de la production d'armements?

Sergueï Lavrov: En effet, nous avons des relations de longue date avec l'Irak, pays ami. La coopération avec Moscou n'a jamais empêché Bagdad de développer des relations étroites avec les pays occidentaux et ses voisins dans la région. Sur toutes les questions où nos intérêts coïncident, la coopération se développe déjà. Nous sommes prêts à l'approfondir et à l'étendre à de nouveaux secteurs.

Traditionnellement, notre pays jouait et joue un rôle important dans la garantie de la capacité de l'Irak à se défendre, l'équipement de l'armée et des forces de sécurité, notamment dans le contexte des menaces terroristes qui persistent. Nous sommes prêts à satisfaire tous les besoins de l'Irak en produits militaires d'origine russe. Dans un avenir proche est prévue la visite en Russie du Ministre irakien de la Défense Juma Inad. Je suis certain que ces questions seront évoquées très concrètement et substantiellement.

En ce qui concerne l'énergie, les plus grandes compagnies russes travaillent en Irak avec leurs partenaires. Lukoil, Rosneft, Gazprom neft et Bachneft ont investi au total plus de 13 milliards de dollars dans l'économie irakienne. Les hommes d'affaires russes et irakiens comptent poursuivre cette coopération.

Nos liens sociaux sont traditionnellement étroits. Près de 4.000 étudiants irakiens suivent leurs études en Russie. Nous faisons tout pour que les Irakiens et les citoyens d'autres pays qui étudient dans nos universités puissent revenir à part entière au processus d'enseignement dans le contexte des mesures prises pour pallier les conséquences du coronavirus.

En ce qui concerne notre activité professionnelle, plusieurs dizaines de diplomates irakiens ont suivi des stages d'amélioration des compétences à l'Académie diplomatique du Ministère russe des Affaires étrangères. Nous sommes convenus de poursuivre et d'élargir cette pratique. Comme l'a dit Fouad Hussein, le travail touche à sa fin sur plusieurs documents intergouvernementaux en matière de justice, de santé et de coopération douanière. Cela enrichira notre coopération avec l'Irak ami.

Question: Hormis l'intensification des relations politiques entre Bagdad et Moscou, quels sont les projets de la Russie pour le développement dans le domaine commercial, économique et énergétique avec le gouvernement du Kurdistan et l'Irak dans l'ensemble?

Sergueï Lavrov: Nous avons expliqué en détail aujourd'hui comment évoluent les liens étroits entre nos pays dans le domaine commercial, économique, des investissements, éducatif et militaro-technique. Fouad Hussein rencontrera demain le vice-Premier ministre russe Iouri Borissov. Ils évoqueront en détail le programme du travail à venir de la Commission intergouvernementale russo-irakienne pour le commerce, la coopération économique, scientifique et technique. Demain également, monsieur le Ministre rencontrera le Ministre russe de l’Énergie Nikolaï Choulguinov. A l'issue de la visite nous disposerons de davantage de domaines pour promouvoir la coopération entre nos pays.

Question (adressée aux deux ministres): Plusieurs pays, par exemple la France, ont réagi négativement à la décision des États-Unis de réduire leur présence en Irak. Qu'en pensent Bagdad et Moscou? La Russie compte-t-elle renforcer son rôle dans la lutte contre le terrorisme dans la région et en Irak?

Sergueï Lavrov (répond après Fouad Hussein): En ce qui concerne la position de Moscou vis-à-vis de la présence militaire des États-Unis à l'étranger, cette question concerne les gouvernements des pays où les militaires américains sont présents: l'Irak, l'Afghanistan, la Syrie. Les États-Unis ont envoyé leurs troupes dans tous ces pays pour combattre le terrorisme. Ils ont envoyé leur contingent en Syrie sans aucune invitation, de manière illégitime, en violant le droit international. En Irak, ils sont présents avec l'accord du gouvernement. Comme l'a dit monsieur le Ministre, le Parlement du pays a pris une certaine décision, et nous nous y référons. C'est la seule raison légale pour la présence des forces américaines. L'accord de l’État concerné.

Je voudrais noter que dans les trois pays mentionnés les Américains luttent contre la menace terroriste qu'ils ont, au fond, eux-mêmes créée. L'ingérence des États-Unis et de leurs alliés en Irak, en Syrie et en Libye n'a rendu la vie meilleure dans aucun de ces pays. Cela n'a fait qu'engendrer des problèmes que les citoyens, les représentants politiques et les gouvernements doivent surmonter à présent. Il est primordial qu'à terme le gouvernement américain évite de telles aventures étrangères, qui représentent de surcroît de graves menaces pour toute la région.

Nous coopérons avec l'Irak et d'autres pays de la région dans la lutte contre les terroristes indépendamment des plans des États-Unis. Ils partent, ils reviennent. Nous avons des accords durables, y compris le Centre d'information de Bagdad où travaillent les spécialistes russes, irakiens, iraniens et syriens pour la lutte antiterroriste.

Un autre aspect de notre coopération antiterroriste concerne les combattants terroristes étrangers venus dans la région pour participer à l'activité terroriste illégale, principalement en provenance de pays européens. Beaucoup d'entre eux ont été arrêtés. Nous partons du principe qu'il faut les juger soit dans leur pays d'origine, d'où ils sont arrivés en Syrie, en Irak ou ailleurs, soit dans le pays où ils ont commis des crimes terroristes. Toutes les autres options seront illégitimes. Nous appelons tous nos collègues, y compris occidentaux, à ne pas créer de collisions juridiques. Jugez-les vous-mêmes si ce sont vos citoyens, ou alors qu'ils soient jugés par le pays où ils ont commis un crime.

Parmi ceux qui ont été impliqués dans une activité illégale dans la région, il y a des citoyens russes. La situation de leurs enfants est un problème à part. Nous remercions le gouvernement irakien pour la coopération étroite avec le Ministère russe des Affaires étrangères, avec la Déléguée aux droits de l'enfant auprès du Président de la Fédération de Russie Anna Kouznesova. Dans le cadre de cette coopération, l'an dernier pratiquement tous les enfants retrouvés ont été rapatriés en Russie. C'est un élément important de notre coopération.

 

 

 

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