21 novembre 202020:19

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à l'issue de son entretien avec Ilham Aliev, Président de l'Azerbaïdjan, Bakou, 21 novembre 2020

2028-21-11-2020

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Bonsoir,

La délégation interministérielle russe vient de terminer les pourparlers avec le Président azéri Ilham Aliev. Des consultations en format réduit se sont également déroulées en supplément. Conclusion principale: il a été confirmé que l'accord conclu par les dirigeants de la Russie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie le 9 novembre était totalement d'actualité et n'avait pas d'alternative. Il a stoppé l'effusion de sang, a posé les bases pour régler durablement la situation autour du Haut-Karabakh. Le Président azéri Ilham Aliev a accordé aujourd'hui une attention particulière à la mise en œuvre de bonne foi de tous les éléments de la Déclaration trilatérale.

Nos positions coïncident également en ce qui concerne la nécessité de créer les conditions pour rétablir la paix interconfessionnelle et interethnique, pour la coexistence et la réconciliation. Nous avons évoqué plusieurs éléments concrets que nous réaliserons ensemble avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Nous souhaitons que les organisations internationales de l'Onu et le CICR participent activement au règlement des problèmes humanitaires en travaillant avec les casques bleus russes, avec le Centre interministériel de réaction humanitaire. Le Président azéri Ilham Aliev a des propositions concrètes pour rendre ce travail plus efficace. Nous les avons évoquées aujourd'hui avec intérêt. Nous continuerons de travailler ensemble dans cette direction.

Dans l'ensemble, sur les problèmes des relations bilatérales, nous avons constaté le développement progressif intense de notre partenariat stratégique. Nous avons déterminé des démarches concrètes pour relancer les activités en personne dès que la situation épidémiologique le permettra. Il est question de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique, du Forum interrégional russo-azéri, du Forum humanitaire international de Bakou et du Forum de jeunesse russo-azéri.

Nous disposons de riches instruments de développement des relations bilatérales. Nous continuerons de les utiliser activement.

Nous avons évoqué notre coopération au sein des organisations internationales: l'Onu, ou encore l'OSCE où nos positions coïncident sur la plupart des questions clés. Nous possédons également des projets communs dans le cadre de l'OCEMN et de la coopération entre les cinq pays de la mer Caspienne.

Nous considérons les résultats des pourparlers comme très positifs. Ils permettront de rapporter au Président russe Vladimir Poutine que sa directive pour le voyage de la délégation interministérielle en Arménie et en Azerbaïdjan a été bien remplie. Nous ferons le bilan, rapporterons les avis qui, je l'espère, mèneront à des décisions supplémentaires pour développer nos liens.

Question: Les services de renseignement russes ont déclaré que les États-Unis et leurs alliés de l'Otan essayaient de saper les accords du 9 novembre et d'évincer la Russie de Transcaucasie. En avez-vous parlé avec vos partenaires à Bakou et à Erevan? Que vous ont-ils dit? Avez-vous abordé cette question avec les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE à Moscou?

Sergueï Lavrov: Au début de nos pourparlers d'aujourd'hui à Bakou, le Président azéri Ilham Aliev a mentionné que tout le monde n'appréciait pas les accords du 9 novembre 2020. Nous remarquons également des tentatives de les remettre en question, mais je pense qu'elles échoueront. Premièrement, parce que les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE - la Russie la France et les États-Unis - ont souligné plusieurs fois la nécessité de régler le problème du Haut-Karabakh en s'appuyant sur les principes qui se matérialisent aujourd'hui, qui font suite et viennent en application de la Déclaration trilatérale du 9 novembre 2020. Deuxièmement, nous le soulignons, et nous l'avons notamment mentionné pendant la visite des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE à Moscou - nos collègues français et américains - par rapport à ce conflit, comme par rapport à tous les autres, il faut avant tout penser aux gens. Pour qu'ils ne meurent pas et ne soient pas tués dans des guerres sanglantes; pour rétablir la vie pacifique; pour que les religions et les cultures coexistent; pour que les membres de différents groupes ethniques et confessionnels vivent ensemble en paix et en sécurité. En mettant cela au premier plan, je ne vois aucune raison permettant d'interpréter les accords du 9 novembre 2020 dans un sens négatif et de les remettre en question. Mais en mettant au premier plan les ambitions géopolitiques, nous ne pouvons rien faire. Nous bloquerons fermement ces tentatives et nous nous concentrerons sur la mise en œuvre des accords, qui correspondent aux intérêts fondamentaux des populations qui vivent dans cette région.

Question: La déclaration trilatérale prévoit le déblocage des liens économiques et de transport dans la région. Comment la réalisation de ce point pourra-t-elle contribuer à l'élargissement de la coopération économique des pays de la région selon vous?

Sergueï Lavrov: Je trouve que c'est l'un des points clés. Nous en avons parlé dans le détail aujourd'hui. Le Président azéri Ilham Aliev est sincèrement attaché à la mise en œuvre des possibilités qui s'ouvrent avec le déblocage des projets et des communications de transport, économiques et d'infrastructure. Dans cette région se croisent des itinéraires vitaux, notamment Nord-Sud et Est-Ouest. Avec la participation de la Turquie et de l'Iran. Quand les restrictions en vigueur depuis presque 30 ans seront levées, les perspectives seront particulièrement impressionnantes. Le déblocage de tous ces liens permettra à l'économie de la région de respirer à pleins poumons, ce qui correspondra à l'objectif de garantir au plus vite des conditions de vie dignes pour la population. Ce sera également une prémisse matérielle primordiale pour l'établissement de la paix interconfessionnelle interethnique, ce qui est l'un des axes principaux de notre travail à court terme.

Question: La Turquie joue manifestement un rôle de plus en plus significatif dans la région du Caucase du Sud. Comment Moscou compte développer les relations avec Bakou compte tenu du "facteur turc"? Ne craint-on pas que la Russie soit progressivement évincée de la région?

Sergueï Lavrov: Le Président russe Vladimir Poutine s'est exprimé de manière exhaustive à ce sujet dans son interview du 17 novembre dernier. La Turquie est un facteur réel dans plusieurs régions, y compris la nôtre, ainsi qu'un partenaire dans plusieurs domaines. Bien évidemment, l'Azerbaïdjan souverain a le droit de choisir ses alliés en politique étrangère, tout comme l'Arménie souveraine choisit les siens. C'est pourquoi l'art de la politique consiste probablement à tenir compte de tous les facteurs qui impactent réellement la situation dans telle ou telle région en promouvant ses initiatives.

Le succès des négociations longues et difficiles organisées à l'initiative du Président russe Vladimir Poutine avec le Président azéri Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian s'explique en grande partie par le réalisme des avis exprimés par tous les participants aux négociations. Nous avons passé un accord de principe avec la Turquie, soutenu par l'Azerbaïdjan, pour la création sur son territoire d'un centre d'observation russo-turc. Il suivra à distance, grâce à des moyens techniques, le respect du cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh et autour. Ce sera un facteur supplémentaire qui contribuera à la stabilité de la trêve, dans le cadre de laquelle les casques bleus russes jouent un rôle clé.

Question: Le 10 novembre a été signée la Déclaration conjointe des dirigeants de l'Azerbaïdjan, de l'Arménie et de la Russie. Que pensez-vous de la signification de ce document?

Sergueï Lavrov: Ce document est central pour instaurer la paix dans cette région après un conflit gelé de presque 30 ans. Cette déclaration correspond entièrement aux intérêts de la population azérie et arménienne. Elle vise à mettre en œuvre les conditions qui permettront aux gens qui y vivent toujours de revenir à la coexistence, à la vie pacifique et sûre les uns avec les autres, côte à côte, indépendamment de l'origine ethnique et des convictions religieuses. C'est le plus important.

 

 

           

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