26 octobre 202017:26

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la conférence de presse à l'issue de son entretien avec Nikos Dendias, Ministre des Affaires étrangères de la Grèce, Athènes, 26 octobre 2020

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Mesdames et messieurs,

Nous venons de mener de très bons pourparlers. Il m'est agréable d'être de nouveau en Grèce. Nous remercions nos amis et hôtes grecs pour l'hospitalité traditionnelle dont ils font preuve envers notre délégation.

La Grèce est l'un de nos partenaires européens les plus importants. Nous avons des liens historiques et spirituels séculaires étroits, qui sont un actif vraiment important dans nos relations, notamment à l'étape actuelle.

L'an prochain, nous célébrerons le 200e anniversaire du début de la lutte nationale de libération du peuple grec, qui a débouché sur l'apparition de la Grèce indépendante. Notre pays a pleinement contribué à ces processus. Il est symbolique, comme vient de le dire Nikos Dendias, que le premier gouverneur du nouvel État grec a été le Chargé d'affaires du Ministère des Affaires étrangères de l'Empire russe, Ioánnis Kapodístrias (Jean Capo d'Istria).

Nous avons signé aujourd'hui un document important donnant le départ à un nouveau grand projet socioculturel: l'Année de l'histoire Russie-Grèce qui, nous l'espérons, sera officiellement ouverte en début d'année prochaine. Le mémorandum commun prévoit un programme d'activités très nourri. J'espère que cette initiative sera intéressante non seulement pour les historiens et les archéologues, mais également pour le grand public de nos pays, notamment pour les jeunes.

Nous avons constaté que notre coopération bilatérale se poursuivait malgré la situation épidémiologique. Nous avons mentionné une nouvelle fois nos actions d'aide mutuelle au début de la pandémie, notamment le fait que nos amis grecs ont activement aidé à rapatrier plusieurs centaines de Russes (plus de 700 personnes) qui se trouvaient sur le territoire grec. De surcroît, le premier vol a été organisé gratuitement par nos amis grecs. Bien évidemment, nous l'apprécions. Ce soutien mutuel distingue nos relations dans tous les domaines.

Sur les affaires bilatérales, nous avons évidemment exprimé notre volonté de surmonter au plus vite un certain déclin dans les échanges à cause de la pandémie. Le rôle joué par la Commission mixte russo-grecque pour la coopération économique, industrielle, scientifique et technique est très important en ce sens. Les coprésidents de cet organe intergouvernemental important se sont entretenus en visioconférence. Dès que la situation le permettra, nous espérons organiser une réunion plénière de la Commission mixte en plein format.

Nous sommes convenus de poursuivre le travail sur la modernisation et l'élargissement de la base juridique de nos relations. Nos institutions compétentes planchent actuellement sur des documents dans des domaines importants tels que la santé, la communication, les technologies de l'information et la coopération douanière.

Nous avons un niveau élevé d'entente sur les affaires régionales et internationales. Nous sommes convenus de poursuivre les contacts au niveau des plateformes multilatérales dont l'Onu, l'OSCE, le Conseil de l'Europe et l'OCEMN. Nous avons exprimé notre grande estime du rôle joué par la Grèce depuis six mois à titre de président au Conseil de l'Europe dans le cadre du Comité des ministres de cette organisation paneuropéenne. Nous sommes satisfaits par les priorités promues par la Grèce au cours de ces six mois et par le fait que la prochaine conférence des ministres à Athènes début novembre, manifestement en visioconférence, approuvera des documents importants, y compris la Déclaration d'Athènes et les initiatives sur les questions liées au développement des contacts entre les jeunes de nos pays, à l'éducation, et à la culture.

Nous avons eu un échange d'avis très intéressant sur la situation en Méditerranée orientale. Nous avons réaffirmé notre position en faveur du règlement de toutes les contradictions dans tous les domaines par le biais d'un dialogue dans le cadre du droit international.

Nous avons parlé de la Syrie, de la Libye. Nous avons parlé de la coopération avec d'autres acteurs extérieurs pour la paix, notamment de notre coopération avec la Turquie et l'Iran dans le cadre du format d'Astana pour la Syrie. Nous avons parlé des mesures prises pour que les accords russo-turcs sur la zone de désescalade d'Idleb soient entièrement mis en œuvre, notamment en ce qui concerne l'élimination des terroristes restants de Hayat Tahrir al-Cham.

En ce qui concerne la Libye, nous avons constaté de bonnes nouvelles en provenance de Genève où, sous l'égide de l'Onu, se sont déroulées des négociations entre les délégations de Tripoli et de Benghazi. Nous espérons que la trêve annoncée sera immédiatement appuyée par des démarches concrètes pour créer un mécanisme approprié et que les processus de paix ne seront pas jetés aux oubliettes.

Nous avons parlé du rôle joué par la Russie en tant que coprésident du Groupe de Minsk de l'OSCE afin de stimuler le processus de paix au Haut-Karabakh, à commencer par un cessez-le-feu immédiat.

Nous avons parlé des démarches entreprises dans d'autres domaines vis-à-vis de notre espace géopolitique postsoviétique. Bien sûr, nous souhaitons que tous les problèmes qui y existent soient entièrement surmontés et réglés.

Nous sommes satisfaits des résultats de l'entretien. J'ai invité monsieur le Ministre pour une nouvelle visite en Fédération de Russie. Il a promis de choisir la ville selon sa volonté. Nous sommes prêts à satisfaire son souhait.

Merci.

Question: Nous voyons la rapidité avec laquelle évolue la situation en Méditerranée orientale. Vous venez d'en parler. La Russie dispose-t-elle d'un plan, d'une initiative pour contribuer au règlement de cette situation tendue?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne la Méditerranée orientale, je peux confirmer ce que j'ai dit. Les problèmes se sont accumulés pendant des années dans cette région, notamment au Sud de la Méditerranée. De nouveaux problèmes se sont ajoutés - ils sont bien connus. Nous sommes convaincus qu'ils doivent être réglés en s'appuyant sur le droit international.

Quant à savoir si nous avons une initiative. A mes yeux, c'est le message général de la Convention de l'Onu sur le droit de la mer et d'autres documents juridiques internationaux qu'il faut remplir à part entière. C'est la clé pour apaiser la situation afin de l'orienter sur les négociations.

C'est avant tout les pays côtiers qui doivent faire preuve d'initiative. Si quelqu'un nous demande notre médiation, de faire jouer nos relations avec tel ou tel pays, bien sûr nous serons prêts à étudier une telle possibilité.

Question (traduite du grec): A l'heure actuelle, on parle activement en Grèce de l'élargissement des eaux territoriales jusqu'à 12 milles marins. Quelle est votre position à ce sujet?

Il est évident que la Turquie se trouve à une nouvelle étape de sa politique. Comment voyez-vous l'attitude de la communauté internationale envers cette politique?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne la décision de l'élargissement des eaux territoriales, vous avez vous-même dit qu'il s'agit des intentions du gouvernement de la Grèce, c'est pourquoi la Fédération de Russie ne peut pas adopter une quelconque position sauf celle déterminée par la Convention de l'Onu sur le droit de la mer. Conformément à cette Convention, chaque État membre de la Convention a le droit d'établir la largeur des eaux territoriales jusqu'à 12 milles, évidemment, en tenant compte du bon sens et des particularités géographiques. S'il s'agit du fait que les projets de deux États ou plus se croisent dans le cadre de cette convention, alors une solution peut être trouvée seulement par le biais de négociations en respectant les intérêts réciproques conformément à cette Convention.

En ce qui concerne la Turquie. Nous avons de bonnes relations avec la Turquie. Non sans problèmes. Nos approches sont loin de coïncider sur les différents problèmes existants, mais quand nous trouvons des dénominateurs communs (nous avons de bonnes négociations sur la Libye), nous unissons les efforts au profit de la cause et nous aidons à avancer dans la création des conditions nécessaires pour régler les situations de crise. Nous poursuivons une telle interaction avec la Turquie.

Tous les problèmes qui surviennent entre les États doivent être réglés par le dialogue, aussi difficile que soit la situation. Notamment entre la Turquie et la Grèce. Nous souhaitons que ces problèmes soient débattus et réglés à travers un dialogue direct.

 

 

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