20 octobre 202019:02

Allocution de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies en visioconférence, Moscou, 20 octobre 2020

1781-20-10-2020

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Monsieur le Secrétaire général,

Chers collègues,

En organisant la réunion de haut niveau d'aujourd'hui, nous sommes partis du principe que la garantie du calme dans le golfe Persique était une tâche importante et d'actualité pour toute la communauté internationale.

La situation malsaine dans cette région a une influence déstabilisante sur les relations internationales. De ce fait, nous pensons que cette question doit être suivie en permanence par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui est responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Nous proposons de parler ensemble des solutions envisageables pour écarter la situation du seuil dangereux vers lequel elle s'approche, et pour parvenir à une stabilisation durable de la région.

Tout le monde se souvient de l'atmosphère qui a caractérisé le début d'année. Beaucoup craignaient le début d'une grande guerre réelle dans le Golfe. Le pire scénario a pu être évité. Cependant, à nos yeux, il n'y a pas de raisons de se complaire. La situation reste précaire. Des scénarios dangereux et imprévisibles pourraient se déclencher à tout moment. Notamment compte tenu des divergences et des conflits confessionnels existants.

Nous sommes certains que tout le monde souhaite que le Golfe persique soit une région pacifique et prévisible. Les tentatives d'actions unilatérales, auxquelles nous continuons d'assister, sont une impasse. La pratique du chantage et des diktats, de la diabolisation et des accusations seulement de l'une des parties, est erronée et dangereuse. Il faut mettre de côté les reproches et les suspicions réciproques, renoncer à l'usage de sanctions, de pressions, d'ultimatums et de provocations, d'où qu'ils viennent. Même dans les conditions de la tension qui persiste, cela reste réalisable. Nous en sommes convaincus.

Il faut une philosophie constructive. Les efforts collectifs visant à renforcer la confiance en s'appuyant sur le respect de la souveraineté, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale des États, en parfaite conformité avec le droit international et la Charte de l'Onu, doivent être le gage de la normalisation de la situation dans la région du Golfe.

Le Plan d'action global commun sur le nucléaire iranien adopté en 2015 est un instrument important pour contenir l'escalade de la tension. Les orateurs qui m'ont précédé en ont déjà parlé. Les accords sur le Plan d'action ont été un grand exploit politique et diplomatique, ils ont permis d'écarter la menace d'un conflit armé, ils ont renforcé le régime du TNP. Comme tous les acteurs responsables de l'accord, la Russie y reste entièrement attachée et est convaincue de la nécessité de maintenir une protection active de cet excellent résultat d'un travail collégial difficile mais utile.

Chers collègues,

L'initiative du Président russe Vladimir Poutine d'organiser en visioconférence une réunion des dirigeants des États membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que de l'Allemagne et de l'Iran, poursuit justement l'objectif d'empêcher l'escalade et à créer dans le Golfe un système fiable de sécurité collective. Nous remercions ceux qui ont exprimé leur soutien à cette initiative. Afin de créer un système fiable de sécurité régionale, la Russie a formulé et a présenté une conception de sécurité collective dans cette région, dans le Golfe. Elle repose sur un agenda constructif et unificateur. Il est prévu de créer des mécanismes de réaction collective aux nombreux risques et défis avec la participation des pays côtiers du Golfe, aussi bien de l'Iran que de tous les pays arabes. Nous proposons de faire participer aux mesures pratiques pour mettre en œuvre ces idées avec les pays côtiers les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, la Ligue arabe, l'Organisation de coopération islamique et d'autres parties intéressées. Le chemin jusqu'à cet objectif ne sera pas rapide, ne sera pas simple. Mais il faut le parcourir, avant tout pour les pays de la région. Les acteurs extérieurs ont pour tâche de les aider à créer les conditions pour entamer un mouvement l'un en direction de l'autre, en éliminant patiemment et progressivement les superpositions historiques de divergences et de rancunes mutuelles. Tout cela nécessite des discussions intéressées et des approches délicates. De notre côté, nous sommes prêts à apporter notre contribution dans le cadre d'un dialogue avec tous les partenaires.

Le potentiel de médiation de l'Onu pourrait également s'avérer utile, notamment dans le cadre des missions de "bons services" du Secrétaire général. Je rappelle que dans sa résolution 598, le Conseil de sécurité des Nations unies a chargé le Secrétaire général d'élaborer avec les acteurs régionaux des mesures de renforcement de la sécurité et de la stabilité dans la région. Il serait important de voir ce qui a été fait et ce qu'il faut encore faire pour accomplir cette consigne directe.

Notre conception n'est pas une vérité de dernière instance mais une matière à réflexion. La prémisse fondamentale pour que tout le monde avance dans la bonne direction est le respect rigoureux du principe d'indivisibilité de la sécurité. Cela signifie que les problèmes de sécurité de certains pays, les problèmes de renforcement de la sécurité de tout pays ne peuvent pas être réglés au détriment de la sécurité des autres et au préjudice de la sécurité de tout autre État.

Chers collègues,

Je propose de considérer la réunion d'aujourd'hui comme une invitation à surmonter les différends accumulés en entamant un dialogue respectueux basé sur la prise en compte des préoccupations de toutes les parties sans exception, et sur le droit international. Je suis certain qu'en agissant ensemble, ouvertement et de manière impartiale, en unissant la volonté politique et le potentiel constructif, nous pourrons aider les États du Golfe à surmonter cette période historique difficile et à créer un système efficace de sécurité régionale, ou bien, à titre de premier pas, à mettre au moins au point ses principes de base.

 

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