1 septembre 202013:42

Allocution et réponses de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, devant les étudiants et le corps enseignant du MGIMO à l'occasion du début de l'année scolaire, Moscou, 1er septembre 2020

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Monsieur Torkounov,

Monsieur Iakovenko,

Comme le veut la tradition, nous nous rencontrons ici le 1er septembre pour donner le départ de la nouvelle année scolaire. Bien évidemment, nous félicitons les élèves de première année qui ont été admis dans le cadre d'un concours très sérieux et compétitif, dont le recteur Anatoli Torkounov vient de parler en détail. D'année en année, le MGIMO confirme sa réputation. Le concours est le plus difficile de Fédération de Russie et la qualité de ceux qui rejoignent les rangs des étudiants suscite toujours un immense respect et admiration.

Cette année, malgré le coronavirus, la campagne d'admission s'est très bien déroulée. Nous avons vu comment toutes les procédures nécessaires avaient été complétées en ligne et dans d'autres formats. Anatoli Torkounov vient de parler des résultats. Ils impressionnent.

Monsieur Torkounov a récemment fêté son anniversaire. Il était particulièrement réjouissant que ce jour-là, on ait beaucoup parlé des traditions du MGIMO, de notre histoire, des gens qui y travaillent et y suivent leurs études. C'est pourquoi je n'ai pas besoin de trop parler de mon université. Je voudrais encore une fois féliciter Anatoli Torkounov à l'occasion de cette merveilleuse date. Vous le savez, le Président russe Vladimir Poutine a signé un décret pour remettre au recteur du MGIMO Anatoli Torkounov l'Ordre pour les mérites devant la Patrie de 2e degré. Je pense que cela symbolise non seulement la reconnaissance de ses mérites personnels, mais également des mérites de l'université.

Anatoli Torkounov a dit que le principal diapason pour l'université était l'employeur: le Ministère russe des Affaires étrangères. Même si, en prenant les statistiques pures, peu de diplômés se retrouvent au Ministère des Affaires étrangères. Cela représente plusieurs dizaines, parfois une centaine. Bien plus de personnes vont travailler dans d'autres structures: dans les services gouvernementaux, les entreprises privées, le journalisme. L'enseignement est riche et offre un excellent choix de métiers selon les envies. Je répète que la qualité de cet enseignement garantit d'obtenir de grands succès quel que soit le domaine choisi.

Vous le savez, nous avons choisi la diplomatie à une période où le choix était plus facile. Il y avait peut-être moins de tentations par rapport au nombre de facultés qui existent actuellement au MGIMO. Nous avions quatre facultés. Nous avons choisi la diplomatie, c'est pourquoi chaque année ici je parle de diplomatie. Étant donné que vous avez intégré l'institut des relations internationales, je ne veux pas parler beaucoup de la situation dans le monde. Si vous êtes ici, alors vous suivez cette situation, vous vous y intéressez.

Je dirai très brièvement que ce n'est pas la première année que la situation dans le monde se caractérise par le passage à un nouveau système multilatéral plus démocratique et plus juste qui doit bien mieux tenir compte des changements qui se sont opérés dans le monde au cours des dernières décennies. Avant tout, ces changements consistent en ce que tous les problèmes deviennent transfrontaliers et affectent de la même manière tous les pays. Les problèmes deviennent tels qu'aucun pays ne peut s'en prémunir en solitaire. Le coronavirus le confirme, sans parler du terrorisme international, du trafic de stupéfiants et d'autres formes de crime organisé, ou encore des problèmes climatiques.

Un autre problème auquel nous sommes confrontés aujourd'hui est la réticence de nombreux pays, avant tout de certains pays occidentaux - États-Unis en tête - à reconnaître la réalité objective de la formation dans notre monde d'un nouveau système de relations avec l'apparition de nouveaux centres de force. La Chine et l'Inde, pour ne citer que ces deux pays en tant que locomotives de la croissance économique. Si l'on prend la région Asie-Pacifique dans l'ensemble, c'est elle qui affiche la plus forte croissance. Avec l'apparition de la puissance économique vient évidemment la puissance financière, et avec elle l'influence politique. Les tentatives d'ignorer cette réalité, d'empêcher la formation de relations qui respecteraient à part entière ces nouveaux acquis de nombreux pays dans le monde sont, d'après moi, imprévoyantes et dangereuses. Qu'avons-nous? Pendant presque la moitié d'un millénaire nos collègues occidentaux ont donné le ton dans les affaires mondiales, contrôlé l'économie à travers les conquêtes coloniales, garantit une vie aisée et luxueuse à leurs élites grâce à l'exportation de ressources naturelles des colonies. Bien des choses se sont produites au cours de ces 500 années. Même après l'effondrement du système colonial, les relations de "maître et élève", de "maître et assistant" affectaient significativement la mentalité des politiques occidentaux. Ces derniers refusent à ce jour de reconnaître la nécessité de mener les affaires d'égal à égal, la réalité multipolaire et polycentrique. Ils cherchent à maintenir leur position dominante cette fois non plus grâce aux mécanismes de domination économique créés, mais grâce à des méthodes absolument illégitimes: les sanctions, les interventions directes et bien d'autres choses que nous constatons aujourd'hui pratiquement tous les jours contre de nombreux pays.

Là où il est impossible de soumettre immédiatement à sa volonté tel ou tel pays, ils créent ce qu'on appelle un "espace de chaos", qu'ils espèrent voir comme un chaos contrôlé. La vie montre que le chaos est incontrôlable. Cela a commencé en 1999 en ex-Yougoslavie, puis il y a eu l'Irak, la Libye, la Syrie et d'autres pays du Moyen-Orient. Vous connaissez le triste exemple de ce qui a été fait en Ukraine. Maintenant, nos voisins biélorusses traversent une période difficile. Nous avons clairement exprimé notre position. Le Président russe Vladimir Poutine en a parlé franchement. Nous nous référerons au droit international, aux engagements qui existent entre la Fédération de Russie et le Belarus. Bien sûr, nous voulons que les Biélorusses aient la possibilité de régler leurs problèmes sans aucune ingérence extérieure.

Nous voyons la tentation de nombreux pays occidentaux, voisins du Belarus et même de l'autre côté de l'océan - je fais allusion aux États-Unis et au Canada - d'imposer des approches pour surmonter la situation actuelle dans le pays. Le Président biélorusse Alexandre Loukachenko réagit à ces approches. Nous pensons qu'il n'y a aucune nécessité de services de médiation obsessionnels. Le Président biélorusse a proposé une réforme constitutionnelle. Selon notre avis général, c'est précisément la forme sous laquelle il est possible d'organiser un dialogue avec la société civile, qui permettra de régler tous les problèmes qui préoccupent telle ou telle partie des citoyens biélorusses. Pendant notre échange, je pourrai commenter ce thème plus en détail si vous avez des questions. Je voudrais désormais terminer mon introduction en disant que nous prônons un ordre mondial plus démocratique et plus juste, le respect absolu de la Charte de l'Onu, que nous nous opposons aux tentatives de substituer au droit international des règles sur lesquelles devrait s'appuyer l'ordre mondial. C'est actuellement la nouvelle idée des pays occidentaux. Ils ont inventé la formulation "ordre basé sur des règles". Ces règles changent d'un cas à l'autre en fonction de ce que nos collègues occidentaux veulent. Des coalitions de partisans des mêmes idées, généralement parmi les pays occidentaux, choisissent de la même manière, "manuellement", les partenaires d'autres régions obéissants vis-à-vis de nos collègues occidentaux. Ils s'entendent entre eux pour créer un certain "partenariat contre l'impunité dans l'usage de l'arme chimique" ou un "partenariat pour garantir la cybersécurité" et "pour punir ceux qui s'ingèrent dans le cyberespace à des fins malveillantes" ou encore un "partenariat pour défendre les droits de l'homme". Tout cela est fait dans un format qui est loin d'être universel, mais dans un cercle étroit d'acteurs qui ne mettront pas en doute les initiateurs occidentaux de ces idées. Puis la règle créée autour d'un sujet est proclamée universelle, c'est-à-dire que tout le monde devrait la respecter. Et ceux qui ne respectent pas les postulats décidés dans un cercle étroit font l'objet de sanctions. Malheureusement, après les États-Unis, l'UE suit de plus en plus la voie de la pression par les sanctions. L'UE a décidé de créer des mécanismes de sanctions pour l'ingérence dans le secteur cybernétique à des fins criminelles (selon eux), les droits de l'homme ou d'autres questions. Ces sanctions sont illégitimes du point de vue du droit international, tout comme le sont toutes les sanctions unilatérales. Nous percevons une telle tendance. "Nous, l'Occident, l'UE, l'Otan, savons comment il faut vivre sur cette Terre". Tous les autres doivent écouter.

Regardez les déclarations faites sur la situation en Biélorussie par le Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, par des représentants de l'UE, des dirigeants occidentaux à la tête de l'OSCE: des sermons prononcés sur un ton qui ne laisse aucun doute sur le fait que tout le monde doit les prendre comme un mode d'emploi à appliquer. Cela vient, dans l'ensemble, de l'absence de compétences diplomatiques élémentaires. Cela est contraire à l'éthique non seulement d'un point de vue diplomatique, mais également humain. Nous le voyons et attirons l'attention sur ce point.

Par exemple, l'an dernier, nos collègues français et allemands ont annoncé la création d'un partenariat pour protéger le multilatéralisme. Le multilatéralisme, probablement, est une bonne chose. Nous prônons toujours le règlement des problèmes par des approches collectives, multilatérales, et non unilatérales. Alors pourquoi ceux qui défendent le multilatéralisme avancent-ils cette initiative hors du cadre de l'Onu, organisation la plus multilatérale et universelle? On l'ignore. Ils n'ont même pas essayé. D'ailleurs, à l'Onu, la Russie, avec un grand groupe de pays parmi nos voisins et les pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, promeut un partenariat pour la protection des principes de la Charte de l'Onu. C'est probablement le mouvement qui est nécessaire pour montrer son attachement aux principes du multilatéralisme.

Néanmoins, quand nous critiquons ce que nous voyons dans les actions de nos partenaires occidentaux et de plusieurs autres pays sur les problèmes que nous préférerions régler en s'appuyant sur le droit international, sur la recherche d'un équilibre des intérêts et non par la pression unilatérale, nous ne nous arrêtons pas à la critique. Nous proposons un ordre du jour positif. Comme je l'ai dit, il réside dans la nécessité de revenir aux origines: respecter les principes de la Charte de l'Onu, se souvenir que l'Onu est née il y a 75 ans sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale grâce à la Victoire dans la Grande Guerre patriotique et la Seconde Guerre mondiale, grâce à la Victoire forgée par les pays de différents systèmes sociopolitiques et idéologiques. Les alliés de cette guerre s'étaient unis pour la Victoire contre un ennemi commun. Ils ont surmonté les différends qui les avaient divisés pendant les années qui avaient précédé la Seconde Guerre mondiale. Cela a déjà été dit plusieurs fois. La situation actuelle dans le monde, certes, n'est pas aussi sanglante que pendant la Seconde Guerre mondiale, mais les risques sont bien plus nombreux et ils sont tout aussi graves. J'ai mentionné le terrorisme et le trafic de stupéfiants qui tue un très grand nombre de personnes tous les ans. N'oublions pas non plus les risques de prolifération de l'arme de destruction massive. Aujourd'hui, les États-Unis ont pratiquement détruit tout le système de maîtrise des armements, ils intègrent de manière doctrinale dans leur activité pratique les principes réduisant de facto le seuil d'utilisation de l'arme nucléaire. A cela s'ajoute l'aspiration de groupes terroristes et autres à obtenir un accès aux technologies nucléaires, ainsi qu'aux technologies d'obtention et d'utilisation d'autres types d'armes de destruction massive (biologiques ou chimiques). Je trouve qu'il est criminel pour nous de se cacher "dans les appartements nationaux", de "claquer la porte", de dire qu'ils ne communiqueront pas avec un certain pays "tant que ce dernier ne se pliera pas à un ultimatum". Nous voyons tout cela.

Regardez les problèmes qui existent actuellement non seulement dans les relations entre les États-Unis et la Russie, mais également dans les relations entre les États-Unis et la Chine.

Nous prônons la recherche de compromis et d'un équilibre d'intérêts. Les organisations dont la Russie fait partie, la CEI, l'OTSC, l'UEE, les Brics, l'OCS, visent précisément à élaborer des consensus. La création du G20 a constitué une reconnaissance des nouvelles réalités. Le groupe réunit les pays des Brics, le G7 et d'autres puissances des régions émergentes du monde actuel. Un travail très important se poursuit au G20. Actuellement, c'est en fait l'unique plateforme en dehors de l'Onu où toutes les puissances économiques sans exception sont représentées et où l'objectif commun consiste à s'entendre. Cette logique manque à bien d'autres formats dans lesquels travaillent nos partenaires occidentaux.

Nous promouvons un ordre du jour visant à aider à surmonter les problèmes qui perdurent dans les affaires internationales à travers la coopération. Elle ne peut être qu'équitable, basée sur la prise en compte des préoccupations mutuelles, visant, je le répète, à élaborer un équilibre des intérêts. Nous avons formé notre vision du progrès vers une harmonie dans les affaires mondiales. En parlant de problèmes économiques, nous sommes persuadés (et c'est reflété dans l'initiative du Président russe Vladimir Poutine) de la nécessité d'avancer vers la création du Grand partenariat eurasiatique pour la coopération économique et sociale qui serait ouvert à tous les pays de l'Eurasie, dont les membres de l'UEE, de l'OCS, de l'UE et de l'ASEAN. Nous partageons un immense continent commun avec d'immenses richesses, et il serait imprévoyant de ne pas profiter de cet avantage offert par Dieu. C'est l'objectif à long terme. C'est un processus qui, historiquement, sera assimilé par tous les pays de notre continent, j'en suis sûr.

A court terme, nous trouvons fondamental que les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies prennent leurs responsabilités conformément à la Charte de l'Onu et organisent un sommet dans le cadre duquel il serait possible d'examiner les solutions pour un "assainissement" radical de la situation dans le domaine de la sécurité à l'échelle mondiale dans la pleine mesure des pouvoirs conférés à ces cinq pays par la Charte de l'Onu. Tous les pays des Cinq ont positivement réagi à cette proposition du Président russe Vladimir Poutine. J'espère qu'un tel sommet sera organisé dès que la situation du coronavirus le permettra. Il doit évidemment se dérouler physiquement.

Maintenant, passons à la phase d'échange.

Question: Vous avez abordé de nombreux sujets aujourd'hui. Vous avez notamment parlé de l'importance de régler les problèmes ensemble, collectivement, étant donné qu'ils sont devenus transfrontaliers. Parfois ils n'affectent pas simplement des affaires transocéaniques mais nos partenaires de la CEI. Il a été indiqué à plusieurs reprises, notamment par le Président russe Vladimir Poutine, que la CEI était l'axe prioritaire de notre politique étrangère. Comment la Russie peut-elle aider à régler la crise du Karabakh entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan?

Sergueï Lavrov: La Russie participe aux efforts internationaux pour réunir les conditions afin de régler différents conflits et crises. Cela concerne notamment le processus de paix du Haut-Karabakh, pour lequel avait été créé le Groupe de Minsk de l'OSCE. La Russie, les États-Unis et la France sont les coprésidents de ce groupe. Il inclut également d'autres pays, dont la Biélorussie, l'Allemagne, l'Italie, la Suède, la Finlande et la Turquie. Sur décision de ce groupe, les coprésidents - la Russie, la France et les États-Unis - ont été habilités à travailler quotidiennement afin de créer l'atmosphère nécessaire pour que les parties puissent trouver un accord mutuellement acceptable.

Je le souligne: nous n'écrivons pas de scénarios de règlement du problème. Nous créons les conditions pour qu'ils puissent s'entendre entre eux. Ces 18 dernières années ont été élaborés les premiers documents de ce genre entre les parties. Beaucoup de choses ont été faites. Ont été formulés les principes qui reflètent les termes de la Charte de l'Onu et de l'Acte final d'Helsinki de la conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, ainsi que les paramètres concrets à mettre au point pour que ce règlement ait lieu. Je ne vais pas entrer dans les détails maintenant.

Plusieurs incidents se sont produits ces derniers temps, notamment dans la région du Karabakh, et en juillet dernier à la frontière entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Ces incidents ont évidemment accru la tension et n'ont pas joué un rôle positif pour créer la bonne atmosphère grâce aux efforts des coprésidents.

Pendant cette crise, j'ai parlé au téléphone à mes homologues arménien et azerbaïdjanais. Le nouveau ministre des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan s'est rendu en visite chez nous la semaine dernière. J'ai de nouveau parlé au ministre des Affaires étrangères de l'Arménie. Nous avons l'impression que les deux camps souhaitent que la situation s'apaise, que les réunions organisées dans la région par les représentants des coprésidents (Russie, France, États-Unis) reprennent - quand ils se rendent à Bakou et à Erevan puis échangent leurs avis et préparent des rencontres entre les ministres des Affaires étrangères de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan avec leur participation. A une certaine étape, quand il y a un espoir de progrès positifs concrets, des sommets des présidents de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie sont organisés.

La Russie fait partie des participants les plus actifs à ce processus car, outre le trio des coprésidents, nous promouvons également nos efforts de médiation pour créer les conditions favorables à un dialogue entre les parties au niveau national. Nous avons invité plusieurs fois les ministres des Affaires étrangères de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan dans notre pays. Il y a eu également des rencontres au niveau des présidents des trois pays - de la Russie, de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan.

Ce type de travail est notre contribution aux efforts communs des coprésidents. Nous n'opposons jamais nos démarches bilatérales à l'activité du trio Russie-États-Unis-France. Chaque fois que nous organisons des rencontres trilatérales au format Russie-Azerbaïdjan-Arménie, nous invitons les coprésidents afin qu'ils obtiennent ensuite toutes les informations nécessaires.

Notre ligne s'appuie sur l'ensemble de documents élaborés pendant presque 18 ans. Il y a les Principes de Madrid et les documents mis à jour approuvés par les parties en tant que base pour poursuivre le travail. Ces documents ont été déposés au secrétariat de l'OSCE.

Alors que l'on constate une certaine stagnation aujourd'hui, certains affirment qu'il faut renoncer à ces documents et tout recommencer d'une page blanche, voire lancer un certain "plan B". Nous pensons que ce serait une grande erreur. Nous sommes convaincus que le résultat de toutes ces années doit rester à la base de nos efforts à venir.

Je ne vais pas décrire en détail ce qui a été convenu préalablement - c'est une part relativement confidentielle de notre travail. Mais je vous assure qu'il y a des solutions qui permettront de garantir la justice à la fois pour les représentants arméniens et azerbaïdjanais.

Question: Le Congrès américain a récemment approuvé plusieurs sanctions supplémentaires contre des navires et des compagnies participant à la construction du gazoduc Nord Stream 2. Que pensez-vous de la légitimité de ces sanctions? Témoignent-elles de la perte d'intérêt des États-Unis pour le développement du partenariat transatlantique ou est-ce un acte d'amitié vis-à-vis des pays de l'UE?

Sergueï Lavrov: Dans mon introduction, j'ai déjà abordé le problème des sanctions unilatérales. Toutes les sanctions unilatérales sont illégitimes. Seules les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies sont légitimes. Les autres ne sont que des tentatives de saper le droit international et les principes de la Charte de l'Onu, qui fixent noir sur blanc la nécessité de mener un travail collectif pour régler tous les problèmes.

Dans le cas du Nord Stream 2, il s'agit de méthodes de concurrence déloyale. Les Américains disent ouvertement qu'il faut stopper le Nord Stream 2 parce qu'il porte atteinte à la sécurité énergétique de l'Europe, et que pour acquérir cette sécurité l'Europe doit acheter le gaz liquéfié américain. Sachant que le prix du GNL américain est largement supérieur à celui du gaz qui sera acheminé sur le continent européen via le nouveau gazoduc.

De telles déclarations sont arrogantes, elles témoignent de l'irrespect total des États-Unis envers leurs alliés. L'Allemagne et plusieurs autres pays de l'UE ont déjà réagi. La Chancelière allemande Angela Merkel a récemment confirmé après une réunion du Conseil européen que le Nord Stream 2 était un projet purement commercial et qu'il ne pouvait pas être une monnaie d'échange dans des jeux politiques. Nous partageons cette position. En ce qui concerne les relations au sein de la Communauté euro-atlantique et les intentions des États-Unis vis-à-vis de cette communauté: cela concerne ceux qui se trouvent des deux côtés de l'Atlantique. Je ne vais pas commenter les affaires euro-atlantiques sinon je vais encore être accusé d'ingérence dans cette situation. Ce n'est pas ce que je veux.

Question: Je voulais vous poser une question sur la situation actuelle au Belarus. D'après vous, quelles sont les solutions actuelles à ce conflit? Quelle position doit être adoptée par la Russie. Quelles actions faut-il entreprendre pour stabiliser la situation dans un État aussi important pour la Russie que le Belarus voisin?

Sergueï Lavrov: La question a déjà été abordée en introduction. Le Président russe Vladimir Poutine s'est exprimé plusieurs fois à ce sujet, notamment dans sa récente interview à la chaîne Rossiya 1. Notre position est très claire et simple: nous sommes convaincus que le peuple biélorusse dispose de toutes les capacités pour régler lui-même ce problème. Il y a des questions à évoquer, c'est évident.

Nous trouvons inadmissibles, dans le monde contemporain, de vouloir jouer le rôle de juge, de prononcer ses verdicts et de les mettre en application par le biais de sanctions et d'autres menaces, comme cherchent à le faire nos collègues occidentaux. Malheureusement, ces manières de faire se manifestent en UE, notamment chez les voisins de la Biélorussie qui veulent imposer à tous les membres de l'UE leur plateforme anti-Loukachenko rigide. Nous savons que cela met très mal à l'aise les pays qui estiment faire partie de la "vieille Europe", qui ont conscience de la nécessité d'agir de manière équilibrée, que l'ingérence grossière et franche dans les affaires intérieures d'un autre pays met mal à l'aise. Ils exigent notamment, comme les Américains, les Polonais, les Lituaniens et d'autres Baltes, que le gouvernement du Belarus accepte la médiation de l'OSCE.

J'ai discuté avec Edi Rama, Président en exercice de l'OSCE et Premier ministre de l'Albanie, et avec la Ministre suédoise des Affaires étrangères (la Suède est la prochaine présidente de l'OSCE): ils voulaient mettre en place un tel processus ensemble. Ils nous ont téléphoné pour expliquer par notre biais au gouvernement biélorusse la nécessité d'accepter une telle médiation. Nous avons demandé pourquoi l'OSCE n'avait pas accepté de surveiller les élections au Belarus après avoir reçu l'invitation pour ce faire. Ils ont dit que l'invitation était arrivée en retard. En réalité, elle leur est parvenue un mois avant les élections. Il n'existe aucune exigence de l'OSCE concernant la nécessité d'inviter les observateurs aux élections dans un délai supérieur à un mois. Aucun paramètre n'est indiqué. Le seul engagement consiste à inviter des observateurs internationaux. Et pour envoyer cette invitation il y a des lois nationales et sa propre vision de la situation, chose que le Belarus a suivies. Toutes ces inventions selon lesquelles il faut envoyer une invitation deux mois avant se trouvent dans les manuels élaborés par l'OSCE, et plus précisément de son Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (BIDDH). En regardant la composition de ce Bureau, on constate qu'il est composé à 99% de citoyens de l'UE et de l'Otan. Avec nos partenaires de la CEI, nous proposons depuis 2007 à l'OSCE qu'elle se transforme en organisation normale avec des critères précis pour tous les types d'activité, y compris les critères à respecter pour la surveillance des élections. Les pays occidentaux refusent ne serait-ce que d'évoquer de telles questions. Nous avons également proposé de discuter, de mettre au point et de valider une charte de l'organisation, car l'OSCE s'appelle "organisation" mais ne possède toujours pas de charte.

Toute l'emphase de nos partenaires occidentaux, qui défendent l'OSCE sous sa forme actuelle, soutient le fait que sa nature floue et sa souplesse controversée doivent être maintenues parce que c'est ce qu'ils appellent l'étalon-or. Je n'y vois qu'une seule explication: une telle organisation "floue" sans règles claires est plus facile à manipuler. D'autant plus que l'OSCE veut, et l'Occident la pousse à ce rôle, devenir le médiateur principal. Or l'OSCE en soi traverse une profonde crise: il n'y a pas de secrétaire général, pas de directeurs des institutions des droits de l'homme, des minorités nationales et des médias. Tous ces responsables ont démissionné parce que la tentative de prolonger leur mandat (les quatre à la fois, ensemble) a été contestée par plusieurs pays. La seule chose importante à l'OSCE est le consensus. Les quatre représentants approuvés pour les trois années précédentes étaient occidentaux. Nous avons cherché plusieurs fois à placer au moins à l'un de ces quatre postes un citoyen ou une citoyenne de la CEI. En vain.

Au sein de l'OSCE il y a un responsable par intérim au Secrétariat général, dans les institutions des droits de l'homme, des médias et des minorités nationales. Simplement, le responsable suivant dans la hiérarchie remplit ces fonctions. D'après vous, de quels pays sont ces quatre personnes? Également de pays occidentaux. Et c'est le cas pour tout le secrétariat. Je ne veux accuser personne gratuitement. Nombre de pays membres de l'OSCE veulent la voir équilibrée et neutre, mais on les empêche de "s'ouvrir" et, malheureusement, l'OSCE est utilisée en grande partie par une minorité agressive pour des règlements de comptes politiques.

Au regard de la situation dans laquelle nous nous sommes tous retrouvés aujourd'hui (les problèmes au sein de la direction de l'organisation et son attitude envers la Biélorussie), lors de la préparation pour le prochain Conseil des ministres des Affaires étrangères (CMAE) de l'OSCE qui se tiendra début décembre dans la capitale albanaise, Tirana, nous exigerons le début d'une discussion concrète et professionnelle sur la réforme de cette structure en stagnation.

Pour revenir à la Biélorussie. Tout comme le Président russe Vladimir Poutine, j'ai mentionné que le Président biélorusse Alexandre Loukachenko parlait avant les élections déjà de la nécessité d'une réforme constitutionnelle. Alexandre Loukachenko a déclaré récemment que la réforme devait être dépersonnalisée et viser la durabilité du système politique du Belarus indépendamment de la personnalité qui le dirige. Il a dit qu'il était prêt dès à présent à entamer la mise au point de ces propositions de réforme. J'ai jugé juste que des représentants de la société civile soient invités à ce travail. S'ils veulent que le pays sorte plus fort de cette crise, au lieu d'attiser des différends ils doivent témoigner de l'intérêt. Mais nous assistons à des tentatives de déstabiliser la situation. Et personne ne le cache. Nos voisins lituaniens ont déjà atteint le seuil de décence dans leurs exigences. Nous avons des raisons de croire qu'avec Svetlana Tikhanovskaïa ils n'usent pas du tout de méthodes démocratiques dans leur travail. Ces méthodes ne reflètent pas de respect pour la souveraineté du Belarus.

Question: D'après vous, quel est l'avenir du programme nucléaire iranien? Y a-t-il aujourd'hui des chances de préserver le Plan d'action dans un cadre acceptable pour tous les États parties? Admettez-vous le retour des États-Unis et de l'Iran à un dialogue constructif au sujet des revendications mutuelles qui se sont accumulées?

Sergueï Lavrov: La situation autour du Plan d'action global commun sur le nucléaire iranien est tendue. Elle résulte de la signature, par le Président américain Donald Trump, d'un décret sur le retrait officiel des États-Unis de l'accord signé en 2015 à l'issue de longues négociations (plus de 10 ans). Cet accord, approuvé à l'unanimité par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, constituait donc un instrument du droit international obligeant non seulement les parties du Plan d'action mais également les autres pays membres de l'Onu à respecter rigoureusement les décisions prises lors des négociations entre l'Occident, la Russie, la Chine et l'Iran.

Ce document avait été qualifié à l'époque de percée sans précédent, dans le renforcement du régime de non-prolifération de l'arme nucléaire ainsi que dans le domaine militaro-politique en tant que démarche primordiale pour mettre en place un système de sécurité dans le Golfe. Tous les commentateurs qui connaissaient la situation faisaient l'éloge de cet exploit. Mais quand les États-Unis, sous l'administration Trump, ont parlé de «pire accord de l'histoire» et s'en sont officiellement retirés, il a été remis en question. Certains doutaient de la possibilité de le préserver. Cela a nécessité la volonté politique des acteurs restants, notamment la Russie, la Chine, l'Iran et le trio européen: l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Tous ces pays ont exprimé leur souhait de maintenir l'accord, mais, ayant renoncé à leurs engagements, les États-Unis ont rétabli leurs sanctions unilatérales contre l'Iran: en particulier, en abusant de leur position dans le système monétaire mondial, ils ont commencé faire entrave à toutes les tentatives d'utiliser des paiements en dollars par les pays qui souhaitaient commercer ou investir en Iran. Cela a nécessité un grand travail.

Deux mois après cette décision des États-Unis, nous nous sommes réunis à Vienne avec les Européens, les Iraniens et les Chinois. Ils ont promis d'inventer un mécanisme qui ne dépendrait pas du dollar et permettrait de garantir les opérations pour tous les pays qui voudraient commercer et mener des affaires économiques avec l'Iran. Ce mécanisme s'appelle Instex. Il n'a pas été créé aussi rapidement que promis - seulement fin 2019 - et n'a réalisé qu'une seule opération depuis. C'est évidemment peu pour assurer un commerce normal avec l'Iran.

Les États-Unis ont renoncé au Plan d'action. Ils n'ont pas simplement rétabli les sanctions américaines unilatérales, ils ont également interdit à tous les autres de commercer avec l'Iran. On a même vu des alliés des États-Unis demander avec humiliation à ces derniers de faire une exception pour eux afin qu'ils puissent commercer avec l'Iran, acheter son pétrole, etc. en dépit des restrictions américaines extraterritoriales et illégales. C'est inimaginable. C'était impensable il y a quelques années.

Se trouvant déjà hors du cadre de ce programme et ayant donc perdu tous leurs droits (puisqu'ils ont renoncé à leurs engagements), les États-Unis ont récemment tenté d'imposer au Conseil de sécurité des Nations unies une décision qui instaurerait un embargo sur les livraisons d'armes vers l'Iran et en provenance d'Iran, alors que les termes de cette résolution expirent mi-octobre. Ils cherchaient à nous convaincre que si nous ne prolongions pas les restrictions sur le commerce d'armes avec l'Iran, Téhéran déstabiliserait davantage le Moyen-Orient, le Golfe, etc. C'était absolument illégitime. Cette résolution a été soutenue par seulement deux voix sur quinze. Tous les autres ont voté contre ou se sont abstenus.

Maintenant, les États-Unis veulent utiliser un instrument juridique complexe et sophistiqué prévu par le Plan d'action, et approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il permet de rétablir les sanctions collectives décrétées par l'Onu et annulées début 2016 après l'adoption du Plan d'action. C'est également une tentative usant de méthodes malveillantes. Malgré l'existence d'un mécanisme pour rétablir les sanctions de l'Onu, il faut rappeler que, premièrement, ce mécanisme était préparé uniquement au cas où l'Iran ne tiendrait pas ses engagements (or les Iraniens les tiennent), et deuxièmement que les États-Unis ont perdu tous leurs droits en renonçant à leurs engagements. Les États-Unis exigent de tout le monde d'obéir à leur volonté. Vous le savez, c'est le cas non seulement de l'Iran, mais également du Venezuela avec l'interception de navires, la tentative d'organiser un blocus maritime. Nous savons, certes, que l'éléphant est un symbole du parti républicain américain, mais le monde n'est pas un magasin de porcelaine.

Question: Je voudrais vous remercier pour votre discours et la possibilité de vous poser des questions directement. En février dernier, le Royaume-Uni s'est retiré de l'UE. Quelles relations vont se développer entre la Russie et le Royaume-Uni étant donné que la Russie a ouvert les frontières à trois pays, dont le Royaume-Uni, le 1er août?

Sergueï Lavrov: Ne voyez pas de politique ou de préférences politiques dans l'ouverture de notre frontière avec le Royaume-Uni et d'autres pays. Ces décisions sont prises par le Centre opérationnel auprès du gouvernement  uniquement en se référant à l'avis de nos autorités sanitaires et épidémiologiques.

Les relations entre l'Angleterre et la Russie durent depuis plusieurs siècles. Elles n'ont jamais été simples malgré les liens de proximité périodiquement établis entre les monarchies. Nous n'avons pas approché la période actuelle dans notre meilleure forme - c'était même pire que durant les années où les relations se développaient tant bien que mal. Maintenant elles sont très négatives à cause des agissements de nos collègues britanniques.

Tout a commencé par le décès d'Alexandre Litvinenko en 2007. Puis les Skripal, puis les Anglais ont activement soutenu d'autres initiatives antirusses (le Boeing malaisien dans le Donbass, par exemple). Des accents purement britanniques ont été mis: nous nous serions ingérés dans le référendum sur le Brexit, puis ils ont dit que nous ne nous étions pas ingérés mais que nous nous étions "forcément ingérés dans le référendum sur l'indépendance de l’Écosse", et maintenant, de nouveau, nous sommes soupçonnés de vouloir nous "ingérer dans les affaires intérieures du Royaume-Uni". C'est regrettable à entendre.

Nous n'avons jamais essayé de compliquer artificiellement nos relations. Il y a déjà suffisamment de problèmes. Je n'en ai énuméré que quelques-uns, créés par les autorités britanniques sans aucune preuve.

On exige actuellement de nous que les médecins d'Omsk formulent immédiatement leurs conclusions pour que nous menions une enquête sur la raison pour laquelle Alexeï Navalny est dans le coma. Vous vous souvenez qu'il a passé un tout petit peu plus d'une journée à Omsk? Et tous nos collègues occidentaux ont crié pour savoir pourquoi il n'y avait aucune information. Voici une semaine qu'il se trouve en Allemagne. Les médecins allemands ne fournissent non plus aucune information. Cela demanderait donc du temps supplémentaire? Mais là personne n'exige rien, ne les accuse d'essayer de "cacher la vérité".

Nous sommes accusés de ne pas enquêter sur cette situation. C'est faux. Depuis le jour où c'est arrivé, notre Ministère de l'Intérieur a initié une enquête préliminaire. Or l'enquête pourra commencer quand il sera établi ce qui s'est passé, ce qu'on ignore encore. Les médecins allemands ne peuvent toujours pas nous fournir les informations en question. Notre Parquet a demandé aux collègues allemands d'appliquer l'Accord d'entraide juridique.

Pourquoi j'en parle? Parce que j'ai commencé à énumérer les "épines" plantées par nos collègues britanniques dans le corps de nos relations: Alexandre Litvinenko, les Skripal. Dans les deux cas personne n'a présenté de faits définitifs à qui que ce soit. Quand on exige de nous une enquête objective et complète sur la situation à laquelle a été confronté un individu qui se trouvait depuis longtemps à l'étranger, alors, selon leurs critères, ce ne serait pas une enquête complète. Personne n'a fourni de faits concrets sur Alexandre Litvinenko ou sur les Skripal. Au sujet de ces derniers les Anglais ont simplement forcé tous les membres de l'UE (la majorité a accepté, mais certains se sont tout de même abstenus) à expulser des diplomates russes. Alors que nous savons pertinemment que quand ces demandes étaient désespérément faites dans les capitales européennes, certains Européens demandaient aux Anglais s'ils pouvaient présenter les preuves indiquant que la Russie était derrière cette affaire. Les Anglais ont dit qu'ils fourniraient les preuves plus tard, et qu'en attendant il fallait expulser les diplomates. Je ne plaisante pas. C'est un fait. Et maintenant, presque un an et demi plus tard, quand je demande aux collègues européens si les Anglais leur ont fourni les preuves, ils baissent les yeux et disent que non. Et ils n'en fourniront pas, j'en suis certain.

Nous avons des relations difficiles avec le Royaume-Uni, même si je ne vois pas de raisons, qui plus est artificielles, pour leur détérioration. Nos liens culturels, sociaux, éducatifs et scientifiques se développent activement. Il existe des structures au sein desquelles interagissent les représentants de nos sociétés civiles. Les affaires se développent rapidement. Les entreprises anglaises sont très intéressées par notre marché. Elles travaillent ici, font des investissements, notamment dans la construction de sites sportifs et bien d'autres. D'ailleurs, au premier semestre 2020, le commerce a augmenté de plus de 50% en glissement annuel et dépasse déjà 10 milliards de dollars. Ce n'est pas un record mais une tendance durable. Si les dirigeants britanniques menaient tout de même une politique vis-à-vis de la Russie pour qu'elle atteigne les résultats voulus par les entreprises et la société civile du Royaume-Uni, je pense que nous pourrons agir de manière bien plus productive au profit de nos deux pays.

Question: La crise syrienne perdure depuis 2011. De nombreuses tentatives ont été entreprises pour normaliser la situation dans le pays. Des négociations entre les dirigeants ont été organisées. Que pensez-vous des résultats de la patrouille conjointe des militaires russes et turcs en Syrie?

Sergueï Lavrov: Les résultats ne sont pas mauvais. On ne peut pas encore parler d'un succès à 100%, mais les choses progressent. Je rappelle que la patrouille se déroule dans la province d'Idleb qui fait l'objet de plusieurs accords russo-turcs: le mémorandum principal a été signé à Sotchi en 2019, et deux protocoles additionnels qui ont suivi.

Le fond de l'entente entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président turc Recep Tayyip Erdogan porte sur la mise en place à Idleb d'une "zone de sécurité" dans le cadre de laquelle tous les groupes terroristes doivent être séparés de l'opposition patriotique, même armée mais n'étant pas impliquée dans des activités terroristes et prête à participer au destin de son pays. C'était et cela reste l'engagement de la Turquie: opérer la distinction entre l'opposition qui coopère avec les Turcs et les terroristes. Cela est fait avec beaucoup de difficultés. Même si, je le répète, nous voyons que nos collègues turcs font des efforts. Néanmoins, les terroristes cherchent à résister: ils bombardent les positions de l'armée syrienne à partir de la "zone de sécurité" et ont tenté plusieurs fois d'organiser des provocations armées, notamment avec des drones d'attaque, contre la base aérienne russe de Hmeimim.

En ce moment à Moscou se déroule une nouvelle série de consultations entre les experts russes et turcs, entre autres sur la Syrie, et sur la coopération dans le processus de paix libyen. Nous évoquons ces questions. La patrouille vise également à priver les terroristes d'espace et de liberté d'action dans la zone d'Idleb. Il y a la route M4 qu'il faut libérer, conformément au protocole signé par les présidents de la Russie et de la Turquie, avant d'assurer son fonctionnement normal à part entière pour le fret civil, l'armée syrienne et la police militaire russe. La patrouille sur cette route avance lentement car les extrémistes opposent résistance, mais à chaque fois elle se prolongeait de quelques kilomètres. Elle s'est récemment déroulée tout le long de la route. Il reste encore beaucoup de travail à Idleb, mais il y a du progrès. Le plus important est qu'il n'y a pas d'incidents sanglants actuellement. Les incidents isolés qui se produisent sont gérés par les militaires turcs et syriens.

Question: La pandémie de coronavirus a entraîné des changements dans tous les domaines de la vie sociale. Quels changements attendent le système des relations internationales?

Sergueï Lavrov: Le système des relations internationales fait partie du système de la vie sociale. C'est pourquoi, dans la même mesure que les technologies à distance et en ligne pénètrent dans la vie de l'humanité dans l'ensemble, elles élargiront leur rôle dans le domaine des relations internationales.

Il convient de rappeler une sérieuse restriction: beaucoup de choses - qui sont les plus importantes dans les affaires internationales - ne peuvent être évoquées en ligne, même si techniquement étaient assurés les moyens de protection contre l'écoute et l'ingérence illégitime sur les réseaux concernés. Le plus important n'est même pas que cela ne sera pas sûr techniquement, mais que les ententes les plus sérieuses sur les problèmes les plus graves ne peuvent pas être conclues en ligne. Cela nécessite un contact personnel, de ressentir l'interlocuteur, de comprendre la capacité à le persuader qu'on a raison et, évidemment, d'être disposer à trouver dans ses propos ce qui te convaincra. C'est un processus qui, selon moi, ne pourra jamais passer en ligne. Rien ne remplacera la communication personnelle. Sachant qu'il existe plusieurs activités pour lesquelles je ne vois pas de problème à recourir au mécanisme en ligne, notamment des rencontres plus protocolaires comme la réunion des ministres d'une organisation dans le cadre de laquelle sont déjà préparés les documents d'experts, et les ministres doivent prononcer un discours et approuver les résolutions en question. Nous avons organisé une visioconférence des ministres des Affaires étrangères de l'OCS, nous la préparons pour les Brics, cette semaine se tiendra une visioconférence des ministres des Affaires étrangères du G20 présidé par l'Arabie saoudite qui l'organise. Je répète: ce sont plutôt des prétextes protocolaires. Pour les négociations réelles, comme le nucléaire iranien, nous n'aurions jamais pu nous entendre sans les nombreuses rencontres personnelles, notamment à huis clos, en privé, confidentielles entre les représentants des États-Unis et de l'Iran.

Nous sommes maintenant prêts à soutenir un dialogue direct entre les États-Unis et l'Iran, nous sommes prêts à aider à créer les conditions pour un tel dialogue si les deux parties le souhaitaient. Il est toujours préférable d'exprimer directement des reproches et d'écouter la réponse.

Question: On sait que sur la scène internationale, notamment lors des procès, malheureusement, tout ne se déroule pas toujours bien pour la Russie. Par exemple, la justice suédoise a récemment rejeté l'appel de Gazprom contre le verdict de la Cour d'arbitrage internationale de Stockholm condamnant Gazprom à verser à Naftogaz de l'Ukraine près de 2,5 milliards de dollars. D'après vous, cette défaite résulte-t-elle d'erreurs des avocats russes? Quelles compétences doit avoir un futur avocat internationaliste?

Sergueï Lavrov: Je pense que je ne suis pas en droit de décrire les qualités qu'un avocat internationaliste doit posséder. Elles vous seront enseignées à l'institut, croyez vos professeurs et enseignants. Il y a de nombreux experts qui ne savent pas seulement à quoi cela ressemble en théorie, mais aussi en pratique. En ce qui concerne les décisions d'arbitrage, nombre d'entre elles sont prononcées aussi bien à Stockholm que par d'autres tribunaux nationaux de l'UE, notamment sur le Nord Stream 2. La première ligne a été exemptée du Troisième paquet, mais pas la seconde. Des appels ont été déposés par la compagnie Nord Stream 2. Gazprom exprime également sa position publiquement. J'espère qu'en réalité c'est un litige dans les relations d'entreprises. Je ne voudrais pas que dans un arbitrage, que ce soit à Stockholm ou ailleurs, soient présents des éléments de jeu politique. Le droit ne tolère pas la politisation.

Question: Pensez-vous que la disposition des forces actuelles sur la scène internationale soit identique à ce qu'elle a pu être avant à un moment donné? Si oui, à quelle époque pourriez-vous comparer la situation géopolitique actuelle?

Sergueï Lavrov: Je ne voudrais pas revenir jusqu'à la préhistoire. Parfois il semble qu'il n'y a pas de normes, ou qu'il existe des puissances qui se fixent pour objectif d'ignorer ces normes. Il est probablement impossible de trouver un parallèle absolu entre la période actuelle et toute autre époque antérieure. Il y a eu l'alliance pendant la Seconde Guerre mondiale, le "concert des grandes puissances" au XIXe siècle - ce qui témoignait de la compréhension, par les dirigeants de l'époque, des avantages de l'union des efforts. Le simple fait que dans la plupart des cas les efforts s'unissaient contre quelqu'un - une coalition, un ennemi commun - est évidemment le plus grand exploit de l'humanité. Maintenant nous avons également de nombreux ennemis communs contre lesquels il faut s'unir. C'est pourquoi, en prenant simplement l'algorithme "l'humanité et l'ennemi commun", alors la Seconde Guerre mondiale était approximativement la plus proche de cette situation.

Pour l'instant nous ne sommes pas encore suffisamment conscients de la gravité de toutes les menaces auxquelles nous faisons face. D'où une telle "relaxation" et la tentation de certains de nos partenaires. Peut-être des conséquences "génétiques" de l'époque coloniale refont surface. Même dans une situation où nous ferions mieux de tous nous unir, nous observons la volonté de marginaliser quelqu'un, d'obtenir un profit unilatéral, de faire la morale dans une situation où il faut travailler ensemble. J'ai mentionné les doubles standards quand on exige quelque chose de nous, mais sur ces mêmes thèmes des Skripal et Alexandre Litvinenko tout a été rendu confidentiel. Personne ne dit rien. Cela ne réduit pas l'emphase avec laquelle on s'adresse à nous sur différentes affaires qui peuvent être médiatisées en Occident au profit des élites dirigeantes.

Je trouve que la compréhension de l'absence d'alternative à l'union des efforts se fraiera tout de même un chemin. Le Grand partenariat eurasiatique, la nécessité de mettre les choses au clair entre les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, qui assument une responsabilité particulière pour le maintien de la stabilité internationale sous tous ses aspects: c'est précisément l'objectif de l'initiative avancée par le Président russe Vladimir Poutine.

Ce que nous vivons aujourd’hui, la mise en place d'un ordre mondial multipolaire, est une époque historique. Elle durera plusieurs décennies. Vous voyez la résistance contre l'ascension de la Chine (comme le disent les Chinois eux-mêmes), le "tir à la corde" dans la lutte contre l'Inde, l'invention de nouveaux concepts, de la "région Indopacifique" - même s'il existe la notion de région Asie-Pacifique où se trouvent des formes de travail inclusives et collectives. Non, ils promeuvent la "région Indopacifique", un concept selon lequel il faut "écarter" la Chine (et la Russie), créer un club de partisans des mêmes idées qui "contiendront" la Chine et la Russie. On introduit des critères non pas positifs mais négatifs pour former des coalitions. Je suis certain que tout cela passera car par définition cela ne peut pas réussir. Cela ne peut qu'entraîner des conflits encore plus graves qu'aujourd'hui. Dans le monde, il existe suffisamment de crises à régler (le Moyen-Orient, le Golfe, l'Afghanistan, etc.). Je rappelle l'hypothèse: quelqu'un veut certainement maintenir une telle situation chaotique dans l'espoir que quelqu'un pourrait diriger ce "chaos contrôlé". Une telle politique n'a pas de perspectives à nos yeux. Nous voulons parler et nous entendre honnêtement, équitablement.

Question: Je suis né à Sterlitamak, Bachkortostan. Je sais que vous êtes venu dans notre région et avez nagé sur le fleuve Belaïa. J'ai une question du quotidien pour "détendre" l'atmosphère. Dans les médias nous suivons souvent vos déplacements dans le monde, ce qui représente certainement un fardeau colossal. Combien de temps passez-vous avec vos proches? Quand vous êtes-vous réunis pour la dernière fois à une table de famille?

Réponse: Quand vous avez dit que vous suiviez mes déplacements sur la Belaïa et que vous vous voulez poser une question du quotidien, j'ai eu un peu peur.

Ce n'est pas souvent que je communique avec mes amis et mes proches, mais c'est d'autant plus intense à chaque fois que cela arrive.

Question: Si vous aviez la possibilité de choisir aujourd'hui un autre domaine d'activité, qui deviendriez-vous?

Sergueï Lavrov: Cela n'a plus de sens. Quand je terminais le lycée, je voulais être admis au MEPhI. Mais quand il s'est avéré que les examens d'admission au MGIMO se déroulaient un mois plus tôt, j'ai décidé d'essayer quand même, je ne perdais rien. Depuis, je ne regrette pas du tout mon choix. Et je vous conseille la même chose.

Question: On peut dire des relations entre la Russie et l'Amérique latine qu'il s'agit d'une coopération mutuellement avantageuse à l'épreuve du temps. L'Amérique latine traverse actuellement une période difficile avec la situation difficile de la Covid-19 et les problèmes économiques du Venezuela et de l'Argentine. Comment envisagez-vous la coopération de la Russie avec les pays de l'Amérique latine à terme? Prévoit-on des projets communs?

Sergueï Lavrov: Nous l'envisageons comme une coopération avec une région du monde très importante. Nous respectons tous les pays de l'Amérique latine et notre disposition à coopérer avec chacun d'entre eux ne dépend pas du gouvernement au pouvoir dans tel ou tel pays. Malheureusement, pour nos partenaires, notamment américains, le plus important n'est pas la coopération avec un pays concret, mais que son gouvernement soit loyal envers les Américains. C'est injuste. Ce sont de nouveau des tentatives de placer des pays souverains face au faux choix "soit avec les États-Unis, soit contre". D'où une politique aussi agressive envers le Venezuela, Cuba et le Nicaragua. D'où les événements survenus en Bolivie. D'ailleurs, récemment l'Estonie, membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, a convoqué une réunion officieuse spéciale pour parler des protestations à Minsk et des agissements des forces de l'ordre. Je me suis souvenu de la Bolivie. Quand Evo Morales faisait face à de nombreuses protestations, des gens ont manifesté pour lui, la police n'y agissait pas du tout comme dans d'autres cas: il y a eu des dizaines de tués. Personne n'a bougé le petit doigt au Conseil de sécurité des Nations unies. Simplement parce qu'au pouvoir arrivaient ceux qui convenaient à Washington. Notre approche est différente. Par exemple, le Brésil était dirigé par le gouvernement de Dilma Rousseff, et maintenant par Jair Bolsonaro, qui sont considérés comme des antipodes dans leurs opinions politiques. Avec le Brésil nous développons un partenariat stratégique et adoptons des approches pragmatiques, nous sommes guidés par la nécessité de chercher des intérêts communs - et ils sont nombreux. La même chose concerne tous les autres pays.

Hormis les relations bilatérales avec les pays de l'Amérique latine et des Caraïbes, nous développons des contacts étroits avec les associations régionales et sous-régionales, notamment avec la Communauté d’États latino-américains et caribéens (CELAC), avec la Communauté caribéenne (CARICOM) et d'autres. A la CARICOM et auprès du système d'intégration d'Amérique centrale, nous bénéficions du statut d'observateur. La sphère d'application de nos efforts communs est assez diversifiée: les hautes technologies, la coopération militaro-technique, la lutte contre le crime organisé (la formation de policiers pour les pays d'Amérique latine dans des centres régionaux spécialement mis en place au Pérou et au Nicaragua). Ces derniers temps s'est ajoutée la coopération dans la lutte contre le coronavirus. A plusieurs pays de la région nous avons fourni des systèmes de test. Maintenant nous passons un accord avec plusieurs d'entre eux pour livrer des médicaments et des vaccins russes, et sur la production conjointe de médicaments d'origine russe et du vaccin russe dans ces pays. Nous parlons de la formation d'un monde multipolaire, et l'Amérique latine est l'un des piliers de ce monde qui se forme objectivement. Ce pilier rendra le futur ordre mondial polycentrique bien plus stable.

Question: On observe une grande agitation aux États-Unis autour de la course électorale. Comment pourraient changer les relations entre la Russie et les États-Unis en cas de répétition du scénario ukrainien (même si c'est peu probable), si Kanye West était élu président des États-Unis? Quel est votre pronostic?

Sergueï Lavrov: Vous savez, avec Anatoli Torkounov à votre âge, dès les premiers jours de nos études au MGIMO, nous avons commencé à écrire des sketchs sur tout le monde: sur les présidents et même sur les secrétaires généraux. Alors vous pouvez laisser libre cours à votre imagination sur n'importe quel personnage aux États-Unis. J'espère que vous ne serez pas accusé d'ingérence dans les élections.

Question: Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a récemment annoncé sa démission. Comment pouvez-vous décrire les huit longues années de coopération entre la Russie et le Japon dans les relations internationales depuis la nomination de Shinzo Abe au poste de premier ministre? Comment envisagez-vous les perspectives d'évolution des relations entre la Fédération de Russie et le Japon?

Sergueï Lavrov: Les relations entre le Premier ministre japonais Shinzo Abe et le gouvernement russe, avant tout avec le Président russe Vladimir Poutine, étaient vraiment amicales, mutuellement respectueuses, et il était évident qu'elles s'appuyaient sur une sympathie personnelle réciproque. Tout cela a été souligné par le Président russe Vladimir Poutine dans sa récente lettre adressée au Premier ministre japonais Shinzo Abe et durant l'entretien téléphonique qui a suivi l'annonce de la démission de Shinzo Abe du poste de premier ministre. Le Président russe Vladimir Poutine a réaffirmé qu'il serait toujours disposé à poursuivre la communication amicale avec Shinzo Abe, et c'est sincère.

Quant aux perspectives des relations russo-japonaises, nous voulons qu'elles soient les plus prospères, les plus étroites, et nous proposons de commencer par le développement de la coopération dans tous les domaines sans exception: l'économie, les hautes technologies, la culture, le domaine social et éducatif, les contacts entre les hommes, l'environnement, les projets communs - notamment sur les îles Kouriles - et, évidemment, la coopération étroite, la transparence dans le domaine de la sécurité.

Cela implique non seulement l'analyse de situations concrètes dans notre région commune, notamment dans le contexte de l'alliance militaire américano-japonaise, mais également la coordination étroite, la coopération au sein des organisations internationales. C'est précisément ce qui a été convenu par le Premier ministre japonais Shinzo Abe et le Président russe Vladimir Poutine lorsqu'ils se sont fixé pour objectif de développer les relations dans tous les domaines le plus activement et le plus profondément possible afin d'atteindre un niveau de liens permettant de régler les questions les plus difficiles.

Cette formule a été mise au point et avancée. Malheureusement, nous sommes encore loin d'être là où nous le voudrions dans les relations avec le Japon. Les Japonais ont adhéré aux sanctions, ce qui retient la coopération économique. Tokyo s'oriente sur d'autres pays occidentaux, avant tout les États-Unis, quand il s'agit de coentreprises dans le domaine des nanotechnologies, tout comme dans d'autres secteurs des hautes technologies.

Malheureusement, le Japon vote pratiquement toujours contre la Fédération de Russie quand l'Onu examine des résolutions problématiques. Bien sûr, nous voulons établir un dialogue professionnel sur les problèmes de la sécurité dans la région où nous sommes frontaliers avec les îles japonaises, et nous voulons comprendre comment le Japon perçoit tout de même ses engagements envers les États-Unis dans le domaine militaire dans une situation où les États-Unis ont officiellement proclamé que la Russie était leur adversaire. Tokyo dit qu'il ne fera jamais rien avec les Américains contre la Russie, mais ils forment une alliance étroite avec les États-Unis qui nous considèrent comme leurs adversaires. Il y a quand même matière à discussion.

En le disant, je réaffirme que quelle que soit l'issue des élections du leader du parti au pouvoir et, en conséquence, de l'identité du premier ministre, nous sommes prêts à la coopération la plus étroite possible dans tous ces domaines avec nos voisins japonais. Nous avançons, même si ce n'est pas aussi rapide que nous le voudrions, sur l'activité économique conjointe dans les Kouriles du Sud. Ces projets sont bénéfiques pour les résidents locaux et pour les compagnies qui participent à ces projets. Nous sommes donc prêts à avancer à petits pas, mais l'objectif principal sera toujours d'élever les relations à un niveau supérieur et positif.

 

 

 

 

 

 

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