21 janvier 202018:58

Allocution de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie par intérim, lors de l'assemblée générale du Conseil russe pour les affaires internationales, Moscou, 21 janvier 2020

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Monsieur Ivanov,

Chers collègues et amis,

Cette nouvelle réunion des membres du Conseil russe pour les affaires internationales n'est pas tout à fait ordinaire parce que dans deux semaines, le 2 février 2020, cela fera dix ans qu'a été signé le décret présidentiel sur la création du partenariat à but non lucratif "Conseil russe pour les affaires internationales". Je voudrais profiter de l'occasion pour vous féliciter, de nous féliciter, à l'occasion de cette date-anniversaire.

Au cours de ces années, le Conseil a créé ses propres traditions, très durables et intéressantes. Au Ministère des Affaires étrangères, nous tenons en grande estime les relations de camaraderie avec le Conseil, qui est devenu un véritable think tank en matière de relations internationales aussi bien à l'échelle nationale que sur la scène mondiale. Nous apprécions les efforts du Conseil pour alimenter intellectuellement l'activité de la diplomatie populaire, ainsi que son accompagnement d'analyse et d'expertise de la ligne du pays en politique étrangère.

Cela a une importance particulière aujourd'hui, dans un contexte où la situation dans le monde n'est pas seulement complexe, mais également explosive et imprévisible. Le contenu de l'étape actuelle des relations internationales a été exposé en détail par le Président russe Vladimir Poutine  lors de ses dernières allocutions, et il en a été question également pendant les activités organisées au Ministère des Affaires étrangères.

Pour résumer, nous nous trouvons au cœur d'une longue époque historique qui se caractérise par un processus objectif de formation d'un système multipolaire d'ordre mondial plus démocratique et juste. La formation de ce système s'accompagne d'une sérieuse lutte entre ceux qui contrôlaient depuis des siècles toutes les affaires sur notre planète et les centres mondiaux de puissance économique et d'influence politiques nouveaux ou renaissants.

Bien évidemment, l'humanité est perdante du fait que certains de nos collègues occidentaux continuent de penser dans la logique non pas d'hier mais d'avant-hier dans l'espoir de rétablir leur domination globale passée. Sachant que parfois, ils agissent de plus en plus impulsivement et agressivement.

Je voudrais mentionner la situation relative à l'architecture de stabilité stratégique mondiale, qui est de facto détruite à l'heure actuelle. Deux des trois traités angulaires, l'ABM et le FNI, ont déjà été détruits par les Américains. Le traité START, dernier instrument de stabilité stratégique, est en suspens. Les propositions russes pour sa prolongation ont été préalablement envoyées à nos partenaires américains et réaffirmées plusieurs fois publiquement, notamment par le Président russe Vladimir Poutine. Nous n'avons toujours pas reçu de réponse, et constatons un mouvement dans le sens opposé: la hausse de la tension dans le secteur de la stabilité stratégique et des armes nucléaires. De plus, l'Otan s'engage dans un jeu très dangereux pour étendre son activité opérationnelle à de nouveaux secteurs - l'espace et le cyberespace.

Nous avons déclaré à plusieurs reprises que cette ligne s'expliquait en grande partie par la tentative d'introduire dans le quotidien le concept d'un "ordre mondial basé sur des règles", dans une tentative de substituer l'infrastructure juridique internationale créée après la Seconde Guerre mondiale au centre de laquelle se trouve l'Organisation des Nations unies.

La réticence à s'y tenir et à élaborer de nouvelles règles du jeu universelles qui seraient codifiées dans les normes du droit international aggrave le déficit de confiance. Ce qui engendre de nouveaux foyers d'instabilité et des conflits. Le risque que toute confrontation locale puisse dégénérer en menace pour toute la communauté internationale est décuplé.

Vous le savez, la Russie ne se limite pas à la critique. Nous essayons de promouvoir un agenda interétatique constructif mutuellement acceptable en s'appuyant sur le rôle de coordination central de l'Onu, comme cela est fixé dans sa Charte, en s'appuyant sur les valeurs de la Charte, notamment l'égalité souveraine des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures, et le règlement pacifique des litiges.

Nous restons ouverts au dialogue le plus sérieux sur les principes fondamentaux d'un ordre mondial stable. Nous n'y sommes pas simplement ouverts: nous avançons des propositions en la matière. Comme l'a souligné le Président russe Vladimir Poutine devant l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie, un rôle particulier doit être joué par les pays du "quintet" nucléaire - les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous poursuivrons le travail pour impliquer la responsabilité de ces principaux pays.

Malheureusement, nos partenaires occidentaux, qui mènent une ligne visant à contenir la Russie, ont intentionnellement gelé ou fermé de nombreux formats de dialogue et les canaux de communication bilatéraux entre la Fédération de Russie et l'Union européenne, ainsi que dans le cadre du Conseil Otan-Russie. Dans ces conditions grandit objectivement le rôle des "pistes secondaires" et des canaux de communication informels, dont fait partie à juste titre le Conseil russe pour les affaires internationales.

Le Conseil a un statut indépendant. Cela permet de faire appel à des avis et à des points de vue diversifiés, y compris opposés. Les statistiques de l'activité du Conseil parlent d'elles-mêmes. Igor Ivanov en parlera plus en détail. Si je comprends bien, plus de 100 activités ont été organisées en un an avec la participation d'experts russes et étrangers. Notamment de grandes conférences consacrées aux relations entre la Russie et la Chine, le Moyen-Orient, l'Occident, l'Inde et d'autres grands pays et organisations.

Nous apprécions particulièrement le travail analytique du Conseil. L'an dernier ont été réalisées plusieurs publications de qualité, notamment des prévisions qui aident réellement à élaborer des propositions concrètes pour les autorités du pays afin de promouvoir la politique étrangère de la Fédération de Russie.

Je voudrais également noter l'activité éducative traditionnelle très utile du Conseil russe pour les affaires internationales. Conjointement avec ses partenaires, le Conseil a mis en place l'an dernier deux écoles pour les jeunes experts. Plus de 80 étudiants d'universités russes et étrangères ont suivi un stage au Conseil, notamment américains, britanniques, coréens et asiatiques. Les déjeuners avec les experts, le concours de jeunes journalistes internationalistes et les webinaires sont de nouveaux formats qui ont fait leurs preuves. Le site du Conseil est l'une des sources les plus reconnues et faisant autorité sur les questions de politique étrangère. J'ai appris avec satisfaction - et une agréable surprise - que le nombre d'experts qui y contribuent approche des mille personnes. C'est un collectif très solide d'auteurs qui permet de tenir compte de tout l'éventail d'avis faisant autorité dans le domaine de la politique internationale. Il est réjouissant que parmi les auteurs du site figurent de nombreux jeunes spécialistes.

Collègues,

Cette année nous célébrons deux grandes dates: le 75e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique, ainsi que le 75e anniversaire de la création de l'Organisation des Nations unies. Vous connaissez le fond médiatique qui accompagne la préparation de ces anniversaires. Je suis certain qu'en l'occurrence nous devons nous appuyer fermement sur les faits historiques et les matériaux d'archives. La Russie est ouverte comme jamais à leur publication, à informer le grand public de ces documents d'archives. Je pense que dans le travail scientifique et pratique du Conseil, ce thème occupera une grande place cette année et dans les mois à venir, et que tout le potentiel d'expertise et d'analyse du Conseil sera exploité pour que le dialogue à ce sujet ne soit pas politisé et laisse l'histoire aux historiens, empêche les tentatives de réécrire l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, ses résultats, ainsi que de jeter le discrédit sur les héros de la Grande Guerre patriotique, sur les libérateurs de l'Europe.

Sur ce, je voudrais terminer mon allocution et souhaiter de nouvelles réussites à ce collectif très bon et amical.

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