16 janvier 202018:00

Allocution et réponses aux questions de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie par intérim, dans la nouvelle antenne du MGIMO en Ouzbékistan, Tachkent, 16 janvier 2020

61-16-01-2020

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Monsieur Kamilov,

Monsieur Islamov,

Chers amis,

Tout d'abord: bonne année.

Je suis ravi d'assister aujourd'hui à cet événement, qui se déroule dans le contexte de l'ouverture d'une antenne du MGIMO dans la capitale de l'Ouzbékistan. J'ai le plaisir de prononcer un discours devant les étudiants et le corps professoral, dirigé par un diplômé de notre Institut, Bakhtier Islamov. Bien évidemment, l'ouverture de cette antenne du MGIMO est une étape très importante dans notre coopération diplomatique dans le domaine de l'enseignement et la coordination de nos actions. Cela reflète également l'intérêt grandissant et activement soutenu par le Président de l'Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, pour l'enseignement et la langue russe. Si je comprends bien, vous disposez désormais de huit antennes d'universités russes sur votre territoire. Et ce n'est pas la limite. Durant notre entretien d'aujourd'hui, le Président de l'Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev a dit qu'il était prévu d'ouvrir d'autres antennes d'universités russes. Nous coopérerons de la manière la plus active sur ces initiatives.

L'an dernier, le MGIMO a célébré son 75e anniversaire. En trois quarts de siècle, il a parcouru beaucoup de chemin, a créé une école scientifique et pédagogique vraiment unique. Je suis certain que vous perpétuerez les glorieuses traditions de formation de spécialistes internationalistes compétents sur un large éventail de domaines, notamment pour le service diplomatique - mais pas seulement, car les diplômés de MGIMO sont également demandés dans d'autres domaines de l'activité publique et dans le secteur privé.

Les efforts pour la formation de tels spécialistes sont très sollicités parce qu'aujourd'hui, la signification de la diplomatie, de la capacité à s'entendre, est décuplée. Je voudrais rappeler que le monde contemporain est secoué par des processus tectoniques qui sont liés à la poursuite de la répartition de l'équilibre global des forces et à la formation d'un tout nouvel ordre mondial multipolaire, plus démocratique et pluraliste. De nouveaux centres de croissance économique, de puissance financière, d'influence politique apparaissent dans la région Asie-Pacifique, en Amérique latine et en Afrique - que l'on appelle le continent du futur et dont le potentiel n'est pas encore exploité. Je suis convaincu que c'est une longue époque historique, qui prendra beaucoup de temps, mais ce processus est objectif et il ne peut être stoppé.

Les pays occidentaux, que l'on appelle communément l'"Occident historique", ont dominé le monde pendant au moins cinq siècles. Cette époque est révolue. Il faut partager le pouvoir et l'influence, il faut s'entendre avec les nouveaux acteurs forts. Malheureusement, nos collègues occidentaux cherchent à freiner ces processus, tentent de conserver leur position dominante, mais la vie pousse tout de même à se conformer aux tendances objectives du développement mondial, et non à partir de dispositions géopolitiques unilatérales. Parallèlement à ces processus et à la nécessité d'élaborer des formes de collaboration et de coopération, aujourd'hui grandit la nécessité d'un niveau plus élevé de confiance et de coordination entre tous ces principaux acteurs mondiaux afin de faire face aux plus graves risques et défis, qui sont transfrontaliers aujourd'hui. Il est impossible de se prémunir dans les frontières nationales, derrière une barrière, du terrorisme, du trafic de stupéfiants et d'autres formes de criminalité organisée, de la cybercriminalité qui nécessite aujourd'hui l'élaboration de nouvelles approches originales pour l'empêcher d'infliger un préjudice colossal à tous les pays, sans parler d'un sujet traditionnel tel que le risque de prolifération de l'arme de destruction massive. A ces risques et défis s'ajoute le problème du changement climatique. Il est possible de régler tout cela seulement de manière collective et sous "le même toit" de l'Onu, sur la base solide de sa Charte et d'autres normes universelles du droit international.

Les associations auxquelles participent la Fédération de Russie et de l'Ouzbékistan - la CEI et l'OCS - travaillent en se basant sur une position de respect réciproque, d'équité, de recherche d'un équilibre d'intérêts, d'élaboration d'une culture de compromis et de consensus. C'est en se basant sur ces mêmes positions que la Russie travaille au sein du groupe des Brics et dans le triangle Russie-Inde-Chine, abrégé en RIC. Il faut également mentionner le G20, dont la création il y a quelques années et la formation du mécanisme de ses sommets ont reflété la compréhension par l'Occident de la nécessité de renoncer aux tentatives de dicter sa volonté dans l'économie mondiale et de s'entendre avec les nouveaux centres de force. Vous le savez, au G20 sont représentés le G7, qui essayait jusque-là de diriger en solitaire les processus économiques et financiers mondiaux, les pays des Brics et bien d'autres économies du monde émergent en rapide expansion, qui sont partisans des mêmes idées que les Brics sur les questions fondamentales. A l'évidence, le G20 devient de plus en plus un forum pour les discussions politiques permettant d'y faire participer de grands pays influents, qui ne font pas partie à l'heure actuelle du Conseil de sécurité des Nations unies.

La nécessité d'améliorer et de perfectionner la coordination politique est flagrante dans un contexte où, malheureusement, les actions - disons-le directement - déraisonnables de nos collègues américains et de leurs alliés proches ont entraîné des conséquences catastrophiques au Moyen-Orient. L'Irak a été détruit, qui rétablit aujourd'hui difficilement son intégrité et sa capacité à instaurer une vie normale dans le pays. La Libye a été détruite. Et le rétablissement de sa structure étatique est encore loin. La même tentative a été entreprise vis-à-vis de la Syrie. Mais en réponse à la demande de son gouvernement légitime, la Fédération de Russie a apporté, je pense, une contribution très efficace à la population syrienne pour contrer la menace du terrorisme mondial, qui a été écartée à présent. Il reste à régler quelques tâches plus spécifiques. Nous avons aidé le peuple syrien à défendre sa structure étatique. Je pense que cela doit servir d'exemple pour montrer comment empêcher à l'avenir de telles tentatives agressives et déraisonnables de décider du sort de régions entières de l'autre côté de l'océan, ainsi que de tout autre endroit sur Terre.

Un grand préjudice est infligé à la stabilité stratégique par la situation autour de l'Iran, qui s'est transformée en crise après la sortie unilatérale volontariste des États-Unis du Plan d'action global commun sur le nucléaire iranien et du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaires (FNI), ce qui a causé, d'une part, l'effondrement de ce document primordial dans le domaine de la non-prolifération des armes nucléaires, et, d'autre part, a entraîné une situation très tendue dans le domaine de la maîtrise des armements, de la non-prolifération des armes de destruction massive et de la réduction des armements, notamment nucléaires.

Nous assistons également à de nouvelles tentatives d'appliquer des méthodes de concurrence déloyale dans le secteur économique. Washington tente d'imposer ses approches  en dehors du cadre du G20 et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Il freine l'activité de l'OMC, où le mécanisme de règlement des litiges ne peut pas fonctionner normalement à cause de la position des États-Unis. En parallèle, nos collègues américains essaient d'imposer bilatéralement leurs solutions aux problèmes mondiaux sans hésiter à recourir activement au protectionnisme, aux sanctions économiques unilatérales illégitimes, et en abusant franchement du statut du dollar.

Je trouve que l'avenir n'est ni derrière ces méthodes de guerres commerciales ni d'autres, y compris les guerres chaudes, mais derrière les méthodes d'établissement de la coopération en renonçant au diktat et aux menaces, aux jeux à somme nulle. Comme je l'ai dit, il faut inculquer les valeurs du dialogue, du consensus et du respect réciproque. C'est le seul moyen d'avancer dans la recherche de solutions réellement durables aux problèmes mondiaux, et non conjoncturelles, orientées sur des événements politiques intérieurs ou les cycles électoraux.

Nous avons mis en place aujourd'hui des formes de diplomatie multilatérale comme le processus d'Astana. La Russie, la Turquie et l'Iran travaillent activement au règlement de la crise syrienne - pas seulement du point de vue de la stabilisation de la situation sur le terrain, mais également pour le lancement du processus de paix. Le Comité constitutionnel a entamé son travail. Il se poursuit. Ce n'est pas un hasard si le processus d'Astana attire également l'attention d'autres pays. Les États comme la Jordanie, l'Irak et le Liban sont des observateurs dans cette structure multilatérale. Sachant que quand nous nous penchons sur le problème syrien, libyen ou un autre problème international, nous ne forçons personne à faire quoi que ce soit contre son gré et n'imposons rien à personne.

Nous menons une politique étrangère orientée sur le pragmatisme, la recherche de solutions réalistes, et non l'avancement d'initiatives résonnantes visant un effet propagandiste immédiat mais ne comportant aucune démarche pour régler concrètement telle ou telle situation. Nos initiatives visent à unir les efforts et les capacités de différents États. Par exemple, c'est dans ce cadre que s'inscrit l'initiative de créer le Grand partenariat eurasiatique, qui a été avancée par le Président russe Vladimir Poutine pendant le sommet Russie-ASEAN en mai 2016. Ce partenariat unirait les capacités des pays membres de l'Union économique eurasiatique (UEE), de l'OCS et de l'ASEAN. De la même manière, nous proposons des approches collectives pour mettre au point les principes communs de renforcement des régimes de non-prolifération de l'arme nucléaire, biologique et chimique. Dans ce secteur il existe également de nombreux problèmes liés aux tentatives de nos collègues occidentaux de placer sous leur contrôle toutes les procédures de vérification, et leur réticence à analyser de manière transparente les problèmes qui surviennent dans ces secteurs.

Bien évidemment, comme tout autre pays normal, nous voulons avoir un environnement extérieur amical, un bon voisinage, une coopération constructive avec tous les partenaires étrangers sans exception dans tous les formats et sur tous les axes géographiques, en comprenant que nos partenaires partagent la même volonté.

C'est pourquoi nous sommes très satisfaits de voir que la Russie et les pays d'Asie centrale sont liés par des relations d'alliance, de partenariat stratégique basé sur les principes du droit international, du respect et de la prise en compte des intérêts réciproques, de la recherche d'un équilibre des intérêts en examinant toute question.

Bien évidemment, cela concerne entièrement notre alliance et partenariat stratégique avec l'Ouzbékistan. Nos échanges augmentent constamment. Nos dirigeants ont fixé pour objectif d'atteindre la barre des 10 milliards de dollars. Actuellement, nous sommes approximativement à la moitié de cette somme. Les activités à venir, liées notamment à la réunion de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique, sont appelées à déterminer des démarches concrètes pour réaliser les tâches fixées par nos présidents.

Nous avons de vastes projets communs - de l'énergie, y compris nucléaire, à la construction mécanique. Le montant total des investissements russes dans l'économie de l'Ouzbékistan dépasse aujourd'hui 9 milliards de dollars, et l'on y compte plus de 1.700 entreprises au capital desquelles participent des investisseurs russes.

Nous coopérons étroitement sur différentes plateformes multilatérales, notamment à l'Onu, dans le cadre de la CEI actuellement présidée par l'Ouzbékistan, à l'OCS. Ces liens sont effectivement profonds et très efficaces.

Nous pensons que la CEI justifie à part entière sa vocation en tant que structure, dans l'espace postsoviétique, où tous les nouveaux États peuvent évoquer les questions qui se posent. A mes yeux, le potentiel unificateur de la Communauté n'est pas encore entièrement exploité. Nous partageons les priorités désignées par l'Ouzbékistan dans le cadre de sa présidence de la CEI cette année. Nous sommes prêts à apporter toute la contribution nécessaire à la mise en œuvre de ces priorités.

Nous accordons une grande importance au travail commun dans le cadre de l'OCS. Nous prônons une coopération active entre l'Ouzbékistan et les structures comme l'UEE et l'OTSC. Aujourd'hui, nous en avons parlé avec le Président de l'Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev et avec mon homologue le Ministre des Affaires étrangères Abdulaziz Kamilov.

L'Union économique eurasiatique se développe assez rapidement et avec succès. Des marchés communs de marchandises, de services, de capitaux et de main d'œuvre ont été créés. Les contacts internationaux s'élargissent avec les pays tiers. Des accords de libre-échange ont été signés avec le Vietnam, Singapour et la Serbie. Des accords ont été signés avec l'Iran et la Chine. Des négociations sont menées avec Israël, l’Égypte et plusieurs autres pays, notamment d'Amérique latine, ainsi qu'avec d'autres associations internationales telles que l'ASEAN. Les liens se renforcent entre l'OCS et l'UEE.

Nous avons un dialogue utile avec nos amis ouzbeks sur les formats dans lesquels il serait possible d'instaurer le plus efficacement possible une coopération pratique avec l'UEE.

Chers amis,

Cette année, nous célébrons le 75e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique. Nos peuples ont combattu épaule contre épaule contre le fascisme. Ensemble, avec les autres peuples de l'Union soviétique, nous avons apporté une contribution décisive à la libération de l'Europe et du monde des horreurs de la peste brune. La victoire a posé les bases de l'architecture contemporaine de sécurité internationale, et notamment de la création de l'Onu. Les principes de la Charte de l'Organisation sont immuables. Toutes les réformes - et elles seront nombreuses - des organisations et des relations internationales, malgré toutes les nouveautés, doivent forcément s'appuyer sur ces principes qui ont une valeur universelle et sont reconnus par tous les pays du monde sans exception.

Nous devons préserver la mémoire de l'exploit de nos pères et grands-pères, empêcher qui que ce soit de réécrire l'histoire, de remettre en question les résultats de la Seconde Guerre mondiale et, qui plus est, de justifier les crimes des nazis et de leurs complices. Bien sûr, il est inadmissible d'essayer de modifier les décisions du procès de Nuremberg. Nous constatons de telles tentatives assez actives dans plusieurs pays, notamment, malheureusement, dans les pays de l'UE qui se présentent constamment comme un modèle de démocratie. Cette tendance est très dangereuse, il faut la combattre.

Nous attendons des hôtes de marque pour la célébration du 75e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique le 9 mai 2020. Bien évidemment, nous attendons nos amis de l'Ouzbékistan. Je suis certain que cette Grande fête sera célébrée à Moscou, à Tachkent et dans d'autres villes de nos pays. Je sais qu'actuellement Tachkent reconstruit le Parc de la Victoire. J'espère que nous pourrons participer à son inauguration solennelle.

Pour conclure, je voudrais souhaiter aux étudiants du succès dans leurs études. Vous devrez assurer la continuité de notre coopération en politique étrangère, avant tout de la ligne de la politique étrangère de votre État et, évidemment, je compte participer à la formation, à l'approfondissement, au développement de l'ordre du jour de la coopération russo-ouzbèke. J'espère que les connaissances et les compétences que vous acquerrez auprès de l'antenne du MGMO vous aideront dans tous vos projets.

Merci beaucoup. Je suis prêt à répondre à vos questions.

Question: Nous étudions l'économie, nous essayons même de la modéliser de manière systémique. Mais la diversité des structures multilatérales qui sont ouvertes à l'Ouzbékistan rend ce modèle économique extérieur assez complexe. Selon vous, quelles structures multilatérales, mécanismes d'intégration et accords régionaux seront les plus efficaces pour construire ce modèle et pour le succès des relations russo-ouzbèkes? J'espère que ce n'est pas seulement l'Union économique eurasiatique (UEE).

Sergueï Lavrov: En principe, l'économie est la base de tout. Vous le savez, l'existence détermine la conscience. Chaque partie doit décider en se basant sur sa propre compréhension de ses intérêts nationaux, des intérêts de son peuple, des intérêts de son propre développement et du choix de la forme de développement qui permet d'améliorer le niveau de vie des citoyens. Il est donc possible de partager l'expérience, d'expliquer ce que vous entreprenez vous-mêmes à ces fins, mais c'est au gouvernement des États souverains d'en décider.

Comme je l'ai noté, nous avons un dialogue très chargé sur la coopération économique. Les liens bilatéraux se développent très dynamiquement, rapidement et efficacement ces dernières années conformément aux décisions du Président russe Vladimir Poutine et du Président de l'Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev. En ce qui concerne les formats multilatéraux, il s'agit avant tout de la Communauté des États indépendants (CEI) où existe une zone de libre-échange. Avec l'Ouzbékistan, nous participons à la CEI de manière fructueuse. Nous saluons la participation plus active de Tachkent au travail de la CEI ces dernières années. Cette année, l'Ouzbékistan préside cette Organisation. De plus, lors du dernier sommet d'Achkhabad en octobre 2019 a été adoptée la Déclaration sur la coopération économique stratégique entre les États membres de la CEI. Autrement dit, l'impression qu'il est tout à fait possible de fixer de nouveaux objectifs dans ce format, qui sont atteints collectivement de manière réaliste et plus efficace montre, je trouve, l'importance accordée à l'économie dans le cadre de la CEI. J'ai déjà mentionné la zone de libre-échange.

En ce qui concerne l'UEE, un dialogue s'y déroule également. L'Ouzbékistan songe à la possibilité de coopérer avec cette association, qui plus est l'UEE a créé depuis un an et demi le statut d'observateur. 182 millions de personnes, un marché commun de capitaux, de marchandises, de services et de main d'œuvre: c'est une association assez solide avec un PIB collectif d'environ 2.200 milliards de dollars. C'est un chiffre solide.

Le développement de l'UEE a suivi la même logique que dans d'autres régions du monde, y compris l'UE: d'abord la création d'une zone de libre-échange, puis l'Union douanière de la Russie, du Kazakhstan et du Belarus, et à présent l'UEE avec l'adhésion du Kirghizistan et de l'Arménie.

J'ai mentionné les liens extérieurs de l'UEE. Ils sont très larges. Je pense que l'Ouzbékistan pourra mieux comprendre les perspectives qui existent pour lui lors des consultations qui se poursuivent avec la participation active de la Russie.

Question: Le Président russe Vladimir Poutine a suggéré hier d'inscrire dans la Constitution de la Fédération de Russie une norme sur la priorité de la Constitution sur les normes du droit international. Est-ce que cela signifie qu'à présent la Russie suit l'exemple des États-Unis, où ce primat du droit national est réalisé le plus intégralement? Nous avons observé plusieurs exemples d'ignorance des termes des conventions internationales et des décisions d'instances judiciaires par les Américains.

Est-ce que cela pourrait entraîner la sortie de la Russie de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH)?

Sergueï Lavrov: Aujourd'hui déjà, une explication de la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie mentionne que les termes de la Constitution russe prévalent sur la norme juridique. Ce n'est pas une situation unique. De telles normes juridiques existent dans les pays occidentaux, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni. Aux États-Unis, il est simplement écrit que le droit international n'est pas du tout une priorité, et ils ont la même attitude dans la pratique.

J'attire l'attention sur le fait que les engagements internationaux, pour un pays, surviennent après la ratification d'un accord. La ratification est fixée par la loi fédérale. Les lois doivent être conformes à la Constitution russe. Il ne peut y avoir aucune contradiction. Nous remplissons tous nos engagements que nous signons de notre gré, qui sont ratifiés par notre Parlement, les députés, et deviennent partie intégrante de notre base législative.

Question: Nous comprenons tous que la Russie et l'Ouzbékistan ont besoin l'un de l'autre. On décrit notre partenariat comme étant "stratégique". Quels sont les trois principaux éléments du partenariat stratégique de cette alliance russo-ouzbèke, selon vous?

Sergueï Lavrov: Nous ne sommes pas seulement des partenaires stratégiques, mais également des alliés. En 2005 a été signé le Traité sur les relations d'alliés. Il reste en vigueur et constitue l'un des piliers de notre coopération. Nous avons des liens très étroits entre toutes les institutions, notamment du bloc économique, les ministères de la Défense, le Conseil de sécurité, les structures de sécurité, les services spéciaux. Nous remplissons de nombreuses tâches pour assurer la sécurité de l'Ouzbékistan et de l'Asie centrale dans l'ensemble, où les menaces du terrorisme et du trafic de stupéfiants sont assez graves. Nous avons des accords d'envergure sur la coopération dans le domaine de la modernisation et du rééquipement des forces armées de l'Ouzbékistan avec des armements russes modernes. La coopération militaro-technique se développe très bien. Je pense que le secteur de la sécurité fait partie des plus importants et visibles.

Le deuxième secteur, tout aussi important, est l'économie. Je m'y suis arrêté en détail. Nos investissements réciproques augmentent, tout comme le nombre de solutions qui permettent à nos entreprises des deux côtés de commercer dans un régime simplifié, de réduire les dépenses matérielles et temporelles.

Je trouve que notre programme de coopération économique est assez chargé. Compte tenu des nouvelles tâches notamment, il sera étudié en détail pendant la préparation de la visite officielle du Président de l'Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev en Fédération de Russie prévue cette année.

Les préparatifs de la réunion de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique sont en cours. Dans l'ensemble, plusieurs dizaines de secteurs importants sont abordés pour l'approfondissement de notre coopération.

Je mentionnerai également la coopération sociale. J'ai déjà évoqué l'intérêt pour le russe et pour l'éducation russe en Ouzbékistan. Nous le tenons en grande estime. Nous apprécions que l'Ouzbékistan soit probablement l'un des pays les plus représentés dans les universités russes. Plus de 29.000 étudiants ouzbeks suivent leurs études en Russie, dont plus de 6.000 grâce aux fonds du budget fédéral. Le Président de l'Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev a demandé d'augmenter le nombre de bourses que nous attribuons chaque année. Nous soutiendrons certainement cette requête. Nous essaierons de la matérialiser sous la forme de décisions concrètes très prochainement.

Hormis la sécurité, l'économie et la coopération sociale, il serait injuste de ne pas mentionner un quatrième secteur: la coordination en politique étrangère. Nous adoptons la même position sur la grande majorité des questions de l'agenda régional et international. Cela se manifeste surtout sur le dossier afghan, où la Russie et l'Ouzbékistan agissent dans le même sens et voient un seul objectif qui pourrait apaiser l'Afghanistan: la réconciliation nationale, la garantie des conditions qui permettront à tous les groupes ethno-confessionnels, politiques et sociaux en Afghanistan de vivre confortablement. Seul le peuple afghan peut le faire. Toutes les initiatives avancées par Tachkent et Moscou (les conférences de Tachkent, le format de Moscou) visent à créer les conditions pour que les Afghans puissent s'entendre entre eux sans imposer de recettes de l'extérieur.

L'éventail de nos relations est très large. Je répète: ce n'est pas sur le papier qu'elles sont d'alliées et stratégiques, mais dans la réalité.

Question: Vous vous trouvez en Ouzbékistan en visite officielle en tant que Ministre russe des Affaires étrangères par intérim. Quelle fonction pourriez-vous occuper à terme?

Sergueï Lavrov: Vous êtes journaliste? Entrez au MGIMO.

Toutes ces années, après l'institut, je n'ai pas simplement occupé des postes: je remplissais toujours honnêtement mes fonctions. Je continue de le faire aujourd'hui.

Question: Vous vous êtes entretenus aujourd'hui avec le Président de l'Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev. Avez-vous parlé de l'adhésion de l'Ouzbékistan à l'UEE? Si oui, selon quels critères? Cela va-t-il se dérouler immédiatement ou progressivement?

Sergueï Lavrov: J'ai déjà indiqué que la décision devait être prise par le pays souhaitant d'une certaine manière diversifier ses contacts économiques extérieurs, utiliser différents formats. En tant qu'amis, partenaires et alliés stratégiques, nous menons un dialogue substantiel très concret au niveau des gouvernements et des vice-premiers ministres sur la manière dont l'UEE peut interagir avec l'Ouzbékistan. Nous présentons des informations, donnons notre avis, mais la décision sera prise par le Président et par le Parlement de l'Ouzbékistan. C'est dans ce sens que nous en avons parlé aujourd'hui avec Shavkat Mirziyoyev.

Question: Sur quoi avez-vous débouché?

Sergueï Lavrov: Postulez au MGIMO.

Question: Vous savez certainement à quel point le thème de l'intelligence artificielle est répandu dans notre monde. A présent, son utilisation est projetée dans les relations internationales, dans l'analyse des processus socioéconomiques et dans la politique contemporaine. Que pouvez-vous dire à ce sujet?

Sergueï Lavrov: Bien sûr, les technologies modernes sont d'une grande aide, et dans les études et dans le travail. Avant tout du point de vue de l'obtention rapide d'informations à partir de différentes sources et de la possibilité de comparer les différents faits. Étant donné que la vie évolue très rapidement (cela ne s'était jamais produit, notamment sur la scène internationale), cela revêt une grande importance - obtenir des informations, savoir se les procurer, et utiliser les faits obtenus grâce à l'accès à l'information.

Dans ce sens, la révolution se produit dans tous les domaines de la vie. C'est pourquoi la numérisation de l'économie devient plus qu'un slogan dans tous les pays - et la Russie ne fait pas exception. Le Président russe Vladimir Poutine a déclaré à plusieurs reprises que celui qui maîtriserait à part entière les technologies modernes occuperait des positions très fortes sur la scène mondiale.

En parlant concrètement de la diplomatie, outre l'avantage absolu mentionné (l'accès rapide à l'information fiable de différentes sources et la capacité de la comparer), ni l'IA ni autre chose ne remplacera un diplomate en tant qu'humain. Malgré toutes les capacités d'accumuler des connaissances dans sa mémoire, les possibilités de simuler l'évolution d'une situation de crise, il est impossible de trouver une solution tant que vous ne vous n'êtes pas assis à la même table qu'un individu ou plusieurs individus dont dépend le succès, tant que nous ne vous vous regarderez pas dans les yeux pour évoquer simplement les intérêts des parties impliquées afin de trouver un équilibre entre ces intérêts. Jamais une machine ne remplacera les contacts directs.

La diplomatie est la capacité de trouver un terrain d'entente. Il est impossible de s'entendre avec une machine, c'est un instrument froid. Une machine peut battre n'importe qui aux échecs. C'est un jeu très intellectuel, mais tous les coups y sont prescrits, il possible de les changer, d'inventer de nouvelles méthodes de défense et d'attaque. Mais ce sont tout de même des règles qui ne changent jamais. Dans la diplomatie peuvent survenir des situations qui peuvent être déterminées et réglées uniquement par un être humain avec une intelligence naturelle, humaine.

Question: Pouvez-vous parler de la structure du Ministère russe des Affaires étrangères?

Sergueï Lavrov: La structure de notre Ministère est présentée sur notre site. Récemment a été créé un 42e département chargé des menaces grandissantes dans le cyberespace: le Département de la sécurité informatique internationale. Près de 3.500 personnes travaillent chez nous. Il existe des départements orientés vers des régions: quatre européens, un nord-américain, un latino-américain, quatre asiatiques, un africain et un moyen-oriental. Il existe des départements consacrés non pas à une région mais à des fonctions: l'Onu, l'OSCE, les relations avec l'Otan, avec l'UE, etc. Nous possédons quatre départements importants pour les pays de la CEI: un multilatéral chargé de la CEI et d'autres structures multilatérales dans l'espace postsoviétique, y compris l'UEE et l'OTSC, un département européen de la CEI, un centrasiatique et un transcaucasien.

Question: Dans votre discours, vous avez dit que la Russie célébrerait l'anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comment le Ministère russe des Affaires étrangères y contribue-t-il?

Sergueï Lavrov: Le Ministère russe des Affaires étrangères participe directement aux activités pour la célébration du 75e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique. Votre serviteur est membre du Comité d'organisation pour la préparation et le déroulement de la célébration de cette grande date. Nous comptons célébrer cet anniversaire dans chaque pays, notamment où des combats se sont réellement déroulés pendant la Seconde Guerre mondiale quand nos soldats libéraient l'Europe.

Plusieurs activités se déroulent déjà pour l'entretien des monuments, des mémoriaux et des tombes en collaboration avec les autorités des pays concernés. Dans la grande majorité de pays, ces activités suscitent beaucoup d'intérêt et sont activement souvenues par la population. Il existe des pays, avant tout les pays baltes, où l'on cherche à étouffer la mémoire de cette guerre, des nombreuses victimes, voire à l'éradiquer de la conscience, en particulier de la jeune génération. C'est une autre partie du travail. Elle nécessite également une attention quotidienne, d'attirer l'attention des organisations internationales sur la nécessité de respecter les exigences de la Charte des Nations unies et des décisions du procès de Nuremberg.

Notre diplomatie s'occupe de tout cela. Une initiative a été présentée pour organiser en mai 2020 une réunion spéciale de l'Assemblée générale des Nations unies. L'Ouzbékistan est le coauteur de cette initiative. A l'OSCE, nous promouvons également une activité spéciale et une déclaration à l'occasion de l'anniversaire de la Victoire. Ces activités sont nombreuses. C'est l'une des priorités de notre activité cette année.

Question: Nous savons tous que lors de vos années universitaires vous avez étudié, communiqué, puis avez travaillé avec de nombreux diplômés du MGIMO, notamment des ressortissants ouzbeks. Les diplômés d'Ouzbékistan ont-ils une particularité? Cela se reflète-il dans la spécificité de la diplomatie ouzbèke?

Sergueï Lavrov: Chaque nationalité, chaque peuple, possède ses propres traits spécifiques. J'ai fait mes études et je reste ami à ce jour avec de nombreux citoyens ouzbeks qui travaillent actuellement dans les affaires et la diplomatie. Je ne vais pas énumérer les noms pour ne pas oublier ou offenser quelqu'un. Il est important pour tout diplômé du MGIMO, indépendamment de son origine ou de sa nationalité, d'être avant tout un professionnel et de servir son pays. Le plus important est que les connaissances que vous obtenez soient dirigées au profit de votre peuple, de votre pays, au renforcement de la situation de l’État dans la disposition mondiale, des positions dans le domaine de la capacité de défense, de l'économie et du développement culturel. A mes yeux, le peuple ouzbek, avec une telle culture séculaire (pour ne pas dire millénaire), possède tous les talents qui permettent, en recevant une bonne éducation, de remplir très efficacement ces tâches.

Question: Il y a de nombreuses interprétations du droit international. Certains estiment que c'est un secteur qui évolue de manière dynamique, d'autres pensent qu'il est clairement en retard sur les besoins de la vie contemporaine. Comment envisagez-vous le droit international contemporain?

Sergueï Lavrov: Pour faire simple, le droit international est toujours en retard sur la vie internationale car il faut l'élaborer, se mettre d'accord. Pour que le droit international soit efficace, il doit être universellement acceptable. En règle générale, ce sont des conventions qui font l'objet de longues négociations, parfois pendant plusieurs années. Elles sont signées, puis ratifiées. Les conventions sont proposées pour réagir à un événement dans la vie réelle. Par exemple, cela concerne la cybersécurité et la cybercriminalité: actuellement les hackers volent de l'argent, retirent l'argent des cartes, utilisent le cyberespace pour saper le fonctionnement de systèmes vitaux qui garantissent l'activité des États dans l'énergie et d'autres secteurs, mais il n'existe encore aucun instrument pour le combattre. Nous avons soumis il y a quelques années une proposition à l'Onu, qui a été approuvée. Elle a été soumise à l'issue d'un vote sur cette initiative dans le cadre de l'OCS, notamment avec la participation de l'Ouzbékistan, afin d'élaborer des règles acceptables pour tous, qui seraient interprétées et appliquées de manière unanime, du comportement responsable des États dans l'espace informationnel. Plusieurs fois ont été créés des groupes d'experts, chacun faisant un pas en avant mutuellement acceptable, petit mais convenu collectivement. A présent a été créé un groupe de travail avec la participation de tous les pays membres de l'Onu. Nous lui avons soumis le projet de ces règles de comportement responsable.

Il existe un exemple classique. Au Royaume-Uni, quand on souhaite créer un chemin pour traverser une pelouse, on y laisse d'abord passer les gens. Les pavés sont ensuite posés à l'endroit où le passage est le plus fréquent. C'est approximativement la même chose avec le droit international. Il faut d'abord savoir dans quelle direction chercher l'instrument du droit international. Mais quand la convention a acquis le statut de droit international, en étant ratifiée par tous les États, et qu'elle est devenue obligatoire pour ces derniers, il faut évidemment la remplir.

Le principal problème est qu'aujourd'hui le droit international est traité très cavalièrement et librement, notamment par nos collègues américains. Nous en avons parlé aujourd'hui en répondant à une question du correspondant du journal Kommersant. Notez que c'est une chose très intéressante - j'en ai parlé hier en Inde pendant la session plénière de la Conférence internationale "Raisina Dialogue" - que nos collègues occidentaux utilisent de moins en moins l'expression "droit international". Ils parlent autrement à présent, et appellent tout le monde à respecter et à remplir des règles sur lesquelles reposerait l'ordre mondial. Ce n'est pas un terme juridique, il n'est fixé nulle part dans les documents universels. Quand nous demandons quelle est la différence, ils répondent qu'elle réside dans la nécessité de respecter les règles sur lesquelles s'appuie l'ordre mondial. Mais quelles sont ces règles? Est-ce le droit international? Si oui, alors pourquoi faut-il inventer autre chose?

Dans la vie réelle existe, par exemple, la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'usage des armes chimiques et sur leur destruction (CIAC); ratifiée par tous (plus de 190 États parties). L'Occident n'a pas apprécié que nous ayons pris en défaut le Secrétariat technique de l'OIAC sur le fait de manipuler les preuves, notamment dans l'enquête sur l'affirmation concernant l'usage d'une arme chimique en Syrie. Nous l'avons littéralement pris sur le fait de manipuler les preuves et avons exigé de changer de comportement, de ne pas accuser gratuitement une partie, la Syrie en l'occurrence. Au lieu de l'élucider de manière transparente et collective, l'Occident a imposé par un vote l'attribution au Secrétariat technique de l'OIAC du droit de désigner les coupables (alors que la Convention lui octroie un seul droit: en réponse à la requête d'un État, déterminer les faits en envoyant des inspecteurs à l'endroit où la substance interdite a été utilisée). Tout le reste relève du Conseil de sécurité des Nations unies. Par une minorité des voix (86 contre plus de 100 des États parties) a été imposée une décision qui sape la Convention. Aujourd'hui, le Secrétariat de l'OIAC cherche à éviter par tous les moyens d'expliquer en toute transparence comment il applique la Convention.

A présent, on cherche à faire la même chose avec la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur destruction (CABT). Les Américains refusent de créer un mécanisme multilatéral universel de vérification de la mise en œuvre de ce document, qui serait clair et transparent pour tous. Ils cherchent à régler tous les problèmes via des contacts bilatéraux à huis clos et des accords avec certains pays. Ils travaillent notamment assez activement en ce sens dans l'espace postsoviétique. Nous avons signé avec l'Ouzbékistan un mémorandum pour coopérer étroitement dans le domaine de la sécurité biologique et promouvoir nos intérêts communs.

Prenez le processus de paix au Proche-Orient. Il existe le droit international, sous la forme d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies concernant la nécessité de régler le conflit israélo-arabe. C'est du droit international. Or nos collègues américains ont dit qu'ils auront leurs propres règles. Ces dernières résident dans un prétendu "deal du siècle" promis par les Américains depuis quatre ans et que personne n'a vu. Pendant ce temps, ils ont reconnu la légitimité de l'occupation du plateau du Golan par Israël, ont fait déménager leur ambassade à Jérusalem, ont déclaré que les colonies illégales créées par Israël en Cisjordanie contrairement aux exigences du Conseil de sécurité des Nations unies étaient légitimes désormais pour les États-Unis. Voilà, il y a le droit international et il y a des règles.

J'ai mentionné l'OMC. Les États-Unis ont simplement bloqué par des ruses procédurales le fonctionnement du mécanisme de règlement des litiges. Quand quelqu'un est préoccupé par le comportement malhonnête des Américains sur les marchés mondiaux et dans les transactions commerciales, il ne peut s'adresser à personne. Les Américains en profitent et proposent des canaux bilatéraux où ils cherchent à imposer leurs intérêts au détriment de ceux des autres par des menaces, des ultimatums et la pression.

Le droit international doit être respecté, par tous. C'est une question sérieuse pour l'ordre du jour international.

 

 

 

 

 

 

 

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