11 décembre 201919:26

Salutations de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, adressées aux participants à la conférence de l'Association Gromyko d'études en politique étrangère, Moscou, 11 décembre 2019

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Chers collègues et amis,

Nous célébrons en 2019 le 110e anniversaire d'Andreï Gromyko, homme d'État éminent qui a consacré près d'un demi-siècle au service diplomatique. Pour les diplomates russes l'"école de Gromyko" signifie avant tout le patriotisme, le professionnalisme, la discipline intérieure, la capacité de se plonger dans les profondeurs d'une question, de promouvoir de manière insistante et argumentée les intérêts de la patrie, de rechercher des solutions efficaces dans des situations très compliquées. Il suffit de mentionner que c'est Andreï Gromyko qui a signé la Charte de l'Onu au nom de notre pays. Son nom est lié à l'élaboration de l'acte final d'Helsinki et des ententes-clés dans le domaine de la stabilité stratégique et du désarmement.

Nous avons organisé cette année un ensemble d'événements visant à préserver la mémoire d'Andreï Gromyko. En septembre, nous avons ouvert - en coopération avec nos collègues biélorusses - une exposition qui lui est consacrée à la bibliothèque Dag Hammarskjöld. Des conférences scientifiques et des expositions de documents ont été organisées au cours de l'année à l'occasion de son anniversaire.

La création de l'Association Gromyko d'études en politique étrangère en avril dernier a constitué une initiative importante visant à honorer sa mémoire. Il est surtout important et précieux pour nous que nos collègues biélorusses participent très activement aux travaux de l'association: comme on le sait, Andreï Gromyko était originaire de la région de Gomel. Cette année a marqué les vingt ans de l'Union de la Russie et de la Biélorussie. La coopération très étroite en matière de politique étrangère fait partie intégrante du partenariat russo-biélorusse stratégique dans tous les domaines.

Je constate avec satisfaction qu'en six mois, l'association a fait ses preuves en tant que plateforme populaire d'accompagnement politique des processus d'intégration eurasiatique, et de coopération diversifiée dans l'espace politique en général. Plus de 10 événements dans différents formats ont été organisés, des rencontres d'experts aux concours et forums internationaux. Il faut notamment souligner l'organisation d'une session de haut niveau à Saint-Pétersbourg en juillet dernier dans le cadre du Forum des régions russes et biélorusses.

La dimension régionale de l'activité de l'association ne cesse de se renforcer. Ainsi, Kazan a accueilli en octobre les premières Lectures Gromyko, organisées par l'Université fédérale de la Volga avec le soutien de l'administration de la République du Tatarstan. Je pense qu'on pourrait rendre cet événement annuel et associer plus activement nos amis des pays membres de UEEA à ses travaux.

Nous saluons la coopération fructueuse de l'association avec la jeunesse. Nous avons organisé avec succès en 2019 le Concours Gromyko de jeunes experts des relations internationales de la CEI, qui a réuni plus de 160 jeunes spécialistes: des diplomates, des chercheurs, des  représentants du milieu social. Je suis certain que ce concours a fait ses preuves du point de vue du développement professionnel et de l'échange d'expérience. Nous soutenons le projet de son organisation en 2020.

Plusieurs projets concrets sont actuellement en cours d'élaboration. Il s'agit notamment de l'établissement de la bourse Gromyko destinée aux jeunes chercheurs ou du perfectionnement professionnel des professeurs de relations internationales des universités russes et biélorusses. Ces initiatives méritent le respect. Le MGIMO et l'Académie diplomatique pourraient participer à leur mise en œuvre.

Nous saluons évidemment la volonté de l'association de renforcer son dialogue avec le Ministère russe des Affaires étrangères, ses départements spécialisés et ses missions à l'étranger.

Vous devrez évoquer aujourd'hui un large éventail de questions, de l'héritage diplomatique d'Andreï Gromyko aux problèmes de sécurité européenne et internationale en passant par les processus d'intégration en Eurasie.

Devant cette audience, il n'est pas nécessaire de parler en détail des raisons de la situation actuelle dans la région euro-atlantique, qui laisse à désirer. Les États occidentaux, menés par les États-Unis, se laissent malheureusement toujours guider par des schémas d'affrontement bipolaire, la logique des "jeux à somme nulle". L'Otan poursuit la politique de nettoyage de l'espace géopolitique en comptant sur un renouveau militaire et politique éventuel. Nous sommes préoccupés par le renforcement de l'activité militaire du bloc à proximité des frontières de la Russie et de la Biélorussie, ainsi que par les décisions adoptées lors du dernier sommet de l'Alliance à Londres, prévoyant notamment l'élargissement futur des budgets militaires des pays membres. Ces initiatives provoquent la militarisation de l'Europe et contredisent la promesse de ne pas renforcer sa sécurité au détriment de celle des autres.

Le système de contrôle des armes traverse une crise aiguë. L'architecture de stabilité stratégique a subit un coup énorme à cause des actions des États-Unis, qui ont quitté le Traité ABM pour détruire ensuite le Traité FNI. L'avenir du New Start (ou START III) est également en question.

Selon le Président russe Vladimir Poutine, "les stéréotypes de bloc relevant de la pensée du passé ne peuvent pas être un bon moyen de recherche et d'adoption de solutions efficaces dans le contexte du monde contemporain en évolution permanente".

De notre côté, nous continuerons de réagir de manière appropriée à toutes les actions hostiles. Nous n'aspirons cependant pas à la confrontation. Pour contrebalancer la politique destructrice de Washington et de ses alliés, nous promouvons un agenda positif et unificateur visant la prévention de l'apparition de nouvelles lignes de partage, la formation d'une zone de sécurité égale et indivisible, et un partenariat large de l'Atlantique au Pacifique. 

Toutes les conditions nécessaires ont été réunies. Le large espace eurasiatique abrite aujourd'hui tout un nombre d'organisations internationales: la CEI, l'UEEA, l'Union de la Russie et de la Biélorussie, l'OTSC, l'OCS. Leur activité favorise objectivement le renforcement de la stabilité et de la sécurité de la région. Nos amis chinois contribuent également à l'aménagement de l'Eurasie grâce à leur initiative "La Ceinture et la Route".

La Russie soutient de manière cohérente l'harmonisation des initiatives d'intégration sur notre continent commun, dans le cadre de la conception créatrice de l'"intégration des intégrations". Cette philosophie est à la base de l'initiative du Président Vladimir Poutine sur la formation du Grand partenariat eurasiatique réunissant les pays de l'UEEA, de l'OCS et de l'ASEAN. Nous sommes convaincus que cet espace favorisera une coexistence harmonieuse entre tous les États, grands ou petits.   

Le mouvement vers cet objectif a déjà été lancé, notamment via le rapprochement des plans de développement de l'UEEA et du projet chinois "La Ceinture et la Route". Nous espérons que nos collègues européens participeront eux aussi à ces efforts communs. L'élargissement des liens économiques pourrait considérablement favoriser la mise en œuvre des décisions du sommet de l'OSCE d'Astana sur la formation d'une communauté de sécurité égale, universelle et indivisible.

J'espère que l'association continuera d'apporter sa contribution intellectuelle à ce travail, de mettre en œuvre des projets conjoints, de favoriser le renforcement de la solidarité professionnelle entre les experts de relations internationales dans l'espace postsoviétique. Cela constituerait une contribution digne à la préservation et à la popularisation de l'héritage très riche d'Andreï Gromyko en matière de politique étrangère. 

 

 

 

 

 

 

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