6 décembre 201920:04

Allocution et réponses de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Luigi Di Maio, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République italienne, Rome, 6 décembre 2019

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Mesdames et messieurs,

Comme vient de le dire le Ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio, la conversation que nous venons d'avoir a été très bonne.

Le dialogue avec l'Italie et nos amis italiens, même dans la situation internationale actuelle très difficile, se distingue toujours par sa constance et sa prévisibilité. Nous le tenons en grande estime. Bien sûr, les contacts au sommet jouent un rôle déterminant pour garantir cette dynamique. C'est dans cet esprit que nous avons évoqué aujourd'hui la mise en œuvre des accords conclus en juillet 2019 pendant la visite officielle du Président russe Vladimir Poutine en Italie.

Nous avons donné une évaluation positive au travail de nos ministères pour l'application des ententes. Nous notons positivement l'évolution du dialogue interparlementaire. Cette année, les présidents des deux chambres du Parlement italien se sont rendus en Fédération de Russie. En mars s'est tenue une nouvelle réunion de la Grande commission interparlementaire russo-italienne.

Dans la coopération commerciale et économique, nous avons pointé le rôle de coordination important du Conseil russo-italien pour la coopération économique, industrielle et financière, coprésidé par le Ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio et le Ministre russe de l'Industrie et du Commerce Dmitri Mantourov. Nous avons évoqué la préparation de la prochaine session de ce Conseil économique qui se tiendra l'an prochain en Russie. Nous espérons qu'une délégation italienne représentative participera traditionnellement au forum économique international de Saint-Pétersbourg. Comme vient de le confirmer mon homologue, l'Italie sera un pays-partenaire de l'exposition Innoprom à Ekaterinbourg l'été prochain.

Nous sommes convenus des dates des rencontres entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense au format "2+2". Tous les préparatifs nécessaires pour cette activité sont terminés.

Nous sommes convenus de poursuivre la coordination des efforts dans la lutte contre le terrorisme, le trafic de stupéfiants et d'autres menaces transfrontalières à la sécurité. Nous avons abordé les perspectives de la coopération dans le domaine de la cybersécurité internationale et la lutte contre les abus dans le cyberespace. Nous avons un Groupe de travail bilatéral interministériel pour lutter contre les nouveaux risques et défis, qui examine tous les problèmes mentionnés. Sa prochaine réunion est prévue l'an prochain à Moscou.

Les liens sociaux, traditionnellement importants et prisés par nos citoyens, s'élargissent. Parmi les actions culturelles marquantes cette année: l'exposition du tableau La Vierge de la loggia de Sandro Botticelli, de la galerie des Offices de Florence, en marge du Forum économique oriental à Vladivostok. De son côté, à l'occasion des activités en hommage au 500e anniversaire de Léonard de Vinci, l'Ermitage de Saint-Pétersbourg a présenté les œuvres du peintre au pavillon russe de la Biennale de Venise. Pendant la biennale, notre pavillon a fait partie des plus visités. L'Italie était très largement représentée au forum culturel international de Saint-Pétersbourg le mois dernier.

Nous nous sommes prononcés pour la poursuite des contacts humains, notamment dans le cadre du Forum-dialogue russo-italien renouvelé au niveau des sociétés civiles.

Nous avons évoqué les problèmes internationaux actuels. Nous avons accordé beaucoup d'attention à la sécurité dans la région euro-atlantique. La situation en matière de sécurité n'y est pas satisfaisante. Nous avons parlé des relations entre la Russie et l'Union européenne, des situations conflictuelles concrètes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous avons réaffirmé notre attachement à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies sur le processus de paix en Syrie, nous avons salué le début du travail du Comité constitutionnel. Entre parenthèses, j'ai rencontré aujourd'hui Geir Pedersen, envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie. Dans l'ensemble, il est assez optimiste et, selon moi, il a de bons projets pour la suite du travail du Comité constitutionnel.

Nous avons également souligné l'importance de poursuivre une lutte sans compromis contre le terrorisme, notamment à Idleb où Hayat Tahrir al-Cham, ancien Front al-Nosra, mène le bal. Nous avons noté en particulier qu'aujourd'hui passait au premier plan le travail pour contribuer au retour des réfugiés et des déplacés internes, au rétablissement de l'infrastructure militaire détruite. Nous appelons la communauté internationale à contribuer au règlement des graves problèmes humanitaires en Syrie sans politisation, discrimination ni conditions préalables.

Nous ne voyons aucune alternative au règlement pacifique du conflit en Libye. Il faut un dialogue national inclusif. Le contact entre Fayez el-Sarraj et Khalifa Haftar en février 2019 à Abou Dabi a redonné de l'espoir. Ils se sont entendus sur les réformes à adopter pour que tous les Libyens s'unissent. Malheureusement, ces accords n'ont pas été remplis, et la situation est passée à la phase chaude. Nous prônons la suspension des activités militaires et la reprise du dialogue en parfaite conformité avec les paramètres convenus au Conseil de sécurité des Nations unies. Nous espérons que les efforts pour réunir différentes conférences, notamment de Berlin, respecteront rigoureusement les décisions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons également parlé de l'Ukraine. Nous avons la même position. Il faut remplir entièrement et successivement les Accords de Minsk approuvés par la résolution 2202 du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous espérons que les intentions du gouvernement ukrainien seront clarifiées lors du sommet au "format Normandie" à Paris ce lundi. Il est important pour nous de comprendre ce que Kiev compte faire pour remplir les Accords de Minsk, parce que nous percevons des signaux trop contradictoires de la capitale ukrainienne de la part de différents représentants officiels.

Nous avons attiré l'attention de nos collègues sur le danger de la montée en puissance des sentiments radicaux, et notamment néonazis, en Ukraine, ainsi que dans d'autres pays du continent européen. Nous trouvons primordial de combattre ces tendances, notamment à l'approche du 75e anniversaire de la Victoire sur le nazisme.

Je remercie sincèrement Luigi Di Maio pour son hospitalité et notre travail productif d'aujourd'hui. J'ai invité mon homologue en visite en Russie. Si je comprends bien, cette invitation a été acceptée. Nous nous rencontrons plus d'une fois prochainement.

Question (adressée aux deux ministres): Luigi Di Maio a dit qu'il n'était pas possible de régler le conflit en Libye par la voie militaire, que seul un processus pacifique était envisageable. Sergueï Lavrov a rappelé également que malgré tous les efforts entrepris à Abou Dabi, la situation s'était compliquée. Dans ce contexte, comment percevez-vous l'accord entre la Turquie et la Libye sur la frontière maritime, qui porte sur la logistique et notamment les fournitures militaires?

Sergueï Lavrov (ajoute après Luigi Di Maio): La situation en Libye est très difficile car il y a trop d'acteurs, trop de questions autour du fait de savoir qui est le plus légitime. La décision du Conseil de sécurité des Nations unies, que j'ai mentionnée, doit être respectée. Dans ce sens, par exemple, le parlement libyen légitimement reconnu siégeant à Tobrouk s'est prononcé contre le document signé, que vous avez mentionné. Des voisins de la Libye ont également exprimé leur préoccupation. Nous ne pouvons pas l'ignorer. Bien évidemment, toutes les démarches entreprises sur le terrain, sur le papier, doivent tenir compte de toute la sensibilité de la situation et contribuer au maximum à ce que tous ceux qui sont liés à la crise libyenne agissent ensemble et se réunissent à la même table.

Cela concerne également l'Union africaine, qui est écartée à tort des négociations sur le problème libyen.

Question: Le Président russe Vladimir Poutine a dit qu'en l'absence de réaction à la proposition de moratoire sur le déploiement de missiles à portée intermédiaire, la Russie prendrait des mesures. Est-il question du déploiement, sur le territoire européen de la Russie, de missiles autrefois interdits?

Sergueï Lavrov: En effet, dans son message adressé à plusieurs dizaines de dirigeants mondiaux, y compris tous les pays de l'Otan, le Président russe Vladimir Poutine, en indiquant clairement les raisons ayant entraîné l'effondrement du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaires, a mentionné notre disposition, malgré tout, à ne pas aggraver la situation dans ce secteur et a proposé un moratoire réciproque sur la création et le déploiement de tels missiles. Je rappelle que la Russie, en la personne de Vladimir Poutine, avait déjà déclaré que quand les Américains avaient officiellement entamé la procédure juridique de destruction du Traité en février dernier (terminée en août), le Président russe Vladimir Poutine avait déclaré que nous agirions symétriquement. Si les Américains détruisaient le Traité, développaient, créaient et déployaient des armes interdites par le FNI, nous ferions de même. Mais nous ne déploierons jamais en premier ces types d'armes où que ce soit si de tels systèmes américains n'y faisaient pas leur apparition. Cette position est toujours valable. L'Occident ne réagit pas à la proposition concernant le moratoire, à l'exception du Président français Emmanuel Macron qui s'est dit prêt à entamer le dialogue à ce sujet. Je pars du principe que nous commencerons un tel dialogue. Si nous voyions que le moratoire n'était pas soutenu, la position du Président russe Vladimir Poutine garderait la forme que je viens de vous confirmer.

Si des démarches pratiques étaient engagées pour la conception et le déploiement, nous réagirons de manière symétrique, mais nous ne serons pas les premiers. Les Américains ont déclaré récemment qu'ils n'avaient pas l'intention de créer et de concevoir des missiles de cette classe. Mais ils ont déjà testé un tel missile sur le système MK-41 qui, comme on cherchait à nous en persuader depuis des années, était destiné uniquement à tirer des antimissiles. En réalité, tout s'est avéré tel que nous l'avions prévenu. Nous tenons compte de tous ces facteurs.

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