3 décembre 201915:35

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe avec Elmar Mamediarov, Ministre des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan, Bakou, 3 décembre 2019

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Monsieur Mamediarov,

Avant tout, je voudrais remercier nos amis azerbaïdjanais pour leur hospitalité, traditionnellement chaude et chaleureuse. Ce n'est pas encore le festival de musique "Jara", mais dans le domaine de la diplomatie nous nous approchons déjà du niveau caractéristique de cet événement fantastique attirant un très grand nombre de Russes en personne et à la télévision.

Hier, nous avons eu un entretien très chargé et détaillé avec le Président azerbaïdjanais Ilham Aliev. Cette rencontre a réaffirmé que nos relations ne revêtaient pas simplement un caractère de partenariat stratégique, mais qu’elles se caractérisaient par de plus en plus de confiance. Nous apprécions vraiment que dans cet esprit, nos présidents donnent le ton à tous les contacts au niveau des gouvernements, des ministères et des parlements. Nous ressentons cette disposition constamment dans notre travail et essayons de tenir le cap fixé par nos présidents.

Il y a littéralement une semaine s'est terminée la visite en Russie de la Première vice-présidente azerbaïdjanaise Mehriban Alieva. Elle a rencontré le Président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, la Présidente du Conseil de la Fédération de l'Assemblée fédérale Valentina Matvienko, a participé aux contacts dans le cadre du Forum interrégional. A l'issue de la visite ont été conclus des accords très importants pour l'ouverture d'un nouveau canal de coopération bilatérale. Sous l'égide de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique qui se réunira prochainement, en plus des cinq groupes de travail sectoriels déjà existants en sera créé un sixième consacré aux innovations et aux hautes technologies. C'est un point très important qui illustre une fois de plus notre partenariat stratégique.

Dans le cadre de cette visite, il a été convenu d'organiser régulièrement des forums de jeunesse en plus des forums interrégionaux auxquels participent plus de 70 régions russes. Les forums de jeunesse, qui ont commencé très récemment à titre d'activité unique, deviendront désormais réguliers. Je trouve cela très important pour assurer la continuité dans nos relations. Nous constatons l'intérêt des jeunes azerbaïdjanais et russes pour ce genre d'activités. Nous l'encouragerons pleinement.

Je voudrais noter en particulier qu'il y a deux semaines, le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille s'est rendu en visite en Azerbaïdjan. Il a participé au 2e Sommet mondial des leaders religieux de Bakou. C'est une initiative très opportune et importante de nos amis azerbaïdjanais. Je souligne que la Russie et l'Azerbaïdjan sont un exemple de coexistence et de coopération entre les différentes religions, notamment les chrétiens et les musulmans. Nous espérons vraiment que notre exemple sera perçu dans un sens plus large, notamment dans le cadre de la préparation du CMAE de l'OSCE qui se tiendra en fin de semaine à Bratislava. C'est un thème très important.

Dans le domaine économique, nous nous attendons cette année à ce que nos échanges atteignent la barre des 3 milliards de dollars, soit une hausse de presque 15% par rapport à l'an dernier. La dynamique de nos échanges commerciaux et économiques se maintiendra et ne fera que se renforcer. Nous avons un Plan d'action à l'horizon 2024. C'est un cadre concret pour nos relations dans le secteur matériel. Nous le promouvrons par tous les moyens.

En ce qui concerne la coopération humaine, l'an dernier nous avons noué une coopération exemplaire. Cette année se sont déroulées les Journées culturelles russes en Azerbaïdjan, et au premier semestre 2020 sont prévues les Journées culturelles azerbaïdjanaises dans notre pays. Nous remercions beaucoup nos amis pour l'attention portée à la langue et à la culture russe. Nous notons que l'enseignement russophone en Azerbaïdjan reste traditionnellement demandé. Il existe un très grand nombre d'écoles, et le russe est également enseigné dans les universités. Depuis plus de dix ans à Bakou fonctionne une antenne de l'Université d’État Lomonossov de Moscou, depuis 2015 travaille une antenne de la Première université de médecine Setchenov de Moscou. Hier et aujourd'hui, nous avons parlé du développement des liens entre nos académies diplomatiques (qui sont déjà stables) et comment faire participer à ce processus nos collègues du MGIMO du Ministère russe des Affaires étrangères. Chaque année nous attribuons plus de 200 bourses aux étudiants azerbaïdjanais pour étudier en Fédération de Russie. A l'heure actuelle, plus de 11.000 étudiants azerbaïdjanais suivent leurs études chez nous, dont plus de mille aux frais du budget fédéral russe.

Nous avons beaucoup parlé des affaires régionales, de l'agenda international, de notre coopération étroite, de la coordination de nos actions à l'Onu, au sein de la CEI, dans le cadre de l'OCEMN, à l'OSCE, au Conseil de l'Europe, à l'OIAC, ainsi que dans le cadre du Mouvement des non-alignés qui est présidé par l'Azerbaïdjan pour un mandat de trois ans. Un sommet très réussi a eu lieu récemment. Nous avons parlé aujourd'hui du fait que c'était un moment pratique et politiquement juste pour profiter de la présidence de l'Azerbaïdjan au sein du Mouvement des non-alignés afin d'établir des liens plus proches de la Russie avec ce dernier.

Nous avons abordé la coopération en mer Caspienne. Nous avons la même vision des résultats du 5e Sommet de la mer Caspienne qui s'est tenu en août dernier, où a été adoptée la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, ainsi que bien d'autres documents. Nous avons parlé aujourd'hui de la coordination au niveau bilatéral et avec d'autres pays de la mer Caspienne afin de mettre en œuvre tous les accords.

Nous avons évoqué en détail le dossier du Haut-Karabakh. Nous sommes d'accord qu'il existe les possibilités pour trouver un compromis. Cette affaire n'est pas simple, ce conflit fait partie des plus longs dans l'espace de l'ex-URSS. Mais nous sommes reconnaissants à nos amis azerbaïdjanais pour leur soutien aux idées avancées par la Russie au niveau bilatéral et en tant que coprésident du Groupe de Minsk de l'OSCE. Les contacts d'hier et d'aujourd'hui ont permis de mieux comprendre comment nous pouvions progresser. Je compte sur un résultat.

Encore une fois, je vous remercie pour votre accueil convivial. J'ai invité mon homologue et ami à se rendre en visite en Fédération de Russie. Nous coopérerons lors des forums à venir, notamment cette semaine à Bratislava pendant le CMAE de l'OSCE.

Question (adressée à Sergueï Lavrov): Vous avez souligné la croissance des échanges entre nos pays. L'Azerbaïdjan et la Russie expriment leur intérêt mutuel pour l'élargissement des liens commerciaux et économiques. Quelles sont, à votre avis, les perspectives de développement de la coopération dans ce domaine? Et quels sont les risques principaux?

Sergueï Lavrov: Les perspectives sont très favorables. Tout d'abord, cela s'explique par le fait que les entreprises et les autorités politiques des deux pays visent une coopération très étroite et l'approfondissement de notre partenariat stratégique, notamment dans le domaine économique. Nous avons déjà évoqué des chiffres éloquents. Il s'agit de la croissance rapide des échanges ou encore de l'augmentation des investissements de capitaux azerbaïdjanais privés en Russie et inversement. Cela concerne le tourisme. La Russie occupe la première place en nombre de touristes qui voyagent en Azerbaïdjan - on approche d'un million de personnes. C'est un indice d'attractivité d'un pays du point de vue de la culture et des investissements, de la communication et du profit mutuel.

Nos allocutions d'ouverture ont omis aujourd'hui un sujet important: la coopération dans le domaine de l'infrastructure. Nous avons déjà établi un partenariat très étroit et avons des projets importants à long terme concernant des échangeurs routiers, l'utilisation de nos avantages géographiques afin de renforcer le rôle de l'Azerbaïdjan et de la Russie dans les projets internationaux relatifs aux corridors de transport Nord-Sud ou Est-Ouest. Il s'agit d'un point unique de croisement des itinéraires verticaux et horizontaux. On pourrait également beaucoup parler d'autres formes de notre coopération, notamment entre les entreprises qui s'occupent de l'extraction d'hydrocarbures. La visite de la première vice-présidente azerbaidjanaise Mehriban Aliyeva a ouvert un nouveau domaine de la coopération: les innovations et les hautes technologies. La Russie et l'Azerbaïdjan pourraient partager beaucoup dans ce domaine, réunir leurs potentiels pour assurer un effet de synergie qui serait certainement très considérable. 

Question (adressé aux deux ministres): Lors d'un événement récent de haut niveau de l'OTSC, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a appelé les pays du bloc à ne pas vendre d'armes à l'Azerbaïdjan. Évidemment, cela concerne avant tout la Russie qui a des liens très étroits avec l'Azerbaïdjan dans le domaine militaire et technique. Comment pouvez-vous commenter cet appel? Sera-t-il entendu par les pays membres?

Sergueï Lavrov: Je peux seulement souligner que la coopération militaire et technique est un domaine important de notre partenariat stratégique avec l'Azerbaïdjan. Nous le développons de manière absolument transparente et conforme aux normes du droit international, aux législations de l'Azerbaïdjan et de la Fédération de Russie, ainsi qu'en tenant complètement compte de l'équilibre formé dans la région et qui est important pour maintenir sa stabilité.

Question (adressé aux deux ministres): J'ai participé aux récentes visites "croisées" de journalistes azerbaïdjanais et arméniens. Je me suis rendu il y a deux semaines à Erevan, sur les territoires occupés de l'Azerbaïdjan. Quelle est votre estimation concernant cette initiative d'échange de journalistes? Est-ce qu'une rencontre entre les communautés azerbaïdjanaise et arménienne du Haut-Karabakh serait, selon vous, utile pour le règlement du conflit sur ce territoire?

Sergueï Lavrov: La Russie a fait partie des auteurs de l'initiative sur les visites réciproques de représentants des médias. Au début de l'année, suite au sommet de Vienne, Moscou a accueilli une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan, de l'Arménie et de la Russie en présence des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE. Elle a permis de concerter un document non officiel mais tout à fait concret indiquant que nous soutenions tous l'établissement d'échanges humains. Cela concerne également la résolution du problème des morts et des détenus. Le texte a mentionné les contacts entre les journalistes, entre les gens en principe. A mon avis, c'est très important, car n'importe quelle décision devra être prise par les habitants de ces terres: en Azerbaïdjan, en Arménie ou dans le Haut-Karabakh. Plus étroite sera la communication entre les gens et plus objective sera la couverture médiatique des événements des deux côtés de la ligne de contact, plus faciles et plus durables seront les ententes que nous espérons obtenir. Je soutiens absolument le rétablissement des contacts entre les communautés du Haut-Karabakh, qui ont existé à une certaine étape pour être ensuite gelés. Il s'agit d'un sujet très prometteur car, en fin de compte, c'est la population du Haut-Karabakh qui devra décider de son avenir.  

Question (adressée à Elmar Mamediarov): Vous devriez vous entretenir avec votre homologue arménien en marge de la prochaine réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE à Bratislava. Qu'attendez-vous de la future rencontre? Ferez-vous une déclaration commune suite à cet entretien?

Sergueï Lavrov (ajoute après Elmar Mamediarov): On envisage d'organiser à Bratislava non seulement des rencontres entre les ministres des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, mais aussi un entretien des deux ministres avec les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE. En ce qui concerne l'adoption éventuelle de tel ou tel texte, nous tentons tous les ans de fixer sur le papier,  lors des réunions du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE, notre attachement aux principes fondateurs qui ont été adopté par les parties il y a longtemps mais maintiennent toujours leur viabilité et leur actualité. Si possible, nous voudrions adopter une déclaration à cinq (les deux ministres des Affaires étrangères - azerbaïdjanais et arménien - et les trois ministres coprésidents). Si cela était impossible pour telle ou telle raison, les trois coprésidents fixeraient dans tous les cas leur position sur le papier. Mais j'espère que cela sera une déclaration à cinq.

Question: A votre avis, existe-il un potentiel de croissance du nombre des entreprises mixtes en Russie et en Azerbaïdjan?

Sergueï Lavrov: Il existe certainement. Il y a ici 956 entreprises à capitaux russes: il s'agit soit de sociétés complètement russes, soit d'entreprises mixtes. Ces dernières constituent la majorité. Comme les milieux d'affaires des deux pays développent des projets sérieux et soutenus activement par les gouvernements (nous lancerons de nouveau projets dans le domaine des innovations et des hautes technologies), je pense que le nombre d'entreprises mixtes ne cessera de croître.     

 

 

 

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