27 novembre 201916:44

Allocution de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à l'Académie diplomatique du Ministère des Affaires étrangères du Kirghizistan, et réponses aux auditeurs et au corps professoral, Bichkek, 27 novembre 2019

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Chère madame Adamkoulova,

Chers collègues et amis,

Je voudrais dire avant tout que c'est un grand honneur pour moi de recevoir le titre de "professeur émérite" de l'Académie diplomatique du Ministère des Affaires étrangères du Kirghizistan. Je sais que plusieurs personnes célèbres ont eu cet honneur et, bien évidemment, il est flatteur pour moi d'en faire partie, tout en sachant que notre grand écrivain commun, Tchinguiz Aïtmatov, le grand fils du peuple kirghiz, a également été proclamé "professeur émérite". Je suis sincèrement reconnaissant pour cette marque d'attention.

Cette dernière n'aurait pas eu lieu d'être si nous n'essayions pas ensemble de promouvoir nos intérêts, de préparer la jeune génération à défendre le développement de nos peuples et pays, et d'assurer un environnement le plus favorable possible. Un tel intérêt est naturel pour chaque État, nous le souhaitons tous. C'est une condition inaliénable pour un développement pacifique, stable et sûr de tout pays. A cet égard, je constate avec satisfaction que la Russie et les pays d'Asie centrale ne sont pas simplement de bons voisins, mais également des partenaires à l'épreuve du temps. Nos peuples sont liés par une histoire commune séculaire, un patrimoine culturel, et, surtout, des sentiments d'amitié et la sympathie réciproque.

La politique russe en Asie centrale est dénuée d'agendas cachés et de doubles standards. Nous ne percevons pas cette région à travers le prisme de la lutte géopolitique, comme une arène de jeux à somme nulle. Nous ne plaçons pas ses pays devant un choix artificiel "avec ou contre nous". Nous ne politisons pas l'aide et le soutien que nous accordons aux pays de la région. Nous construisons la coopération avec tous les pays d'Asie centrale sans exception sur la base solide du droit international, les principes d'équité, de respect réciproque et de recherche d'un équilibre des intérêts. Cette philosophie est également insufflée au format "Asie centrale plus Russie" (5+1) lancé avec succès et dans le cadre duquel se sont déjà tenues deux réunions informelles au niveau des ministres des Affaires étrangères du "quintet" centre-asiatique et de la Fédération de Russie.

Nous n'approuvons pas les actions des acteurs extérieurs à la région qui tentent, dans le cadre de la théorie archaïque du "grand jeu", d'influencer la ligne des États de la région en politique étrangère dans le sens désiré, d'imposer à ses peuples des recettes, des modèles de développement et de conduite. Le triste exemple de l'Ukraine montre jusqu'où peut conduire une telle politique. Ce pays, qui a été forcé à faire un faux choix entre l'Europe et la Russie, a été victime d'un coup d’État provoqué de l'extérieur, il s'est retrouvé sous une gouvernance extérieure sous le régime précédent et a été rejeté loin en arrière, a été privé d'une très puissante base industrielle. Il faudra encore régler le conflit dans le Donbass, surmonter la très profonde division au sein de la société ukrainienne. En tant que membre du Groupe de contact et du "quartet Normandie" la Russie fera tout pour aider à surmonter la crise ukrainienne intérieure sur la base de la mise en œuvre à part entière des Accords de Minsk.

Nous menons la politique de la Russie sur tous les axes uniquement dans un sens constructif. Dans le cadre de la coopération avec les partenaires d'Asie centrale ont été créées et fonctionnent avec succès plus de 10.000 entreprises nationales et conjointes, qui contribuent réellement au développement de leur économie. Les investissements russes dans la région avoisinent 20 milliards de dollars. Plus de 4 millions de citoyens des pays d'Asie centrale travaillent en Russie, ce qui constitue également un apport conséquent à leur PIB.

Nous continuons de contribuer à la modernisation de l'infrastructure et du secteur social des partenaires d'Asie centrale. Depuis 2008, le total de notre aide gratuite a dépassé 6 milliards de dollars aussi bien via les canaux bilatéraux que les institutions multilatérales. Dans nos relations en la matière avec le Kirghizistan, nous avons alloué, via le Programme alimentaire mondial de l'Onu, plus de 70 millions de dollars. Le montant total des subventions russes pour soutenir le budget public kirghiz s'élève à 311 millions de dollars en sept ans. L'an dernier, la Russie a entièrement annulé la dette du Kirghizistan qui s'élevait à 240 millions de dollars.

Via le Fonds fiduciaire Russie-Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) sont réalisés des projets spéciaux dans le domaine hydro-écologique dans votre pays, ainsi qu'au Tadjikistan et en Ouzbékistan. Nous sommes prêts à poursuivre cette coopération, notamment par l'activité de soutien, de contribution et de conseil sur les questions relatives à l'utilisation de l'eau dans la région.

Les systèmes de transport étroitement liés de la Russie et des pays d'Asie centrale sont un autre facteur unificateur important. Cela permet, pour notre profit commun, de développer des itinéraires internationaux Est-Ouest et Nord-Sud en utilisant des normes techniques garantissant l'unité du système de transport de la CEI.

Le renforcement de l'espace socioculturel commun est également dans l'intérêt général. Des établissements supérieurs et secondaires conjoints fonctionnent dans la région, la représentativité des universités russes s'élargit. En particulier, un travail est mené pour ouvrir une filiale de l'Université d’État Lomonossov de Moscou dans votre pays. Près de 170.000 citoyens d'Asie centrale suivent leurs études dans les établissements supérieurs russes, dont près de 60.000 avec une bourse du budget fédéral russe.

Au niveau du Ministère de la Défense et des services spéciaux, nous favorisons le renforcement du potentiel de défense de nos alliés et de nos partenaires à l'OTSC et à la CEI, soutenons la consolidation de la sécurité des frontières et la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogues et la criminalité transfrontalière, formons les collaborateurs des structures de force. Le niveau élevé de coordination a été clairement démontré lors des exercices stratégiques de commandement et d'état-major de l'OTSC "Centre 2019" et "Fraternité inébranlable 2019". Les bases militaires russes au Kirghizstan et au Tadjikistan restent un facteur important de la sécurité régionale.

Qui plus est, nous coopérons activement avec nos amis d'Asie centrale à l'UEEA et l'OCS. 

Aujourd'hui, l'Union économique eurasiatique, dont le PIB dépasse 2 200 milliards de dollars et dont le marché représente plus de 182 millions de consommateurs, fait partie intégrante du paysage global. Des marchés communs de marchandises, de services, de capitaux et de main-d'œuvre fonctionnent déjà. Les échanges entre les États de l'union et avec les pays tiers ne cessent de croître. L'approfondissement de l'intégration favorise l'augmentation du niveau de vie des citoyens. Les avantages de l'UEEA attirent l'attention des États d'Asie centrale qui n'en sont pas membres.

Sur la plateforme de l'OCS, nous travaillons conjointement à la garantie de la sécurité, au renforcement des liens commerciaux et économiques, au développement de l'infrastructure de transport, à l'harmonisation des stratégies nationales de développement et des processus d'intégration sur tout le continent eurasiatique.

Dans le monde d'aujourd'hui, caractérisé par une concurrence aiguë, il est nécessaire d'exploiter au maximum les avantages stratégiques évidents de notre région commune. Dans ce contexte, le Président russe Vladimir Poutine a lancé l'initiative de former un Grand partenariat eurasiatique réunissant les pays de l'UEEA, de l'OCS, de l'ASEAN et d'autres États intéressés d'Asie et d'Europe. Le travail dans ce domaine a déjà été lancé, notamment via la concertation des projets de développement de l'UEEA et de l'initiative chinoise "La Ceinture et la Route". L'accord de coopération commercial et économique entre l'UEEA et la Chine est entré en vigueur il y a un mois, le 25 octobre dernier.  

Non seulement le progrès dans tous ces domaines favorisera le développement complexe de nos États, mais permettra aussi de poser un fondement à la construction d'un espace de paix, de stabilité, de sécurité égale et indivisible dans l'immense espace eurasiatique de Lisbonne à Djakarta.

Chers amis,

L'année prochaine sera marquée par les 75 ans de la Victoire de la Grande Guerre patriotique. Nous serons ravis de voir la délégation de la République du Kirghizstan parmi les participants aux commémorations du 9 mai 2020 à Moscou. Ce sont les peuples de l'ancienne URSS qui ont apporté une contribution décisive à la défaite du nazisme, ont sauvé la civilisation des horreurs de la "peste brune" au prix d'efforts colossaux et de millions de victimes. Notre victoire commune a formé les bases juridiques de l'ordre mondial contemporain, incarnées dans la Charte de l'Onu. Nous sommes unis dans notre rejet des tentatives de réviser le bilan de la Seconde Guerre mondiale, de falsifier l'histoire. En préservant la mémoire de l'exploit héroïque de nos ancêtres, nous poursuivrons de manière cohérente nos efforts collectifs visant la prévention de guerres et des conflits dans notre région et dans le monde entier.  

Notre intérêt commun est d'utiliser au maximum - en nous appuyant sur l'expérience commune accumulée - le potentiel des relations entre la Russie et les pays d'Asie centrale pour le bien de nos citoyens. Je suis certain que les futurs diplômés de l'Académie diplomatique du Ministère kirghiz des Affaires étrangères contribueront à ce travail où qu'ils se trouveront.

Question: L'adhésion de l'Ouzbékistan à l'Union économique eurasiatique (UEE) est-elle une adhésion à tous les accords en vigueur au sein de l'UEE ou y a-t-il des conditions particulières?

Sergueï Lavrov: La Russie ne peut pas s'exprimer individuellement sur ce sujet. Il y a l'UEE, les pays qui en sont membres à part entière. L'UEE est ouverte. Toute requête, de l'Ouzbékistan ou d'un autre pays, doit être examinée par les organes qui assurent l'activité de l'UEE. Il s'agit du Conseil économique suprême, de la Commission de l'UEE, des structures intergouvernementales. Nous souhaitons que tous les pays, particulièrement ceux qui nous sont proches, avec qui nous vivons côte à côte depuis des siècles, qui ont existé pendant une longue période dans le cadre d'un État commun, prêtent attention à notre expérience. Il est possible d'obtenir le statut d'observateur à l'UEE. Par exemple, la République moldave a profité de cette opportunité. Cela n'implique aucun engagement à cette étape, mais permet de mieux se familiariser avec le travail de l'UEE et de comprendre quels avantages promet l'union des efforts dans le cadre des processus d'intégration. Je pense que cela ne devrait poser aucun problème parce que dans tous les cas, si un pays dépose une requête pour adhérer à l'UEE, des négociations doivent être menées en s'appuyant sur les documents statutaires approuvés de l'UEE.

Question: Quelles sont les chances réelles que l'Académie de l'OTSC ouvre ses portes au Kirghizistan?

Sergueï Lavrov: Là encore, il faut s'adresser aux membres de l'Organisation. Il existe de nombreuses structures dans notre espace commun, notamment créées dans le cadre de l'OTSC, de la CEI, de l'OCS, de l'Onu. Il existe le Centre de diplomatie préventive qui se situe au Turkménistan. Il existe la Structure antiterroriste régionale auprès de l'OCS que nous voulons pas tant réorienter que rendre plus globale, inclure au mandat de cette structure non seulement la lutte contre les menaces terroristes, mais également le trafic de stupéfiants et d'autres défis actuels du crime organisé. Il y a déjà une concurrence pour l'emplacement de ce nouveau centre ou la création d'une filiale supplémentaire. Je comprends que c'est probablement intéressant et prestigieux d'être le pays-hôte de la structure d'une organisation internationale. Mais il faut peser les pour et les contre, l'aspect financier de l'affaire, comprendre dans quelle mesure tel ou tel emplacement géographique sera optimal du point de vue des tâches actuelles. Honnêtement, je n'ai pas entendu que la question de la création de l'Académie de l'OTSC était entrée dans une phase pratique, mais tout pays a le droit d'apporter des propositions concrètes. Je peux vous assurer que nous les examinerons de manière constructive, chercherons des ententes mutuellement acceptables, un consensus.

Question: Les tâches et les objectifs de l'UEE et ceux de l'initiative "La Ceinture et la Route" sont-ils compatibles? Pourquoi cette initiative n'a-t-elle pas été largement approuvée en Russie?

Sergueï Lavrov: Vous posez la question comme si vous connaissiez déjà la réponse. Je ne dirais pas que l'initiative "La Ceinture et la Route" n'a pas été largement approuvée en Fédération de Russie. Dans l'introduction, j'ai mentionné le travail intensif pour combiner les processus à l’œuvre dans le cadre de l'UEE et de l'initiative chinoise "La Ceinture et la Route". Dans les deux cas il est possible d'étudier et de perfectionner les questions relatives à l'infrastructure de transport, la logistique. Les corridors qui seront créés et perfectionnés entre l'Est et l'Ouest de notre continent eurasiatique profiteront aux pays d'Asie centrale. La Chine a proposé au Kirghizistan de construire une route en Ouzbékistan via le territoire kirghiz. Ce projet est actuellement à l'étude. Lors de l'examen de telles initiatives, il est important pour nous de tenir compte des objectifs de développement de l'économie kirghize. Nous pensons qu'une telle route ferroviaire doit relier au maximum les zones d'habitation de votre pays et pas simplement traverser une zone inhabitée, parce que cela ne contribuerait pas au développement économique de territoires où ces rails seraient posés. Le processus est en cours. C'est un exemple parmi d'autres de la combinaison de ces opportunités. Je suis certain qu'une solution commune sera trouvée à partir des principes sur lesquels repose le système de transport de l'UEE et de la CEI.

En principe, il n'existe aucune contradiction entre ce que nous faisons dans le cadre de l'UEE et la proposition de la Chine. Bien sûr, il existe un grand avantage à l'utilisation des capacités financières chinoises, de l'expérience chinoise dans la création de plusieurs entreprises modernes et efficaces, de la réalisation de projets d'infrastructure. Le plus important est qu'il existe une compréhension totale au niveau des dirigeants de l'UEE, y compris la Russie et le Kirghizistan, d'une part, et la Chine, d'autre part, que ces projets seront harmonisés et que ce sera le critère principal dans toutes les actions pratiques. Il existe une compréhension claire qu'entre eux il ne doit y avoir aucune approche concurrentielle. L'accord de coopération économique entre l'UEE et la Chine, que j'ai mentionné, apporte sa pierre à l'édifice du projet de Grand partenariat eurasiatique dont a parlé le Président russe Vladimir Poutine. Car le continent eurasiatique englobe également les pays de l'ASEAN. Beaucoup d'entre eux sont des États continentaux, il existe également des États insulaires, mais cela fait partie de notre continent commun. Les pays de l'UE et d'autres pays européens hors UE se situent également sur le continent eurasiatique. Il n'y a aucune contre-indication à la possibilité d'établir des liens et partir "de la vie" entre tous ces projets et structures régionaux sans nuire aux engagements sur chacune des associations régionales. Ne pas simplement fixer un objectif concret en rangeant tout sur les étagères, mais partir "de la vie" et voir où il est bénéfique d'unir nos efforts. C'est cette approche qui est appliquée aujourd'hui dans les relations entre l'UEE et la Chine. Je pense que c'est la seule qui soit juste.

Question: En 2020, nous célébrerons le 75e anniversaire de la Victoire. Quelles activités conjointes seront organisées par la Fédération de Russie et la République du Kirghizistan pour rendre hommage à ceux qui ont apporté une grande contribution à notre Victoire?

Sergueï Lavrov: Au sein de la CEI et de l'OTSC une grande liste d'activités a été approuvée. Demain, au sommet de l'OTSC, une attention supplémentaire sera également accordée à ce sujet. Une décision a été prise dans le cadre de la CEI de frapper une médaille commémorative pour tous les vétérans selon le nombre de requêtes déjà déposées de chaque pays. Cela sera fait dans une atmosphère solennelle, dans chaque pays. J'espère que le 9 mai prochain à Moscou, pendant le défilé avec la participation d'hôtes étrangers, nous rendrons dignement hommage à la contribution de tous les vétérans sur le front et à l'arrière, et nous inculquerons toujours le respect envers cet acte héroïque chez la jeune génération.

Question: Que pensez-vous des perspectives de socialisation des migrants de travail en Fédération de Russie?

Sergueï Lavrov: Cela dépend avant tout des migrants de travail eux-mêmes. S'ils souhaitent travailler en Russie, il y a plusieurs démarches à entreprendre, notamment l'apprentissage des réalités russes, du système juridique russe, de la langue russe. Il m'est très agréable de voir qu'au Kirghizistan la langue russe est traditionnellement utilisée à un très haut niveau. Il a été proposé que la Russie contribue à la réorientation et à l'amélioration des acquis des enseignants. Nous nous occupons actuellement d'un tel programme, nous le perfectionnerons. Bien sûr, les migrants se socialisent à travers le milieu linguistique s'ils s'y sentent à l'aise.

Le deuxième facteur important est le respect de la loi. Malheureusement, dans toute diaspora migratoire de travail, on constate des délits. Il faut mener un travail préventif également dans le pays d'origine des migrants de travail qui partent en Russie. La Direction générale de la migration du Ministère russe de l'Intérieur organise avec ses collègues des séminaires de formation pour ceux qui souhaitent partir en Fédération de Russie de manière organisée. Les destinations organisées sont toujours plus fiables pour l'individu lui-même parce qu'en partant à ses risques et périls il peut se retrouver dans une situation illégale, quand le salaire est versé d'un cas à l'autre, voire quand le passeport est saisi. C'est pourquoi une sélection organisée et la seule voie fiable.

Question: Que pensez-vous de la perspective d'introduction d'une monnaie commune dans le cadre de l'UEE?

Sergueï Lavrov: Il ne faut pas devancer les événements. L'UEE a des plans concrets d'approfondissement de l'intégration, notamment la création de marchés communs, allant jusqu'à un marché commun des hydrocarbures. A l'heure actuelle, une attention particulière est accordée au perfectionnement des paiements monétaires avec un accent sur l'usage renforcé des monnaies nationales des pays de l'UEE. Ces objectifs sont mis en œuvre à l'étape actuelle. Si, à un moment donné, les pays membres souhaitaient évoquer la possibilité que vous avez mentionnée, cela serait discuté.

Question: Quelle option est, selon vous, la plus convenable pour résoudre la situation concernant les sanctions de l'Occident contre la Russie? Comment cette question se reflétera-t-elle sur les pays alliés de la Russie?

Sergueï Lavrov: Le meilleur moyen de mettre fin à cette situation anormale est de renoncer aux ambitions impériales, aux habitudes héritées des siècles passés de dicter sa volonté et d'être le juge de tous et de tout.

Comme vous le savez, les sanctions ont été introduites sous le prétexte des événements en Ukraine. Nos collègues occidentaux nous disent actuellement que nous devons faire quelque chose sur l'Ukraine, mettre en œuvre les Accords de Minsk pour qu'ils puissent, soulagés et heureux, commencer à lever les sanctions. Mais nous ne pouvons pas mettre en œuvre ces accords car ils ne mentionnent même pas la Russie. En tant que membre du format Normandie qui réunit également l'Ukraine, l'Allemagne et la France, la Russie a créé le cadre constituant la base des Accords de Minsk. Ces derniers prévoient la résolution de toutes les questions par la voie de négociations directes entre Kiev, Donetsk et Lougansk. Cela dépend avant tout des parties qui s'affrontent à l'Est de l'Ukraine. L'ancienne administration ukrainienne, le régime précédent, soulignait qu'il ne participerait jamais aux négociations directes avec Donetsk et Lougansk. Quant à la nouvelle administration du Président ukrainien Vladimir Zelenski, elle a aussi tenu des propos similaires et lancé des déclarations qui non seulement remettent en question sa volonté de respecter les Accords de Minsk, mais signifient pratiquement son refus de le faire. Tout cela sera évoqué lors du sommet du format Normandie le 9 décembre prochain à Paris. Cette date a été confirmée. Je pense que le Président ukrainien Vladimir Zelenski devra y présenter très concrètement sa vision de ses actions concernant la mise en œuvre des Accords de Minsk. Ce texte n'a aucune alternative. Ce fait est confirmé par tous nos partenaires, y compris par l'UE et les États-Unis. C'est l'essentiel.

Lors de nos contacts actuels avec les Européens, ces derniers nous chuchotent qu'il nous faut d'abord faire quelque chose pour qu'ils puissent faire un pas ensuite. Mais nous leur indiquons tout le temps les origines de la crise ukrainienne. Ils préfèrent examiner le problème ukrainien à partir du moment où la majorité écrasante des habitants de la Crimée a choisi, dans le cadre d'un référendum libre, la réunification avec la Russie, le retour à la Fédération de Russie. La Russie a naturellement accueilli le peuple de la Crimée et de Sébastopol dans son "havre natal", comme l'a dit Vladimir Potuine.

Tout le monde connaît les raisons de ces événements. Un coup d'État a eu lieu en Ukraine en février 2014. La première initiative des putschistes qui ont pris le pouvoir a été d'annuler la loi garantissant les droits de la minorité russophone, ainsi que des autres minorités nationales. Le même groupe de personnes s'étant emparées du pouvoir soulignait qu'il fallait chasser les Russes de Crimée, car ils ne parleraient jamais l'ukrainien, ne penseraient jamais en ukrainien et n'honoreraient jamais les héros de l'Ukraine: on évoquait ouvertement Bandera, Choukhevitch et d'autres collaborateurs nazis. Tout cela ne se limitait pas aux paroles: on envoyait en Crimée des "trains d'amitié" remplis de combattants bien armés. On a constaté une tentative directe de prise de contrôle du bâtiment du Conseil suprême de l'ancienne République autonome de Crimée. Dans tous les cas, nos collègues européens préfèrent, pour une certaine raison, ne pas parler de l'évolution de la situation, du coup d'État suivi par une politique ouvertement russophobe des putschistes.

Le coup d'État a eu lieu le 22 février, le lendemain de la signature de l'accord de règlement du conflit entre le président ukrainien de l'époque Viktor Ianoukovitch et l'opposition. Ce texte avait été paraphé par les ministres des Affaires étrangères de l'Allemagne, de la Pologne et de la France. Nous demandons à nos partenaires pourquoi ils n'avancent aucune estimation de cette situation qui les a absolument dévalués, quand leurs signatures valaient moins que le papier sur lequel elles avaient été apposées. Ils répondent par un silence honteux. Je ne le dis pas pour commencer à creuser dans le passé. Mais on ne peut pas l'oublier. Quand tous nos collègues occidentaux prennent le parti de Kiev dans son conflit avec le Donbass, ils oublient également qu'ils soutiennent l'opération considérée comme "antiterroriste". Son nom a été changé, mais on l'avait baptisée initialement comme "antiterroriste". Même si on n'avait enregistré aucun acte de terrorisme de la part des habitants de Donetsk et de Lougansk. Personne n'a rien fixé de ce genre ni ne peut avancer aucune preuve. Qui plus est, après le coup d'État, l'Est de l'Ukraine a tout simplement dit qu'il ne reconnaissait pas les actions des putschistes et a demandé de le laisser tranquille. Ces régions voulaient tout simplement comprendre ce qui se passerait ensuite, elles n'ont attaqué personne, n'ont pas déployé leurs forces armées sur le territoire du reste de l'Ukraine. Elles ont tout simplement demandé aux auteurs de cette action anticonstitutionnelle de les laisser tranquilles pour un temps. Mais on les a proclamées "terroristes". Quand nous rappelons cela à nos amis européens, ils refusent également de donner leurs estimations sur ces événements. Voilà ce qu'il en est.        

Les sanctions ont été introduites parce que nous n'avons pas pu abandonner dans la misère le peuple russe et tous les autres peuples de la Crimée qui y cohabitent avec les Russes, parce que nous les avons protégés contre des menaces directes. Aujourd'hui la situation en Crimée est calme, la péninsule se développe. Venez et regardez tout vous-mêmes. De plus en plus de parlementaires et de politiciens occidentaux apprennent par eux-mêmes que toutes les affirmations sur une catastrophe terrible en matière de droits de l'homme en Crimée sont des fantasmes fous.

La même chose concerne la nécessité de garantir absolument dans le Donbass la sécurité, les droits de la langue russe et les autres droits fixés par les Accords de Minsk. Je vous ai donc présenté une longue explication historique indiquant que les sanctions européennes et américaines (nous parlons actuellement de l'Europe) étaient liées aux événements qui avaient suivi le coup d'État, avaient été une réaction à ce dernier. Et nos partenaires occidentaux ne peuvent rien dire sur le fait qu'ils ont silencieusement "avalé" cette situation, ne peuvent présenter aucune explication. Je voudrais cependant conclure par un élément positif: les Accords de Minsk existent, personne ne les nie et il faut les mettre en œuvre. Ce consensus est partagé par tout le monde, y compris par les Européens. On verra si la rencontre du 9 décembre à Paris confirme les espoirs que beaucoup de personnes associent à cet événement.   

Question: Cette année marque le 27e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Russie et le Kirghizistan. Quelle sont aujourd'hui les priorités dans les relations entre les deux pays?

Sergueï Lavrov: Nous avons des relations très étroites dans tous les domaines de la communication humaine. Cela concerne l'économie, y compris les projets bilatéraux (ils sont nombreux) et le développement des liens économiques dans le cadre des processus d'intégration en UEE. Cela concerne aussi la défense et la sécurité. Via les canaux bilatéraux nous menons également plusieurs programmes, notamment pour assurer l'opérationnalité des forces armées kirghizes, et pour la formation de cadres pour le Ministère de la Défense, les structures de force. C'est nécessaire pour combattre le terrorisme et les itinéraires du trafic de stupéfiants qui, malheureusement, persiste dans la région et est alimenté par les problèmes non résolus en Afghanistan. C'est aussi la culture, les liens sociaux, les échanges éducatifs. Pratiquement tout ce que font les gens dans leur vie.

Nous avons des relations d'alliés, de partenaires stratégiques. Je pense qu'à l'étape actuelle elles sont très mûres. Le Président russe Vladimir Poutine s'entretiendra demain avec le Président kirghiz Sooronbay Jeenbekov. En marge du sommet de l'OTSC ils "remettront les pendules à l'heure" et évoqueront la mise en œuvre des consignes découlant de leurs ententes conclues durant les sommets précédents. Dans nos actions, nous nous référerons à ces consignes.

Question: La géographie de l'UEE s'élargit activement ces derniers temps. Dans ce sens, la création d'une zone de libre-échange avec l'Iran semble être une décision intéressante. Quelles seront les possibilités de l'Iran dans l'espace de l'UEE? Comment cela aidera-t-il l'Iran à se remettre des effets négatifs des sanctions occidentales?

Sergueï Lavrov: Ce sont avant tout nos collègues et voisins iraniens qui doivent y penser en calculant leur profit des différents accords avec les partenaires extérieurs. L'UEE développe assez activement ses relations avec les pays tiers. Des accords de libre-échange ont déjà été signés avec le Vietnam, Singapour, et d'autres pays membres de l'ASEAN sont en attente. L'ASEAN, en tant qu'association internationale, souhaite également entamer de telles négociations. Un accord a été signé avec la Serbie. Il existe un accord intermédiaire avec l'Iran, qui est un pas vers un accord à part entière sur une zone de libre-échange. Israël est intéressé et il est déjà entré en contact avec la Commission économique eurasiatique. Les pays de la région latino-américaine et l’Égypte témoignent d'un grand intérêt pratique. C'est un processus très prometteur permettant de tirer un maximum de profit mutuel en unissant les efforts, en levant les barrières commerciales et tarifaires, entre autres.

Ceci étant dit, les pays de l'UEE, à ce que je sache, évaluent les risques éventuels de la création d'une zone de libre-échange et cherchent toujours à s'entendre avec les pays avec lesquels cela peut être fait de manière mutuellement bénéfique, et non en créant des menaces pour nos propres marchés et producteurs de produits et services. Je pense que les Iraniens ont assez concrètement calculé tous les avantages qu'ils obtiendront d'une zone de libre-échange. En toute circonstance, la facilitation des liens commerciaux avec les partenaires traditionnels grâce à la levée des barrières sera bénéfique pour l'économie de l'Iran et de tout autre pays qui s'engagerait dans de telles relations avec l'UEE. A noter que dans ce cas également un accent est mis sur les paiements en monnaies nationales afin de contourner tous les canaux liés au dollar, car il a prouvé son inefficacité et sa dépendance des fluctuations conjoncturelles et politiques à Washington.

Question: On sait que la stratégie des États-Unis vise à contenir la Chine et à réduire l'influence de la Russie directement dans les pays d'Asie centrale. Nous voyons que ces derniers temps, les acteurs s'impliquent de plus en plus dans le "grand jeu" autour de l'Asie centrale. Comment voyez-vous le renforcement du rôle de la Russie à travers le prisme des événements actuels au Moyen-Orient: le conflit israélo-palestinien, le dossier syrien, l'éventuel débordement des foyers de conflit au Nord de l'Afghanistan - le renforcement de l'activité terroriste plus près des frontières de l'Asie centrale? Quelle va être la stratégie principale de la politique étrangère de la Russie par rapport aux pays d'Asie centrale dans ces conditions? Certains pays d'Asie centrale ne sont pas membre de l'OTSC ou de l'UEE. Des tendances indiquent que les États-Unis travaillent sur le dossier afghan avec de grands pays d'Asie centrale comme l'Ouzbékistan.

Sergueï Lavrov: Cela fait longtemps que les États-Unis travaillent avec tous les pays d'Asie centrale. Sachant que quand un grand nombre d'individus est impliqué dans ces processus, il est impossible de garder le secret. Nous savons que l'approche que nos collègues américains adoptent vis-à-vis de l'Asie centrale, malheureusement, est celle d'un jeu à somme nulle - "soit l'un soit l'autre". Nous savons qu'ils dissuadent directement les pays d'Asie centrale de développer des relations avec la Russie, alors que la plupart d'entre eux sont nos alliés militaro-politiques. Nous ne l'avons jamais fait. Au contraire, nous pensons que l'Asie centrale, comme toute autre région, ne doit pas devenir une arène de confrontation entre les grands États, que ce soit le Moyen-Orient, la Syrie, la Libye, l'Afghanistan, le Yémen, etc. Il est toujours possible de trouver des possibilités pour coopérer avec tel ou tel pays pour un bénéfice mutuel, en promouvant ses intérêts sans essayer de porter atteinte aux intérêts légitimes de ce même pays à développer sa coopération avec d'autres partenaires.

Malheureusement, les États-Unis mènent une telle ligne. Elle ne se manifeste pas seulement à l'égard du Kirghizistan. Washington la mène avec pratiquement tous nos partenaires étrangers en Asie, en Amérique latine, en Afrique. Nous attirons l'attention de nos collègues américains sur ce point quand nous les rencontrons. Nous pensons que c'est incorrect, que nous devons coopérer. Dans plusieurs domaines une telle coopération se développe, notamment en Syrie, bien que les États-Unis et leur coalition se trouvent illégalement sur le territoire du pays. Mais nous ne voulons pas de problèmes inutiles pour le peuple syrien. Nous ne voulons pas créer de menace pour nos militaires qui y travaillent à la demande du gouvernement légitime, apportent leur aide dans la lutte contre le terrorisme et pour assurer la stabilité. Il existe un canal entre les militaires russes et américains, qui fonctionne professionnellement et prévient le risque d'incidents non prémédités.

Plus concrètement, nous travaillons également avec les États-Unis sur l'Afghanistan. Il existe le format Russie-États-Unis-Chine, auquel a adhéré le Pakistan. Ce format étudie les démarches pratiques permettant de faire avancer le dialogue entre  tous les Afghans, de créer les conditions pour des négociations directes entre le gouvernement et les talibans. Cette question est très complexe, il y a des nuances. Du moins, la conversation en ce sens se déroule assez positivement, honnêtement.

Dans bien d'autres cas, les États-Unis refusent de coopérer. Leur nouvelle mode aujourd'hui est de nous accuser de tous les péchés par rapport à la Libye. Alors que les États-Unis tentent de rencontrer exactement les mêmes personnes que celles avec lesquelles nous travaillons. Ils refusent d'en rencontrer d'autres. Pratiquement dans toutes les crises, notamment au Moyen-Orient et partout ailleurs où nous participons d'une manière ou d'une autre aux efforts politiques, la Russie est en contact avec toutes les parties sans exception. Nous n'essayons pas d'isoler un acteur, de miser sur une force politique intérieure, de faire pression sur les adversaires. Au contraire, nous appelons tout le monde à s'asseoir à la table des négociations et à chercher des solutions.

C'est le cas pour toutes les solutions, y compris le conflit israélo-palestinien. Malheureusement, les États-Unis font tout pour saper et détruire la base juridique internationale de ce long conflit israélo-arabe, qui a déjà été approuvée à l'unanimité et revêt un caractère juridiquement contraignant. Par exemple, leur décision unilatérale de déménager l'ambassade des États-Unis à Jérusalem; la reconnaissance du plateau du Golan non pas comme occupé par Israël mais comme un territoire israélien séculaire; et les colonies israéliennes en Cisjordanie comme légitimes, alors que du point de vue de toutes les décisions du Conseil de sécurité de l'Assemblée générale des Nations unies elles sont illégitimes. C'est un pas direct vers l'approbation de l'annexion de ces territoires, ce qui tirerait un trait sur le processus de paix basé sur la solution à deux États - la création d'un État palestinien et d'un État israélien vivant côte à côte dans la paix et la sécurité entre eux et avec tous leurs voisins.

Cela reflète la ligne qui est stratégique pour les États-Unis et pour leurs alliés les plus proches. Ils ignorent systématiquement et sapent le droit international qui suppose des approches juridiquement contraignantes, universelles et convenues par tous (sous la forme de conventions, etc.). Ils n'emploient même pas le terme "droit international": ils parlent d'un "ordre mondial basé sur des règles". Cela semble être la même chose, mais dans la pratique il s'avère que les règles dont ils parlent sont inventées et adaptées au cas par cas. Puis ils les font passer pour la vérité de dernière instance et exigent de tous les autres de les remplir. Par exemple, dans le processus de paix israélo-palestinien, en paroles et en pratique, un trait a été tiré sur tout ce qui est lié à l'approche de ce problème basée sur le droit international. Ils ont remplacé tout cela par leurs propres règles: la situation autour de Jérusalem, le plateau du Golan, la Cisjordanie, etc.

Un deuxième exemple est celui du Plan d'action global commun (JCPoA) de règlement du dossier nucléaire iranien. Ce plan a été approuvé par une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu qui revêt un caractère obligatoire, et fait donc partie intégrante du droit international. Les États-Unis ont quitté cette entente. Ils ont non seulement renoncé à la mettre en œuvre, mais ont aussi interdit à tous les autres pays de commercer avec l'Iran, bien que la résolution du Conseil de sécurité de l'Onu et le JCPoA prévoyait directement que le commerce avec l'Iran représentait la contribution de la communauté internationale à la résolution de ce problème en échange du refus de l'Iran de mener de nombreuses activités dans le domaine de l'énergie nucléaire. Qui plus est, depuis leur retrait du JCPoA, les États-Unis interdisent aux autres pays de fournir à l'Iran ce qui lui est dû. Il s'agit d'un paradoxe, d'une autre règle imaginée et imposée à la place du droit international. Il y a beaucoup d'exemples similaires.

En ce qui concerne le Nord de l'Afghanistan, il ne s'agit même pas de la menace de l'apparition de mauvaises personnes: elles y sont déjà présentes - avant tout les combattants de Daech. Beaucoup de questions posées par nous et de nombreux leaders afghans, gouverneurs des provinces, restent toujours sans réponse. Des hélicoptères sans signes distinctifs se déplacent périodiquement vers le Nord depuis la partie centrale de l'Afghanistan. Il existe des suspicions qu'on y transfère des combattants et des armes. Nous posons des questions à ce sujet aux Américains qui contrôlent l'espace aérien. Toujours aucune réponse. Cela constitue également un exemple éloquent.

Nous avons de bons contacts en ce qui concerne la formation des conditions nécessaires pour le règlement politique, mais nous ne constatons toujours aucune réciprocité de la part de nos collègues américains en ce qui concerne la situation sur le terrain, l'identification des menaces terroristes concrètes ou des itinéraires du trafic de drogues. Nous ne nous intéressons pas à ces questions pour des raisons abstraites. Premièrement, si les terroristes s'installaient durablement dans le Nord de l'Afghanistan - il y en a déjà pleurs milliers - cela serait une menace. Ils ne dissimulent même pas leur volonté d'y créer une place d'armes afin de poursuivre leur expansion en Asie centrale. Nous voulons que nos alliés et la Russie se sentent sécurisés. Il n'existe pas de frontières entre nous: si les terroristes s'introduisaient en Asie centrale, dans un pays voisin de l'Afghanistan, cela nous affecterait tous. Cela souligne l'importance de toutes nos structures censées assurer la sécurité, avant tout l'OTSC. La réunion de demain examinera notamment les futures mesures de renforcement de nos frontières communes avec l'Afghanistan.

Question: Dans quels secteurs de l'économie constate-on le plus de progrès et de développement des relations russo-kirghizes? Quel secteur de l'économie mérite un développement prioritaire par nos pays?

Sergueï Lavrov: Il vaut probablement mieux poser cette question aux experts qui s'occupent directement de la coopération économique. Nous avons beaucoup de projets. Pour ma part, je voudrais souligner le domaine hydroélectrique. Il est important car il est assez sensible dans les relations entre les pays d'Asie centrale, les pays du cours supérieur et du cours inférieur. Tout le monde le sait.

Il y avait à l'époque soviétique beaucoup de projets et d'études scientifiques consacrés aux meilleurs moyens de réguler l'eau, notamment pour les besoins de l'agriculture et du secteur énergétique. Il nous semble que la participation des experts russes pourrait aider les pays d'Asie centrale à trouver des solutions optimales et à éviter des initiatives unilatérales suscitant des tensions assez sérieuses. Dans ce contexte, il existe la Fondation internationale pour le sauvetage de la mer d'Aral. La Russie a demandé il y a longtemps d'être acceptée en tant que pays observateur, mais tout le monde n'y est pas encore prêt. Je pense qu'il serait juste de faire un tel pas. De tenter de rechercher des solutions mutuellement acceptables de manière discrète, en utilisant l'expertise accumulée par notre pays à l'époque où nous faisions tous partie de l'URSS.  

 

 

 

 

 

 

 

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