8 novembre 201919:21

Allocution de Rinat Aliaoutdinov, directeur du Département de la coopération humanitaire et des droits de l'homme du Ministère russe des Affaires étrangères, lors du vote sur le projet de résolution de la Troisième Commission de la 74e session de l'Assemblée générale de l'Onu "Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée" (A/C.3/74/L.62), New York, le 7 novembre 2019

2292-08-11-2019

  • de-DE1 en-GB1 es-ES1 ru-RU1 fr-FR1

Monsieur le Président,

Malheureusement, la lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme reste d'actualité.

L'humanité fêtera bientôt une date importante: les 75 ans de la Victoire sur le nazisme, qu'on peut à juste titre considérer comme le patrimoine historique commun des États membres de l'Onu. Malgré le fait que le verdict du tribunal de Nuremberg a une fois pour toutes établi ceux qui avaient incarné les forces du Bien et du Mal lors de la Seconde Guerre mondiale, il existe toujours des personnes qui veulent remettre en doute ces grands accomplissements. Dans tous les cas, personne ne peut nier le fait qu'il s'agit d'une Victoire sur l'idéologie de suprématie raciale et la haine antihumaine. C'est une Victoire dont non seulement nous pouvons, mais devons être fiers. Il s'agit du patrimoine commun de toute la communauté internationale.

La Victoire dans la Seconde Guerre mondiale a permis de former le système moderne d'encouragement et de protection des droits de l'homme. Les textes fondateurs tels que la Déclaration universelle des droits de l'homme, les pactes internationaux sur les droits de l'homme ou la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, constituent la réponse des Nations unies aux crimes du nazisme, à la politique de répression complète de la dignité humaine. Cette Victoire a réuni les conditions pour la décolonisation, qui a ensuite transformé l'Onu en organisation réellement universelle.

Malgré ces faits évidents, on constate toujours des tentatives incessantes de nier, de revoir ou de falsifier directement notre histoire commune. Il ne s'agit pas du tout d'exercices académiques inoffensifs. On constate la volonté d'ouvrir la voie à la révision des fondements de l'ordre mondial contemporain, à la dilution des principes du droit et de la sécurité internationaux formés suite à la Seconde Guerre mondiale.

Nous voudrions souligner que le présent projet de résolution concerne des questions d'actualité relatives à la protection des droits de l'homme. Ainsi, dans le contexte de la crise migratoire globale, provoquée tout d'abord par la politique irresponsable d'ingérence dans les affaires intérieures des États souverains, on entend de plus en plus souvent une rhétorique raciste et xénophobe, des appels à se délivrer des immigrés et des "éléments étrangers". Qui plus est, ces propos se propagent sous couvert de slogans concernant la protection de la "liberté d'expression".

Nous sommes profondément préoccupés et révoltés par la guerre lancée dans certains pays contre les monuments en hommage à ceux qui ont combattu le nazisme et le fascisme. Ces dernières années, elle s'est transformée en véritable politique étatique renforcée par des mesures législatives correspondantes. On organise annuellement des défilés en hommage aux nazis et à leurs collaborateurs, des marches aux flambeaux des néonazis et des nationalistes rappelant les mêmes ramassis sous l'Allemagne d'Hitler. On continue d'humilier la mémoire de ceux qui ont péri dans la lutte contre le nazisme, notamment par l'ouverture de sites commémorant ceux qui ont combattu du côté des nazis ou ont collaboré avec ces derniers. On peut également souligner le changement de nom des rues, des places, des écoles et d'autres sites sociaux en l'honneur des collaborationnistes nazis.

Monsieur le Président,

Il est absolument inacceptable de glorifier ceux qui ont été impliqués dans les crimes nazis, notamment dans la réhabilitation des anciens membres de l'organisation SS, y compris de la Waffen-SS, reconnues comme criminelles par le tribunal de Nuremberg. Nous condamnons toutes les tentatives de transformer en héros nationaux et en héros de la libération nationale ceux qui ont combattu la coalition antihitlérienne ou ont collaboré avec les nazis. Il est dommage que les événements de ce genre se produisent souvent dans des pays qui ont été occupés par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale et dont les peuples héroïques ont considérablement contribué à la défaite du nazisme.    

Une telle alimentation des formes modernes de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d'intolérance liée à ces derniers est profondément préoccupante. Qui plus est, ces actions impliquent une responsabilité pénale conformément à l'article 4 de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Nous sommes convaincus que les actions de ce type sont incompatibles avec les engagements des États dans le cadre de la Charte de l'Onu.

Monsieur le Président,

Il y a près de 75 ans, nos pères et nos grands-pères ont réussi à dépasser leurs divergences et leurs contradictions idéologiques et politiques pour riposter au mal commun, au défi commun de toute l'humanité civilisée afin de libérer les générations suivantes des horreurs de la guerre. L'adoption de ce texte est notre devoir non seulement par rapport aux créateurs de l'Onu, mais aussi par rapport aux futures générations. Dans ce contexte, nous appelons tous ceux qui partagent ces aspirations à voter pour le projet de résolution soumis à votre attention.

Merci.     

 

x
x
Outils supplémentaires de recherche