8 novembre 201914:46

Allocution d'Alexandre Loukachevitch, Représentant permanent de la Russie, à la réunion du Conseil permanent de l'OSCE sur la situation en Ukraine et la nécessité de remplir les Accords de Minsk, Vienne, 7 novembre 2019

2283-08-11-2019

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Monsieur le Président,

La situation dans le Donbass, tout comme en Ukraine dans l'ensemble, évolue dans différentes directions. Malheureusement, les tendances alarmantes sont bien plus nombreuses que le peu de signaux positifs qui nous parviennent.

Le 1er novembre, la Mission spéciale d'observation (MSO) a annoncé avoir reçu une notification des insurgés, et le lendemain de la partie ukrainienne, concernant l'achèvement du processus de retrait des forces et du matériel de la zone de séparation de Zolotoe. C'est un signal positif, qui devrait être suivi par le démantèlement des fortifications et le déminage du territoire à l'intérieur de la zone. Nous appelons la MSO à ne pas réduire l'intensité de la surveillance de ces processus. La démilitarisation de la zone, en cas de réussite, contribuera à diminuer la tension.

En même temps, parallèlement à ces communiqués en provenance de Zolotoe, les forces armées ukrainiennes ont une nouvelle fois gâché démonstrativement la séparation à Petrovskoe. La date du début de ce processus, le 4 novembre, avait été convenue pendant la réunion du Groupe de contact à Minsk et annoncée publiquement par le Président ukrainien Vladimir Zelenski. Cependant, en prévision de la séparation prévue, le siège de "l'opération des forces unifiées" (OOS) a officiellement déclaré que la partie ukrainienne n'avait pas l'intention d'y procéder, et a proposé un jour différent. Elle s'est référée à l'infraction du cessez-le-feu constatée le 30 octobre par la MSO à l'intérieur de la zone, dont les autorités ukrainiennes ont immédiatement accusé les insurgés. Sachant que, selon le rapport de la Mission, les observateurs de Petrovskoe ont entendu le bruit de deux tirs à 1-2 km au Sud-Ouest de ce village, c'est-à-dire à proximité des tranchées des militaires ukrainiens. A noter que depuis une longue période Kiev esquive les mesures supplémentaires pour le contrôle et le renforcement du cessez-le-feu, y compris les sanctions disciplinaires pour les transgresseurs. Enfin, le siège de l'OOS a qualifié la déclaration des représentants des insurgés concernant la disposition à entamer la séparation le 4 novembre de "nouvelle provocation". Ils considèrent donc comme une "provocation" l'intention de mettre en œuvre les mesures pratiques pour réduire la tension. La MSO a constaté une nouvelle fois le lancement par les insurgés d'une fusée de signalement et l'absence d'actions du côté ukrainien, après quoi la séparation n'a pas repris. Nous espérons qu'elle aura lieu dans les plus brefs délais dans le cadre d'une entente entre Kiev et Donetsk.

Nous appelons Kiev à faire preuve d'une approche responsable des accords conclus au sein du Groupe de contact avec Donetsk et Lougansk. L'avancement d'exigences unilatérales imprévues témoigne plus de la volonté de donner à la situation autour de la séparation une tonalité politique, que de l'aspiration à une désescalade réelle au plus vite. Je rappelle que dans le cas de Petrovskoe, comme à Zolotoe, il n'est pas question du lancement initial mais de la réparation des violations commises après la séparation opérée en 2016. Nous notons la nécessité de respecter les procédures déterminées par le calendrier convenu par le Groupe de contact. Par ailleurs, ces accords ne contiennent aucune exigence concernant un cessez-le-feu de sept jours.

Le conflit armé dans le Donbass continue d'emporter des vies et de briser des destins. Une explosion de grenade a tué un couple à Kourakhovo. A l'hôpital de Pervomaïsk, la MSO a rendu visite à un jeune homme de 16 ans qui a été blessé il y a quelques semaines pendant une fête de village à Zolotoe-5/Mikhalkovka. C'est précisément dans ce village que les enfants et les adolescents deviennent souvent la cible de bombardements à partir des positions ukrainiennes. D'après les communiqués de la MSO, une école en activité y a été bombardée pour la 15e fois le 23 octobre. Par un heureux hasard, aucun écolier n'a été blessé.

La Mission rapporte des maisons endommagées dans la ville d'Iassinovataïa et dans les villages d'Alexandrovka et de Golmovski, situés dans certaines zones de la région de Donetsk. A noter qu'à Iassinovataïa un immeuble de cinq étages a été bombardé depuis le Nord-Ouest à partir de véhicules blindés de type BMP-2. Un appartement a été endommagé. Il est parfaitement évident que cet acte d'intimidation des civils n'a rien à voir avec l'ouverture du feu à des fins militaires.

Le nombre de victimes n'étant pas lié à la menace des mines continue de grandir. Selon la MSO, depuis l'annonce de la "trêve du pain" au moins 16 personnes ont été blessées par les bombardements de certains territoires du Donbass. De l'autre côté de la ligne de contact, trois personnes ont été blessées pendant la même période. Cette différence de plus de 5 fois montre clairement que les civils restent l'une des cibles des militaires ukrainiens. Nous insistons sur la nécessité de publier au plus vite les informations globales de la MSO sur les victimes et les destructions de l'infrastructure civile. Un rapport thématique de la Mission à ce sujet est sollicité depuis longtemps.

Les bombardements incessants à proximité des sites vitaux entraînent une détérioration de la situation de la population. Nous apprécions les efforts de la MSO qui, rien qu'entre l'automne 2018 et l'été 2019, a contribué à près de 1.300 "fenêtres de cessez-le-feu" nécessaires pour procéder aux réparations et garantir le fonctionnement normal de plus de cent sites et communications. Nous avons remarqué le récent rapport thématique de la Mission concernant la surveillance et la contribution au rétablissement des sites d'infrastructure civile dans le Donbass.

En même temps, nous constatons avec regret que, malgré les efforts entrepris, des provocations armées avec de nouvelles victimes se produisent. Exemple récent: le 24 octobre, deux ouvriers ont été blessés alors qu'ils procédaient à des réparations à proximité de la station de pompage Kondrachevskaïa. La situation demeure également alarmante autour de la station d'épuration de Donetsk. En août, la MSO a rapporté le déploiement d'une position de combat de l'armée ukrainienne à 200 m à l'Ouest, dans la "zone grise". Les ouvriers de la station et les observateurs de la MSO qui l'accompagnent doivent se rendre au travail en franchissant cette position chaque fois au péril de leur vie.

Nous appelons les autorités ukrainiennes et leurs superviseurs à Washington et à Bruxelles à prendre pleinement conscience des conséquences négatives, pour la population civile, de la complaisance aux aspirations belliqueuses des militaires ukrainiens et des nationalistes armés. On cherche obstinément à détourner l'attention de la société ukrainienne de la nécessité de chercher des solutions aux véritables causes primaires de la très profonde crise sociopolitique qui a entraîné le conflit armé intérieur. Au lieu de cela nous assistons à des tentatives permanentes de mener les Ukrainiens sur la fausse voie de la recherche d'"ennemis" en la personne de pays voisins et de peuples proches. Tout cela ne fait qu'approfondir les différends au sein même de l'Ukraine.

Monsieur le Président,

Le représentant ukrainien a beaucoup parlé de la situation difficile des habitants du Donbass. En même temps, si Kiev est réellement préoccupé par la situation humanitaire dans la région et par le sort des gens, il doit immédiatement cesser le feu, exclure l'influence destructive des nationalistes radicaux sur la situation en matière de sécurité et intensifier les négociations de Minsk avec Donetsk et Lougansk sur tout le spectre du processus de paix. Nous appelons les autorités ukrainiennes à lever le blocus socioéconomique et de transport inhumain pesant contre le Donbass, à prendre conscience de leur responsabilité pour le règlement du conflit dans cette région. La clé est le dialogue direct de Kiev avec les représentants de Donetsk et de Lougansk au sein du Groupe de contact, l'accomplissement au plus vite des Accords de Minsk du 12 février 2015 approuvés par le Conseil de sécurité des Nations unies, un règlement solide et viable. La région est fatiguée de la guerre. Les gens ont besoin de la paix.

Monsieur le Président,

Les actions des nationalistes radicaux ukrainiens continuent d'éloigner la perspective d'un règlement des différends actuels non seulement dans le Donbass, mais également sur le reste du territoire ukrainien. Le week-end dernier, avec la complaisance silencieuse des autorités, ont été commis des actes de vandalisme monstrueux à Odessa. Le 2 novembre, des radicaux ont démonté du bâtiment du bureau militaire du Primorié le bas-relief en hommage à Gueorgui Joukov, grand commandant soviétique, qui a participé à la libération de l'Ukraine de l'occupation nazie. Le jour même, de nombreux groupes d'habitants d'Odessa non indifférents ont organisé à l'endroit du démantèlement un mémorial improvisé, ont apporté des fleurs et des bougies. Mais des radicaux ont détruit ce mémorial également, ont brisé les lampadaires avec des bougies et ont brûlé les fleurs. L'enregistrement de l'incident a été diffusé par de nombreux médias. La "police du dialogue", étatique, présente à l'incendie des fleurs, non seulement n'a rien fait pour appréhender les acteurs des exactions nationalistes, mais n'a même pas tenté de les stopper.

L'objectif des radicaux est évident: imposer leurs valeurs déformées aux habitants de toute l'Ukraine. Les habitants d'Odessa ont subi des épreuves très difficiles. Il suffit de rappeler comment les nationalistes n'ont pas simplement intimidé, mais ont brûlé de sang-froid des gens dans la Maison des syndicats d'Odessa le 2 mai 2014. Cinq ans et demi plus tard, ce crime n'a toujours pas été résolu. Les forces de l'ordre ukrainiennes, sous le nouveau gouvernement, ne mènent aucune enquête productive pour établir les véritables causes et les coupables des faits. L'initiative d'un député représentant Odessa au parlement pour la contribution parlementaire à l'enquête sur la tragédie mentionnée a été également bloquée. De toute évidence, les autorités poursuivent la ligne visant à taire les exactions et à blanchir les néonazis en Ukraine, et cherche à inculquer au public ukrainien et mondial l'idée qu'ils n'existeraient pas dans le pays.

Entre temps, le 1er novembre à Kalouch, ville de la région d'Ivano-Frankovsk, sur l'autorisation des autorités locales les membres du Mouvement nationaliste ukrainien ont inauguré sur la façade de la Maison de la culture un bas-relief en hommage au Hauptsturmführer de la division SS Galicie Dmitri Paliev.

Nous rappelons que les conséquences de la culture du nationalisme agressif peuvent se refléter très négativement sur toute la sécurité paneuropéenne. Nous appelons les institutions compétentes de l'OSCE, notamment le BIDDH, à suivre ce thème de très près. Nous attendons de la MSO la publication d'un rapport thématique sur les manifestations de nationalisme agressif, de néonazisme et de xénophobie en Ukraine.

Merci de votre attention.                                                       

 

                                                                                              

 

 

 

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