31 octobre 201916:53

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Thomas Greminger, Secrétaire général de l'OSCE, Moscou, 31 octobre 2019

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Mesdames et messieurs,

Nous venons de mener un entretien constructif, substantiel et très détaillé avec le Secrétaire général de l'OSCE Thomas Greminger. Il s'agit de sa deuxième visite à Moscou cette année. Nous saluons le caractère régulier de nos contacts.

La Russie a réaffirmé sa position. Nous prônons continuellement le renforcement de l'autorité de l'OSCE dans les affaires européennes et internationales. L'Organisation est appelée à être une plateforme pour un dialogue dans le respect mutuel afin d'élaborer des réponses collectives aux risques et défis communs pour tous les pays de la région euro-atlantique et en dehors. Malheureusement, le potentiel unificateur actuel de l'OSCE est loin d'être exploité à part entière.

Nous sommes d'accord pour dire qu'en présence de volonté politique des États membres, l'OSCE est capable d'apporter une grande contribution au processus fastidieux, qui patine pour l'instant, de rétablissement de la confiance dans la région euro-atlantique. Nous sommes également convaincus que l'objectif stratégique doit rester la mise en œuvre des accords conclus au sommet d'Astana en 2010 sur la construction d'une "communauté globale basée sur la coopération et la sécurité indivisible" dans la région euro-atlantique et en Eurasie. Cela s'inscrit parfaitement dans l'initiative russe, qui consiste à soutenir la formation du Grand partenariat eurasiatique avec la participation de tous les pays et organisations sur notre immense continent commun.

Nous avons évoqué les préparatifs du Conseil des ministres des Affaires étrangères (CMAE) de l'OSCE à Bratislava les 5 et 6 décembre. La partie russe a réaffirmé sa disposition à travailler de manière constructive sur les projets de solutions dans les trois dimensions de l’activité de l’OSCE, tout en sachant qu’ils doivent tenir compte des priorités russes. Bien évidemment, en parlant de la nécessité de tenir compte de nos priorités, nous faisons également allusion à la disposition  de tenir compte des positions de nos partenaires, parce que dans tous les cas l'OSCE ne pourra travailler que dans le cadre d'un consensus.

La Russie proposera, pour la session du CMAE de l'OSCE à Bratislava, un projet de déclaration que nous avons préparé avec nos alliés de l'OTSC, consacré au 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que des projets de décisions sur les problèmes actuels relatifs à la lutte contre le terrorisme, contre la menace des stupéfiants, et sur la nécessité de garantir un accès libre du public et des journalistes à l'information. Notre projet de décision de l'an dernier sur la protection des droits linguistiques, éducatifs et autres des minorités nationales reste sur la table. Nous avons rappelé une nouvelle fois au Secrétaire général de l'OSCE Thomas Greminger que, malheureusement, les pays membres de l'OSCE ne parvenaient pas depuis cinq ans à adopter les déclarations consacrées à la lutte contre la christianophobie et l'islamophobie.

Cette année sera célébré le 20e anniversaire de la Charte de sécurité européenne et de la Plateforme pour la sécurité coopérative. Elles ont été adoptées en 1999 au sommet d'Istanbul. Nous jugeons important de prévoir l'adoption d'un document pendant le CMAE de l'OSCE qui confirmerait les principes fixés par ces documents concernant l'indivisibilité de la sécurité et la nécessité d'instaurer un partenariat non seulement entre les États de l'OSCE, mais également entre toutes les organisations régionales et sous-régionales.

Nous avons évoqué les perspectives du processus de paix dans le Sud-Est de l'Ukraine en partant de notre soutien traditionnel du rôle de l'OSCE dans la réalisation des Accords de Minsk, qui sont une base sans alternative pour surmonter cette crise. Nous avons échangé nos avis sur les solutions permettant d'améliorer l'efficacité de la Mission spéciale d'observation de l'OSCE. Nous avons soutenu le rôle de l'OSCE dans le cadre du travail du Groupe de contact, notamment sur les questions politiques.

Vous le savez, la "formule Steinmeier" a été récemment signée par Kiev, Donetsk et Lougansk. Certes, il reste encore beaucoup de choses à faire pour régler les problèmes restants tels que la séparation complète des forces et du matériel, l'amnistie, la reprise des liens économiques, la levée du blocus proclamé par le régime de Piotr Porochenko et la mise au point définitive des processus d'attribution du statut particulier à certaines zones des régions de Donetsk et de Lougansk en le fixant, tel que prévu par les Accords de Minsk, dans la Constitution ukrainienne.

Nous soutenons l'activité de l'OSCE dans le processus de paix en Transnistrie, dans la recherche d'un accord sur le Haut-Karabakh. Nous notons le rôle important de l'Organisation dans les discussions de Genève sur la stabilité en Transcaucasie.

Nous avons parlé aujourd'hui des tâches de l'OSCE compte tenu de la situation difficile dans les Balkans.

Nous avons évoqué l'activité des institutions spécialisées de l'OSCE, y compris du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme, le travail du Haut-Commissaire pour les minorités nationales et du Représentant pour la liberté des médias. Nous partons du principe que l'activité de ce dernier doit être impartiale et transparente, et être en parfaite conformité avec son mandat.

Dans l'ensemble, je trouve que ces pourparlers étaient très utiles. Nous poursuivrons la conversation pendant le déjeuner de travail. Je pense que le Secrétaire général de l'OSCE Thomas Greminger et son équipe se préparent avec succès au CMAE de l'OSCE à Bratislava. Nous essaierons de faire en sorte que les pays membres se concentrent sur la recherche d'un consensus sur toutes les questions figurant à l'ordre du jour.

Question (adressée à Sergueï Lavrov et Thomas Greminger): Comment évaluez-vous les perspectives des mesures humanitaires entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie dans le cadre du processus de paix du Haut-Karabakh, notamment l'échange de détenus, l'amélioration de leur situation? Sait-on quand ils seront échangés? Comment évaluez-vous la situation du processus de paix du Haut-Karabakh compte tenu des déclarations résonnantes, voire provocantes, qui continuent d'être faites - en particulier, le Ministre arménien de la Défense Davit Tonoian a déclaré que la question relative au Haut-Karabakh était réglée?

Sergueï Lavrov: La Russie fait partie des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE pour le Haut-Karabakh et, en avril dernier, les mesures humanitaires ont été évoquées pendant ma réunion avec les ministres des Affaires étrangères de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan à Moscou, c'est pourquoi je vais répondre en premier.

En effet, les ministres des Affaires étrangères de la Russie, de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan se sont réunis ici en avril avec la participation des trois coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE - la Russie, les États-Unis et la France. C'était une très bonne discussion informelle, vive et franche à l'issue de laquelle se sont profilées les perspectives de réalisation de plusieurs mesures humanitaires, de mesures pour renforcer la confiance tout en analysant les éventuelles approches du dialogue politique sur le règlement du problème du Haut-Karabakh. Ont été également évoquées les mesures que vous avez mentionnées, sur l'échange de détenus, des corps des défunts, les visites réciproques des journalistes afin de détendre la situation et d'améliorer l'atmosphère de confiance.

En ce qui concerne les journalistes, à ce que je sache, Thomas Greminger ajoutera peut-être quelque chose à ce sujet, le dialogue se déroule avec la médiation du Secrétariat de l'OSCE. Il y a un espoir.

La situation des détenus est moins optimiste, mais nous partons du principe qu'il faut avancer dans ce sens. Bien évidemment, les déclarations émotionnelles des deux côtés ne servent pas la cause. Il est important, pendant les discours des coprésidents au Conseil permanent de l'OSCE, prévu pour la première décade de novembre, d'essayer de profiter de la situation pour créer une atmosphère plus positive. C'est le plus important actuellement.

Je suis d'accord avec vous. Les déclarations selon lesquelles le problème de Karabakh peut être réglé seulement de cette manière et d'aucune autre ne servent pas la cause. Il faut des efforts continus des coprésidents pour rapprocher les positions et trouver un compromis.

Question (adressée à Thomas Greminger): La séparation des forces sur la ligne de démarcation au Sud-Est de l'Ukraine a commencé, mais les forces armées ukrainiennes poursuivent les bombardements, ce qui met en péril toute cette entreprise. Pendant la rencontre du Président ukrainien Vladimir Zelenski avec les insurgés armés, ces derniers ont laissé entendre qu'ils n'avaient pas l'intention de quitter la ligne. Selon l'OSCE, quelle peut être la solution à ce problème? Quelles sont les dernières informations en provenance des représentants de votre mission sur place?

Sergueï Lavrov (ajoute après Thomas Greminger): Je rappelle qu'hier, le Président russe Vladimir Poutine en a parlé pendant une conférence de presse à Budapest. Car l'accord sur la séparation des forces et du matériel dans seulement trois premières zones, à Stanitsa Louganskaïa, Petrovskoe et Zolotoe, a été conclu il y a plus de trois ans au sommet du "quartet Normandie" à Berlin. Depuis, pendant toutes ces années, le régime de Piotr Porochenko donnait l'impression qu'il ne voulait pas séparer les forces et le matériel, mais "mener par le bout du nez" la communauté internationale. Il inventait différentes raisons artificielles pour repousser le début des premières démarches pour la séparation des forces et du matériel. Avec l'arrivée du Président ukrainien Vladimir Zelenski, la situation a effectivement changé. D'ailleurs, récemment, Vladimir Zelenski a déclaré que le progrès dans la séparation des forces et du matériel permettrait d'organiser un sommet au "format Normandie". Mais je souligne que l'important n'est pas d'organiser un sommet juste pour un sommet, mais de garantir la sécurité sur la ligne de contact. C'est notre position et nous partageons entièrement ces propos.

A Stanitsa Louganskaïa la séparation a eu lieu, même si elle n'a pas été immédiate. La séparation des forces et du matériel a commencé à Zolotoe. En effet, les bataillons nationaux dits "volontaires" incluant des ultra-radicaux déclarent qu'ils ne partiront nulle part et ne laisseront pas les forces armées ukrainiennes partir. Nous espérons que le Président ukrainien Vladimir Zelenski, en tant que chef des armées, garantira l'exécution de ses ordres.

La troisième zone est Petrovskoe. Il vient d'être annoncé que le Groupe de contact s'était entendu pour y procéder à la séparation des forces et du matériel le 4 novembre. Nous allons dans la bonne direction. Mais, premièrement, il faut mener toutes ces actions jusqu'au bout et, deuxièmement, je rappelle qu'il ne s'agit que de trois petites communes, or nous voulons parvenir à une séparation des forces et du matériel sur toute la ligne de contact et stopper la violation du cessez-le-feu.

Avec le Secrétaire général de l'OSCE Thomas Greminger, nous avons évoqué aujourd'hui les statistiques de la Mission spéciale d'observation (MSO) de l'OSCE. Les violations commises par les forces armées ukrainiennes, notamment le nombre de bombardements des territoires des Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, dépassent plusieurs fois celles de DNR et de LNR. Les statistiques de ceux qui initient ces bombardements sont également largement en défaveur des forces armées ukrainiennes.

Question (adressée à Sergueï Lavrov): Hier, les autorités danoises ont enfin donné leur autorisation pour la construction du gazoduc Nord Stream 2. Peut-on le considérer comme un signal politique, un pas vers le dialogue avec la Russie ou, tout de même, comme une approche pragmatique de cette question?

Sergueï Lavrov: Je pense que c'est avant tout une approche responsable. Hier, le Président russe Vladimir Poutine a souligné pendant la conférence de presse avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban que cette décision était dictée par les intérêts de l'Europe. En tant que pays européen, le Danemark s'est joint au consensus qui s'est formé depuis longtemps au sujet du Nord Stream 2 comme étant un projet qui renforcera la sécurité énergétique des pays européens. Si quelqu'un y voit un signal politique, il pourrait s'agir du fait que les projets économiques et commerciaux doivent être dépourvus de politisation et ne doivent pas être pris en otage de jeux géopolitiques.

Question: Les médias officiels syriens ont rapporté hier des affrontements directs entre les forces turques et syriennes dans la province de Hassaké. Dans le même temps, le Président turc Recep Tayyip Erdogan n'a pas exclu la possibilité d'élargir la zone de sécurité. Que pense Moscou de l'évolution de la situation?

Sergueï Lavrov: Lors de la mise en œuvre de grands accords sur le terrain, les aspérités sont inévitables. Je n'ai pas entendu la confirmation d'affrontements directs sérieux entre les militaires syriens et turcs dans une région où est mis en œuvre le Mémorandum russo-turc du 22 octobre. Nous avons entendu la déclaration du Président turc Recep Tayyip Erdogan qui, à ce que je sache, n'a pas annoncé sans appel l'élargissement de la zone de sécurité, mais a dit qu'il attendait l'accomplissement des accords du 22 octobre. Hier s'est précisément écoulé le délai de 150 heures pour les déplacements des forces d'autodéfense kurdes à 30 km de la frontière turco-syrienne, et le Centre russe de réconciliation des belligérants a annoncé que cette condition avait été remplie. Nous partons de cela. Si je comprends bien, nos collègues turcs n'ont pas fait d'autres déclarations. Les problèmes sont réglés assez efficacement sur le terrain. Bien sûr, nos militaires sont en contact avec les militaires syriens, avec lesquels nous contrôlons la bande de 30 km dans deux régions de la frontière turco-syrienne, et en contact avec les collègues turcs, avec lesquels nos policiers militaires patrouilleront dans la bande de 10 km au sud de la frontière turco-syrienne.

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