21 octobre 201913:27

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la conférence de presse conjointe suite à ses pourparlers avec Ekaterina Zakharieva, Vice-Première ministre et Ministre des Affaires étrangères de la République de Bulgarie, Moscou, 21 octobre 2019

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Mesdames et messieurs,

Nous avons mené des négociations très concrètes avec Ekaterina Zakharieva, Vice-Première ministre et Ministre des Affaires étrangères de la République de Bulgarie. Symboliquement, il s'agit de la première visite de mon homologue bulgare en Russie et elle se déroule l'année des 140 ans de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays.

Nous avons exprimé notre satisfaction quant à l'intensification du dialogue politique. En 2019 se sont tenus plusieurs contacts importants, y compris au sommet. Je pense notamment à la visite officielle du Premier ministre russe Dmitri Medvedev en Bulgarie, à la participation du Président bulgare Roumen Radev au Forum économique international de Saint-Pétersbourg et à ses négociations avec le Président russe Vladimir Poutine, ou encore à la visite en Russie de la Présidente de l'Assemblée nationale de la Bulgarie Tsveta Karayancheva. Qui plus est, Dmitri Medvedev s'est entretenu en août avec le Premier ministre bulgare en marge du premier Forum économique caspien au Turkménistan.

Le travail conjoint sur la promotion du dialogue politique porte ses fruits, ce dont témoigne le renforcement des liens commerciaux et économiques. Nous avons évalué de manière positive le bilan de la dernière réunion de la Commission intergouvernementale pour la coopération économique, scientifique et technique qui s'est déroulée à Varna en septembre. Nous nous sommes entendus pour favoriser la mise en œuvre des décisions de la Commission dans un large éventail de domaines, du commerce aux transports en passant par l'éducation et le sport.

De bonnes fondations ont été posées dans le domaine énergétique. Nos collègues bulgares nous ont informés du début de la construction de l'infrastructure nécessaire pour le transport de gaz via la deuxième branche du Turkish Stream. Madame la Ministre nous a transmis que la cérémonie appropriée s'était déroulée aujourd'hui en présence du Premier ministre bulgare Boïko Borissov et de l'Ambassadeur russe en Bulgarie Anatoli Makarov. Nos partenaires ont souligné que les travaux seraient accomplis dans les délais impartis, d'ici 2020. Parallèlement, le Gouvernement bulgare entreprend des initiatives concrètes visant à relancer la construction de la centrale nucléaire de Béléné. Les autorités bulgares sont actuellement en train de choisir l'investisseur stratégique du projet. L'entreprise publique russe Rosatom, qui produit des réacteurs et est propriétaire de technologies, prendra une part active à ce processus.

Nous avons exprimé notre satisfaction quant à la coopération culturelle et sociale. De  notre côté, nous avons exprimé notre reconnaissance au Gouvernement bulgare pour ses mesures visant à créer des conditions favorables pour l'apprentissage de la langue russe, qui reste depuis près de dix ans la deuxième langue étrangère la plus populaire dans le pays. Nous sommes heureux que les jeunes Bulgares aient beaucoup d'intérêt à suivre leurs études supérieures en Russie. Cette année, 230 étudiants bulgares ont été acceptés dans les universités russes où ils suivront leurs études aux frais du budget russe. En même temps, plusieurs centaines de citoyens russes suivent leurs études dans des universités bulgares.

Nous nous sommes accordés pour favoriser le tourisme. Le nombre de touristes russes en Bulgarie a dépassé 500 000 personnes en 2018. Nous voudrions que ce chiffre augmente. Nous serons également ravis de voir plus de Bulgares en Russie.

Nous nous sommes entendus pour intensifier notre travail sur le perfectionnement de la base juridique bilatérale. Parmi les documents prioritaires, on peut notamment citer l'accord intergouvernemental sur les relations en matière de licences, le programme intergouvernemental de coopération dans le domaine de la culture, de l'éducation et de la science, ou encore l'accord intergouvernemental sur les cimetières militaires.

J'ai transmis à mon homologue les documents sur l'enregistrement public du droit à l'utilisation permanente (illimitée) du terrain de l'Ambassade de la Bulgarie en Russie. Nous comptons sur la coopération réciproque de nos partenaires dans la résolution des questions liées aux propriétés de l'État russe en Bulgarie.

Nous avons examiné - de manière constructive et confiante - plusieurs questions d'actualité internationale. Nous avons accordé une attention spéciale à la situation dans les Balkans, qui reste malheureusement très compliquée. La Russie ne veut pas que cette région soit considérée comme une arène d'affrontement géopolitique, et a intérêt à sa stabilisation et à son développement durable. Ainsi, nous affirmons que le règlement du problème du Kosovo doit se fonder sur la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'Onu et que la situation en Bosnie doit s'appuyer sur le respect des accords de Dayton de 1995.

Nous avons évoqué notre coopération à l'Onu, à l'OSCE, au Conseil de l'Europe et à l'OCEMN, dont la présidence a été bien assurée par la Bulgarie au cours du premier semestre de l'année. Nous avons examiné l'état et les perspectives des relations entre la Russie et l'Union européenne, notamment dans le contexte des changements qui se sont opérés au sein de la Commission européenne.

Nous avons parlé de la situation en Ukraine après les élections présidentielles et avons confirmé la nécessité de mettre en œuvre l'Ensemble de mesures en vue du règlement de la situation à l'Est de l'Ukraine.

Madame la Ministre m'a aimablement invité en Bulgarie pour une visite-retour. J'accepte cette invitation avec plaisir et reconnaissance.

Question (adressée aux deux ministres, traduite du bulgare): Avez-vous évoqué des questions énergétiques? Développera-t-on des projets communs dans ce domaine? Existe-t-il des ententes concrètes?

Sergueî Lavrov (répond après Ekaterina Zakharieva): Nous estimons que nous avons de bonnes perspectives de développement des relations commerciales et économiques. Comme on l'a déjà mentionné aujourd'hui, Varna a accueilli en septembre la dernière réunion de la Commission intergouvernementale russo-bulgare pour la coopération économique, scientifique et technique qui a fixé des moyens d'approfondir la coopération économique qui devraient favoriser la croissance de nos échanges.

Quant aux projets énergétiques concrets, madame la Ministre a déjà mentionné l'aboutissement récent de la modernisation de deux réacteurs de la centrale de Kozlodouy. Leur durée de vie a été prolongée, et ils continuent de fonctionner efficacement. Rosatom est prêt à participer à l'appel d'offres en vue de la reprise de la construction de la centrale nucléaire de Béléné. Nous estimons que notre entreprise a toutes les chances de l'emporter car c'est elle qui produit les réacteurs et est propriétaire des technologies. L'événement d'aujourd'hui - le début de la construction du Balkanic Stream, dont a parlé madame la Ministre - constitue une initiative concrète considérable concernant la prolongation de la deuxième branche du Turkish Stream vers les consommateurs européens. Tout cela renforcera sans aucun doute la sécurité énergétique de l'Europe.

Nous avons également évoqué aujourd'hui des projets de transport, notamment le rétablissement des communications par ferry ou les projets examinés dans le cadre multilatéral de l'Organisation de coopération économique de la mer Noire. Il existe des ententes prometteuses sur la promotion d'une "fenêtre" douanière unifiée - qui devrait faciliter le commerce - et l'établissement d'un agenda maritime commun - décision adoptée en mai dernier. Nous évoquons la formation d'un groupe de travail qui devrait promouvoir ce projet très prometteur qui non seulement favorisera le développement socioéconomique durable de la région de la mer Noire, mais créera aussi des conditions plus favorables pour le maintien de la stabilité politique dans cette zone. Nous apprécions le rôle actif que la Bulgarie envisage de jouer dans ce projet. Nous la soutiendrons.

Question: Le Ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu a dévoilé les détails de la rencontre du Président russe Vladimir Poutine avec le Président turc Recep Tayyip Erdogan à Sotchi. La Turquie envisage d'évoquer la situation dans la région de Manbij et d'Ayn al-Arab après la prise de contrôle de ce territoire par l'armée syrienne. Un conseiller de Recep Tayyip Erdogan estime que si l'armée syrienne protégeait les Kurdes, cela serait une déclaration ouverte de guerre à la Turquie. Pensez-vous qu'il est nécessaire de commencer à mettre en œuvre l'accord d'Adana et de revoir ses détails pour rassurer les deux parties?

Sergueï Lavrov: Je ne vais pas commenter les propos de tel ou tel conseiller ou responsable. Nous avons une position, que nous promouvons et considérons comme optimale dans la situation actuelle. Cette position prévoit qu'il est nécessaire de créer une situation dans laquelle toutes les structures kurdes sur le territoire syrien seront durablement intégrées au champ juridique syrien, dans la Constitution syrienne, pour qu'il n'existe plus aucun groupe armé illégal en Syrie et pour qu'aucune menace contre la sécurité de la Turquie ou d'autres États n'émane plus du territoire syrien. Cet objectif - il s'agit, selon nous, du seul moyen juste de régler la situation actuelle - exige un dialogue entre les Kurdes et Damas. Nous sommes prêts à favoriser ce dialogue par tous les moyens. Les deux parties ont exprimé leur intérêt à ce que la Russie les aide dans ce processus.     

Le dialogue entre la Turquie et la Syrie est, bien sûr, également nécessaire, et nous sommes prêts à aider, à encourager ces contacts directs. Le dialogue entre Ankara et Damas doit évidemment s'appuyer sur l'accord d'Adana de 1998. Ce dernier constitue la base du droit international, qui a récemment été confirmée par les deux parties, notamment dans le contexte actuel. Si les parties décidaient au cours des contacts qu'il était nécessaire et mutuellement acceptable de préciser ou de modifier cet accord, cela serait leur décision à elles. Nous l'accepterons et la soutiendrons évidemment.

Question: On a appris la semaine dernière que la Russie envisageait d'organiser une rencontre turco-syrienne à Sotchi. Aura-telle lieu? Et à quel niveau?

Sergueï Lavrov: Le porte-parole de l'Administration du Président russe a déjà présenté ses commentaires à ce sujet. Nous n'envisageons pas de contacts de ce genre.

Question (traduite du bulgare): Si nous avons bien compris, vous avez accepté l'invitation de la Ministre des Affaires étrangères Ekaterina Zakharieva à vous rendre en Bulgarie. Quand pourrait-on attendre la visite du Président russe Vladimir Poutine à Sofia?

Sergueï Lavrov: Comme vous le comprenez parfaitement, c'est moi qui reçois l'invitation de la Ministre et y réponds. Les décisions concernant les contacts au sommet sont prises par les structures appropriées: les administrations des présidents. Qui plus est, le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre bulgare Boïko Borissov maintiennent des contacts permanents. Je suis certain que s'il y avait une possibilité réelle, ils en profiteraient.    

  

 

 

 

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