28 août 201913:56

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Subrahmanyam Jaishankar, Ministre des Affaires étrangères de la République de l'Inde, Moscou, 28 août 2019

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Les pourparlers que nous venons de mener avec mon homologue indien ont été constructifs et utiles. Il s'agit de notre première rencontre en plein format avec Subrahmanyam Jaishankar en sa qualité de nouveau chef de la diplomatie indienne.

Nous nous sommes entendus aujourd'hui pour renforcer notre partenariat stratégique très privilégié, notamment en politique étrangère. Ce partenariat est important en soi, n'est pas soumis aux fluctuations conjoncturelles, et est soutenu activement au plus haut niveau lors des entretiens réguliers entre le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre indien Narendra Modi, qui se sont rencontrés cinq fois l'an dernier et déjà deux fois cette année.

Nous avons accordé aujourd'hui une attention particulière à la préparation de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi en Fédération de Russie, dans le cadre de laquelle il s'entretiendra avec Vladimir Poutine et participera au 5e Forum économique oriental de Vladivostok en tant qu'invité principal. Nous avons évoqué en détail le contenu substantiel de cette visite. Nous sommes parvenus à la conclusion que nous étions sur la bonne voie.

Nous avons constaté une dynamique positive des liens commerciaux et économiques. L'an dernier, les échanges ont augmenté de plus de 17% pour atteindre près de 11 milliards de dollars. Un bon rythme est maintenu cette année. Le Ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar étudiera plus en détail les questions relatives à notre coopération commerciale, économique et d'investissement après notre entretien en rencontrant le vice-Premier ministre Iouri Borissov en sa qualité de coprésident de la Commission intergouvernementale pour la coopération commerciale, économique, scientifique, technique et culturelle.

Nous avons tous les deux un avis positif sur l'état et les perspectives de la coopération militaro-technique, y compris la possibilité d'élargir la production conjointe de modèles d'armement modernes. Nous sommes convenus de renforcer la coopération diversifiée dans la conquête spatiale, dans le secteur de l'énergie nucléaire et d'autres domaines du secteur des hautes technologies.

Nous avons évoqué, à partir de positions proches ou similaires, les principaux problèmes de l'agenda régional et mondial. Nous sommes d'accord sur la nécessité de bâtir le dialogue interétatique sur les principes de la Charte de l'Onu, en respectant le droit des peuples à choisir eux-mêmes leur modèle de développement. Nous entretenons une coopération et une coordination étroites dans le cadre de l'Onu, du G20, des Brics, de l'OCS et des RIC.

Nous avons abordé plusieurs questions spécifiques, notamment la nécessité d'intensifier le travail au format Russie-Inde-Chine pour la mise en place du Corridor de transport international Nord-Sud. Les autorités compétentes poursuivent des consultations approfondies sur ce thème.

Nous avons noté également que l'approfondissement de la coopération commerciale et économique avec New Delhi était au centre de l'attention de l'Union économique eurasiatique (UEE). A ce jour ont été remplies toutes les procédures nécessaires pour ouvrir les négociations officielles afin de conclure un accord sur la zone de libre-échange entre l'UEE et l'Inde. Le lancement imminent des pourparlers marquera une étape importante dans la coopération entre l'Inde et l'UEE.

Dans l'ensemble, les résultats de cette rencontre, comme je l'ai déjà dit, soulignent le caractère particulièrement privilégié de notre partenariat stratégique. Des deux côtés s'exprime la ferme intention de remplir les directives du Président russe Vladimir Poutine et du Premier ministre indien Narendra Modi visant à approfondir ces relations.

Question: Comment pourriez-vous commenter la récente déclaration du Président américain Donald Trump selon laquelle "à un certain moment la Russie et l'Inde devront lutter contre les terroristes en Afghanistan"?

Sergueï Lavrov: La lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue qui l'alimente est au centre de notre position sur l'Afghanistan, et constitue l'objectif de tous nos efforts entrepris au format de Moscou et dans le cadre de l'activité du trio Russie-États-Unis-Chine. C'est un travail auquel nous voudrions associer d'autres pays également, notamment l'Inde, le Pakistan et l'Iran. Tous ces efforts visent à contribuer à un règlement politique en Afghanistan, qui serait acceptable pour tous les principaux groupes politiques ethno-confessionnels, s'appuierait sur un consensus national et exclurait les menaces du terrorisme, de l'extrémisme, et du trafic de drogue émanant du territoire afghan. Cette position coïncide avec les principales approches de nos amis indiens et la plupart des autres pays qui participent au travail pour contribuer à un tel règlement.

Plus concrètement, nous apportons et continuerons d'apporter une contribution à l'équipement de l'armée afghane et des forces de sécurité de l'Afghanistan. Pour l'instant, elles ne sont pas encore capables d'agir de manière autonome pour éradiquer la menace terroriste, c'est pourquoi ces efforts doivent se poursuivre. Bien évidemment, la lutte contre le terrorisme doit être menée sans "double standard" d'aucune sorte.

Pour de nombreuses raisons, y compris les guerres déclenchées par les États-Unis et leurs alliés en Irak, en Libye et en Syrie, Daech se répand déjà dans d'autres pays, notamment en Afghanistan où Daech cherche à "se retrancher" au Nord pour y créer un avant-poste afin de projeter son activité sur nos alliés en Asie centrale. Des communiqués inquiétants, apparus depuis longtemps et qui se poursuivent, indiquent que certains de nos collègues occidentaux appliquent des doubles standards vis-à-vis de ce groupe terroriste interdit par le Conseil de sécurité des Nations unies et cherchent à les utiliser pour leurs fins géopolitiques unilatérales en Afghanistan. Je ne vais pas entrer dans les détails, nous menons une discussion à ce sujet avec les États concernés. Je peux seulement affirmer qu'en ce qui concerne les problèmes afghans, nos positions coïncident pratiquement  avec celles de la partie indienne. Nous sommes convenus aujourd'hui de perpétuer l'étroite coordination que nous avons établie sur ce thème.

Question (adressée à Sergueï Lavrov): Monsieur Lavrov, que pense la Russie de l'initiative française d'assouplir les sanctions contre l'Iran?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne les initiatives avancées par le gouvernement français pour surmonter la crise autour du Plan d'action global commun sur le programme nucléaire iranien, le Président russe Vladimir Poutine et le Président français Emmanuel Macron se sont entretenus en détail à ce sujet il y a une semaine à Brégançon lors du sommet franco-russe extraordinaire. Le Président russe Vladimir Poutine a soutenu la proposition du Président français Emmanuel Macron de rétablir le Plan d'action et toutes les ententes qu'il implique. Quant aux démarches concrètes en ce sens (je ne vais pas m'arrêter dessus car c'est encore un processus de négociations et de consultations confidentielles), elles ne seront productives que si elles étaient acceptables pour tous les membres du Plan d'action, l'Iran y compris. Nous serons prêts à contribuer à un tel résultat.

Question (adressée à Sergueï Lavrov): Au cours du prochain sommet russo-indien et du forum économique, vous avez l'intention d'évoquer de nouveaux secteurs de coopération bilatérale. Comptez-vous populariser des produits russes en Inde? Par exemple, le fromage, le miel, les herbes et d'autres produits de consommation qui pourraient trouver leur marché en Inde.

Sergueï Lavrov: Merci d'avoir mentionné le fromage parmi les exploits de l'agriculture russe. Cela montre que la politique de substitution aux importations ne fonctionne pas seulement en Russie, mais a également été reconnue dans le monde entier, du moins dans la plus grande démocratie du monde actuel.

Nous n'avons pas besoin de populariser spécialement nos produits en Inde parce que nos partenaires indiens connaissent très bien le marché russe. Nous avons des contacts très étroits au niveau des ministères et des établissements concernés, des entreprises privées et publiques. Nos marchés respectifs ont été très bien étudiés. Les partenaires indiens sont très bien informés de nos capacités dans différents domaines - pas seulement dans la production de fromage et de miel, mais également dans le secteur des hautes technologies. De plus, depuis plusieurs années sont menés plusieurs projets pour l'utilisation de technologies russes en Inde, notamment dans le secteur civil et dans le domaine militaro-technique. Nous essayons de tenir compte pleinement du programme appelé "Fabrique en Inde" avancé par le Premier ministre indien Narendra Modi. Nous élaborons volontiers des projets concrets. Je pense que le sommet de Vladivostok qui se tiendra en marge du Forum économique oriental apportera des résultats concrets supplémentaires en ce sens.

 

 

 

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