28 janvier 202014:57

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec Awut Deng Acuil, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République du Soudan du Sud, Moscou, 28 janvier 2020

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Mesdames et messieurs,

Nous venons de mener de très bons pourparlers avec le Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Soudan du Sud, Awut Deng Acuil.

Nous nous étions rencontrés à Sotchi en octobre 2019 en marge du sommet Russie-Afrique, pour un entretien bilatéral dans le cadre duquel nous avions signé le Mémorandum sur les consultations entre les ministères des Affaires étrangères des deux pays.

Aujourd'hui, nous avons évoqué les perspectives de la coopération bilatérale avec un accent sur le développement de sa composante économique. Nous avons abordé les perspectives dans le domaine de l'énergie, des transports, du développement de l'infrastructure, de la formation des cadres. Sur tous ces sujets, nos amis sud-soudanais ont exprimé leur intérêt pour l'établissement de contacts. Les premiers contacts entre les compagnies des deux pays ont déjà eu lieu, notamment pendant la Semaine énergétique russe et le Forum économique international de Saint-Pétersbourg. A l'issue de ces contacts, les deux parties se sont entendues sur la nécessité de les élargir. Nous avons parlé des compagnies russes dans le secteur gazier, de l'infrastructure ferroviaire et de transport, qui seraient prêtes à évoquer les éventuels projets mutuellement avantageux dans ces domaines avec les partenaires sud-soudanais. Nous sommes convenus de contribuer pleinement aux contacts directs entre nos opérateurs économiques. Nous avons également évoqué la possibilité d'augmenter le nombre de Sud-Soudanais suivant leurs études dans les universités russes. L'intérêt de nos amis pour cette sphère de coopération est évident. Il nous a été affirmé que les compagnies russes qui viendraient au Soudan du Sud bénéficieraient de conditions confortables pour travailler, notamment des garanties de sécurité et d'autres conditions sur lesquelles les compagnies s'entendront avec leurs partenaires. En 2016 a été signé l'accord de coopération militaro-technique entre nos deux gouvernements, qui est entré en vigueur. Nous avons décidé d'utiliser ce secteur de notre coopération afin de renforcer la sécurité et la capacité de défense du Soudan du Sud, bien évidemment au fur et à mesure que seront levées les restrictions sur le commerce d'armes avec ce pays décrétées par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons noté la normalisation de la situation au Soudan du Sud grâce à la ligne du gouvernement visant à mettre en œuvre les accords avec l'opposition, y compris armée. Nous pensons que le Conseil de sécurité des Nations unies doit refléter cette réalité dans ses appréciations et résolutions. Plus activement se poursuivra la normalisation de la situation, plus ces tendances seront durables, plus il y aura de possibilités pour le développement de la coopération commerciale, économique, sociale, et dans d'autres domaines. Nous avons salué les efforts de la communauté internationale et des structures régionales qui contribuent à la normalisation de la situation politique au Soudan du Sud, et nous avons souligné l'importance de la mise en œuvre de l'accord signé par toutes les parties sud-soudanaises à Addis-Abeba en 2018.

Parmi d'autres thèmes de l'agenda régional et international, nous avons souligné notre disposition à poursuivre la coopération à l'Onu. Nos approches sont unanimes quant à la nécessité de respecter toutes les normes et principes fixés dans la Charte de l'Onu - la souveraineté, l'indépendance et l'égalité de tous les États membres de l'Onu -, de régler tous les problèmes uniquement par des moyens pacifiques; unanimes également quant à l'inadmissibilité des menaces par la force ou d'en faire usage en transgressant la Charte. Nous coordonnerons nos approches sur les sujets à l'ordre du jour de l'Onu.

Nous avons remercié nos amis pour le soutien immuable des principales initiatives avancées par la Russie à l'Onu, notamment la nouvelle initiative, soumise pour la première fois en automne 2019 à l'Assemblée générale des Nations unies. Je fais allusion à la résolution sur le renforcement et le développement du système d'accords sur la maîtrise des armements, du désarmement et de la non-prolifération. Ce thème est d'autant plus d'actualité à l'heure où les États-Unis tentent de détruire tout ce système en éliminant les derniers instruments multilatéraux qui existaient et servaient d'appui aux efforts pour garantir la stabilité stratégique.

Sur le dossier africain, nous avons également réaffirmé notre position en soutien aux efforts des Africains eux-mêmes pour régler leurs propres problèmes. Nous avons la même vision des processus qui se déroulent en Somalie, en Centrafrique, en République démocratique du Congo et dans la région des Grands lacs dans l'ensemble. En tant que membre du Conseil de sécurité des Nations unies, en examinant ces situations conflictuelles et autres sur le continent africain, la Russie insistera sur le respect avant tout des approches élaborées par l'Union africaine et les organisations sous-régionales en Afrique.

Nous avons également réaffirmé notre disposition à contribuer pleinement à la normalisation des relations entre la République du Soudan du Sud et le Soudan. Des problèmes non réglés persistent depuis le « divorce » entre ces deux pays. Nous soutenons la recherche de solutions mutuellement acceptables entre les deux parties, qui tiendront compte de l’équilibre des intérêts.

Nous sommes très satisfaits par les résultats des pourparlers, qui apporteront certainement une impulsion supplémentaire au développement de nos relations avec ce jeune État africain.

Question: Quelles sont les raisons de l'escalade à Idleb? Quel est le risque de la situation sur le terrain? Quel est le sort des combattants dans cette région?

Sergueï Lavrov: Cette réponse est donnée aux conférences de presse des ministères russes des Affaires étrangères et de la Défense. Les combattants qui se trouvent à presque 100% sous le contrôle du Front al-Nosra et de l'organisation Hayat Tahrir al-Cham (en laquelle s'est transformé le Front al-Nosra et s'en sert pour se protéger), enfreignent régulièrement les accords de cessez-le-feu. Début janvier, sur proposition de la Russie et de la Turquie, un cessez-le-feu a été décrété. Depuis, on constate des dizaines de violations commises par des radicaux retranchés à Idleb, qui attaquent et bombardent avec différents armements les positions de l'armée syrienne et les sites civils. Les tentatives d'envoyer des drones d'attaque contre la base aérienne russe de Hmeimim se poursuivent. Bien évidemment, ces provocations armées, qui ont emporté rien que ce mois-ci des dizaines de vie et ont fait des centaines de blessés parmi les civils et les militaires syriens, ne peuvent pas rester sans réponse. Nous soutenons les actions entreprises par l'armée syrienne pour éliminer les sources de ces provocations dans la zone d'Idleb.

En ce qui concerne le sort des combattants sur place. Premièrement, s'ils sont prêts à se distancer des terroristes, comme l'exige le mémorandum russo-turc du 17 septembre 2018, ils doivent le faire. Mais pour l'instant nous voyons que Nosra y domine sous la forme de la nouvelle structure Hayat Tahrir al-Cham, reconnue terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies et les principaux acteurs extérieurs. Ils renforcent leurs positions notamment parce que de nombreux combattants, qui ne font pas partie de structures terroristes, partent faire la guerre en Libye malgré les décisions prises par le Conseil de sécurité des Nations unies concernant l'inadmissibilité d'ingérence dans la crise libyenne. A mesure que les combattants quittent la zone d'Idleb, l'influence des radicaux y grandit.

Hier, avec le Ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu nous en avons parlé en détail par téléphone. Nous sommes convenus de mener un travail plus méticuleux pour remplir les accords concernant la séparation de l'opposition armée, qui est patriote, prête à participer au processus de paix, des terroristes reconnus comme tels par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il faut remplir ces accords.

Bien évidemment, nous incitons les autorités syriennes à réagir proportionnellement à ces provocations, en parfaite conformité avec les exigences du droit humanitaire international et les besoins de la population civile. Les combattants des groupes armés doivent cesser les contacts avec les terroristes, alors que les terroristes doivent se rendre car il ne peut y avoir aucune merci. Des corridors humanitaires ont été mis en place pour les civils afin que ces derniers puissent quitter cette zone. Les terroristes continuent de les bombarder en empêchant l'évacuation de civils, en tentant de les garder en tant que bouclier vivant. C'est pourquoi une fois de plus il faut remplir honnêtement et à part entière les accords entre la Russie et la Turquie, sans essayer de gagner du temps pour que les terroristes renforcent leurs positions et fassent le plein de munitions.

Question: Le Président américain Donald Trump compte sur le "deal du siècle". Mais les Palestiniens le considèrent comme un nouveau plan dirigé contre eux dans le but de contourner la loi et les accords signés avec Israël. Quelle est la position de la Russie à ce sujet?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne le "deal du siècle" publicité depuis tant d'années et lequel les Etats-Unis veulent proposer dans le cadre du processus de paix israélo-palestinien – nous ne le voyons pas. Aucun détail ne nous a été reporté dans nos contacts avec les Etats-Unis, ils disaient seulement que ce deal réglerait tous les problèmes d'un coup. Mais nous savons que l'administration américaine cherche toujours à trouver des solutions radicales aux nombreux problèmes internationaux. Pour l'instant cela n'apporte pas toujours des progrès positifs.

En ce qui concerne le "deal du siècle" nous avons entendu des commentaires sur son aspect, des fuites ont lieu. Si elles sont fondées, il s'agit d'une approche foncièrement nouvelle du règlement des problèmes entre la Palestine et Israël, d'une approche différente de tout ce qui a été reconnu jusqu'à présent par la communauté internationale en tant que base du processus de paix (résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, Principes de Madrid, Initiative de paix arabe). C'est pourquoi maintenant j'indique que si ces rumeurs sont justes, alors notre avis est le suivant. Mais il faut évidemment attendre la publication officielle du texte. J'espère qu'il sera rendu public et ne restera pas confidentiel pour la communauté internationale. Quand ce texte sera rendu public, le plus important est connaître les positions des parties, notamment des Palestiniens, parce qu'il est question à ce que je sache de la création d'un Etat palestinien, des décisions prises par la communauté internationale. Bien évidemment, il faudra comprendre la réaction des amis arabes de la Palestine, de la Ligue arabe, sachant qu'elle est l'auteur de l'Initiative de paix arabe approuvée par la communauté internationale en tant que partie intégrante de la solution au problème entre les deux Etats – Israël et la Palestine.

Bien évidemment, je voudrais vraiment que le "quartet" des médiateurs internationaux, la Russie, les Etats-Unis, l'Onu et l'UE, analyse également cette situation. Le mécanisme, resté inactif ces dernières années, n'a pas du tout été utilisé pour aider à trouver des solutions mutuellement acceptables. Nous ne tirerons pas de conclusions hâtives – les rumeurs sont des rumeurs. Nous devons attendre des propositions officielles et comprendre avant tout la position des parties directement intéressées par rapport à ces propositions officielles.

Question: Compte tenu de la situation épidémiologique dans la ville chinoise de Wuhan liée à la propagation du nouveau coronavirus, prévoit-on l'évacuation de citoyens russes?

Sergueï Lavrov: Ces questions sont prises en charge par une commission spécialement créée par le gouvernement russe. Les membres de cette commission ont déjà exprimé leur avis et leurs recommandations, notamment Rostourisme et Rospotrebnadzor. Nous n'avons rien à y ajouter. Tout cela est publié sur les sites de ces institutions. Tous nos citoyens qui se trouvent en Chine et qui comptent s'y rendre ont la possibilité d'en prendre connaissance, et nous espérons qu'ils tireront les bonnes conclusions au profit de leur propre sécurité.

 

 

                                                                                         

 

 

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