17 janvier 202022:30

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie par intérim, lors d'une conférence de presse sur le bilan de l'activité de la diplomatie russe en 2019, Moscou, 17 janvier 2020

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Chers collègues,

Nos approches des sujets internationaux d'actualité ont été explicitement évoquées à plusieurs reprises par le Président russe Vladimir Poutine, notamment dans le cadre de la Grande conférence de presse en décembre 2019 et il y a quelques jours durant son allocution devant l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie.

Dans ce mot d'introduction je noterai que le monde, et nous le voyons clairement, continue d'être fortement secoué. Le principal facteur déstabilisant reste la ligne agressive de plusieurs pays occidentaux, notamment de nos collègues américains, visant à détruire l'architecture juridique internationale de sécurité, à remplacer le droit international par leur propre "ordre mondial basé sur des règles". Cela concerne notamment la rupture, par Washington, du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaires (FNI), la réduction des perspectives de prolongation du Traité de réduction des armes stratégiques (START-3), l'attisement artificiel de la tension dans la région du Golfe, les tentatives de modifier les fondements juridiques universels du processus de paix au Proche-Orient, le renforcement de l'activité de l'Otan à proximité des frontières russes et la ligne visant à privatiser les mécanismes multilatéraux destinés à maîtriser la non-prolifération des armes de destruction massive.

Le déficit de confiance dans l'économie et la politique mondiales est aggravé par un large recours aux méthodes de concurrence déloyale telles que les sanctions unilatérales, le protectionnisme et les guerres commerciales. Parmi les derniers exemples scandaleux je noterai les tentatives des États-Unis d'empêcher la réalisation du projet Nord Stream 2 contrairement à l'avis des leaders de l'UE.

Washington s'est mis à abuser ouvertement de son privilège de pays où se trouve le siège de l'Onu. A sa guise, en violant le droit international, il refuse aux représentants de pays "indésirables" la possibilité de participer aux activités organisées sur la plateforme de l'Onu. Ce sont certainement là les fameuses "nouvelles règles", sous leur nouvelle forme.

La diplomatie russe mène une ligne indépendante et multivectorielle déterminée par le Président du pays, et s'efforce de réduire la tension internationale, de renforcer les initiatives juridiques et démocratiques dans la communication interétatique. Nous essayons de contribuer au maintien de la sécurité régionale et mondiale dans toutes les dimensions.

Parmi nos priorités absolues: la lutte contre le terrorisme international, notamment en Syrie, le progrès du processus de paix dans ce pays, le règlement des problèmes humanitaires vitaux du peuple syrien. Au "palmarès" de l'année qui s'est écoulée: le début du travail du Comité constitutionnel intersyrien grâce aux efforts des pays garants au format d'Astana. A présent passent au premier plan les questions relatives au rétablissement post-conflictuel de la Syrie, et à sa réintégration dans la "famille arabe". Nous y contribuerons activement.

Nous avons également contribué aux efforts pour surmonter d'autres conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, notamment en Libye et au Yémen. La mise en œuvre de la Conception russe de sécurité collective dans la Golfe pourrait constituer une démarche importante en faveur de la normalisation de la situation dans toute la région. Nous l'avons présentée sous sa forme mise à jour l'été dernier dans le cadre d'un séminaire scientifique auquel avaient participé des représentants de la science de tous les pays de la région et des experts.

La priorité traditionnelle de la Russie consiste à renforcer la coopération avec les partenaires dans l'espace eurasiatique, notamment dans le cadre de l'OTSC, de l’État de l'Union, de la CEI et de l'Union économique eurasiatique (UEE). Je voudrais souligner en particulier les succès sur la voie de l’intégration eurasiatique, notamment l’élargissement des liens extérieurs de l’Union.

Vous le savez, des accords de libre-échange ont été signés avec le Vietnam (2016), et des accords ont été signés avec Singapour et la Serbie en 2019. L'an dernier sont entrés en vigueur les accords de coopération commerciale et économique entre l'UEE et la Chine, ainsi que l'Accord temporaire avec l'Iran. Des négociations actives se poursuivent avec Israël et l’Égypte. Il a été décidé d'entamer les négociations avec l'Inde. Toutes ces actions se déroulent dans le cadre de l'initiative du Président russe Vladimir Poutine pour la création du Grand partenariat eurasiatique ouvert à tous les pays de notre continent eurasiatique commun.

Les relations russo-chinoises de partenariat global et de coopération stratégique se sont élargies. Durant la visite officielle du Président chinois Xi Jinping en Russie en juin dernier a été annoncé leur passage au niveau supérieur. La coordination entre Moscou et Pékin en politique étrangère a exercé une influence stabilisante importante sur la situation dans le monde.

De plus, le partenariat stratégique particulièrement privilégié avec l'Inde a été renforcé, tout comme les liens diversifiés avec les pays de l'ASEAN et d'autres pays de l'Asie et de l'Amérique latine. Le développement de la coopération entre la Fédération de Russie et le continent africain a connu une forte impulsion. Vous le savez, en octobre dernier s'est tenu le premier sommet Russie-Afrique de l'histoire, dont les résultats ont permis de faire passer le dialogue russo-africain au niveau supérieur.

Nous avons obtenu des progrès dans le règlement de la crise en Ukraine. Après trois ans d'interruption s'est tenu le sommet du Format Normandie une fois que le nouveau gouvernement de Kiev a tout de même réussi à entreprendre des démarches dans l'application des décisions des deux sommets précédents du "quartet". Nous espérons que les décisions prises à Paris en décembre permettront d'avancer dans la mise en œuvre des Accords de Minsk. Mais, bien évidemment, ces décisions ne doivent pas rester sur le papier - comme cela avait été le cas sous le régime de Piotr Porochenko.

Cette année, nous comptons travailler au maintien de la sécurité mondiale et de la stabilité stratégique, en faisant notamment des efforts pour prévenir une course aux armements dans l'espace et empêcher la militarisation du cyberespace. Nous exploiterons pleinement le potentiel de l'Onu, du G20, de la CEI, de l'UEE, les possibilités de nos présidences des Brics et de l'OCS. Nous accorderons une attention particulière au travail entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, en priorité pour maintenir et renforcer le rôle de coordination central de l'Onu dans les affaires mondiales, ainsi que l'immuabilité des principes de la vie internationale fixés dans sa Charte. La grande majorité des pays est solidaire avec nous dans ces efforts.

Pour conclure, je voudrais souligner, bien sûr, que cette année est l'année de deux grands anniversaires: le 75e anniversaire de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale et la Grande Guerre patriotique, ainsi que le 75e anniversaire de la création de l'Onu. Nous continuerons de faire le nécessaire pour lutter contre la falsification de l'histoire, préserver les noms des soldats-vainqueurs, empêcher la révision des résultats internationalement reconnus de la défaite du nazisme. De nombreux pays responsables défendent avec nous la mémoire historique. Je voudrais également noter la contribution à ce travail de nos compatriotes qui vivent à l'étranger. Nous attendons nos partenaires étrangers aux festivités du 9 mai à Moscou.

Merci. Je suis prêt à répondre à vos questions.

Question: Comme on le sait, la Russie et la Chine fêteront conjointement en 2020 les 75 ans de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale. Nos pays ont fait beaucoup pour la construction de l'ordre mondial d'après-guerre. Quel est leur rôle actuel dans le maintien de la stabilité globale? Comment se déroule la coopération russo-chinoise dans ce domaine?

Sergueï Lavrov: J'ai déjà évoqué nos relations stratégiques avec la Chine. Nous avons des approches identiques de tous les problèmes-clés de la vie internationale. Nos estimations et nos opinions sur le développement du monde à l'époque contemporaine ont été reflétées dans de nombreux documents communs signés par les présidents russe et chinois Vladimir Poutine et Xi Jinping, notamment dans la Déclaration commune de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur le développement du partenariat universel et de la coopération stratégique entrant dans une nouvelle époque, signée en juin dernier lors de la visite du leader chinois en Russie. Ce texte a fait passer nos relations stratégiques à un niveau de qualité supérieur.

Nous concertons de manière très étroite nos actions à l'Onu. Nous faisons toujours tout notre possible pour soutenir et défendre les principes de la Charte des Nations unies, qui constituent le fondement de l'Organisation. Nous nous soutenons au Conseil de sécurité des Nations unies lors de l'examen des questions liées à la nécessité de protéger ces principes dans toute situation de crise concrète, comme cela a récemment été le cas lors de l'examen des livraisons d'aide humanitaire en Syrie. Nous votons de manière synchronisée et soutenons toujours la justice, tentons de bloquer les décisions que nos collègues occidentaux veulent souvent imposer afin de promouvoir leur agenda unilatéral sans tenir compte de la nécessité d'élaborer des décisions de consensus.

Je viens de mentionner la décision qui avait finalement été adoptée en tenant compte de la position de la Russie et de la Chine: la prolongation du mécanisme d'aide humanitaire transfrontalière. Nos partenaires occidentaux ont tenté par tous les moyens de conserver un point de passage de l'aide humanitaire via la frontière entre l'Irak et la Syrie: celui de Yaaroubiyé. Ils gémissaient et pleuraient en affirmant que les habitants du Nord-Est de la Syrie, privés de ce point de passage, feraient face à une situation désastreuse, à une catastrophe humanitaire. Mais nous étions parfaitement au courant du fait que ce n'était pas le cas. Nos collègues occidentaux voulaient conserver ce point de passage uniquement pour légitimer la présence illégale des troupes américaines et de la coalition menée par les États-Unis à l'Est de l'Euphrate. Si l'on analyse honnêtement la situation dans le domaine de la livraison de l'aide humanitaire à l'Est de l'Euphrate, les statistiques sont les suivantes: l'Onu, soutenue par le Gouvernement syrien, a envoyé vers le Nord-Est du pays depuis Damas et Qamichli plus de 420 camions, notamment 162 tonnes de médicaments et d'équipements, seulement en l'espace de deux mois (octobre-novembre 2019), alors que le trafic via le point de passage de Yaaroubiyé n'a atteint qu'un peu plus de 100 camions en 20 mois. Ainsi, son activité est significativement moins importante que celle du Gouvernement syrien et du Croissant-Rouge arabe syrien.

Il ne s'agit que d'un exemple de notre travail avec nos partenaires stratégiques chinois, qui vise à protéger des faits élémentaires et empêcher de transformer le Conseil de sécurité des Nations unies et ses décisions en outil de pression unilatérale sur des régimes indésirables.

Question: Quelle est l'étape actuelle de la crise syrienne? Qu'est-ce qui empêche de la résoudre? Constaterons-nous en 2020 le rétablissement des relations entre la Syrie et la Turquie, l'Union européenne et le monde arabe?

Sergueï Lavrov: A mon avis, la crise syrienne en est à une étape de règlement avancé. On constate du progrès pratiquement dans tous les domaines: militaire, politique, diplomatique, humain. Le rétablissement économique est un peu en retard, car nos partenaires occidentaux et certains pays de la région avancent des conditions préalables. Qui plus est, ces dernières évoluent en fonction des événements survenus dans la vie réelle. Ainsi, ils ont initialement affirmé qu'ils annuleraient les restrictions concernant l'aide à la Syrie dans le domaine du retour des réfugiés et du rétablissement de l'économie juste après le lancement du processus politique. Ce dernier a en effet commencé. Aujourd'hui, ils disent qu'il faut attendre avant que ce processus ne porte ses fruits. Autrement dit, la barre sera mise constamment de plus en plus haut, les conditions changeront au fur et à mesure des événements. Ce qui ne favorise pas vraiment les résultats.

Mais l'essentiel est que l'on a obtenu une victoire décisive dans la lutte contre le terrorisme. Les foyers restants de la résistance de Daech et d'Al-Nosra se trouvent tout d'abord dans la zone de désescalade d'Idleb et à l'Est de l'Euphrate, où  se trouvent environ 10 000 combattants de Daech. Ces derniers restent principalement dans les camps contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) - principalement des unités kurdes. On a appris des informations préoccupantes - nous tentons de les vérifier actuellement - indiquant que les FDS libéreraient contre un paiement les bandits, qui commencent à s'installer dans les autres parties du territoire syrien. Ces informations sont en effet préoccupantes. Nous avons prévenu il y a longtemps nos partenaires américains - qui ont une influence sur les FDS - que les combattants détenus dans ces camps devraient nécessairement y rester. Malheureusement, le risque de leur fuite existe.

Comme je l'ai déjà mentionné, le Gouvernement syrien coopère avec l'Onu. J'ai présenté un exemple soulignant qu'il n'existait plus aucune raison de maintenir la livraison transfrontalière d'aide humanitaire sans consultations avec le Gouvernement syrien. Le soutien humanitaire aide réellement à créer les conditions nécessaires pour le retour des réfugiés.

Qui plus est, nous faisons beaucoup au niveau national, finançons les fondations appropriées de l'Onu qui aident les Syriens et les autres peuples de la région, travaillons dans le cadre bilatéral, notamment au niveau de nos militaires qui sont présents sur le terrain (il s'agit de la police militaire et d'autres unités), contribuons au rétablissement du système de subsistance - l'alimentation en eau et en électricité, les services élémentaires en matière d'éducation et de santé. Nous appelons tous les pays à suivre cet exemple au lieu de tenter de politiser l'octroi de l'aide humanitaire ou de le lier à des exigences géopolitiques.

Dans le domaine politique, comme je l'ai déjà dit, il existe un résultat: la création du Comité constitutionnel qui a créé la commission de rédaction et a adopté les règles de procédure. Il a organisé deux réunions et prépare la troisième.

Nous attendons la semaine prochaine Geir Pedersen, Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie, qui envisage également de se rendre à Damas. J'espère que ces pourparlers et ses contacts avec les dirigeants syriens permettront de définir le calendrier du travail futur du Comité constitutionnel.

Nous sommes - cela ne fait aucun doute - convaincus de la nécessité de corriger l'erreur commise en 2011, quand la Syrie a été exclue de la Ligue arabe. Il faut faire revenir ce pays dans la "famille arabe", comme le Président russe l'a évoqué à plusieurs reprises.

Question: Cela fait longtemps que la Russie et l'Italie parlent de la crise libyenne. D'après vous, quelles erreurs ont été commises par les différents gouvernements italiens ces dernières années vis-à-vis de la Libye? Que pourraient faire les Italiens aujourd'hui en comparaison avec le passé? Qu'attendez-vous de la conférence sur la Libye à Berlin?

Sergueï Lavrov: La principale erreur n'a pas été commise par l'Italie mais par nos collègues de l'Otan: quand il a été décidé en 2011 de bombarder la Libye et de renverser son régime en violant la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, ce n'est pas l'Italie qui a joué un rôle décisif, à ce que je sache. Je ne mentionnerai pas les leaders de cette épopée, de cette aventure. Tout le monde les connaît certainement. A l'époque a été détruite la structure étatique libyenne, qu'on ne parvient toujours pas à rétablir.

Plusieurs tentatives ont été entreprises pour aider les parties libyennes à parvenir à une entente et à normaliser l'état de leur pays. Il y a eu l'accord de Skhirat qui continue d’être considéré par la plupart des acteurs extérieurs comme contenant les principes fondamentaux du processus de paix libyen. Bien évidemment, la vie continue et certaines nuances peuvent être apportées, d'autant que des accords ont été conclus en début d'année à Abou Dabi, qui concernaient également la structure du pouvoir public en Libye et, malheureusement, n'ont pas été respectés. Une conférence s'est déroulée à Paris, où a été convenue une date concrète pour les élections en Libye. Mais, nous le savons, il ne faut pas trop anticiper sur les résultats concrets. La diplomatie est un processus progressif. Une conférence a été organisée à Palerme, où a été également mené un travail utile.

En réponse aux propositions de nos collègues turcs, nous avons proposé d'apporter notre contribution à ces efforts. Nous avons invité des dirigeants de l'Est et de l'Ouest de la Libye. Ils ont accepté notre invitation. Pendant sept heures, voire plus, nous nous sommes entretenus avec, d'un côté, les délégations du commandant de l'Armée nationale libyenne Khalifa Haftar et du Président de la Chambre de députés de la Libye à Tobrouk, Aguila Salah, et de l'autre le Président du Gouvernement d'entente nationale Fayez el-Sarraj et le Président du Haut conseil d’État Khaled al-Michri. Il existe un texte, qui nous semble tout à fait équilibré. Il appelle au cessez-le-feu, au début du processus de paix. Il a été signé par Fayez el-Sarraj et Khaled al-Michri, tandis que le maréchal Khalifa Haftar et Aguila Salah ont demandé du temps supplémentaire. Mais surtout, la trêve annoncée avant leur venue à Moscou est respectée. C'est déjà un pas en avant. Nous espérons qu'elle sera maintenue, de préférence pour une durée indéterminée. Du moins, le Ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a récemment rencontré Khalifa Haftar à Benghazi et a déclaré que le maréchal avait réaffirmé son attachement au cessez-le-feu. C'est déjà utile.

Depuis le début, nous soutenons l'initiative pour le déroulement d'une conférence à Berlin, parce que plus de pays voudront aider les Libyens à créer les conditions pour la normalisation, mieux ce sera. Il n'est pas simple de persuader ces gens, il faut unir les forces. C'est pour cette raison que nous participerons à la conférence de dimanche à Berlin. Nous avons participé aux cinq réunions préparatoires. Les documents finaux, selon moi, sont à présent pratiquement mis au point. Ils correspondent à part entière aux décisions qui ont été prises par le Conseil de sécurité des Nations unies pour le règlement de la crise libyenne, ne contiennent aucun terme contraire à ses décisions. Nous avons essayé de les mettre en bon état lors des pourparlers. Il est important à présent qu'après la conférence de Berlin, si tout se déroulait comme prévu et si le Conseil de sécurité des Nations unies soutenait ses résultats, les parties libyennes ne reproduisent pas leurs erreurs du passé et n'avancent pas des conditions supplémentaires et des accusations réciproques. Pour l'instant, les relations entre elles sont très tendues. Elles ne veulent même pas se trouver dans une même pièce - sans parler de discussions ou de rencontres entre elles.

Nous participerons à cette conférence avec nos collègues italiens. J'ai prévu un entretien avec le Ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio dans la matinée à Berlin, avant le début de la conférence au sommet.

Question: Compte tenu des dernières modifications de la Constitution proposées par le Président russe Vladimir Poutine et des nouvelles nominations, faut-il s'attendre, selon vous, à une nouvelle doctrine de la politique étrangère russe? Comme on le sait, c'est le Président qui définit la politique étrangère. Nous nous sommes habitués à entendre le terme "suprématie du droit international" dans votre discours. Nous comprenons que ces changements renforcent la souveraineté de la Russie, qu'il s'agit d'un pas nécessaire pour la protection des intérêts nationaux communs. Mais quels changements pourrait-on constater en pratique?

Sergueï Lavrov: Le Président russe Vladimir Poutine a déjà commenté notre attitude envers le droit international et son lien avec la législation et la Constitution de la Russie. Comme la Cour constitutionnelle l'a expliqué il y a un certain temps en répondant à une question à ce sujet, la Constitution est composée des normes-clé, de base, qui définissent toutes nos actions. Aucune entente internationale ne peut contredire notre Constitution.

Je voudrais attirer votre attention sur le fait suivant: toutes les ententes internationales que la Fédération de Russie accepte, rejoint ou signe, doivent ensuite être ratifiées par le parlement russe: l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie. La ratification se présente sous la forme d'une loi fédérale. Ainsi, nos engagements internationaux deviennent, premièrement, partie intégrante de notre système juridique en tant que lois fédérales. Deuxièmement, aucune loi fédérale ne peut être adoptée si elle contredit la Constitution.

Je ne vois là aucun prétexte, aucune raison, pour spéculer ou rechercher un certain sens caché.

Question: Au Liban, les manifestants se sont rapprochés hier du territoire de la mission diplomatique russe à Beyrouth. S'agit-il d'un message, envoyé à la Russie en raison de sa politique dans la région, par les acteurs extérieurs qui soutiennent et promeuvent les processus révolutionnaires au Liban?

Sergueï Lavrov: Nous avons apprécié la réaction des autorités et des services compétents du Liban à cet incident. Je ne vois là aucune raison d'avancer des théories du complot.

Si je le comprends bien, il existe à proximité de l'Ambassade un centre de détention où se trouvent les personnes interpellées pour leur participation aux troubles, dont les manifestants tentent d'obtenir la libération. Deux grenades lacrymogènes se sont retrouvées sur le territoire de l'Ambassade, sans porter aucun préjudice au personnel ou aux biens. Comme je l'ai déjà dit, les services libanais ont affirmé qu'ils accorderaient une attention particulière à la sécurité de notre mission diplomatique.

Question: Vous avez commencé votre intervention par le mot "secousse". On a en effet constaté en 2019 des contestations dans le monde entier, partout, de l'Amérique latine à Hong-Kong. La question-clé est la suivante: quelle est la raison de cette contamination et qui la propage? Dans la plupart des cas, on a vu que Washington soutenait ces mouvements, que ces humeurs étaient exacerbées de manière artificielle.

L'année 2020 vient de commencer, mais la politique de pression des États-Unis ne cesse de s'aggraver: une crise a éclaté entre l'Amérique et l'Iran. Faut-il craindre la poursuite de cette tendance en 2020? Faut-il s'attendre à la répétition du cas du Venezuela, c'est-à-dire de l'apparition d'États ayant deux pouvoirs? Selon vous, quel sera le sort de l'Iran en 2020?

Sergueï Lavrov: Je ne peux pas vous fournir de prévisions. Selon une phrase célèbre de Viktor Tchernomyrdine, "les pronostics sont une chose très compliquée, notamment s'il s'agit de l'avenir".

Il est en effet très difficile de faire des "pronostics sur l'avenir" en ce qui concerne les actions de nos collègues américains. Vous avez cité plusieurs exemples de leur comportement. Il est difficile de prévoir ce qu'on verra en 2020, mais on ne peut rien exclure.

Comme je l'ai déjà mentionné à plusieurs reprises, ils tentent de remplacer le droit international par un "ordre mondial basé sur des règles" profitant avant tout à l'Occident. Il s'agit d'une tentative de freiner la formation d'un ordre mondial polycentrique, qui est un processus objectif. L'Occident tente de retenir l'avènement de grandes puissances. Nous constatons les tensions dans le dialogue commercial entre la Chine et les États-Unis. En principe, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dispose d'un organe spécial dédié au règlement des litiges. Cet organe ne peut pas fonctionner depuis plus d'un an, parce que les États-Unis bloquent la nomination des membres de ce mécanisme, qui n'a, par conséquent, pas le quorum nécessaire. Au lieu de résoudre les problèmes existants du commerce mondial via un mécanisme concerté du droit international qu'est l'organe de règlement des litiges de l'OMC, les États-Unis préfèrent un affrontement bilatéral avec leurs rivaux.

Je viens de lire ce matin que la Commission européenne était préoccupée par les violations possibles des principes de libre-échange et des normes de l'OMC par la dernière entente entre les États-Unis et la Chine. La Commission européenne s'est réservée le droit de revenir plus tard à cette question.

Si l'on parle de thèmes touchant directement à la sécurité internationale et aux problèmes de prolifération des armes de destruction massive, on constate également des tentatives de contrôler ces processus afin d'éviter un dialogue transparent et universel visant des solutions de consensus approuvées par tous.     

Vous voyez ce qui se passe au sein de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Je l'ai déjà mentionné à plusieurs reprises. On a, de manière absolument illégale, attribué à son Secrétariat technique des pouvoirs en matière de désignation des coupables, ce qui a constitué une violation grossière de la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'usage des armes chimiques et sur leur destruction. On tente actuellement d'appliquer la même approche en ce qui concerne la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur destruction, dans le cadre de laquelle nous avons contribué - avec la majorité des pays - à créer un mécanisme de vérification. Les Américains bloquent de fait à eux seuls cette décision et tentent de promouvoir leurs intérêts, y compris dans l'espace postsoviétique, via les secrétariats des organisations internationales, notamment celui de l'Onu, ainsi que via leurs contacts bilatéraux opaques. On y crée des laboratoires biologiques avec la participation du Pentagone. Ce sont des choses très sérieuses qui, encore une fois, préoccupent tout le monde. Mais les Américains ne veulent pas les examiner sérieusement, en faisant participer tous les signataires de la Convention.

Vous avez mentionné l'Iran. Nous avons le Plan d'action global conjoint (JCPoA) qui fait partie intégrante du droit international, a été approuvé par le Conseil de sécurité de l'Onu dans une résolution contraignante. Il s'agit du droit international. Mais les Américains ont décidé d'appliquer leurs propres règles et de quitter le Plan. Ils ont non seulement cessé de respecter leurs engagements, mais interdisent aussi aux autres de commercer avec l'Iran. En même temps, Washington exige que l'Iran respecte ce texte considéré comme "le pire de l'histoire" par le Président américain Donald Trump, qui affirme la nécessité d'adopter une nouvelle entente. Mais l'Iran devrait le respecter. Tout le monde doit se soumettre à la volonté des États-Unis et ne pas commercer avec l'Iran, qui devrait impérativement remplir tous ses engagements quoi qu'il en soit. Cette situation est préoccupante. Aujourd'hui on constate un tournant encore plus dangereux: trois pays européens membres du JCPoA - le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne - ont envoyé à Josep Borrell, Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, une lettre mentionnant leur volonté de lancer la procédure de règlement des litiges prévue par le JCPoA. Il s'agit d'une lettre confidentielle, mais sa réception est déjà un fait connu.

Le Président russe Vladimir Poutine avait justement averti d'une telle évolution des événements. Il avait dit que les Européens pourraient, à une certaine étape, profiter de la situation formée autour de l'Iran, de certaines actions de l'Iran pour rejeter - avec soulagement - toute la responsabilité sur l'Iran. Mais l'Iran - nous l'avons également expliqué à plusieurs reprises - n'a suspendu que la mise en œuvre de ses engagements supplémentaires, pris en plus de ceux imposés par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), l'Accord avec l'AIEA sur les garanties dans le domaine nucléaire et le Protocole supplémentaire à ce dernier. Toutes les actions de l'Iran dans le domaine nucléaire sont transparentes et menées en présence des inspecteurs de l'AIEA. Aujourd'hui, l'Iran est le pays le plus contrôlé parmi les États membres du TNP.

Quand les pays européens ont indiqué que l'Iran devrait désormais mettre en pratique d'autres mesures, ils ont dit regretter la décision américaine de quitter le JCPoA, mais ont adressé des exigences fermes, voire accusatoires, envers l'Iran. Hier, j'ai lu une publication expliquant que la Ministre allemande de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer avait confirmé les rumeurs selon lesquelles, avant la rédaction de cette lettre par les ministres des Affaires étrangères de l'Allemagne, du Royaume-Uni et de la France, les Américains avaient lancé un ultimatum à ces trois pays en menaçant d'établir les droits de douane de 25% sur les automobiles et d'autres produits, si ces pays ne renonçaient pas au JCPoA et ne commençaient pas à promouvoir l'élaboration d'un nouvel accord avantageux pour les États-Unis. Le Premier ministre britannique Boris Johnson l'a dit ouvertement en appelant à oublier l'entente existante et à parvenir à une nouvelle qui ne serait pas le "deal de Barack Obama", mais le "deal de Donald Trump".

Les méthodes auxquelles recourent nos partenaires américains sont assez diversifiées. Je suis tout bonnement incapable de prédire ce qui arrivera dans le futur, bien que nous continuions de dialoguer sur tous les problèmes existants avec les Américains, tout comme avec les Européens.    

Une nouvelle rencontre entre les chefs adjoints de diplomatie de la Russie et des États-Unis sur les problèmes de stabilité stratégique a eu lieu. Cet entretien a porté sur tout l'éventail des questions à l'ordre du jour, notamment le thème de la prévisibilité. Je ne peux pas dire que des résultats considérables ont été atteints, mais le dialogue se poursuit. Nous poursuivons nos efforts visant à prévenir la disparition, dans le monde, de toutes les ententes permettant de limiter, de contrôler les armes, surtout nucléaires, et d'assurer la non-prolifération des armes de destruction massive.

Ce n'est pas pour rien que le Président russe Vladimir Poutine a spécialement souligné le rôle des cinq puissances nucléaires, qui sont membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, dans son discours devant l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie. Le statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et le droit de veto ne sont pas un privilège, mais une responsabilité énorme. C'est une responsabilité réelle, qu'on ne peut en aucune façon négliger. C'est pourquoi l'appel de notre Président, qui juge nécessaire que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies reconnaissent et appliquent leur responsabilité pour tous les événements dans le domaine de la sécurité militaire et politique dans le monde conformément à la Charte des Nations unies, doit être entendu.

Question: Je voudrais poser une question sur le meurtre de trois journalistes russes en Centrafrique. Il a été rapporté très récemment que les organes d'application de la loi du pays avaient brûlé les vêtements des trois journalistes, qui étaient des preuves matérielles. Le Ministère russe des Affaires étrangères a-t-il contacté ses collègues de Centrafrique? Comment une telle situation est-elle possible avec les preuves matérielles si l'enquête sur le meurtre des journalistes russes n'est pas encore terminée en Russie?

Sergueï Lavrov: Bien sûr, nous les avons contactés. Honnêtement, je n'ai pas entendu parler de l'incident concret de la destruction des vêtements. Mais notre Comité d'enquête a ouvert une affaire pénale. Nous avons commenté plusieurs fois cette situation, notamment notre porte-parole Maria Zakharova. Nous l'avons commentée dans le sens où l'enquête devait être menée par les autorités compétentes (en l'occurrence le Comité d'enquête). Nous avons fourni un commentaire au niveau du Ministère qui est responsable de la création des conditions pour les voyages de nos citoyens à l'étranger. Nous avons averti tout le monde, notamment les journalistes, ainsi que d'autres spécialistes, que les motifs indiqués dans la demande de visa devaient correspondre aux motifs réels qui seront poursuivis après la traversée de la frontière. C'est une terrible tragédie. Nous ferons en sorte que l'enquête soit menée jusqu'au bout. Je comprends que le métier de journaliste est déjà assez dangereux et, malheureusement, vos confrères meurent tous les ans. Dans les points chauds il est préférable de travailler au moins en notifiant l’État russe, pour que nous sachions où nos citoyens peuvent faire leur apparition. Je comprends que c'est votre droit ne de pas nous en informer. Mais pour être un peu plus en sécurité je voudrais que vous étudiiez cette possibilité si vous ou vos collègues étaient envoyés dans des endroits dangereux.

Question: Quand vous êtes venu l'an dernier à Nagoya, vous avez dit que la Russie avait transmis une liste de ses préoccupations concrètes. Si je comprends bien, cette inquiétude est suscitée par le déploiement de l'ABM américain au Japon. Quelles garanties le Japon doit-il fournir aux autorités russes pour avancer dans les négociations? Tant que le Japon et les États-Unis maintiendront des relations d'alliés, il sera impossible de régler vos préoccupations.

Sergueï Lavrov: En fait, vous avez tout dit. C'est vraiment une question très sérieuse, une partie très importante de notre dialogue avec le Japon. Pas seulement par rapport au traité de paix. En principe, nous ne voulons pas qu'une menace pour la Fédération de Russie émane du Japon, que nous considérons comme un bon voisin.

Nous avons effectivement des préoccupations. Elles sont formulées et évoquées dans le cadre du dialogue au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères et du dialogue au niveau des secrétaires des conseils de sécurité. Hier, le Secrétaire général du Conseil de sécurité nationale du Japon Shigeru  Kitamura se trouvait en Russie: il a rencontré le Secrétaire du Conseil de sécurité de Russie Nikolaï Patrouchev et a été reçu par le Président russe Vladimir Poutine. Ces thèmes ont été abordés. Vous avez mentionné que le Japon déployait des systèmes ABM terrestres américains. Nos collègues japonais nous disaient depuis longtemps qu'ils le faisaient uniquement pour se protéger contre la menace émanant de la péninsule coréenne, et que ces systèmes ABM seraient contrôlés uniquement par les autorités japonaises. Qu'ils seraient subordonnés aux forces d'autodéfense japonaises. Sur ces sujets nous essayons de déterminer les détails concrets, mais ce n'est pas le plus important. Le Japon déploie des systèmes de lancement antimissiles achetés aux États-Unis, qui ont déjà été testés par les Américains non seulement pour tirer des antimissiles, mais également des missiles d'attaque et de croisière - une arme qui était justement interdite par le FNI tant que le Traité était en vigueur, avant que les Américains ne le rompent. C'est déjà une possibilité pour les systèmes d'attaque à proximité de nos frontières. Bien évidemment, nous devons en tenir compte. Nous ne soupçonnons pas que le gouvernement japonais, l'élite politique, nourrisse des projets malsains vis-à-vis de la Fédération de Russie. Pas du tout. Mais vous avez effectivement, vous l'avez dit, une alliance militaire avec les États-Unis. Si vous regardez les documents, les déclarations et les décisions dans le cadre de cette alliance, vous verrez que les États-Unis utilisent cette alliance pour affirmer leur ligne visant à contenir la Russie. La Russie est un adversaire, et le Japon fait partie de cette stratégie militaire de son proche allié américain. Bien sûr, nous voulons des éclaircissements, nous voulons comprendre comment évoluera notre coopération si les Américains attirent le Japon dans leur politique proclamée législativement comme orientée contre la Russie. Le dialogue est important. Nous voulons une clarté absolue.

Question: Mardi devrait commencer le processus de destitution au Sénat américain. Certains Occidentaux disent que cela affaiblira le soutien américain à l'Ukraine et renforcera les positions de la Russie. Qu'en pensez-vous?

Sergueï Lavrov: La destitution a lieu chez vous. Vous êtes Américaine, vous êtes mieux placée.

Question: En octobre 2019, vous avez qualifié le groupe des Brics d'étalon de la diplomatie multipolaire. Quels objectifs principaux ont été atteints l'an dernier? Peut-on déjà parler des objectifs pour 2020?

Sergueï Lavrov: Je ne vais pas m'étendre sur ce sujet maintenant. C'est une question factuelle. Le site de notre présidence expose tout notre programme. Nous pouvons en faire la diffusion. Nous avons préparé des réponses aux questions fréquentes sur ce qui se passe au sein de l'organisation. Nous les publierons sur le site, vous pourrez les utiliser. Nous avons plus de 100 activités dans le cadre de la présidence. Nombre d'entre elles se tiendront non seulement à Moscou et à Saint-Pétersbourg, mais également dans d'autres villes. Dans l'Oural sont prévues, entre autres, des rencontres ministérielles. Je pense que ce sera utile. Le sommet qui couronnera notre présidence se tiendra pendant la seconde moitié du mois de juillet à Saint-Pétersbourg. Nous nous préparons activement.

Question: Hier, le Parlement letton a accusé la Russie de falsifier l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Comme on le sait, ce sont justement les pays baltes qui s'adonnent le plus aux falsifications historiques. Le plus triste est que les organisations internationales les écoutent sur ces questions. Cela produit, en résultat, des textes similaires à la résolution scandaleuse du Parlement européen de 2019 sur la responsabilité égale de l'URSS et du IIIe Reich pour le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Comment l'avons-nous permis? Comment la Russie pourrait-elle protéger ses intérêts et la vérité historique? Quelles initiatives faut-il entreprendre à ces fins?

Sergueï Lavrov: Comment avons-nous permis au néonazisme de prospérer en UE? Je doute que nous puissions influer par la force sur la situation. Mais nous pouvons faire honte à l'UE et nous nous en occupons. Les Européens détournent malheureusement le regard et évitent la conversation. Ils mentionnent au mieux la nécessité de respecter la liberté d'expression, de parole, etc. Pour cette même raison ils s'abstiennent chaque année de voter à l'Assemblée générale de l'Onu pour notre résolution sur l'inadmissibilité de la glorification du nazisme, de la résurrection de toutes les formes d'idéologie anti-humaine, etc. Par ailleurs, les Américains et les Ukrainiens votent contre, ce qui n'est pas non plus surprenant. Les Américains ne veulent reconnaître aucune limite. Quant aux Ukrainiens, s'ils soutenaient la résolution, ils seraient probablement incapables de résister aux radicaux néonazis qui ont actuellement de plus en plus d'influence dans le pays.   

Mais je ne suis pas d'accord avec votre affirmation sur le soutien des organisations internationales. Une organisation internationale que je viens de mentionner, l'Assemblée générale de l'Onu, adopte chaque année par une majorité écrasante des voix (130-140) une résolution condamnant toutes les manifestations du néonazisme et la glorification des criminels nazis. Le Parlement européen est sans doute une organisation internationale, mais elle n'est pas universelle. Beaucoup de choses se passent en son sein - tout comme en UE - à l'initiative d'une minorité: on cite les règles de consensus, la nécessité de tenir compte de l'opinion des autres. Mais il s'agit d'une minorité assez agressive. Comme vous l'avez dit de manière tout à fait juste, ce sont les pays baltes et certains autres États qui donnent le "la".  

En ce qui concerne les faits concrets présentés par le Président russe Vladimir Poutine lors de son intervention dans le cadre de la rencontre des pays de la CEI à Saint-Pétersbourg en décembre dernier, on a récemment constaté une réaction du type "le voleur a chaud au chapeau". Comme vous le savez, le Président a dit qu'il préparait un grand article s'appuyant uniquement sur les faits et les données des archives russes. Par ailleurs, le Ministère russe de la Défense a publié hier des données d'archives inédites sur les participants à la libération de Varsovie et ses modalités. La Pologne a souligné via ses diplomates qu'elle voudrait bien mettre en œuvre l'idée de Vladimir Poutine et analyser ces matériaux d'archives. Tout est à point. Les textes d'archives ont été préparés et on voudrait connaître l'opinion des Polonais suite à leur examen. Dans tous les cas, on constatera sans doute la poursuite des tentatives de dénigrer la Russie du point de vue du bilan et des causes de la Seconde Guerre mondiale, d'utiliser ce mensonge pour affaiblir aujourd'hui les positions de la Russie sur l'arène internationale.

Jérusalem accueillera la semaine prochaine une commémoration internationale des victimes de la Shoah, à laquelle participera notamment le Président russe Vladimir Poutine. Nous savons que nos collègues polonais - bien que le Président polonais Andrzej Duda ait annoncé qu'il ne s'y rendrait pas, je ne sais pas pourquoi, peut-être à cause de la présence de Vladimir Poutine - tentent de persuader les participants occidentaux à la cérémonie - on y verra les États-Unis et certains leaders européens - de présenter dans leurs interventions le point de vue polonais sur les approches russes de la Seconde Guerre mondiale. Ces méthodes sont absolument scandaleuses compte tenu de l'événement dans le cadre duquel ils comptent entreprendre ces initiatives.

Question: Dans le cadre de plusieurs opérations spéciales, le Kazakhstan a fait revenir de Syrie environ 600 citoyens kazakhs, notamment 400 enfants. Une opération récente a permis de faire revenir d'Irak 14 enfants dont les liens de parenté avec des Kazakhs ont été établis grâce à l'analyse ADN. Que pensez-vous des actions du Kazakhstan visant l'évacuation de ses citoyens depuis cette région?   

Sergueï Lavrov: Je les considère comme les actions que tout État souverain a le droit d'entreprendre afin d'accomplir ses engagements par rapport à ses citoyens. Nous nous occupons de questions similaires. Nos militaires, nos services secrets et notre déléguée aux droits des enfants s'occupent du retour des enfants russes depuis l'Iran et la Syrie. Nous avons établi un échange d'expériences avec nos collègues kazakhs. Hier, j'ai visité l'Ouzbékistan. Nos amis ouzbeks libèrent eux aussi leurs citoyens, au moins les femmes et les enfants. Quant aux combattants, c'est un sujet particulier. J'ai déjà évoqué le problème existant à l'Est de la Syrie, où les combattants fuient les camps de détention. Les femmes ont été dans les plupart des cas trompées ou forcées de s'y rendre. Les enfants n'ont rien à voir avec tout cela. Naturellement, on souhaite qu'ils reviennent dans un environnement normal et grandissent pour devenir de bonnes personnes, sans être influencés par les idées radicales des terroristes.

Question: Qu'en pensez-vous: les actions des autorités polonaises contre les cimetières - je fais notamment allusion à la destruction de monuments par des bulldozers - sont-elles adéquates? L'ancien président polonais Lech Walesa a déclaré dans une interview à la chaîne Perviy Kanal qu'il était prêt à venir en Russie. Que penseriez-vous de l'idée de remplacer le Président polonais actuel, Andrej Douda, par l'ancien, Lech Walesa, lauréat du prix Nobel?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne l'attitude envers les monuments, j'ai déjà abordé le thème des résultats de la Seconde Guerre mondiale en principe. Je suis convaincu qu'il faut s'appuyer uniquement sur les faits historiques. Nous sommes toujours disposés à un dialogue basé sur les documents d'archives. Avec la Pologne, nous disposions pendant une longue période d'une structure entière de mécanismes bilatéraux, de canaux de communication, notamment le Comité stratégique dirigé par les ministres des Affaires étrangères, avec la participation de bien d'autres institutions.

Au sein de cette structure existait un groupe d'historiens qui étaient chargés des questions complexes du passé, mais maintenaient leurs positions en s'appuyant sur les faits scientifiques. Il y a quelque temps, ce groupe a préparé un manuel commun sur une certaine étape de nos relations, sur notre histoire commune avec la Pologne. Il a été possible de préparer des articles conjoints sur plusieurs épisodes et, là où les avis des historiens divergeaient, les opinions polonaises et russes ont été publiées.

Je trouve que c'est ce travail qui doit reprendre, ne doit pas être pris en otage des tentatives de faire de l'histoire de la propagande. Quand nos collègues polonais détruisent des monuments, ils expriment leur position et prétendent que la Pologne ne s'est pas engagée à préserver les monuments qui ne se trouvent pas dans les cimetières. Ils sont prêts à préserver uniquement les mémoriaux érigés sur des tombes. C'est du mégotage. En approchant cette question de la sorte, on perd le sentiment d'intégrité. Nous parlons d'individus qui ont donné leur vie, le plus cher de ce qu'ils avaient, pour libérer l'Europe. C'est pourquoi je partage entièrement la position de ceux (y compris le Président tchèque Milos Zeman) qui se prononcent contre la destruction des monuments de cette guerre.

En ce qui concerne Lech Walesa, c'est un homme respecté qui est connu comme un homme politique absolument indépendant. Il possède son propre avis, qu'il ne se gêne pas d'exprimer et de défendre. S'il souhaite venir en Russie, c'est sa décision. Nous serions ravis de rendre son séjour ici confortable. Quant aux rencontres au niveau politique - cette question ne s'adresse pas à moi.

Question: Quel est votre avis sur la coopération entre la Russie et l'Allemagne après la récente visite de la Chancelière Angela Merkel? Y a-t-il une percée? Elle est venue à Moscou pour la première fois en cinq ans.

Sergueï Lavrov: Je ne pense pas que dans les conditions actuelles, les contacts entre le Président russe Vladimir Poutine et la Chancelière allemande Angela Merkel aient besoin d'être forcément orientés sur une percée. Ils communiquent régulièrement en marge de différentes activités (la réunion de Paris a précédé de peu la venue de la Chancelière à Moscou), par téléphone. Personne ne cherche à persuader l'autre que quelqu'un a tort, qu'il faut d'abord régler les différends idéologiques, et seulement ensuite plancher sur tout le reste.

Nous comprenons qu'il existe les sanctions, la position adoptée, malheureusement, par l'Allemagne après le coup d’État en Ukraine, dans une situation où la position de Berlin a été ignorée et où les putschistes l'ont traitée comme une valeur inexistante - car l'Allemagne était un garant de l'accord rompu par les putschistes. Je m'étais déjà arrêté sur ce point. Malheureusement, l'Allemagne, et d'autres pays européens, a simplement haussé les épaules, s'est résignée à l'acte illégal commis contre leur propre gré et signature. Elle a commencé à percevoir la crise ukrainienne uniquement à partir de la période où la Russie a réagi à la volonté exprimée par les Criméens, quand la Crimée a réintégré la Russie. Nos collègues occidentaux le prennent pour point de départ. Mais tout ce qui s'est passé avant cela, le coup d’État, l'adoption par ses leaders d'une loi annulant les droits de la population russophone, l'exigence des putschistes d'organisations nationalistes radicales que les Russes "débarrassent le plancher" en Crimée, tout cela ne compte pas. L'Occident a été déçu seulement quand les Criméens ont fait ce dont ils rêvaient depuis des décennies après la chute de l'URSS. Voilà le problème.

La visite d'Angela Merkel n'avait pas un caractère extraordinaire. Nos collègues allemands souhaitent surtout organiser avec succès la Conférence de Berlin sur la Libye, ils y ont accordé beaucoup de temps. Vladimir Poutine et Angela Merkel ont parlé en tête-à-tête pendant près d'une heure, et pendant ce temps nous discutions avec le Ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas et ses collaborateurs. Bien évidemment, ils ont parlé de l'économie, de l'énergie, du Nord Stream. Tout cela a été dit pendant les allocutions d'ouverture, les conférences de presse et les réponses aux questions. Je trouve que c'était une visite de travail normale, concrète. Cela reflète le pragmatisme de nos relations avec l'Allemagne.

Question: En parlant de l'Iran, vous avez fortement critiqué les États-Unis et trois pays européens, mais vous n'avez pas dit ce que la Russie pourrait faire aujourd'hui pour éviter l'escalade dans le conflit avec Téhéran.

Sergueï Lavrov: J'espère que vous suivez nos discours et initiatives. Nous jugeons inadmissible ce qui se passe avec le Plan d'action global commun. Conformément à ce plan, l'Iran limitait son programme nucléaire à certains paramètres en matière d'enrichissement, de quantité d'eau lourde à tout moment, et de quantité d'uranium enrichi (près de 4%). L'Iran a pris des engagements qui exigent davantage que les accords universels sur la non-prolifération, les exigences et les documents de l'AIEA. Et pour ces initiatives allant au-delà des engagements internationaux, il lui a été promis en retour de lever les restrictions commerciales le visant (l'Occident n'a pas accepté les conditions préférentielles supplémentaires). Et cela n'a pas été fait. Les États-Unis ont interdit à tout le monde de commercer avec l'Iran et brandissent la menace des sanctions. Les Européens ont un peu "crâné" et ont dit qu'ils créeraient un mécanisme pour commercer avec l'Iran indépendamment du dollar et des États-Unis. Il a finalement été créé il y a plus d'un an sous le nom d'Instex, uniquement pour les transactions concernant uniquement les produits humanitaires qui ne sont même pas concernés par les sanctions américaines. Ils ont dit qu'à terme, quand le mécanisme entrerait en vigueur, il serait étendu au commerce d'autres produits, y compris de pétrole, qui est primordial pour l'Iran. En plus d'un an, ce mécanisme n'a réalisé aucune transaction. Une transaction a été commencée, mais n'a toujours pas été achevée. Elle porte sur 10 millions de dollars de médicaments. Vous comprenez bien que c'est une goutte d'eau dans l'océan.

Quand l'Iran dit qu'il va mettre en suspens l'accomplissement de ses engagements volontaires, nous pensons évidemment que cela ne sert pas la cause, que cela donne un prétexte aux Américains pour aggraver davantage la situation. Mais nous voyons pour quelles raisons l'Iran agit ainsi. Or il ne renonce pas à tout le reste, qui est obligatoire pour tous les États signataires du Traité de non-prolifération des armes nucléaires. Nous pensons que les Européens doivent et peuvent faire bien plus.

Il existe un problème lié aux décisions des entreprises privées. On ne peut pas forcer une compagnie privée à commercer à perte. Si une compagnie possède des intérêts, des investissements directement liés à l'utilisation du dollar aux États-Unis ou ailleurs, alors c'est à la compagnie de décider où elle travaillera. Nous comprenons quelle peut être une telle décision. Mais il existe des compagnies qui n'ont aucun engagement ni intérêt sur des territoires que les législateurs américains pourraient restreindre ou léser.

En ce moment même nous débattons pour savoir ce que nous pouvons faire. Nos représentants, les vice-ministres des Affaires étrangères, sont en contact permanent avec le Service européen pour l'action extérieure, qui coordonne l'activité du Plan d'action. Je pense qu' il faut organiser prochainement une réunion pour élucider cette situation et comprendre ce que chacun pense. Parce que nos partenaires, ce qu'on appelle le "trio occidental" (Royaume-Uni, France, Allemagne), affirment que les actions, la critique et les exigences envers l'Iran ne visent qu'à préserver le Plan d'action. Le Premier ministre britannique Boris Johnson, approximativement au même moment que ces affirmations ont été faites par les trois capitales, a suggéré d'annuler l'accord conclu par l'ancien Président américain Barack Obama, et à signer un accord qui satisferait le Président actuel Donald Trump. Puis ils ont tenté de tout désavouer, mais "la parole n'est pas un moineau". En parlant de ce que nous ferons prochainement, je pense qu'il faut organiser une réunion des directeurs politiques de tous les acteurs restants du Plan d'action: le "trio" européen, la Russie, la Chine et, évidemment, l'Iran, pour se parler honnêtement.

Question: Un nouveau gouvernement russe est constitué actuellement, resterez-vous Ministre des Affaires étrangères? Souhaitez-vous rester?

Sergueï Lavrov: Cela fait probablement longtemps que vous travaillez en tant que journaliste, vous comprenez vous-même. Vous voyez, tout le monde a ri. Il y a trois jours j'ai été chargé de remplir des fonctions - je les remplis.

Question: Quelle est votre impression de la rencontre avec le Premier ministre indien Narendra Modi? Avez-vous réussi à trouver une entente sur le commerce en devises nationales entre la Russie et l'Inde?

Sergueï Lavrov: Nous n'avons pas évoqué la question des devises nationales lors de ma rencontre avec le Premier ministre indien Narendra Modi et le Ministre des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar. Nous avons des mécanismes chargés de nos relations commerciales et économiques - cette question est gérée par la Commission intergouvernementale. Elle se réunit assez régulièrement. Sa prochaine séance est prévue en 2020.

Nous avons évoqué des questions plus politiques relatives à notre ordre du jour: la coopération à l'OCS et au sein des BRICS, notamment dans le contexte de la présidence russe des deux organisations en 2020. Nous avons examiné la situation générale dans la région Asie-Pacifique, et notamment l'introduction d'un nouveau terme: région Indo-Pacifique. On a toujours parlé de la région Asie-Pacifique, mais nos collègues américains promeuvent activement aujourd'hui la conception "Indo-Pacifique". Tout comme l'expression "l'ordre mondial basé sur des règles", les "stratégies Indo-Pacifiques" entrent durablement dans l'usage.

Nous n'avons pas évoqué notre attitude envers un terme, un nom ou une conception, mais la position de la Russie et de l'Inde sur le développement de la coopération sur la base multilatérale dans notre région commune. Nos approches sont pratiquement identiques. L'Inde et la Russie ne soutiennent pas les tentatives d'utiliser la conception des stratégies Indo-Pacifiques afin de créer des configurations de confrontation dans la région. Il est, selon nous, important de poursuivre la coopération en nous appuyant sur les structures multilatérales créées à l'initiative de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN). Il y a le Forum régional de l'ASEAN sur la sécurité, un mécanisme spécial de rencontres des ministres de la Défense des pays de l'ASEAN et des partenaires de l'Association. Il existe également un autre outil très important: le Sommet de l'Asie orientale, qui permet d'évoquer n'importe quelle question sans aucune exception. De ce point de vue, il a été très utile de constater que notre position était pratiquement identique à celle de l'Inde. 

Une autre chose est que la terminologie soulève toujours des questions. J'ai déjà demandé à nos collègues américains et japonais - on pourrait également poser cette question aux Australiens (les États-Unis, l'Australie, le Japon et la Corée du Sud sont les principaux promoteurs de cette conception) - si le remplacement de la région "Asie-Pacifique" par "Indo-Pacifique" signifiait que toute l'Afrique orientale serait impliquée dans la nouvelle coopération. La réponse est non. Est-ce que cela signifie que le Golfe persique participera à ces débats, car il fait partie de l'océan Indien? Encore une fois, non. Le cercle des participants est donc identique à celui de la région Asie-Pacifique, mais certains voudraient y créer des lignes de partage. C'est exactement de ça qu'il s'agit. Les promoteurs de cette conception ne tentent même plus de le dissimuler. Il était important pour moi de confirmer que nos amis indiens comprenaient bien la situation.

Question: Quelle est la position de la Russie concernant les tentatives d'examiner la question du Cachemire au Conseil de sécurité de l'Onu? 

Sergueï Lavrov: Nous soulignons toujours la nécessité de résoudre la question du Cachemire dans le cadre de négociations directes entre l'Inde et le Pakistan conformément aux déclarations et aux ententes signées par les parties. Nous confirmons cette position quand quelqu'un propose d'examiner le sujet du Cachemire au sein des organes de l'Onu.

Question: La crise entre l'Iran et les États-Unis pourrait-elle influer sur le processus de paix en Afghanistan?

Sergueï Lavrov: Je pense que l'aggravation des relations entre l'Iran et les États-Unis ne favorisera le règlement d'aucune crise dans la région, justement à cause de l'escalade des tensions. La tragédie de l'avion d'Ukraine International Airlines constitue une alerte sérieuse et un appel à s'occuper de la désescalade au lieu des menaces et des vols incessants de l'aviation militaire dans la région.

D'un point de vue pratique, nous savons justement que les États-Unis font partie des principaux acteurs en Afghanistan. Ils mènent toute une coalition. Disposent de leurs propres troupes en Afghanistan, ont repris les négociations avec les Talibans. Nous le soutenons. Il est selon nous très important d'obtenir une entente qui permettrait de lancer les négociations entre tous les Afghans. Les Talibans ont déjà avancé cette condition, qui a été acceptée. Nous essayons de contribuer à ce processus. Parallèlement à nos propres contacts avec les Talibans, que nous encourageons à signer des ententes et à établir un dialogue direct avec les autres forces politiques de l'Afghanistan, nous avons un canal de communication tripartite avec les Américains et les Chinois, qui a récemment incorporé le Pakistan. Selon nous, il serait plus juste si ce cercle informel d'échange d'idées sur le règlement réunissait non seulement les États-Unis, la Chine, la Russie et le Pakistan, mais permettait également aux Iraniens de le rejoindre. En principe, c'est possible. Si je le comprends bien, les obstacles résident dans l'attitude anti-iranienne des États-Unis et le refus iranien de parler aux Américains dans cette situation, de les aider dans telle ou telle question.  

De tous les points de vue, il est nécessaire d'obtenir la désescalade dans les relations entre les États-Unis et l'Iran, mais cela exige de la sagesse étatique. Je doute que ces relations puissent s'éloigner de la limite dangereuse si Washington continuait d'accuser publiquement et exclusivement l'Iran de tous les maux dans la région. L'Iran serait coupable partout, dans n'importe quel pays. Washington exige que l'Iran cesse partout ses actions visant le développement des réseaux et de l'influence. Ce n'est pas réaliste. Tous les pays de cette région et d'autres régions ont leurs propres intérêts, qu'ils projettent sur leurs amis et leurs voisins. L'essentiel est que la promotion de ces intérêts s'appuie sur des moyens légitimes. Ce qui, malheureusement, n'est pas toujours le cas. Regardez la présence illégale de la coalition antiterroriste à l'Est de la Syrie, qui favorise de fait la propagation des humeurs séparatistes. Il s'agit d'un problème sérieux. Ainsi, il vaut mieux que tout le monde négocie.

Comme vous le savez, l'Iran a d'abord proposé de signer le Traité de non-agression entre l'Iran et les pays arabes du Golfe persique, et a ensuite lancé l'Initiative de paix d'Ormuz pour coopérer dans le maintien de la sécurité dans ces bassins. Nous avons une approche similaire. J'ai déjà mentionné dans mon allocution d'ouverture que nous avions avancé la Conception de sécurité collective dans la zone du Golfe persique et dans les régions voisines. Il s'agit de la nécessité de non seulement réunir tous les pays côtiers du Golfe persique, les Arabes et les Iraniens, mais aussi de renforcer leurs efforts par la participation d'acteurs extérieurs. Je parle de la Ligue arabe, de l'Organisation de la coopération islamique, des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu, de l'Union européenne. Je pense qu'une telle configuration pourrait lancer le travail sur une conférence sur la sécurité et la confiance dans la région. Si l'on arrivait à enclencher ce processus, il pourrait impliquer plus tard d'autres pays de la région voire, de manière plus large, d'autres pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. 

Malheureusement, les divergences entre certains pays arabes du Golfe persique et les Iraniens restent trop profondes. Dans nos contacts avec l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et les Iraniens, nous soulignons qu'il leur faut établir le dialogue. Ils le comprennent, apparemment, mais nous n'avons pas encore convaincu nos amis de lancer ce travail.

Question: Je voulais poser une question sur le Boeing ukrainien. De nombreuses discussions ont eu lieu la semaine dernière. Les approches de l'Iran et celle de la Russie concernant le vol MH17 ont été comparées dans un sens pas du tout positif. Êtes-vous d'accord avec Margarita Simonian sur le fait qu'en l'occurrence l'Iran a agi "comme un homme" contrairement à d'autres pays, Russie y compris?

Je voulais également poser une question concernant la position du Ministère russe des Affaires étrangères exprimée la semaine dernière. Jusqu'au bout, les différents représentants du Ministère affirmait qu'il s'agissait d'une désinformation de l'Occident. Alors qu'en réalité il y avait suffisamment de preuves, sans accès aux renseignements, visibles même à l'œil nu, que quelque chose s'était produit à une altitude de 2.500 mètres. Il s'avère donc que c'était une erreur. Voyez-vous une raison pour présenter des excuses aux familles des défunts?

Sergueï Lavrov: Je ne me souviens pas que le Ministère russe des Affaires étrangères ait déclaré officiellement que les versions selon lesquelles l'avion avait été abattu étaient une désinformation. Vous pouvez me réfuter si vous avez des faits.

Question: Je crois que votre adjoint Sergueï Riabkov l'a commenté.

Sergueï Lavrov: Nous n'avons et ne pouvions faire aucune déclaration officielle. Nous avons uniquement prôné l'établissement de la vérité. Comme nous voulons établir la vérité par rapport au Boeing malaisien. En répondant à la question précédente, j'ai mentionné la tragédie de l'avion ukrainien suite à l'attisement de la tension entre les États-Unis et l'Iran. Je ne veux justifier personne. C'est une erreur humaine. Je pense que tout le monde a déjà compris que ce n'était pas prémédité. C'est le droit des proches d'exiger des dédommagements. Je pense que les autorités iraniennes étudieront toutes ces requêtes. Elles ont reconnu que cela s'était produit par erreur. Je ne veux persuader personne que cela aurait pu ne pas se produire. Bien sûr, on voudrait que cela n'arrive pas. Mais les Américains ont éliminé, lors d'une opération sans précédent qui sape et remet en questions toutes les normes imaginables du droit international, le général Qassem Soleimani, commandant des forces spéciales al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de l'Iran. Les Iraniens ont riposté. Comme nous l'avons appris par la suite, ils ont riposté de manière ajustée, en avertissant l'Irak. De nombreuses informations dans la presse indiquent que les Américains en ont été avertis et en ont pris note, ils l'ont pris comme un fait. Mais d'autres informations indiquent qu'après cette attaque les Iraniens attendaient une nouvelle frappe américaine, ils ignoraient sous quelle forme, mais au moins six chasseurs F-35 se trouvaient dans l'espace aérien directement à la frontière iranienne. Cette information doit être revérifiée. Mais je voudrais souligner la nervosité qui est toujours présente dans de telles situations.

Par rapport à l'existence d'une approche iranienne et d'une approche russe, honnêtement, je n'ai pas compris à quelle différence vous faisiez allusion. Je voudrais souligner de nouveau que, de la même manière que dans le cas du Boeing ukrainien, nous voulons clarifier la situation autour du Boeing malaisien. Je vous rappelle certaines choses que vos collègues, notamment néerlandais, tentent d'omettre. Premièrement, la Russie faisait partie des coauteurs de la résolution 2166 du Conseil de sécurité des Nations unies qui exigeait de mener une enquête en stricte conformité avec les normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Je ne vais pas citer les normes qui doivent être respectées mais ne le sont pas. La résolution 2166 du Conseil de sécurité des Nations unies exigeait, entre autres, que les personnes chargées de l'enquête en réfèrent régulièrement au Conseil de sécurité des Nations unies. Aucun rapport n'a été soumis. Un groupe d'enquête conjoint (JIT) a été formé avec l'Ukraine, l'Australie, les Pays-Bas et la Belgique.

La Malaisie, dont le Boeing a été abattu, n'y a pas été invitée. Elle l'a été seulement trois mois plus tard pour participer au groupe d'enquête pénale, alors qu'elle participait déjà au groupe chargé de déterminer les détails techniques. D'ailleurs, s'il y avait des reproches à notre égard, nous pouvions également être invités au JIT. Nous n'y étions pas attendu, on ne voulait pas de nous, mais nous coopérions activement: nous accomplissions tout ce que nous demandaient les représentants du JIT formé par les Pays-Bas. Nous avons même organisé des démonstrations grandeur nature. Le groupe Almaz-Anteï, qui fabrique le fameux système antiaérien Bouk qui, comme certains le prétendent, aurait abattu cet avion, a montré comment cela pouvait se produire dans la vie réelle, en situation réelle. Nous avons fourni les données primaires des radars. A notre question de savoir où étaient les informations des radars ukrainiens, on nous répond étrangement qu'il n'y en aurait pas. Puis quelqu'un a dit que ces radars s'étaient accidentellement éteints. Tous les radars de l'Ukraine qui surveillaient cette partie de l'espace aérien "se sont éteints" pendant un certain temps. Tout comme s'est éteinte la caméra de surveillance pendant la matinée quand les Skripal ont été retrouvés sur le banc dans un parc. La caméra qui surveillait leur maison a été éteinte, puis s'est rallumée. On ne répond pas non plus à la question de savoir pourquoi les conversations des contrôleurs aériens ukrainiens ce jour-là n'ont pas été publiées dans leur intégralité. Maintenant, soudainement, cinq ans après la catastrophe, après la tragédie, des enregistrements de conversations téléphoniques entre des représentants russes et du Donbass ont été publiés. Pendant cinq ans on cherchait ces enregistrements téléphoniques. Et les contrôleurs ukrainiens? Il ne faut rien chercher! Ces enregistrements doivent être dévoilés au monde. On ne veut pas. On se demande où sont les données des satellites américains. Leur existence a été mentionnée.

Vous savez ce qui est le plus intéressant? Quand la Malaisie n'a pas été invitée à participer à cette enquête dès le départ, les quatre pays qui s'étaient réunis avec l'Ukraine (ils ne l'ont pas dit, mais nous le savons pertinemment) sont initialement convenus entre eux que toute les informations provenant de l'extérieur devaient être approuvées par les quatre membres du groupe, l'Ukraine y compris. Quand les députés néerlandais ont demandé à leur gouvernement pourquoi, dans le cadre de cette enquête, l'Ukraine ne s'interrogeait pas sur les raisons pour lesquelles l'espace aérien n'avait pas été fermé, le gouvernement néerlandais a gardé le silence. Ces questions sont nombreuses. Quand l'enquête néerlandaise, alors que nous avons fourni tout ce que nous avons pu à leurs requêtes, déclare publiquement (mon homologue néerlandais Stef Blok se le permet également) que la Russie n'a pas coopéré avec l'enquête, nous rétorquons que nous l'avons fait et demandons pour quelle raison de telles déclarations sont faites. Vous savez quelle est la réponse? "La Russie ne coopère pas parce qu'elle n'a pas reconnu sa culpabilité."

L'Australie et les Pays-Bas nous ont proposé de mener des consultations. Nous avons accepté en sachant, et cela a été convenu, que nous examinerions toutes les questions qui nous intéressaient. Que nous répondrions à leurs questions de manière complémentaire. Mais nous voulons parler avec eux de tout ce que je viens de mentionner. Ils l'évitent et prétendent que l'enquête n'est pas terminée, mais que nous sommes coupables alors il faudrait entamer la conversation sur les dédommagements. Est-ce que les "hommes" se comportent ainsi? Vous ne savez pas? Je ne pense pas.

C'est pourquoi quand on adopte une approche reposant uniquement sur la logique du "highly likely" par rapport à ce thème, au thème des Skripal et de l'arme chimique en Syrie: c'est précisément l'histoire par laquelle nous avons commencé la conversation d'aujourd'hui, quand au lieu du droit international sont inventées des règles qui vous arrangent et auxquelles vous forcez les autres à croire.

Maria Zakharova: Si vous permettez, comme nous avons entendu une citation incorrecte des propos de Sergueï Riabkov, je vais citer moi-même ce qu'il a dit, car, sinon, nous offrons des prétextes pour des interprétations incorrectes.

Sergueï Lavrov: Des mensonges, pour le dire directement.

Maria Zakharova: Sergueï Riabkov a tenu les propos suivants le 10 janvier dernier à Tokyo, c'est une citation directe: "Je suis profondément convaincu qu'il est inadmissible de tenter de gagner des points politiques en profitant de cette tragédie humaine terrible. Il faut permettre aux experts d'analyser la situation et de tirer des conclusions, mais lancer des jeux de ce genre est, au bas mot, indigne". Autre citation directe: "Il n'existe aucun fondement permettant d'avancer des propos retentissants à l'étape actuelle". Fin de la citation.

Question: Il restera dans quelques jours exactement un an avant l'expiration du Traité New Start. Selon le Président russe Vladimir Poutine et vous-même, on ne constate de l'autre côté de l'Atlantique aucun signal positif et on ne sait pas encore si le Traité sera prolongé. Mais tout change. Est-ce que la Russie envoie des signaux de plus en plus insistants à Washington pour lui indiquer qu'il est temps de s'occuper de ce problème?

Sergueï Lavrov: Oui, je l'ai évoqué lors d'un premier déplacement à Washington en 2017, et plus tard en décembre 2019. Le Vice-Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov en a également débattu avec le Sous-Secrétaire d'État américain Christopher Ford. Les Américains ne donnent pas de réponse définitive et tentent de tout laisser en suspens. Ce faisant, ils promeuvent toujours l'idée d'impliquer la Chine dans les négociations bien que nous ayons déjà exposé plus d'une fois notre position. Le Président russe a déclaré à plusieurs reprises que si tous les acteurs acceptaient un processus multilatéral, nous y participerions. Mais la Chine a déjà déclaré de manière officielle à de nombreuses reprises qu'elle ne participerait pas à des négociations de ce type en justifiant sa position par la différence radicale de volume des forces nucléaires chinoises par rapport à celle des États-Unis et de la Russie. Nous avons déclaré que nous respections la position chinoise et ne tenterions pas de forcer la Chine à la changer. Pour quelle raison et par quels moyens pourrait-on le faire? Mais les Américains sont, pour une certaine raison, certains que nous devons persuader les Chinois d'accepter la proposition des États-Unis. Je pense que cette proposition est peu compréhensible. Les Américains disposent de canaux bien établis de dialogue avec les Chinois. Ils viennent de signer un accord commercial.

C'est pourquoi je voudrais souligner encore une fois que nous soutenons la position de la Chine. Si tout le monde concertait, à telle ou telle étape, une configuration multilatérale des négociations, nous y participerions. Mais tout cela prend du temps. Même si les conditions nécessaires étaient réunies et que l'on constatait la volonté d'accepter un processus multilatéral, les négociations prendraient des mois, alors que le Traité New Start expirera déjà en février 2021. Le Président russe Vladimir Poutine a proposé au Président Donald Trump et au Secrétaire d'État Mike Pompeo - lors de la visite de ce dernier à Sotchi en mai 2019 - de s'entendre sur la prolongation du Traité afin de créer un garde-fou parallèlement aux tentatives de lancer de nouvelles négociations multilatérales. Telle est la position de la Russie, qui est toujours valable. Comme le Président russe l'a confirmé encore une fois lors d'une réunion avec les dirigeants des Forces armées russes en automne dernier, nous soulignons la nécessité de prolonger le Traité New Start sans aucune condition préalable. J'espère que les Américains nous ont entendus. Nous l'avons évoqué à plusieurs reprises, mais ne voyons toujours aucun signal clair et compréhensible de leur part.

Question: Comme on le sait, la Russie assurera la présidence du Conseil de l'Arctique de 2021 à 2023. Quels préparatifs a-t-elle lancé? Quel est le rôle des régions arctiques de la Russie, notamment Yamal? A quel point l'ordre du jour avancé par la Russie en Arctique est-il efficace?   

Sergueï Lavrov: Je trouve que notre agenda arctique est très chargé. Il résulte du travail d'un grand collectif interministériel. Il reflète les intérêts de notre sécurité, de la navigation maritime, de l'économie, de l'énergie, de la protection de l'environnement et des droits des peuples autochtones. Les peuples autochtones participent au travail du Conseil de l'Arctique. Il existe un format dédié. Ils sont régulièrement présents et interviennent lors des sessions ministérielles. En principe, le Conseil de l'Arctique est l'une des rares institutions à être encore à l'abri de l'idéologisation et de la politisation. Il prend des décisions importantes pour la coopération dans des situations d'urgence, notamment, Dieu nous en garde, en cas de déversement de pétrole, pour la coopération scientifique, pour la régulation de la pêche dans l'océan Arctique et bien d'autres décisions. Il n'y a pas de raisons d'importer dans la région arctique des méthodes militaires de travail. A cet égard, nous jugeons erronées les tentatives d'impliquer l'Otan dans cette région, dans les hautes latitudes, et nous prônons la reprise de la pratique conformément à laquelle les chefs d'état-major des pays du Conseil de l'Arctique se réunissaient uniquement pour assurer un niveau de confiance digne. Nous proposons aujourd'hui de relancer ces réunions en commençant, peut-être, par les consultations d'experts.

Le Conseil de l'Arctique agit. Notre ordre du jour garantira la continuité. Le Conseil est présidé actuellement par l'Islande. Nous sommes en contact régulier, nous poursuivrons les entretiens avec le Ministre. A mesure que nous approcherons de l'année 2021 sera formulé un agenda concret qui permettra de poursuivre de manière fluide les processus convenus par tous les participants dans le domaine de l'économie, de la protection du climat, de l'environnement et, évidemment, de la garantie des conditions de vie des peuples autochtones de manière la plus confortable.

Question: Avant tout, je voudrais remercier personnellement et au nom du collectif de Sputnik en Estonie le Ministère russe des Affaires étrangères, l'Ambassade de Russie en Estonie, et personnellement Maria Zakharova, pour le soutien et l'aide apportés au collectif de Sputnik en Estonie en cette période difficile pour nous. Pour mes collègues présents aujourd'hui dans cette salle, je rappelle que les autorités estoniennes ont l'intention d'engager des poursuites pénales contre les collaborateurs de Sputnik en Estonie. Nous risquons jusqu'à cinq ans de prison parce que nous travaillons pour l'Agence Rossiya Segodnya. A cet égard, la plupart de nos collaborateurs devaient rompre leurs contrats de travail à partir du 1er janvier 2020 pour éviter la prison. Mais je compte sur l'aide du Ministère russe des Affaires étrangères.

Hier, votre homologue estonien Urmas Reinsalu, en évoquant l'horrible situation concernant les journalistes russes, a annoncé qu'en réalité c'était, je cite, "lié à la protection de la défense de l'Europe et de la liberté". Autrement dit, nous devons être emprisonnés pour que l'Europe soit libre. Je voudrais entendre votre commentaire.

Compte tenu de la rhétorique et des déclarations pas du tout diplomatiques non seulement des membres du gouvernement de l'Estonie, mais également du Président de ce pays à l'égard de la Russie, selon vous, est-ce que Vladimir Poutine étudie la possibilité de venir à l'invitation de Kersti Kaljulaid au congrès finno-ougrien cette année en Estonie? Avez-vous reçu une invitation d'Urmas Reinsalu de participer à la célébration du 100e anniversaire de la signature du traité de Tartu?

Sergueï Lavrov: Vous avez cité des faits qui ne nécessitent pas vraiment de commentaires détaillés. En ce qui concerne les actions à l'égard de Sputnik, je trouve que c'est révoltant. En fait, nous exigeons constamment une réaction de l'OSCE. Le Conseil de l'Europe a prononcé une tirade plus ou moins de condamnation. Nous attirons l'attention de l'UE sur le fait que leurs membres se prononcent sur des sujets qui vont à l'encontre des valeurs européennes déclarées et défendues. Que l'UE "l'avale" et ne fasse rien, c'est une nouvelle tache sur la réputation de l'UE. Ces taches sont déjà nombreuses. J'ai déjà mentionné les raisons de la crise ukrainienne.

Je suis également inquiet de voir que les puissances de l'UE, notamment nos collègues français, avancent instamment des initiatives visant à cataloguer les médias et à déterminer qui peut être considéré comme un média ou un instrument de propagande. Je pense que cela relève du même ordre - ce qui se passe avec vous dans le sens pratique et ce qui est rôdé actuellement de manière conceptuelle en haut lieu.

Quant aux déclarations et discours estoniens, mon homologue a déclaré plusieurs fois que le traité sur la frontière ne serait pas ratifié parce qu'il annule le traité de Tartu, et que le district de Petchora devait revenir sous juridiction estonienne. En ce qui concerne la Présidente de l'Estonie, elle a demandé de venir à Moscou, et Vladimir Poutine l'a rencontrée. J'ai trouvé qu'elle voyait la situation de manière adéquate en disant que nous étions voisins, que nous avions évidemment des divergences, mais que nous devions vivre en bon voisinage. Quelque chose lui est probablement arrivé après son retour dans la capitale. C'est regrettable parce que nous n'avons jamais esquivé la coopération avec nos collègues. La seule chose que nous, et le droit international, exigions était de mettre un terme au phénomène honteux de non-citoyenneté qui est une tache supplémentaire sur la réputation de l'UE. Il existe un léger progrès - du moins la citoyenneté commence à être attribuée à la naissance. Néanmoins, c'est encore très loin des normes qui doivent correspondre aux valeurs européennes.

 

 

 

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