2 décembre 201919:47

Allocution d'Alexandre Choulguine, chef adjoint de la délégation russe et représentant permanent de la Russie à l'OIAC, lors de la 24e session de la Conférence des États parties de la Conférence sur l'interdiction des armes chimiques, La Haye, 29 novembre 2019

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Monsieur le Président,

Mesdames et messieurs les délégués,

Nous voudrions soutenir nos collègues syriens qui se sont prononcés pour la nécessité d'une réaction appropriée de la direction du Secrétariat technique de l'OIAC aux nouvelles données témoignant de probables falsifications du rapport bien connu de la Mission d'établissement des faits d'utilisation d'armes chimiques en Syrie dans le cadre de l'incident survenu dans la ville syrienne de Douma, publié le 1er mars dernier.

Je voudrais rappeler que cet incident a suivi dès le début un scénario très étrange. Trois États bien connus n'ont même pas voulu attendre le lancement de l'enquête - sans parler de ses résultats - et ont lancé des frappes de missiles contre la Syrie, pays membre à part entière de l'Onu et État participant à la Convention sur l'interdiction d'armes chimiques. Par ailleurs, cette opération a été lancée au moment où le groupe d'inspecteurs s'approchait déjà de Damas. Les inspecteurs de l'OIAC se seraient donc retrouvés sous les frappes si ces dernières avaient été lancées un peu plus tard. Ainsi, les pays mentionnés ont fait preuve d'un mépris total vis-à-vis du travail de l'OIAC. Qui plus est, cet acte criminel a envoyé à tout le monde un message clair: la Syrie était coupable de l'incident de Douma et aucune autre opinion n'était acceptable. Voilà quelles sont les origines de cette histoire que l'on peut ouvertement qualifier aujourd'hui d'outrageante.

Plus tard, au cours de l'investigation sur cet incident par l'OIAC, certains de nos collègues occidentaux, notamment le représentant permanent des États-Unis Kenneth Ward, affirmaient de manière moqueuse que les militaires russes "effaçaient les traces" et "détruisaient les preuves" sur les lieux de l'attaque chimique pour aider Damas à dissimuler les faits. En réalité, nos policiers militaires ont mis en péril leur propre vie afin d'assurer la sécurité du travail des collaborateurs de l'OIAC. Quant à elles, les autorités syriennes ont fait tout leur possible pour assurer le travail ininterrompu de la Mission.

Presque immédiatement après la publication du rapport, on a constaté dans la presse occidentale des analyses d'experts indépendants exprimant des doutes concernant l'authenticité des conclusions de la Mission. On peut citer notamment l'aveu d'un producteur de la BBC sur le fait que l'incident de Douma était une mise en scène, ce qui a pratiquement confirmé les informations présentées lors de la conférence de presse organisée à La Haye en avril dernier, à laquelle avaient participé des citoyens syriens qui avaient été les témoins involontaires de cette farce montée de toutes pièces. Il est à noter que la plupart des États occidentaux ont décidé de ne pas participer à cette conférence de presse ce qui était, selon nous, une erreur majeure de leur part. En ce qui concerne les informations importantes présentées par les participants syriens à cette conférence de presse, à notre grande surprise, elles n'ont pas été reflétées dans le rapport final de la Mission.  

Le nombre de doutes concernant la justesse des rapports sur Douma a progressivement atteint un niveau critique. Les conclusions de la Russie et de la Syrie sur la provocation ont été confirmées par les collaborateurs de la Mission qui avaient travaillé à Douma. Leurs positions ont été rendues publiques. Aujourd'hui, les conclusions de ce texte odieux sont également remises en doute par les experts internationaux, les scientifiques et les personnalités publiques dont l'objectivité est absolument certaine.

Réfléchissez-y: la situation s'est tellement dégradée que beaucoup de personnes intéressées sont préoccupées par l'autorité de l'Organisation, tentent de contacter tous les membres de l'OIAC et du Secrétariat technique, car elles comprennent le caractère néfaste de la situation actuelle. Je parle tout d'abord d'une lettre ouverte collective, adressée par mail à toutes les délégations représentées à l'OIAC. Elle a été signée par des personnes éminentes, notamment par le premier Directeur général du Secrétariat technique de l'OIAC José Bustani. Malgré tout, tous les États membres tentent d'omettre ce fait au cours de la session actuelle de la Conférence. 

 

Lors de la séance d'hier, monsieur le représentant permanent Kenneth Ward a comparé le Secrétariat technique de l'OIAC à une "île dans l'œil d'une tempête". Autrement dit, la situation sur cette plateforme de La Haye serait une véritable tempête. Mais est-ce que ce ne sont pas les États-Unis et plusieurs autres États sympathisant avec eux qui poussent à la politisation de l'OIAC? Incluent des sujets sensibles et contradictoires à l'ordre du jour, voire modifient le profil de l'Organisation en octroyant à cette dernière des fonctions non prévues par la Convention? Tout le monde sait que ce sont les États-Unis qui font fi aujourd'hui des normes du droit international et les remplacent par des "règles" formulées par eux-mêmes.    

Mesdames et messieurs les délégués, on nous affirme que l'OIAC est notre "maison commune", l'endroit où nous pouvons partager nos préoccupations en espérant au moins qu'elles soient examinées. C'est exactement le cas aujourd'hui. Il existe tout un nombre d'États qui sont préoccupés par les nouvelles données sur le prétendu incident chimique de Douma et exigent d'établir définitivement la vérité sur cette question.

Il serait erroné de laisser tout en l'état, de faire semblant que rien d'intéressant ne s'est pas vraiment passé. Nous sommes convaincus que l'inaction ne fera que torpiller la confiance en l'activité de la Mission et du Secrétariat technique.

Nous proposons d'élucider la situation calmement, sans trop d'émotions et de passions. La Russie et plusieurs autres pays ont déjà proposé il y a longtemps d'organiser pour les États membres une conférence de presse réunissant tous les experts de la Mission, anciens et actuels. On nous l'a refusé parce que certaines délégations ont repéré dans tout cela la possibilité que se reproduisent ici, à La Haye, des "processus staliniens des années 1930", avec des contre-interrogatoires et des intimidations.

Dans ce contexte, je voudrais souligner le fait suivant: si la présence d'un représentant russe à cette conférence faisait tellement peur à certains, on pourrait l'organiser sous un autre format, par exemple, sous la forme de rencontre entre le Directeur général du Secrétariat technique de l'OIAC et les experts susmentionnés en présence d'observateurs internationaux indépendants. 

Autrement dit, il existe des moyens de procéder, et nous sommes prêts à examiner toutes les alternatives existantes. Il est important de comprendre que le prix d'une erreur des experts de l'OIAC est très grand, car elle pourrait affecter non seulement la réputation de notre Organisation, mais aussi la sécurité internationale en général.

Dans ce contexte, nous appelons toutes les délégations à prendre aujourd'hui la parole et à exprimer leurs opinions sur les moyens possibles de résoudre la situation actuelle et de mettre un point final à cette question très compliquée.  

Merci de votre attention.

 

 

 

 

 

 

 

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