9 octobre 201917:23

Interview de Sergueï Verchinine, Vice-Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, accordée au quotidien Izvestia, 9 octobre 2019

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Question: On a entendu, après l’Assemblée générale des Nations unies, des propositions de transférer plusieurs de ses comités hors de New York compte tenu du scandale des visas. Qu'en pensez-vous: est-ce faisable?

Réponse: Je pense que c’est tout à fait faisable, mais la décision revient à l’Assemblée générale. Ce n’est pas la première fois que les Américains violent leurs engagements dans le cadre de la Charte de l’Onu et de l’accord relatif au siège des organes centraux de l’organisation sur le territoire des États-Unis. Je voudrais rappeler que cette question n’est pas apparue aujourd’hui ou cette année: nous la posons depuis longtemps, plus concrètement depuis 2004, au Comité des relations avec le pays hôte des Nations unies, parce que des cas de ce genre se sont déjà produits par le passé.

Cette fois, beaucoup de membres de la délégation russe n’ont pas reçu le visa nécessaire pour se rendre à la 74e session de l’Assemblée générale de l’Onu. Nous avons formulé une forte critique, nous l’avons dénoncé, l'avons dit publiquement et au cours des contacts du Ministre des Affaires étrangères à New York.

Tout cela a mené à l’initiative de transférer en 2020, sur décision de l’Assemblée générale, le travail du Premier comité et de la Commission du désarmement de l’Onu hors des États-Unis. Les plateformes nécessaires existent. Il y a les filiales de l’Onu à Genève et à Vienne. Mais tout cela doit être décidé par l’Assemblée générale de l’Onu. A notre avis, il est possible d’examiner et d’effectuer ce transfert.

Les gens se déplacent à l’Onu pour travailler sur des choses concrètes, sur des problèmes réels, et pas se demander s’ils pourront en effet atteindre le lieu où ils devraient travailler sur des objectifs très importants, notamment sur le désarmement et la stabilité stratégique.

Question: Les collègues occidentaux ont-ils déjà réagi?

Réponse: Ces questions sont examinées non seulement par nos collègues occidentaux, mais aussi par tous les membres de l’Onu en principe. La question a été soulevée, elle est débattue, une décision sera prise. Nous ne savons pas quelle décision. Dans tous les cas, il est grand temps de montrer que les Américains ont des responsabilités importantes en ce qui concerne l’octroi d’un accès à tous ceux qui doivent travailler sur des problèmes internationaux et régionaux très importants aux sessions de l’Assemblée générale de l’Onu et aux autres événements internationaux onusiens.

Question: Moscou a cependant mentionné une "réponse symétrique"…

Réponse: On parle souvent chez nous de réponses symétriques ou asymétriques. Une réaction et une réponse sont nécessaires dans tous les cas. En ce qui concerne la symétrie, il s’agit dans cette affaire du refus d’octroyer des visas au niveau de l’Onu. Ce sont des visas "onusiens" spéciaux qui sont octroyés aux représentants d’autres pays pour qu’ils puissent se rendre aux États-Unis afin de participer aux événements officiels de l’Onu, pas à d’autres fins, pas dans le cadre d’échanges bilatéraux. Comme le siège de l’Onu se trouve aux États-Unis, une symétrie absolue est impossible. Mais nous adopterons désormais une attitude sévère, plus sévère envers les demandes de visa que nous envoient les Américains s’ils ont besoin de se rendre en Fédération de Russie. 

Question: L’interpellation à l’aéroport et l'interrogatoire de la députée Inga Ioumacheva par les agents du FBI sont les maillons d’une même chaîne? Quelle sera la réponse russe?

Réponse: Nous y avons déjà réagi publiquement. La représentante russe se dirigeait vers un événement bilatéral important, qui a déjà sa propre histoire. Le "Dialogue de Fort Ross" est organisé depuis 2012 et constitue aujourd’hui un événement notable, fait partie des rares événements bilatéraux russo-américains. Le fait que la représentante russe a rencontré de tels problèmes n'est pas une bonne chose.

Nous examinerons attentivement toutes les circonstances et en tirerons les conclusions qui s'imposent. Dans tous les cas, nous estimons que ces actions compliquent davantage les relations bilatérales dont l’état laisse déjà à désirer à cause des Américains. 

Question: Moscou avait insisté à l’époque sur l’installation du siège de l’Onu à New York, alors que Genève faisait partie des options initiales. Est-ce que la Russie regrette sa décision après toutes ces années?

Réponse: Nous fêterons en 2020 les 75 ans des Nations unies. Il existe un vieux dicton: on ne peut pas changer l’histoire. Ce qui a été fait reste comme ça. Cette décision a été prise à l’époque en tenant compte de facteurs sérieux. De tous les points de vue, l’Onu - malgré tous ses défauts - joue aujourd’hui un rôle central dans le maintien du développement stable et durable des relations internationales. Nous voulons que ce développement s’appuie sur le respect des intérêts réciproques, des droits et du principe d’égalité souveraine des États, ce qui a été fixé par la Charte de l’Onu.

Ce que nous venons d’évoquer ne renforce certainement pas la confiance vis-à-vis des États-Unis du point de vue de leurs engagements en tant que pays hôte de l’Onu et de ses établissements centraux. Mais ce qui est décidé est décidé, et fait partie de notre histoire commune.  

Question: Autrement dit, l’idée du transfert du siège n'en est qu'au niveau des rumeurs, des discussions?

Réponse: Ce ne sont pas des rumeurs: on entend de temps en temps des propositions de ce genre, notamment dans les milieux sociaux. Elles nécessitent un examen attentif. Il s’agit d'un mécanisme qui s’est formé pendant des dizaines d’années. Tout est possible à condition que les États membres en expriment la volonté, mais cette volonté et ces décisions doivent faire l’objet de réflexions profondes.

Question: Au cours de l’Assemblée générale des Nations unies, les Américains ont introduit de nouvelles sanctions contre la Russie à cause de la situation en Syrie. Quelle est l’influence de la crise des relations russo-américaines sur la coopération des deux pays à l’Onu?

Réponse: Nous sommes malheureusement déjà habitués aux sanctions antirusses, injustes et unilatérales. A notre avis, ces mesures ne font que compliquer davantage les relations bilatérales, et plusieurs problèmes régionaux. Les sanctions que vous venez de mentionner ont été introduites pratiquement parallèlement au début de la 74e session de l’Assemblée générale des Nations unies. En plus de provoquer des sentiments négatifs, elles suscitent du regret. Ces mesures sont liées au fait que les forces aériennes russes en Syrie sont approvisionnées en combustible. L’introduction des sanctions sous ce prétexte est absolument inacceptable. Tout le monde sait que la Russie fournit depuis 2015 son aide - y compris militaire - au gouvernement légitime de la Syrie dans la lutte contre le terrorisme. Il s’avère que les sanctions visent à freiner cette aide. Cela remet en question l’attachement à la lutte contre le terrorisme du pays qui introduit ces sanctions. Car toutes les actions russes visent à soutenir le gouvernement légitime dans la lutte contre le terrorisme.

Question: Vous soulignez l’inutilité de ces initiatives, qui ne nuisent pas vraiment à la Russie qui peut facilement y faire face. Quel est donc leur objectif?

Réponse: Je pense que cela est tout à fait compréhensible pour nous, tout comme pour ceux qui introduisent les sanctions. Je peux confirmer vos propos: les sanctions n’apportent rien de bon, mais sont incapables d’arrêter la Russie, le développement de son économie et de ses liens économiques extérieurs. Elles ne peuvent en rien influer sur la politique de la Russie sur la scène internationale, dans les affaires régionales. L’objectif initial des pays qui introduisent des restrictions unilatérales n’a pas été atteint.

Les sanctions ne visent pas que la Russie. Leur objectif est que tel ou tel pays, notamment la Russie, modifie son comportement sur l’arène internationale, ses approches de certains problèmes régionaux sensibles. Mais ceux qui les introduisent n'y parviennent pas et n'y parviendront jamais. Le résultat escompté ne sera pas atteint.

Question: Quels États est-il nécessaire d’introduire au Conseil de sécurité pour remédier au manque de représentation des pays émergents dont a parlé Sergueï Lavrov?

Réponse: Nous avons souligné à plusieurs reprises l’importance du soutien aux efforts en matière de réforme du Conseil de sécurité de l’Onu. Les négociations intergouvernementales à ce sujet sont en cours depuis longtemps à New York. En tant qu’organe central de l’Onu, le Conseil de sécurité est responsable du maintien de la paix, de la stabilité et de la sécurité.

Compte tenu des changements survenus dans le monde et de l’expérience que nous avons acquise depuis des décennies, il est nécessaire d’élargir le Conseil, notamment avec des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, car leur représentation au sein de cet organe n’est pas suffisante. Il est pourtant encore prématuré et inutile de parler des modalités et des pays concrets.

Il est nécessaire de parvenir à ce que le Conseil de sécurité suscite beaucoup de confiance et de respect chez tout le monde. Cela signifie que la décision sur la réforme du Conseil doit être soutenue par tous les membres de l’Organisation ou par leur majorité écrasante, au lieu des deux tiers. Ce tiers éventuel des opposants pourrait mettre en doute la légitimité et le prestige de la version élargie du Conseil de sécurité de l’Onu. C’est inacceptable. La progression vers les réformes doit être réfléchie.

Question: La délégation russe s’est entretenue avec les Égyptiens en marge de l’Assemblée générale. A-t-on évoqué la reprise des vols vers Charm el-Cheikh et Hurghada?

Réponse: On a évoqué beaucoup d’aspects des relations bilatérales, notamment les communications aériennes, les vols vers les destinations principales de vacances des touristes russes tels que Charm el-Cheikh ou Hurghada. Cette question est étudiée en détail par les experts afin de garantir la fiabilité du fonctionnement de ces aéroports et la sécurité des passagers. Notre priorité est naturellement la sécurité des citoyens russes. Nous estimons que l’aboutissement de ce travail au niveau des experts - la conclusion commune, l’évaluation qui permettra de rétablir ces vols - sera possible très bientôt.

Question: Peut-on l’attendre d’ici la fin de l’année?

Réponse: Je ne veux pas évoquer de délais concrets car le plus important n’est pas de respecter les dates que tu fixes toi-même, mais d’assurer la sécurité des citoyens russes en coopération avec l’Égypte, pays traditionnellement ami de la Russie.

Question: Un autre sujet important de l’Assemblée générale a été la Syrie et le Comité constitutionnel, dont la formation a notamment été annoncée. Si je comprends bien, sa première réunion devrait se dérouler le 31 octobre, c’est ça?

Réponse: Il s’agit d’un événement crucial. Rappelons que l’aboutissement du travail sur les listes des membres du Comité constitutionnel a été annoncé le 16 septembre dernier dans le cadre du sommet du format d’Astana à Ankara, qui a réuni la Russie, l’Iran et la Turquie. Les trois garants du processus d’Astana ont apporté une contribution décisive dans ce qui a été fait et présenté plus tard à New York. Le Secrétaire général de l’Onu a annoncé le 23 septembre l'aboutissement de la formation du Comité constitutionnel.

Comme vous l’avez justement souligné, il y a un point de repère pour sa première réunion à Genève: la fin du mois d’octobre. Quant à la date précise, je dirais plutôt que ce sera le 29 octobre.

Encore plus importante est l'aboutissement d’une étape cruciale et nécessaire lancée par le Congrès du dialogue national syrien en janvier 2018 à Sotchi. Aujourd’hui commence une nouvelle étape, celle des préparatifs et du déroulement de la réunion à Genève. 

Question: Quand le Comité commencera à travailler, quelle sera la prochaine étape du règlement politique en Syrie?

Réponse: L’objectif du Comité est très sérieux car, pour la première fois depuis ces années dramatiques et meurtrières pour la Syrie, les Syriens, les représentants du gouvernement, de l’opposition et de la société civile - tel est le principe de formation du Comité constitutionnel - se réuniront pour débattre de la réforme constitutionnelle et de leur vision de l’avenir de la Syrie.

Ensuite on pourra passer à d’autres étapes en respectant les résolutions du Conseil de sécurité, notamment la résolution 2254. D’abord, il faut obtenir le lancement du Comité constitutionnel, son travail stable, le travail sur les décisions consensuelles concernant l’avenir de la Syrie. Les décisions seront adoptées par les deux tiers des voix - cela est fixé dans les règles procédurales. Cela sera la base de l’organisation des élections. 

Question: Combien de temps faudra-t-il, selon vous, afin de rédiger une nouvelle Constitution pour ce pays qui a subi une crise et une guerre?

Réponse: Je ne veux pas faire de suppositions ou établir des délais artificiels. Je suis certain que les Syriens ont assez de forces et de capacités pour promouver rapidement des ententes mutuellement acceptables sur les questions principales concernant leur avenir.

Question: L’Occident pourrait-il changer de position sur Bachar al-Assad après la formation du Comité constitutionnel syrien? Certains disent déjà qu’il pourrait participer au processus politique…

Réponse: J'aimerais bien croire que nos partenaires occidentaux changeront d’approche, pas concernant une personne concrète - même s'il s'agit du président - mais concernant tout le peuple syrien. Bachar al-Assad est le président légitime de la Syrie. Il est inacceptable qu’un acteur extérieur dicte à un pays et à son peuple comment vivre ou quel dirigeant choisir lors d'élections démocratiques, libres et honnêtes.

Dans tous les cas, la formation du Comité constitutionnel et l’apparition de repères et d'horizons clairs de règlement politique doivent persuader beaucoup de monde, y compris en Occident, de ne pas empêcher ce processus. Il ne faut pas mettre de bâtons dans les roues - ce qu’on a malheureusement constaté par le passé - mais faire preuve d’attention et de respect par rapport aux décisions qui seront prises par les Syriens-mêmes, notamment en matière d’élection de leurs dirigeants.

Question: Est-ce que la Russie aidera la Syrie à organiser les élections?

Réponse: Nous aidons les Syriens dans la lutte contre les terroristes et dans le développement du secteur économique et social. S’il y avait des demandes en ce sens, nous serions sans doute en mesure d’octroyer notre aide dans l’organisation et le déroulement des élections, qui devront naturellement être menées par les Syriens eux-mêmes avec le concours de l’Onu.   

Question: Peut-on dire qu’on a réussi à résoudre la question du camp de Roukban, dont la liquidation avait été lancée?

Réponse: Malheureusement, ce n’est pas le cas. Je voudrais souligner que les Syriens ont fait énormément d’efforts concernant Roukban avec le soutien de la Russie. Contrairement au camp bien connu d’Al-Hol, qui héberge plus de 70 00 personnes. Ce camp s’est transformé en foyer terroriste.

Dans tous les cas, nous constatons une tendance positive autour de Roukban. Plus de 18 000 anciens habitants du camp en sont partis, notamment vers le territoire contrôlé par Damas. Les autres y restent toujours. Le problème de Roukban n’est pas complètement résolu.

Comme nous l’avons publiquement annoncé à plusieurs reprises, le problème fondamental réside dans le fait que Roukban se trouve sur un territoire occupé illégalement par les États-Unis. Tout le monde le sait, c’est une évidence. Il s’agit de la zone située autour d’Al-Tanf. Ainsi, les représentants et les frets de l’Onu, soutenus par le Croissant Rouge syrien, ne peuvent parfois pas atteindre le camp sans problème. Ils sont obligés de concerter leurs déplacements avec les militaires américains qui se trouvent là-bas de manière illégale. Et parrainent aussi illégalement les groupes armés locaux. 

Question: Existe-il des accords sur la liquidation et l’évacuation du camp de Roukban? 

Réponse: On a atteint des accords de principe. Malheureusement, ces derniers n’ont pas été respectés, y compris à cause des Américains. Je voudrais cependant répéter qu’on ne peut pas se limiter à l’évacuation du camp: les Américains doivent quitter le territoire de la Syrie souveraine. Cela aidera à résoudre la majorité des problèmes, voire tous les problèmes.

Question: La Russie soutient-elle la volonté des Kurdes d’obtenir une autonomie au sein de la Syrie? Est-ce que les Kurdes syriens et irakiens seront en mesure de se réunir pour former un Kurdistan uni?

Réponse: Les Kurdes habitent non seulement en Syrie et en Irak, mais aussi au Proche-Orient et dans d’autres pays: en Iran ou en Turquie. Historiquement, la Russie a toujours eu des relations bonnes et émotionnellement riches avec les Kurdes. En Syrie, nous les considérons comme une partie intégrante du peuple syrien. Notre position de principe est que les Kurdes doivent s’entendre avec Damas.

On ne peut s’entendre que par le dialogue. Nous appelons à ce dialogue, nous le soutenons. Il existe, mais progresse difficilement. Vous avez mentionné la volonté d’autonomie. Ce n'est pas nous qui devons résoudre cette question, mais les Syriens, les Kurdes et Damas à l’aide du dialogue dans le cadre de la Syrie unie. Une telle solution est possible.   

Question: Sergueï Lavrov s’est rendu en visite officielle à Bagdad et à Erbil. Il s’agit d’un événement historique: il a été le premier ministre russe à se déplacer à Erbil pour une visite officielle.

Réponse: Il s’agit du premier déplacement de ce genre, Cette visite a été très importante. Nous avons des relations très avancées et très profondes avec Bagdad et tous les Irakiens. Je pense que ce déplacement est surtout important en tant que démonstration de notre confiance en la capacité des Irakiens à résoudre les litiges restants via le dialogue et les consultations les plus larges possibles.

Question: La situation en Irak s’est très fortement aggravée. Comment la Russie voit-elle cette évolution des événements?

Réponse: Nous faisons confiance à la capacité du peuple irakien à surmonter ces problèmes. L’Irak a toujours fait partie des pays les plus riches en ressources naturelles dans sa région. Le pays progresse, lentement mais sûrement, vers le rétablissement de son unité nationale, du dialogue. C’est très important, surtout compte tenu des épreuves subies par les Irakiens suite à l’agression américaine lancée il y a plusieurs années.

Le recherche de l’équilibre et la prise en considération des intérêts communs ont demandé beaucoup de responsabilité de la part des élites politiques irakiennes: les sunnites, les chiites et les Kurdes. Ces derniers ont pourtant réussi. A notre avis, la même chose reste possible aujourd’hui.

Question: Moscou a également participé aux négociations avec les représentants géorgiens. A-t-on évoqué la reprise des vols? On peut logiquement supposer que c’était la première question des Géorgiens.

Réponse: Cette question a en effet été évoquée. Pour l’instant, je peux seulement citer les propos du Ministre et du porte-parole du Président russe, Dmitri Peskov. Il s’agit d’une question importante. Elle doit être résolue en tenant compte de la situation qui a découlé de cette décision.

Question: Est-ce que la Russie constate des prémisses du rétablissement des communications aériennes dans un avenir proche?

Réponse: Nous apprécions nos relations amicales avec le peuple géorgien. Ainsi, nous saluerons toutes les initiatives visant l’amélioration et la normalisation de ces relations, mais elles doivent prendre en considération toutes les circonstances.

Question: Une autre rencontre importante lors de l’Assemblée générale de l’Onu a été consacrée à l’avenir du Plan d'action global commun sur le programme nucléaire iranien (JCPOA). Pensez-vous que les attaques contre les raffineries saoudiennes et les accusations contre l’Iran, non seulement de la part des Américains mais aussi des Français et des Allemands, seraient liées d'une manière ou d'une autre au "deal" iranien? Pourraient-elles influer sur son futur?

Réponse: Les attaques contre les raffineries saoudiennes ont sans aucun doute aggravé la situation dans la région, qui regorge déjà de foyers de conflits et de tensions. Dans ce contexte, il est important d’élucider les circonstances et de faire preuve de retenue. Je ne vois aucun lien direct entre ces attaques et le JCPOA.

Le Plan d'action a été un très bon exemple de résolution de questions très compliquées. Pour nous, il ne s’agit pas de le remplacer mais de le mettre en œuvre.

Les Américains non seulement ont quitté le JCPOA, mais tentent toujours de forcer les autres à ne pas respecter cet accord. A notre avis, c’est injuste: les ententes existent et il faut les mettre en œuvre. L’essentiel est qu’il n’existe aucune raison d’accuser l’Iran, qui respecte toutes les exigences - ce qui est très sérieusement vérifié par l’AIEA. Il est déjà un fait établi que l’Iran est actuellement pays le plus inspecté en ce qui concerne les possibilités d’obtenir une arme nucléaire.  

Nous apprécions les efforts de nos partenaires européens, tout d’abord de la France. Nous avons besoin du Plan d'action, mais il doit garder sa forme initiale. Toutes les autres idées peuvent naturellement être examinées, mais il est nécessaire de mettre en œuvre le JCPOA sous la forme dans laquelle il a a été adopté.

Question: Existe-il une date préliminaire pour la prochaine rencontre des cinq pays signataires?

Réponse: Elle est en cours de concertation. Les contacts sont maintenus en permanence. Beaucoup de contacts bilatéraux visent également le maintien du JCPOA. Il s’agit de nos rencontres en marge de l’Assemblée générale de l’Onu, où on a organisé des contacts multilatéraux et bilatéraux. La question du Plan d'action a occupé une place centrale lors de nombreuses rencontres.

Question: Il faut souligner une autre rencontre en marge de l’Assemblée générale: Sergueï Lavrov a fait la connaissance du président ukrainien Vladimir Zelenski. Ce dernier a promis de mettre en œuvre toutes les exigences des accords de Minsk. Suite à la signature de la «formule Steinmeier», la prochaine étape sera logiquement l’organisation des élections locales. Le Donbass fera donc certainement partie de l’Ukraine?

Réponse: La concertation de la «formule Steinmeier» lors de la réunion du 1er octobre est un acquis très important qui ouvre de bonnes perspectives en ce qui concerne la résolution de beaucoup de problèmes ukrainiens intérieurs. L’essentiel est que - selon les accords de Minsk - le Donbass doit obtenir un statut spécial, fixé dans la Constitution ukrainienne. Ce sont des engagements sérieux qu’il faudra encore mettre en œuvre, tout comme les autres ententes dans le cadre des accords de Minsk. Notamment l’amnistie. Le statut spécial prévoit que les habitants de ces régions pourront utiliser leur langue maternelle de manière absolument libre. Aujourd’hui, on crée les possibilités d'avancer sur cette voie. 

La rencontre de Sergueï Lavrov avec Vladimir Zelenski à New York a été brève, mais utile. Le fait qu’elle a été suivie du progrès que nous venons d’évoquer est une bonne chose. Il est très important que ce progrès ne s’arrête pas, que toutes les déclarations soient mises en œuvre, surtout par les Ukrainiens. Cela souligne le rôle du travail du format Normandie, dont on parle beaucoup aujourd’hui.

La dernière rencontre du format a eu lieu il y a près de trois ans. On nous a déjà proposé il y a longtemps de nous réunir de nouveau, mais notre position de principe était qu’il fallait d’abord mettre en œuvre les ententes obtenues, notamment celles sur la «formule Steinmeier», l’amnistie ou les modalités du vote. Il faudra encore mettre au point beaucoup de questions et de détails de principe. Mais la possibilité de progresser sur ce chemin positif existe. Il faut tout simplement la mettre en œuvre.   

Question: Avez-vous une date préliminaire pour la rencontre du format Normandie, d’abord au niveau des ministres des Affaires étrangères?

Réponse: Cette question est actuellement en cours de concertation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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