30 décembre 201916:23

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la conférence de presse conjointe suite aux négociations avec Mohammad Javad Zarif, Ministre des Affaires étrangères de la République islamique d'Iran, Moscou, 30 décembre 2019

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Nos pourparlers avec le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif ont été très opportuns. Ils se sont déroulés dans une atmosphère amicale et ont permis d'évoquer en détail tout un nombre de questions d'actualité.

Nous avons examiné nos relations bilatérales diversifiées dans le contexte des ententes obtenues dans le cadre du dialogue politique actif au sommet. Nous avons débattu aujourd'hui des orientations des nos relations fixées lors de quatre rencontres entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président iranien Hassan Rouhani en 2019. Nous avons des contacts intensifs au niveau des parlements, des conseils de sécurité, des ministères de l'Economie et d'autres structures qui s'occupent des questions pratiques.

Notre coopération commerciale et économique se développe activement. Ses volumes augmentent malgré les sanctions unilatérales illégitimes et la campagne anti-iranienne des États-Unis. L'objectif de Washington et évident: utiliser les méthodes de chantage et d'intimidation pour forcer les autres pays à renoncer à la coopération mutuellement avantageuse avec l'Iran. Nous avons la même position stipulant que cette politique contredise les normes du droit international, les principes de commerce libre, constitue une manifestation évidente de la concurrence malhonnête et déloyale.    

Nous avons constaté néanmoins dans ce contexte une hausse stable des échanges: 25% au cours des neuf premiers mois de l'année. Selon nos estimations, ils dépasseront cette année 2 milliards de dollars. Il faut également souligner la mise en œuvre efficace de nos actions communes dans le cadre des projets concertés ou adoptés lors de la dernière réunion de la Commission intergouvernementale pour la coopération commerciale et économique, qui a eu lieu en Iran en été dernier. La coopération entre l'UEEA et l'Iran progresse elle-aussi efficacement.

Les liens entre les régions russes et les provinces iraniennes ne cessent de croître. Nous nous sommes entendus pour continuer d'utiliser au maximum le potentiel considérable des échanges interrégionaux.

La coopération humaine se développe activement. Je voudrais notamment souligner que l'Université d'État de Saint-Pétersbourg est devenue le premier établissement du monde permettant de passer un examen du persan officiellement certifié par les autorités iraniennes. Nous nous sommes accordés pour favoriser l'approfondissement du dialogue dans le domaine de la culture, des échanges scientifiques et d'études. Cela répond aux intérêts de nos peuples, on a constaté la volonté d'élargir les contacts entre les gens.

Nous avons évoqué en détail tout un nombre de questions d'actualité globale et régionale. Nous sommes préoccupés par les tendances inquiétantes qu'on constate sur l'arène internationale, notamment en ce qui concerne la volonté de certains pays de se distancier des principes fondateurs de la Charte de l'Onu et d'autres normes du droit international, les tentatives d'ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Nous avons intérêt à mobiliser la communauté internationale pour défendre les valeurs et les principes fondateurs fixés par la Charte de l'Onu après la Seconde Guerre mondiale.

Nous avons examiné la situation du Plan d'action global conjoint (JCPOA) sur le programme nucléaire iranien. La Russie a évoqué les efforts considérables qu'elle entreprenait afin de protéger cet accord international important que les États-Unis tentaient de torpiller dans la cadre de la politique destructrice de Washington. Le JCPOA, acquis majeur de la diplomatie internationale, se trouve à la limite de l'effondrement. Nous constatons malheureusement l'inconsistance de nos collègues de l'Union européenne qui n'accomplissent pas complètement leurs engagements dans le cadre du JCPOA. Nous sommes persuadés que si cette politique de Washington visant à imposer à tous les pays du monde sans aucune exception le non-respect des décisions du Conseil de sécurité de l'Onu était poursuivie, cela se solderait par des répercussions négatives sérieuses pour toute la région et les relations internationales en général.

Nous avons évoqué le règlement syrien, la stabilisation de la situation sur le terrain, la poursuite de la lutte contre le terrorisme, la reconstruction d'après-guerre de la Syrie, la formation des conditions nécessaires pour le retour des réfugiés et des personnes déplacées syriennes. Nous avons examiné la situation à Idleb et à l'est de l'Euphrate où nos collègues américains continuaient de nourrir des tendances séparatistes en violation des exigences du Conseil de sécurité de l'Onu de respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Syrie.

Nous avons constaté un progrès important dans le règlement politique: le lancement du Comité constitutionnel censé d'assurer – avec le soutien de l'Onu – une entente des Syriens sur les modalités du règlement des problèmes constitutionnels de leur pays. Nous sommes certains que le début du travail du Comité constitutionnel constitue l'un des principaux accomplissements du format d'Astana. Nous nous sommes accordés pour continuer de travailler dans le cadre de la troïka d'Astana (la Russie, l'Iran et la Turquie) et avons notamment examiné le calendrier des futures rencontres de ce format.

Nous avons débattu de la situation dans le Golfe persique. La Russie et l'Iran soulignent la nécessité de réunir les efforts de tous les États intéressés afin d'assurer la sécurité et la stabilité de la région. Comme vous le savez, nous promouvons notre conception de sécurité collective dans le Golfe persique. L'Iran a proposé quant à lui l'Initiative de paix d'Ormuz. Ces deux projets ont beaucoup de points communs. Nous avons évoqué aujourd'hui les moyens de promouvoir ces initiatives en s'appuyant sur leur complémentarité et leur orientation vers les mêmes objectifs constructifs et pacifiques.    

Nous sommes en général très satisfaits des résultats des pourparlers. Mon ami et homologue Mohammad Javad Zarif m'a invité à me rendre à Téhéran en 2020, ce que je ferai avec plaisir.

Question (adressée aux deux ministres): Quels efforts communs de la Russie et de l'Iran sera-t-il possible de réaliser afin de protéger le JCPOA compte tenu de la position des États-Unis qui contredit les normes du droit international?

Sergueï Lavrov: Comme vous l'avez dit tout à fait justement, les actions des États-Unis contredisent toutes les normes imaginables du droit international. Comme cette entente négociée et consensuelle a été approuvée par la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l'Onu – qui est un texte contraignant – le renoncement à cet accord constitue une violation grossière de tous les principes, normes et règles imaginables. Qui plus est, comme vous le savez, les États-Unis obligent les autres à ne pas respecter leurs engagements pris en réponse à la mise en œuvre des ententes par l'Iran. En même temps, Washington exige que l'Iran respecte ces accords à 100%, bien que cela viole les conditions qui ont permis d'obtenir cette entente et de la fixer au Conseil de sécurité de l'Onu. C'est pourquoi, nous exigerons que nos partenaires occidentaux reconnaissent la réalité. Si les États-Unis et l'Union européenne respectaient complètement leurs engagements fixés par le JCPOA, l'Iran – comme il l'a dit à plusieurs reprises – reconfirmerait les obligations qu'il a prises de manière absolument volontaire. Cela serait probablement la solution idéale à la situation actuelle. Si nos partenaires occidentaux n'étaient pas prêts à confirmer ainsi leur respect du droit international et des ententes obtenues, il faudrait probablement reconnaître le JCPOA comme mort et néant, alors que les engagements fixés par ce texte ne seraient plus obligatoires pour personne. Dans tous les cas, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, l'accord de l'AIEA sur les garanties et le protocole supplémentaire resteraient néanmoins en vigueur.   

Nous voudrions évidemment maintenir le JCPOA, présenté initialement par tous les pays du monde comme un accomplissement majeur de la diplomatie moderne, une initiative importante visant le renforcement de la non-prolifération des armes de destruction massive. Dans tous les cas, nous avons salué les initiatives entreprises afin de sauver le JCPOA par nos collègues français, la proposition célèbre du Président français Emmanuel Macron. Nos voisins japonais voulaient eux aussi promouvoir un accord sur le retour à la mise en œuvre du JCPOA. Le Premier Ministre japonais Shinzo Abe a avancé des idées en ce sens. Si je le comprends bien, tout cela se heurte actuellement à des difficultés compte tenu de la position des États-Unis qui posent leurs propres conditions du rétablissement du dialogue. Cela ne marche pas comme ça. Nous voudrions aider. Si nos efforts étaient demandés, nous serions prêts à réfléchir aux solutions à la crise convenables notamment à nos amis iraniens – car ce sont eux qui sont principalement concernés par l'accord – ainsi qu'à tous les autres participants au JCPOA. Encore une fois, il existe toutes les conditions nécessaires pour sauver le JCPOA. Elles sont fixées par l'accord-même. Quand nous parlons de la recherche d'une issue, cela veut dire uniquement la reprise de la mise en œuvre des engagements par tous les participants au JCPOA. 

Question: Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a récemment déclaré que la formation d'une zone d'exclusion aérienne en Libye pourrait mettre fin aux combats dans ce pays. Que pensez-vous de cette proposition? Pensez-vous que l'arrêt des hostilités est la condition principale du lancement du règlement politique en Libye?

Sergueï Lavrov: Je pense que l'arrêt des hostilités est la condition principale du lancement du dialogue politique. Qui plus est, nous estimons que cet arrêt doit avoir lieu sans aucune demande préalable. C'est dans l'intérêt du peuple libyen de mettre fin aux combats, d'annoncer un cessez-le-feu illimité et de lancer le dialogue visant l'élaboration des accords qu'on mettra en œuvre. On a déjà constaté beaucoup d'accords imposés de l'étranger, signés ou oraux. Il y a eu des conférences en France et en Italie, une rencontre aux EAU. On évoque actuellement les préparatifs d'une rencontre à Berlin. Mais tout cela ne permettrait pas de tirer la situation de l'impasse, si les parties n'obtenaient des ententes concrètes sur le respect des intérêts de toutes les forces politiques, claniques et ethniques présentes sur le territoire libyen. Personne à l'exception du peuple libyen ne peut s'entendre sur la solution à la crise créée par l'agression de l'Alliance atlantique lancée sous le prétexte du soutien au "printemps arabe".     

En ce qui concerne l'idée de former une zone d'exclusion aérienne en Libye, cela suscité de mauvaises associations, compte tenu de ce que je viens de dire. Car l'Otan s'est mise à bombarder la Libye justement après la décision du Conseil de sécurité de l'Onu de créer une telle zone dans le pays. Le Conseil de sécurité n'a mandaté les pays intéressés que pour assurer la zone d'exclusion aérienne. Mais nos collègues de l'Otan se sont discrédités encore une fois comme des partenaires capables de respecter les ententes: ils ont profité de la résolution pour bombarder le territoire libyen ce qui a constitué une violation grossière de ce texte. Vous savez bien la suite. C'est pourquoi, toutes les propositions sur la formation de zones d'exclusion aérienne suscitent chez nous des associations désagréables. Je doute qu'on puisse faire encore une fois confiance à nos partenaires de l'Otan, croire qu'ils respecteront à 100% ces accords. Au lieu de répéter les mêmes erreurs, il faut que tous les acteurs internationaux poussent les parties libyennes vers le même objectif: arrêter immédiatement les hostilités, annoncer le cessez-le-feu illimité, adopter des ententes et mettre en œuvre ces dernières. Le Conseil de sécurité de l'Onu devrait certainement jouer son rôle dans le renforcement de ces accords éventuels.    

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