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18 octobre 202116:46

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe avec Suzi Carla Barbosa, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Communautés de la Guinée-Bissau, à l'issue de leurs pourparlers, Moscou, 18 octobre 2021

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Mesdames et messieurs,

Les pourparlers substantiels que nous venons de mener avec mon homologue de la Guinée-Bissau, Suzi Carla Barbosa, se sont déroulés dans une atmosphère de confiance. Nous avons abordé tout l'éventail des questions clés de l'ordre du jour bilatéral.

Récemment, le 6 octobre, nos relations ont fêté leur 48e anniversaire. Elles sont traditionnellement amicales, se distinguent par la confiance du dialogue et la disposition à développer pleinement les projets de coopération dans différents secteurs.

Nous avons parlé des moyens qui permettraient de développer notre coopération commerciale, économique et d'investissement. Nous sommes convenus d'entreprendre plusieurs démarches concrètes, notamment les voyages des entrepreneurs de Guinée-Bissau en Russie et de Russie en Guinée-Bissau. Il y a déjà de premières avancées.

La Premier ministre de la Guinée-Bissau, Nuno Gomes Nabian, a rencontré l'an dernier des représentants d'entreprises russes. Nous nous sommes mis d'accord pour que, sur la base de ces contacts, nos amis bissao-guinéens préparent une liste de questions concrètes qui pourraient faire l’objet de négociations mutuellement avantageuses pour mettre au point des projets concrets. Les secteurs mentionnés à cet égard sont l'exploitation des ressources naturelles, la création de sites d'infrastructure, l'agriculture et la pêche. Nous avons constaté avec satisfaction que le travail des navires de pêche russe (cinq chalutiers dans la zone économique exclusive de la Guinée-Bissau) avait repris. Nos partenaires souhaitent que la coopération bilatérale dans ce domaine s'approfondisse.

 Nous sommes convenus de poursuivre la pratique, qui a fait ses preuves, de formation des cadres nationaux de la Guinée-Bissau dans des établissements d'études supérieures russes. Plus de 5.000 Bissao-guinéens sont déjà diplômés dans des spécialités civiles et plus de 3.000 dans des spécialités militaires, ce qui est également important pour assurer la défense de la Guinée-Bissau. Nous nous sommes mis d'accord pour poursuivre la coopération. De plus, l'accord intergouvernemental sur la coopération militaro-technique entre en vigueur. Ainsi, la base contractuelle continue de se renforcer.

Nos ministères viennent de conclure le Mémorandum sur les consultations politiques. Cela apportera également un caractère systémique à la coopération bilatérale sur la scène internationale basée sur le respect du droit international, la reconnaissance du rôle central de l'Onu et des principes de la communication interétatique tels que l'égalité souveraine des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures, le règlement pacifique des litiges et le respect inconditionnel des peuples à déterminer eux-mêmes leur modèle de développement politique et socioéconomique.

Nous coopérons bien à l'Onu. Nous avons évoqué aujourd'hui plusieurs secteurs dans lesquels notre coordination pourrait être plus efficace. Nous remercions nos partenaires pour cette approche.

Nous avons accordé une attention particulière à la situation en Afrique: nous avons examiné en détail la situation au Mali, en Guinée et dans d'autres régions du continent avec une attention particulière pour l'Afrique occidentale et la région du Sahara-Sahel. Nous sommes d'accord sur la nécessité de stimuler activement le principe que nous avons proclamé il y a assez longtemps: "une solution africaine aux problèmes africains" - quand les Africains eux-mêmes, les parties en conflit avec le soutien des organisations subrégionales et du forum continental de l'Union africaine déterminent les voies pour avancer vers une entente, pendant que la communauté internationale, en respectant entièrement les approches élaborées par les Africains, leur apporte un soutien moral, politique et matériel et une contribution en organisant des opérations de maintien de la paix. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, en tant que partenaire des Africains dans plusieurs formats, notamment au format de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs, la Russie fera tout pour promouvoir cette approche globale et efficace.

Nous avons parlé de la mise en œuvre des ententes conclues au premier sommet Russie-Afrique à Sotchi en octobre 2019. Nous avons parlé de la préparation du deuxième sommet Russie-Afrique prévu en 2022. Nous espérons que tous les dirigeants africains, y compris le Président de la Guinée-Bissau Umaro Sissoco Embalo, pourront y participer.

Nous avons eu une conversation concrète et substantielle sur plusieurs thèmes. Je suis satisfait de son résultat. Je remercie mon homologue pour le travail commun.

Merci!

Question: La période de turbulence ne s’apaise pas en Afrique. Plusieurs partenaires traditionnels de la Russie se trouvent sur le continent, notamment le Soudan. Des manifestations y ont commencé contre le gouvernement de transition. Que pouvez-vous dire de la situation au Soudan?

Sergueï Lavrov: Nous n'avons pas parlé du Soudan aujourd'hui. Ce n'est pas nous qui avons initié la division de ce pays. Nous avons cherché à conserver l'intégrité territoriale, l'unité de ce grand État du continent africain. Mais plusieurs acteurs extérieurs, avant tout les États-Unis, ont décidé qu'il serait préférable pour les Soudanais de vivre dans deux États différents.

Étant donné que les parties soudanaises ont finalement accepté cette approche, la Russie a beaucoup fait pour que ce "divorce" soit pacifique. Quand ce "divorce" a eu lieu, ceux qui l'ont initié ont commencé à critiquer la manière des Soudanais, au Soudan et au Soudan du Sud, d'aménager leurs pays et de normaliser leur vie.

Une nouvelle ingérence extérieure a commencé avec l'imposition d’approches pour savoir comment les Soudanais devaient construire la démocratie chez eux selon la vision occidentale, procéder à des réformes de "choc" pour organiser la vie économique encore une fois selon les recettes occidentales. Malheureusement, la réaction à tout cela était contraire aux attentes. La situation socioéconomique de la population s'est nettement détériorée. Le chômage et la corruption ont prospéré. En conséquence, la structure traditionnelle de la société soudanaise se retrouve aujourd'hui sous une forte pression.

Nous partons du principe qu'il est nécessaire de cesser toute ingérence dans les affaires intérieures de ce pays. L'ingérence dans les affaires de tout État entraîne toujours des résultats déplorables. Ces exemples sont nombreux sur le continent africain.

Nous avons parlé aujourd'hui de la Libye. Les résultats de l'agression de l'Occident en 2011 continuent de secouer la stabilité non seulement dans ce pays, mais également dans bien d'autres où, via la Libye, se sont répandus la menace terroriste, le trafic d'armes, de drogues et bien d'autres.

Nous partons du principe que c'est le peuple soudanais qui doit décider de son propre sort. C'est notre principe fondamental. Nous espérons que tous ceux qui tentent de s'opposer à ce principe ont conscience de leur responsabilité pour empêcher un nouveau grand foyer de conflit et la déstabilisation sur le continent africain martyrisé.

Question: Le 6 octobre, il a été annoncé que l'Otan avait décidé d’expulser huit diplomates russes de la Représentation permanente de la Fédération de Russie auprès de l'Otan à Bruxelles. Quelles démarches le Ministère des Affaires étrangères compte-t-il entreprendre en réponse à ces actes?

Sergueï Lavrov: Nous avons annoncé ces démarches aujourd'hui. Le secrétariat international de l'Otan a déjà émis une notification. La déclaration du ministère des Affaires étrangères sera diffusée sous peu.

Le 6 octobre, le Secrétariat de l'Otan a officiellement notifié que le Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg avait pris la décision de révoquer à partir du 1er novembre 2021 l'accréditation de huit collaborateurs de la Représentation permanente de la Russie auprès de l'Otan à Bruxelles, ainsi que de réduire les effectifs de la Représentation jusqu'à 10 personnes, y compris le personnel administratif et technique. Aucune explication n'a été donnée à cette démarche.

À quelques jours de l'annonce de cette décision j’ai rencontré M. Stoltenberg à New York. Il soulignait l'intérêt "sincère" (disait-il) de l'Alliance pour normaliser les relations avec la Fédération de Russie afin de réduire la tension sur le continent européen.

Nous ne sommes pas très surpris par cette décision. Le personnel de notre Représentation auprès de l'Otan a déjà été réduit deux fois par l'Otan (en 2015 et en 2018). Depuis 2014, l'Otan a nettement réduit tous les contacts avec notre Représentation permanente, a annoncé la cessation complète de la coopération pratique aussi bien dans les secteurs civils qu'au niveau des militaires - sur ce plan absolument aucun contact n'a lieu. Ils ont adopté de facto un régime rédhibitoire pour nos diplomates en ce qui concerne la visite du siège de l'Otan pour une liaison élémentaire avec le Secrétariat international de l'Alliance (il est impossible de maintenir le contact sans visite). Tout cela confirme que l'Otan n'est pas intéressée par un dialogue équitable ou un travail commun. Si c'est le cas, alors nous ne voyons pas une grande nécessité à faire semblant que des changements sont possibles dans un avenir prévisible. De facto l'Otan a déjà annoncé l'impossibilité de tels changements. C'est pourquoi nous avons pris cette décision.

Les démarches ciblées de l'Otan ont provoqué l'absence de conditions nécessaires pour une activité diplomatique élémentaire. En réponse aux actions de l'Alliance, à partir du 1er novembre 2021 nous suspendons le travail de la Représentation permanente de la Fédération de Russie auprès de l'Otan à Bruxelles, notamment le travail du représentant militaire en chef.

Deuxièmement, nous suspendons l'activité de la Mission de liaison militaire de l'Otan à Moscou. L'accréditation de ses collaborateurs est révoquée à partir du 1er novembre 2021.

Troisièmement, l'activité du Bureau d'information de l'Otan à Moscou établi auprès de l'Ambassade de Belgique est suspendue. Si l'Otan avait des questions urgentes, elle pourrait s'adresser à notre Ambassadeur à Bruxelles qui assure les relations bilatérales entre la Russie et la Belgique.

Le Secrétariat international de l'Otan en a été notifié. Nous allons publier le communiqué du Ministère russe des Affaires étrangères à ce sujet.

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