9 mars 201813:13

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec le Président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat, Addis-Abeba, 9 mars 2018

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Mesdames et messieurs,

Notre entretien a été très substantiel, comme vient de le dire le Président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat.

La Russie considère l'Union africaine comme une organisation africaine clef jouant un rôle primordial pour garantir la sécurité sur le continent, approfondir l'intégration des pays de la région et promouvoir les approches convenues entre les pays d'Afrique sur la scène internationale.

Nous tenons en grande estime notre dialogue politique. Nous avons jugé nécessaire de mettre à jour le document constituant la base de notre coopération: le Mémorandum d'entente sur le mécanisme des consultations politiques signé en 2014.

Nous sommes convenus que nos experts entameront la mise au point d'un document global qui, compte tenu de l'expérience accumulée et des intérêts de la Russie et de l'Union africaine, déterminera les voies de développement de notre partenariat.

Nous avons accordé une attention particulière aux liens économiques et commerciaux, qui ont encore du retard par rapport au niveau de notre coopération politique.

Nous sommes convenus de promouvoir plus activement le dialogue sur la coopération dans le domaine de l'énergie, des hautes technologies et d'encourager activement le contact direct entre nos milieux d'affaires - notamment par un éventuel forum réunissant les hommes d'affaires de la Russie et de l'Union africaine.

Nous espérons que très prochainement, en réponse à l'initiative de la Commission économique eurasiatique, la Commission de l'Union africaine s'entendra avec l'Union économique eurasiatique (UEE) sur la signature d'un mémorandum approprié. Nous avons rappelé que l'OCS s'était également adressée à la Commission de l'Union africaine avec la même requête.

Nous avons accord beaucoup d'attention aux plans de développement de la coopération dans le domaine de l'éducation aussi bien dans les spécialités civiles que pour la formation de militaires et de policiers pour les pays africains. Nous sommes convenus d'encourager activement l'élargissement des contacts entre les universités. Comme vient de le noter le Président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat, l'Académie diplomatique auprès du Ministère russe des Affaires étrangères sera ravie d'accueillir les représentants de l'appareil de la Commission de l'Union africaine à ses cours d'amélioration des compétences.

Concernant l'agenda international, nous avons évidemment évoqué la tâche de lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes, y compris l'aide matérielle aux organisations terroristes, et notamment contre l'idéologie terroriste et extrémiste. Ces sujets ont occupé une place centrale dans nos discussions, tout comme la tâche de lutter contre le trafic de stupéfiants et d'autres formes de criminalité organisée.

La Russie souhaite se joindre au Mécanisme de coopération policière africaine (Afripol). De notre côté, nous avons invité les pays africains à profiter plus activement des capacités de la Banque de données internationale sur les combattants terroristes étrangers créée par le FSB russe.

A travers le prisme de la prévention des manifestations extrémistes, nous avons examiné le thème du règlement des conflits sur le continent africain. La Russie prône continuellement le respect, par la communauté internationale, de la volonté et de l'avis des Africains. Elle affirme également son soutien aux solutions élaborées par l'Union africaine et les différentes organisations sous-régionales pour surmonter les crises.

Nous avons parlé de la Libye, du Sahara-Sahel, de la Corne de l'Afrique et de la région des Grands lacs. Nous continuerons de soutenir les décisions visant à régler les crises sur le continent africain aussi bien à travers notre travail au Conseil de sécurité des Nations unies qu'en mettant à disposition les capacités de nos établissements scolaires pour former les casques bleus et en fournissant les équipements nécessaires pour mener des opérations.

Je voudrais de nouveau exprimer ma reconnaissance à nos hôtes pour leur hospitalité. Nous nous réjouissons que le Président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat ait accepté notre invitation à se rendre en Russie. Nous vous attendrons.

Question (traduite de l'anglais): Vous le savez, l'Afrique entreprend des démarches organisées concernant l'Agenda 2063. De quelle manière la Russie est-elle prête à coopérer dans le cadre de cet Agenda, hormis le financement?

Sergueï Lavrov: Il me semble que j'ai abordé votre question dans l'introduction.

Nous sommes disposés à coopérer avec l'Union africaine dans tous les domaines sans exception – politique, commercial, économique, social, éducatif et dans la coordination de nos efforts sur la scène internationale. Tous les plans et les stratégies élaborés au sein de l'Union africaine d'ici 2063 impliquent des domaines qui représentent également un intérêt pour la Russie. Là où nos intérêts coïncident, nous établirons évidemment des formes de coopération supplémentaires, notamment celles que nous venons d'exposer en détail à votre respectable audience.

Sergueï Lavrov (ajoute après le Président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat): Je voudrais ajouter quelques mots sur les réformes du Conseil de sécurité des Nations unies. Monsieur le Président a dit la vérité, à savoir que la Russie se basait de manière cohérente sur la nécessité de réformer le Conseil de sécurité des Nations unies afin que la représentativité des pays émergents soit renforcée. Je ne pense pas que les pays développés soient sous-représentés dans la composition actuelle du Conseil de sécurité des Nations unies. Le plus important est que les régions émergentes rejoignent les rangs du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous sommes prêts à examiner toutes les options pourvu qu'elles conduisent à une large entente commune. Dans ce sens, nous soutenons et trouvons très fortes les candidatures comme celles de l'Inde et du Brésil (représentant l'Asie et l'Amérique latine), mais à nos yeux il ne serait pas possible d'élargir le Conseil de sécurité des Nations unies si l'Afrique n'était pas intégrée à ce processus. C'est seulement de cette manière que nous pourrions donner une valeur supplémentaire au Conseil de sécurité des Nations unies, si vous voulez, parce que l'élargissement du Conseil par des pays dont la position est déjà activement protégée au Conseil de sécurité des Nations unies n'a probablement pas beaucoup de sens. La priorité principale consiste à élargir la représentativité de trois régions émergentes, et donc notamment du continent africain.

Question: A-t-on évoqué, durant l'entretien d'aujourd'hui, l'éventualité d'organiser un sommet Russie-Afrique? A quelles conditions serait-ce possible?

Quand vous étiez au Zimbabwe, vous avez évoqué la possibilité de créer une zone économique spéciale. Était-il question aujourd'hui d'un projet similaire dans le cadre de l'Union africaine?

Sergueï Lavrov: Nous n'avons pas parlé de l'organisation d'un sommet. Nous sommes d'accord pour dire qu'à l'heure actuelle, nous avons avant tout besoin d'accroître les affaires concrètes qui ont une utilité pratique pour les pays africains et la Russie. J'ai déjà mentionné les démarches que nous avions planifiées. Je suis certain qu'une fois que nous aurons accumulé suffisamment d'accords, la question d'un sommet pourra être soulevée.

En ce qui concerne la zone économique spéciale avec le Zimbabwe, c'est un thème bilatéral. Mais les plans qui sont approuvés et promus par l'Union africaine, y compris la promotion de la libéralisation du commerce à l'échelle continentale, représentent évidemment un intérêt pour les entreprises russes. Nous contribuerons par tous les moyens à ce que les milieux d'affaires russes se joignent aux projets mutuellement bénéfiques en ce sens.

Question (traduite de l'anglais): Au Royaume-Uni, on dit que votre gouvernement serait impliqué dans la tentative d'assassinat de Sergueï Skripal et de sa fille. Que pouvez-vous répondre à ces affirmations?

Sergueï Lavrov: Ce n'est pas la seule chose dont nous sommes accusés: nous sommes accusés de tout ce qui ne se passe pas correctement sur cette planète, selon nos partenaires occidentaux. En ce qui concerne votre question concrète, nous n'avons entendu aucune preuve concrète. Nous voyons seulement des reportages à la télévision dans lesquels vos collègues, avec un air très sérieux et pathétique, disent que si Moscou était impliqué, la réponse serait telle que la Russie s'en souviendrait. Ce n'est pas sérieux. C'est encore de la propagande pure et simple, un attisement de l'hystérie. Si l'on souhaite notre contribution à une enquête, qu'il s'agisse de l'empoisonnement de citoyens britanniques, des rumeurs d'ingérence dans les affaires des USA pendant la campagne électorale ou d'autres questions, si vous avez sincèrement besoin de l'aide de la Russie, nous serions prêts à étudier cette possibilité si nous disposions effectivement des informations appropriées. Mais pour mener les affaires ainsi il ne faut pas s'empresser de lancer des accusations gratuites à la télévision: il faut s'adresser à nous professionnellement, via les canaux à disposition, via les structures de sécurité.

Évidemment, je regarde la télévision - on ne peut pas y échapper - et je vois qu'on trace déjà des parallèles avec la mort d'Alexandre Litvinenko, également au Royaume-Uni. Je voudrais rappeler que la mort d'Alexandre Litvinenko, dont la Russie avait également été accusée, n'a toujours pas fait l'objet d'une enquête aboutie, parce que le procès – que l'on disait "public" mais qui était clos en réalité – se déroulait d'une manière très étrange. De nombreux faits qui ont fait surface durant cette enquête n'ont toujours pas été divulgués. Nous avons proposé nos services, de coopérer parce que plusieurs questions se posaient concernant la Russie, mais la justice britannique a jugé qu'elle était au-dessus de ça, qu'il suffisait d'émettre un verdict infondé qui, je le répète, n'était pas du tout exhaustif. De nombreux faits liés à cette tragédie ont été "balayés sous le tapis". C'est pourquoi je suggère à ceux qui s'intéressent à cette question de suivre les règles en vigueur au sein de la communauté internationale et de s'adresser aux pays de la part desquels ils voudraient obtenir des informations via les canaux professionnels, et non propagandistes.

Question: Le Président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un sont d'accord pour se rencontrer. Trouvez-vous que cela constitue un progrès dans le règlement du problème autour de la Corée du Nord? Êtes-vous d'accord avec l'avis du gouvernement américain selon lequel la pression des sanctions a poussé Pyongyang à s'asseoir à la table des négociations?

Sergueï Lavrov: Nous pensons que c'est un pas dans la bonne direction. Nous n'avons entendu parler de cet accord qu'aujourd'hui. J'espère qu'il sera mis en œuvre. Bien évidemment, c'est nécessaire pour stabiliser la situation autour de la péninsule coréenne. Nous saluons également l'entente entre Séoul et Pyongyang pour organiser, si je comprends bien, un sommet intercoréen en avril. C'est exactement ce que prônaient la Russie, la Chine et bien d'autres pays: pour apaiser la tension et l'atmosphère autour du problème nucléaire de la péninsule coréenne, il ne faut pas agir par les menaces, les ultimatums et les sanctions unilatérales mais par le dialogue dans le respect mutuel, en trouvant des accords convenant à toutes les parties. Je ne commenterai pas la question de savoir si l'entente sur un contact au sommet entre Pyongyang et Washington est due à la pression par les sanctions. Je pense que chaque partie souhaite présenter son interprétation comme étant la plus juste. Ne cherchons pas à savoir quelle était la raison de cet accord. Le plus important est qu'il existe. Et il est encore plus important que cet accord se réalise et ne débouche pas seulement sur une discussion, mais ouvre la voie à la reprise des négociations à part entière avec pour objectif de régler le problème nucléaire de la péninsule coréenne sur la base des principes qui ont été approuvés lors des négociations à Six et au Conseil de sécurité des Nations unies.

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