30 novembre 201814:59

Conférence de presse de Maria Zakharova, porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, 30 novembre 2018

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Sur la participation du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov au Forum international des volontaires

 

Dans le cadre de l'"Année des volontaires" proclamée en Russie en 2018, du 2 au 5 décembre à Moscou se déroulera le Forum international des volontaires avec la participation des membres du gouvernement russe, des responsables de grandes ONG, des représentants d'affaires et d'organisations éducatives.

Lundi 3 décembre se tiendra la session "Le monde: les opportunités pour la Russie" où est prévue une allocution du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui mentionnera la participation de la Russie à la coopération internationale dans le domaine du volontariat afin de consolider les efforts pour réaliser l'Agenda 2030 et les objectifs de développement durable, ainsi que les projets réalisés conjointement avec le Programme des Nations unies pour le développement et le Programme des volontaires des Nations unies visant à développer le volontariat.

 

Sur la participation du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la réunion du Conseil des ministres de l'OSCE

 

Les 6 et 7 décembre, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov compte participer à la 25e réunion du Conseil des ministres de l'OSCE, qui se tiendra à Milan.

Nous sommes disposés à un dialogue ouvert et dans le respect mutuel à un niveau politique élevé sur l'état de choses dans le domaine de la sécurité européenne, les défis généraux et les perspectives de la coopération entre les Etats membres de l'OSCE. Nous espérons que la discussion permettra de réduire la tension militaro-politique dans la région euro-atlantique, qu'elle contribuera au renforcement des efforts dans la lutte contre les menaces transnationales, qu'elle apportera une impulsion au règlement des conflits et rapprochera les positions des pays sur les questions d'actualité de la coopération économique et sociale.

Parmi les priorités russes que seront promues pendant la réunion à Milan – la nécessité de combattre le terrorisme et la menace de drogues, l'union des processus d'intégration, la protection des valeurs traditionnelles. Nous avons également l'intention de soulever la question relative au renforcement continu de l'infrastructure militaire de l'Otan, son rapprochement de nos frontières sous couvert d'une propagande antirusse agressive. Nous attirerons l'attention sur la violation des droits linguistiques et éducatifs des citoyens, sur l'atteinte à la liberté des médias, sur la montée du néonazisme et la tension ethno-confessionnelle observées en Ukraine, aux USA et dans les pays de l'UE, notamment dans les pays baltes. Il est prévu de soutenir les efforts de l'OSCE pour contribuer au règlement des conflits, notamment dans l'est de l'Ukraine, en Transnistrie et dans la Haut-Karabakh, son travail dans les Balkans et la coprésidence dans les discussions de Genève sur la stabilité en Transcaucasie.

La Russie a préparé avec ses alliés pour la réunion à Milan quatre projets de solutions – sur la lutte contre le terrorisme, le rôle de l'OSCE dans le règlement du problème mondial des drogues, le libre accès des médias à l'information et la protection des droits linguistiques et éducatifs des minorités nationales. Nous comptons sur leur approbation par les ministres des pays de l'OSCE. Au total plus de 20 projets de documents se trouve sur la table des négociations. Nos experts participent constructivement à leur mise au point.

En marge de la réunion du CMAE de l'OSCE sont prévus des entretiens bilatéraux du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avec les chefs de diplomatie d'autres Etats membres, la direction de l'OSCE et d'autres organisations internationales.

 

Sur l'évolution de la situation autour de Maria Boutina

 

Nous sommes révoltés par le nouveau durcissement du régime de détention de la citoyenne russe Maria Boutina, arrêtée aux États-Unis cet été sur des accusations montées de toutes pièces, et que nous considérons comme une prisonnière politique.

Ces nouvelles restrictions prévoient un isolement complet pendant 22 heures par jour. On ne lui permet de quitter sa cellule, de téléphoner et de se trouver dans les parties communes que pendant deux heures, la nuit. Cela a, sans aucun doute, une influence négative sur son état de santé - et pas seulement à cause de ses particularités individuelles. Cela affecterait n'importe quelle personne, même très saine. En même temps, elle ne reçoit aucun soin médical qualifié.

Le 27 novembre, les diplomates russes sont allés voir Maria Boutina et ont exprimé leurs protestations à l'administration de la prison, en exigeant de cesser ce traitement dégradant. Qui plus est, la mission diplomatique russe aux États-Unis a envoyé une note de protestation sévère à ce sujet au Département d’État américain.   

Nous considérons les actions des autorités américaines comme une tentative de faire pression sur Maria Boutina à l'approche de l'audience du 19 décembre sur cette affaire fomentée contre elle. Nous continuerons de demander la libération de la citoyenne russe, qui est aujourd'hui victime d'un arbitraire évident.

Maria Boutina n'est pas qu'une prisonnière politique. Aujourd'hui, nous pouvons affirmer avec certitude qu'elle est otage des autorités américaines qui n'ont qu'un seul objectif: des manipulations politiques.

 

Sur l'évolution de la situation en Syrie

 

Les 28 et 29 novembre, Astana a accueilli la 11e rencontre internationale des hauts représentants pour la Syrie. Elle a réuni non seulement la délégation du Gouvernement syrien menée par l'Ambassadeur syrien à l'Onu Bachar al-Jaafari, celle de l'opposition menée par Ahmed Touma, et celles des pays garants (la Russie, la Turquie et l'Iran), mais aussi des observateurs représentés par Staffan de Mistura, Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie, une délégation jordanienne et des membres du Comité international de la Croix-Rouge et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Dans l'ensemble, nous avons une estimation positive du bilan de cette rencontre. Ses participants ont débattu d'un large éventail de questions relatives au règlement syrien, allant du processus politique - et notamment la poursuite de la mise en place du Comité constitutionnel conformément aux décisions du Congrès du dialogue national syrien - au projet d'organiser une conférence internationale visant à contribuer au retour des réfugiés syriens.

En marge de la 11e rencontre a été organisée la 6e réunion du Groupe de travail pour la libération des détenus, le transfert des dépouilles et la recherche des disparus. Les efforts entrepris dans ce format ont commencé à porter leurs fruits. Le 24 novembre, avec le concours des militaires russes, la ville d'Al-Bab, au nord de la province d'Alep, a organisé le premier échange de dix citoyens syriens détenus par des groupes armés illégaux contre dix combattants de l'opposition armée placés dans les prisons gouvernementales. Nous espérons que ces échanges continueront et prendront de l'ampleur.   

Les accords conclus au cours de la rencontre dans la capitale kazakhe ont été fixés dans un communiqué commun des pays garants du processus d'Astana, qui a été publié officiellement.

Une attention particulière a été accordée à la situation sur le terrain, notamment à Idleb. Malgré les efforts entrepris par la Turquie dans le cadre du mémorandum russo-turc de 17 septembre, la situation dans cette région reste explosive. Les terroristes font tout leur possible pour empêcher la démarcation entre eux et les forces "modérées", ainsi que la formation d'une zone démilitarisée. L'envergure de leurs provocations ne cesse de croître. Le 24 novembre, les combattants du Front al-Nosra ont tiré des obus de mortier contenant du chlore sur les quartiers résidentiels d'Alep. Plus de 100 personnes, dont 8 enfants, ont été victimes de cette attaque chimique. Après les faits, le Ministère syrien des Affaires étrangères a envoyé des lettres au Secrétaire général de l'Onu, au président du Conseil de sécurité de l'Onu et au Directeur général de l'OIAC.

De notre côté, nous appelons encore une fois la communauté internationale à réagir comme il se doit à cette attaque barbare. Plusieurs fois - et depuis longtemps - nous avons prévenu que les terroristes d'Idleb préparaient des provocations chimiques, notamment avec la participation des infâmes Casques blancs. Mais, si ce travail visait par le passé à pousser la coalition menée par les États-Unis à frapper les forces gouvernementales, son objectif actuel est, selon nous, tout à fait différent: il consiste à torpiller la mise en œuvre du mémorandum russo-turc et à fragiliser la coopération au sein du format d'Astana, notamment entre la Russie et la Turquie.

La 11e rencontre sur la Syrie à Astana a démontré la futilité de ces projets des terroristes. Selon leur communiqué commun, les pays garants "ont résolument condamné l'utilisation des armes chimiques en Syrie et ont demandé que l'OIAC, principal organe international compétent en la matière, mène des enquêtes opportunes et professionnelles sur toutes les déclarations à ce sujet, en conformité absolue avec la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'usage des armes chimiques et sur leur destruction".

Malheureusement, nous constatons que les États-Unis, qui disposent du statut d'observateur au sein du format d'Astana, se sont abstenus d'envoyer leur représentant à la 11e rencontre. Il semble que nos partenaires américains ont leurs propres projets en Syrie et s'intéressent peu aux efforts visant le règlement politique dans le pays. Les actions américaines dans la région de l'Euphrate, qui suscitent une préoccupation croissante chez nous et dans d'autres pays, en sont une bonne illustration.

Les militaires américains ont, de fait, organisé un "parapluie de sécurité" pour une entité quasi-étatique qu'ils forment actuellement au nord-est de la Syrie à l'aide des leaders kurdes séparatistes. La semaine dernière, ils ont continué de créer des postes de contrôle strictement américains le long de la frontière turco-syrienne dans les régions de Tell Abyad et d'Aïn Al-Arab (Kobané).

On comprend mal comment ces initiatives pourraient contribuer à l'unité, à la souveraineté, à l'indépendance et à l'intégrité territoriale de la Syrie, prônées à plusieurs reprises par les USA dans le cadre de textes internationaux et bilatéraux adoptés avec leur participation. Sans parler de la conformité de ces actions avec le droit international.

 

Sur la loi martiale en Ukraine

 

Les dirigeants ukrainiens continuent de jouer avec le feu. La Rada (parlement) a récemment approuvé l'instauration de la loi martiale dans 10 régions ukrainiennes. Cet événement s'inscrit dans le cadre d'un plan minutieusement préparé, dont la première étape fut la provocation de l'armée ukrainienne près des côtes russes dans la zone du détroit de Kertch. Le gouvernement russe s'est déjà exprimé sur cette provocation.

 L'idée du régime de Kiev et de ses représentants, bien sûr du Président ukrainien Petro Porochenko, est parfaitement claire: il s'agit avant tout de profiter de la loi martiale pour relever la cote électorale en baisse de l'actuel chef de l’État, de marquer des points en surfant sur une nouvelle vague russophobe. Sous prétexte de lutter contre la fameuse "agression russe" sont prévues des restrictions sévères aux libertés constitutionnelles fondamentales des citoyens ukrainiens, qui impliquent notamment des interdictions en matière de liberté d'expression, de réunion et de circulation. A présent, si elles le jugent nécessaire, les autorités de Kiev peuvent prendre aux citoyens tout ce qu'elles souhaitent – de leurs biens privés à leurs documents. Les forces ukrainiennes reçoivent des pouvoirs exclusifs pouvant aller jusqu'à l'usage de la force sans forme de procès, ce qui fait planer la grave menace d'une expansion de la guerre civile sur l'ensemble du territoire du pays.

Il faut noter également que la loi martiale est sélective et concerne principalement les régions dont les habitants sont majoritairement russophones et qui, comme le montrent les sondages, n'approuvent pas l'activité des autorités actuelles.

Nous considérons les événements en Ukraine comme un nouveau signal d'alarme indiquant que la situation dans le pays s'engage sur la voie de la confrontation. Nous appelons l'Onu, l'OSCE, le Conseil de l'Europe et d'autres organisations internationales à prêter attention à la menace d'un scénario de force et à la situation affligeante en matière de droits de l'homme en Ukraine. Nous avertissons les superviseurs occidentaux du régime actuel de l'extrême danger de cette idée du Président ukrainien Petro Porochenko qui, dans cette tentative désespérée de garder le pouvoir, entraîne le pays dans une nouvelle aventure lourde de conséquences catastrophiques pour l'Ukraine elle-même et la sécurité européenne dans l'ensemble.

L'histoire du prétendu "assassinat" du journaliste Arkadi Babtchenko entièrement planifié et organisé par les services ukrainiens avait bouleversé la communauté internationale. Elle avait été portée au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que fake, puis nous avons vu ce journaliste sain et sauf. Je pense que ce sont les mêmes individus qui ont planifié cette nouvelle provocation en recourant à des méthodes identiques . La provocation est la caractéristique principale des agissements du régime de Kiev actuel. Il n'existe pas d'autres possibilités d'influencer la situation. Il n'y a pas de dynamique positive de développement économique, pas de progrès positif en matière d'intégration de la société civile, aucune possibilité de réaliser quoi que ce soit avec les Accords de Minsk. Il n'y a absolument rien à présenter pour les élections. Il est évident que quand il est question de la tentative de briguer un second mandat présidentiel, il ne faut plus promettre mais rendre des comptes sur la réalisation des promesses faites avant le premier mandat. Or il n'y a rien à présenter. C'est pourquoi il a fallu organiser une opération de force, une provocation aux conséquences à long terme.

Je pense que dans cette course à la popularité et aux tentatives de rester à flot en toutes circonstances, ils ont oublié le plus important: le pays et les gens.

 

Sur la fin de l'enquête de l'Onu sur les actions de la délégation ukrainienne en marge de la 40e session du Comité de l'information des Nations unies

 

Souvenez-vous: il y a environ six mois, la délégation ukrainienne avait organisé à l'Onu un événement, le forum sur la lutte contre les fakes, qui s'était avéré être lui-même un fake. Il avait été annoncé comme un forum-séminaire sur la lutte contre les fakes, puis il est apparu que cette activité était elle-même un fake parce que les diplomates ukrainiens l'avaient présentée comme faisant partie intégrante de la réunion du Comité de l'information des Nations unies. En réalité, cette activité n'avait rien à voir avec la réunion du Comité. Qui plus est, comme cela nous a été rapporté, des hommes en uniforme venus à ce forum qui se déroulait dans l'enceinte de l'Onu, notamment des tireurs d'élite, ont menacé ouvertement de mort les diplomates russes dans les couloirs de l'Organisation. Cette question a été soulevée au Secrétariat de l'Organisation. Nous avons reçu les résultats de l'enquête.

La réponse officielle du Secrétaire général adjoint à la sûreté et à la sécurité de l'Onu Peter Drennan sur les résultats de cette enquête qui a duré plus de six mois sur les actions provocatrices de la délégation ukrainienne pendant la 40e session du Comité de l'information début mai 2018 stipule ce qui suit.

Je rappelle une nouvelle fois qu'à l'époque, la partie ukrainienne avait organisé un faux événement soi-disant en marge du Comité, dont les participants ont été présentés comme des tireurs d'élite de "l'opération antiterroriste" en Ukraine et ont menacé de mort un délégué russe dans l'enceinte de l'Onu.

La note reçue indique que les hôtes de l'activité ukrainienne se trouvaient de manière illégale au premier étage du siège, auquel l'accès est restreint aux visiteurs qui doivent être accompagnés par des délégués accrédités de la mission-hôte s'ils veulent s'y rendre. Je voudrais rappeler que la délégation russe et la Représentation permanente ont exigé une analyse des caméras de surveillance - qui sont nombreuses au Secrétariat de l'Onu - parce que la partie ukrainienne a déclaré que nous faisions de la désinformation et que "tout était faux". Nous avons dit qu'il existait des preuves et avons demandé à l'Onu de les analyser.

Le travail effectué par l'Onu a permis d'établir que les Ukrainiens qui avaient menacé notre diplomate n'étaient pas accompagnés par un membre de leur Représentation permanente.

Nous sommes ravis que le Secrétariat de l'Onu ait mené à son terme l'enquête sur cet incident pour reconnaître officiellement les infractions commises par la délégation ukrainienne. Cet incident est tout simplement une falsification dans l'enceinte de l'Onu. Il est inadmissible d'utiliser la plateforme de l'Onu, primordiale dans le contexte du renforcement de la paix et du développement de la coopération internationale, en tant que site pour des provocations politiques, et que tous les abus au sein de l'organisation doivent être fermement et immédiatement empêchés. Qui plus est quand ils viennent de personnes pour qui c'est manifestement devenu la norme au vu de la négligence permanente du droit et de toutes les règles.

Aujourd'hui, nous publierons des informations supplémentaires à ce sujet sur le site officiel du Ministère russe des Affaires étrangères. Nous vous rappellerons comment les autorités ukrainiennes, notamment le Ministère des Affaires étrangères de l'Ukraine, déclaraient que c'était faux et que le Ministère russe des Affaires étrangères "mentait". Nous avons les résultats de l'enquête. Je répète que cette provocation est le style du pouvoir ukrainien actuel.

 

Sur les propos du conseiller du Président afghan à la sécurité nationale Hamdullah Mohib concernant la réunion sur l'Afghanistan au format de Moscou

 

Nous avons noté les déclarations du conseiller du Président afghan à la sécurité nationale Hamdullah Mohib, relayées par plusieurs médias afghans, concernant la deuxième réunion sur l'Afghanistan au format de Moscou le 9 novembre dernier. Il a notamment déclaré que la Russie remettait prétendument en question la souveraineté de l'Afghanistan, et que son pays était présent à la réunion "en qualité d'invité".

Les autorités russes, en coopération avec les partenaires de la région, s'efforcent sans relâche de contribuer au lancement de la réconciliation interafghane. La réunion au format de Moscou, qui s'est tenue avec la participation de l'Afghanistan, de la Chine, du Pakistan, de l'Iran, de l'Inde, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, de l'Ouzbékistan, du Turkménistan et des USA, a été un pas important vers l'établissement d'un dialogue direct sur la paix entre Kaboul et les talibans, selon l'avis général des parties représentées.

Nous notons que le Président afghan Ashraf Ghani s'est dit à plusieurs reprises disposé aux négociations de paix avec les talibans "en tout lieu et à tout moment". C'est à son initiative qu'une délégation du Haut conseil pour la paix a participé à la réunion au format de Moscou en tant que représentant des forces socio-politiques du pays. La Russie, organisatrice de l'événement, a garanti à la délégation de Kaboul des droits égaux à ceux des autres participants, notamment en accordant au vice-président du Haut conseil pour la paix Hajji Din Mohammad la possibilité de prononcer le premier discours de la réunion.

Nous voudrions rappeler que la Russie met à disposition des belligérants afghans une plateforme de dialogue, qu'elle ne cherche pas du tout à substituer aux négociations. Nous sommes prêts à poursuivre la coopération avec Kaboul pour contribuer à l'établissement de la paix et à la transformation de l'Afghanistan en un pays indépendant, pacifique et autosuffisant libéré des terroristes et du trafic de stupéfiants.

Si les représentants des établissements officiels afghans se demandent qui remet en question la souveraineté de leur État, je pense qu'ils doivent certainement chercher des réponses ailleurs que sur le territoire de la Fédération de Russie. Je leur suggérerais même de regarder sur un autre continent.

 

Sur les attentats au Pakistan

 

La chaîne pakistanaise SUCH TV nous a demandé de commenter les récents attentats perpétrés au Pakistan, notamment l'explosion devant une mosquée chiite du district d'Orakzai et l'attaque contre le Consulat général de Chine à Karachi, qui aurait été revendiquée par le groupe séparatiste Front de libération du Baloutchistan (FLB). De plus, les journalistes pakistanais veulent connaître notre avis sur l'information selon laquelle le leader du FLB Khair Marr, qui réside à Londres depuis longtemps, bénéficie d'un asile politique au Royaume-Uni.

En ce qui concerne les attentats, la réponse est évidente. La Russie condamne fermement tous les actes terroristes, qui n'ont aucune justification possible. Nous avons déjà exprimé notre avis sur les exactions des extrémistes à Orakzai et à Karachi, en soutenant la déclaration appropriée du Conseil de sécurité des Nations unies.

Quant au leader du FLB Khair Marri, nous ne disposons pas d'informations concernant son statut actuel au Royaume-Uni ni sur sa place dans la hiérarchie du FLB, ni sur le niveau d'implication du groupuscule dans les événements de Karachi.

La question relative à son statut au Royaume-Uni et à son séjour dans ce pays doit être adressée aux autorités britanniques.

 

Sur la position russe concernant la réforme du Conseil de sécurité de l'Onu

 

Au cours de nos rencontres précédentes, nous avons déjà évoqué la position de la Russie concernant la réforme du Conseil de sécurité de l'Onu.

La Russie envisage de réformer le Conseil de manière à ce qu'il devienne plus représentatif et reflète de façon plus juste les réalités géopolitiques actuelles.

Qui plus est, compte tenu des différences d'approche considérables qui persistent entre les  pays membres de l'Onu, il faut continuer de rechercher un modèle de réforme susceptible de recueillir le soutien le plus large possible des pays membres - beaucoup plus que les deux tiers des voix officiellement nécessaires selon la Charte de l'Onu. Le scénario optimal serait de parvenir à un consensus. Il est important que les pourparlers soient universels et transparents, et permettent d'étudier toutes les propositions présentées sans fixer de calendrier ou de date limite. 

Autre élément crucial: on ne peut pas accepter que les efforts visant à rendre le Conseil plus représentatif affectent son efficacité et sa productivité. Quel que soit la voie de réforme qui sera choisie, le Conseil devra être en mesure de réagir de manière rapide et appropriée aux défis et aux menaces qui apparaîtront. Ainsi, il faut que ce Conseil modernisé reste relativement resserré.

Nous nous prononçons pour l'élargissement de la représentation des pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine au Conseil de sécurité. Nous sommes convaincus que ce groupe nombreux d'États comprend beaucoup de pays capables de contribuer considérablement au maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Nous ne dissimulons pas notre scepticisme concernant la limitation éventuelle du droit de veto. Nous considérons ce dernier comme un élément important de l'élaboration de décisions équilibrées et mesurées par le Conseil, et de la protection des intérêts de la minorité. Tout le monde sait que les Occidentaux peuvent facilement mobiliser assez de voix au sein du Conseil de sécurité pour bloquer les projets qu'ils jugent indésirables sans recourir au droit de veto. Qui plus est, les méthodes de cette mobilisation sont tout sauf conformes à la Charte de l'Onu et à ses normes.

La Russie promeut de manière cohérente un système harmonieux de relations internationales, dont les principes fondamentaux devraient être la résolution politique des crises et le renoncement à la politique des changements de régime. Un attachement commun à ces principes calmerait certainement la polémique autour du droit de veto.

 

Sur l'adoption de la loi relative à la lutte "contre les manipulations de l'information"

 

Un paquet de lois controversées "contre la manipulation de l'information", rédigé à l'initiative du Président français Emmanuel Macron, a été adopté le 20 novembre en France. Ces mesures ont été adoptées malgré la résistance du Sénat qui a voté deux fois contre, et sans tenir compte des opinions critiques des partis d'opposition, des représentants des milieux d'experts et des journalistes, notamment des quotidiens Le Monde et Le Figaro.

Selon les lois adoptées, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a désormais le droit de suspendre le travail des médias qu'il jugerait coupable de disséminer des "fake news" dans l'intervalle de trois mois précedant les élections nationales. Les plateformes numériques sont elles aussi obligées de prendre des mesures pour lutter contre la "désinformation" sur internet, et de présenter au Conseil des rapports annuels concernant leurs efforts dans ce domaine.

Nous avons déjà souligné à plusieurs reprises le caractère discriminatoire de ces initiatives législatives et leur objectif évident de nettoyer l'espace de l'information de toutes les opinions indésirables du point de vue du pouvoir.

Qui plus est, nous sommes convaincus que les autorités françaises veulent - sous prétexte de combattre les fake news - créer pour elles des bases légales afin de persécuter les médias russes qui font déjà face depuis longtemps à des violations systématiques de leurs droits.

Je voudrais vous rappeler les événements survenus depuis un an. Les collaborateurs de Sputnik et de Russia Today n'arrivent plus à obtenir les cartes de presse nécessaires pour mener un travail journalistique dans le pays et accéder aux événements officiels organisés au sein des institutions publiques.

La politique que je viens d'évoquer s'accompagne de propos scandaleux des responsables français qui jouent le rôle de promoteurs de la désinformation en accusant Russia Today de ce que la chaîne n'a jamais fait et dont elle n'est certainement pas coupable.

Citons un exemple récent et un peu embarrassant. Cela concerne directement les médias. En effet, on a empêché des représentants des médias russes de participer à la conférence de presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Paris. C'est une absurdité. Une atteinte à la liberté d'expression et des médias. Une attaque sur deux fronts - législatif et pratique.

Nous espérons que ces lois feront l'objet d'évaluations appropriées des institutions internationales spécialisées et des ONG concernant leur conformité avec les principes fondamentaux du droit international tels que la liberté d'expression et l'accès égal à tous à l'information. Nous soulèverons cette question lors du futur Conseil des Ministres des Affaires étrangères de l'OSCE en marge duquel un grand nombre de rencontres et d'événements spécialisés sont organisés.

Je ne peux même pas imaginer quelle serait l'indignation de nos collègues français dans le cas où la Russie adopterait des mesures similaires ou limiterait les droits des médias français sur son territoire.

 

Sur la nouvelle vague de propagande antirusse au Royaume-Uni

 

La fin du mois de novembre a été marquée par une nouvelle vague de rhétorique antirusse - ce qui n'est pas étonnant. L'aggravation des débats politiques autour du Brexit, qui ont débouché sur des démissions au sein du cabinet de Theresa May et l'incapacité de parvenir à un consensus social à ce sujet, poussent les autorités à chercher des manœuvres pour détourner l'attention. Pour cela, rien de tel qu'une "menace extérieure" qui a fait ses preuves et dont la source principale est la Russie. Le sujet est rodé depuis longtemps.

A la veille du sommet de l'UE du 24 novembre sur le Brexit, fatidique pour les Britanniques, le général Mark Carleton-Smith, chef d'état-major de l'armée de terre britannique, a accordé une interview au Daily Telegraph. Il présente la Russie comme une plus grande menace que les organisations terroristes, par exemple Al-Qaïda et Daech, pour la sécurité nationale britannique. C'est une déclaration très grave étant donné qu'on se souvient encore des horribles attentats perpétrés par des terroristes internationaux à Londres et à Manchester.

La création d'un grand califat par Daech au Moyen-Orient, avec toutes les conséquences que cela aurait impliqué, a été empêchée uniquement par l'intervention de la Russie. Mais dans la tête du commandant britannique, la Russie reste quand même la menace principale. Ce n'est plus regrettable: c'est un fourvoiement dangereux.

A l'avant-garde de la campagne médiatique russophobe du Royaume-Uni se trouve indéniablement l'histoire du prétendu "empoisonnement des Skripal". Il est désormais impossible de comprendre ce qui s'est passé. A première vue, les passions avaient commencé à se calmer car en l'absence d'informations officielles, il n'y avait rien à discuter. Vous l'avez vu, cette approche n'a pas tenu longtemps. Tout a recommencé. Ce 22 novembre, à une heure de grande écoute, a été présentée une nouvelle "investigation sensationnelle" sous la forme d'un film préparé par des journalistes britanniques. Je pense que chacun peut et doit se faire son propre avis sur ce film. Je suis plus que certaine que tout le monde devrait le regarder, et ce pour plusieurs raisons.

Le film tente visiblement de dresser toute la chronologie des événements, de "reconstituer" les événements supposés. Contrairement à la ligne suggérée par les réalisateurs, de nombreux faits réunis dans le film font l'effet exactement inverse: cette "investigation" met en évidence les incohérences et les contradictions de la version britannique officielle. Il existe aussi, évidemment, une composante émotionnelle - qui n'est pas non plus inintéressante. Les auteurs misent manifestement sur les effets hollywoodiens classiques tels qu'une musique mystérieuse et alarmante accompagnée d'une voix-off. Si Salisbury est présentée dans le film comme une ville calme et confortable, entre paysages idylliques, gazon parfait, pâturages et citadins qui se promènent posément dans les rues - un tableau idéaliste - Moscou paraît sombre, malsaine et effrayante. Le Ministère russe des Affaires étrangères est la citadelle du mal. Présenté comme ça, notre bâtiment ferait même peur aux enfants.

Bien sûr, il fallait trouver un héros principal autour duquel construire tout le récit. Comme moi, vous vous attendiez probablement à ce que ce soit une victime ou un criminel supposé. Cela serait plus logique. Mais non: le film raconte l'histoire du sergent Nick Bailey, qui aurait été empoisonné par une "substance neuroparalytique". C'est la seule personne qui pouvait être montrée au monde - contrairement aux autres, il est possible de lui parler, de lui poser une question et d'obtenir une réponse, de le toucher. Selon l'idée de l'auteur, le spectateur doit éprouver une immense compassion pour ce policier britannique ordinaire qui a risqué sa vie pour accomplir son devoir, mais qui a tout perdu. Toutefois, même la question élémentaire de l'indemnisation n'intéresse pas les auteurs du film. S'il n'a pas été indemnisé, cette question s'adresse aux autorités. S'il l'a été, alors les frais matériels ont au moins été compensés. Ils ne répondent pas non plus à la question de savoir pourquoi, sur les trois policiers qui ont fouillé la maison des Skripal, un seul a été blessé. Les autres n'étaient pas dignes de participer au film? Que leur est-il arrivé? De telles questions surviennent par dizaines, voire centaines, pendant le visionnage du film. En principe, le film est une réussite. Comme on dit: le thé était excellent mais on a oublié de le mettre dans l'eau.

La question principale reste sans réponse. Où sont les Skripal? Que leur est-il arrivé? Sont-ils en vie? Sont-ils au Royaume-Uni? Ont-ils été extradés quelque part? Quel est leur état? Sont-ils ensemble ou séparés? Qui travaille avec eux? Sachant que j'utilise le terme "travailler" sciemment et intentionnellement, parce qu'avant l'incident les services secrets britanniques travaillaient déjà avec ces individus, et depuis le prétendu empoisonnement je pense que tout un groupe de spécialistes travaille tous azimuts. Où sont ces gens qui travaillent et interagissent avec les Skripal? Pourquoi les forces de l'ordre étaient prêtes à aider les journalistes lors de la préparation du sujet sur tous les points, sauf l'accès aux Skripal? John Sawers, ancien patron du renseignement britannique extérieur, ou MI6, qui a été représentant permanent du Royaume-Uni au Conseil de sécurité des Nations unies, insinue dans le film qu'il possède des informations très détaillées sur la situation actuelle des Skripal. Pourquoi un représentant à la retraite en sait-il davantage sur leur sort que le public et les autorités russes, sachant que Ioulia Skripal est une citoyenne russe? C'est une bonne question. Pourquoi ces insinuations? Parlez directement. Après tout, il s'agit d'un film.

Le film reconstitue chaque détail des événements du 4 mars et des jours qui suivent, à commencer par les déplacements d'Alexandre Petrov et de Rouslan Bochirov, la réaction de l'ambulance et de la police à la découverte des Skripal empoisonnés, jusqu'à l'interaction avec le laboratoire de Porton Down. Des questions se posent: Comment vont les Skripal? Que faisaient-ils à ce moment-là? Nous avons vu Ioulia au moins une fois à la télévision britannique. Elle aurait pu dire ce qui lui était arrivé ce jour-là. Au moins ce dont elle se souvenait – des souvenirs, des ressentis. Pourquoi fallait-il commencer par faire un lien avec des individus dont l'implication dans cet incident n'est pas prouvée pour en faire un passage central du film? A ce que l'on sache, au moins une protagoniste réelle de tout ce drame est encore en vie: Ioulia Skripal, qui pourrait parfaitement raconter ce qui s'est passé car elle était présente, selon ce qui a été rapporté.

Je répète que toute cette chronologie converge vers la coopération avec le laboratoire de Porton Down. La question des déplacements des Skripal n'a pas été éclaircie. Grâce aux publications de la police, on sait qu'ils sont partis à 9h30 vers le nord-est. Si l'on consulte une carte, on peut facilement constater que Porton Down se trouve exactement au nord-est. Ils ont gardé leurs téléphones éteints et ont quitté de nouveau leur maison à 13h30. Où sont-ils allés et pour quelle raison? Pourquoi sont-ils revenus (s'ils sont en effet revenus)? Qui ont-ils rencontré? Quand sont-ils revenus à la maison? Pourquoi toutes ces questions sont posées par la Russie et pas par les journalistes britanniques qui ont préparé ce documentaire?

Ensuite, on affirme que la police a visionné 11 000 heures d'enregistrement des caméras de surveillance à Salisbury. Où sont les Skripal sur ces enregistrements? Il existe une vidéo d'Alexandre Petrov et de Rouslan Bochirov. Très bien. On ne comprend rien de ces personnes et de la raison de leur présence dans la ville dans le contexte des accusations avancées. La question essentielle est la suivante: où sont les images des Skripal?

Est-ce que quelqu'un peut croire réellement qu'un ancien agent des services de renseignement britanniques qui avait été expulsé au Royaume-Uni et était hébergé sur son territoire n'était pas surveillé par les autorités britanniques? Sa maison est entourée d'un grand nombre de caméras de surveillance. Où sont donc ces enregistrements?

Quant à la substance prétendument utilisée pour son empoisonnement, elle suscite encore plus de questions. Le filme affirme que l'enquête a immédiatement établi qu'une substance neurotoxique avait été placée sur la poignée de la porte d'entrée de la maison de Sergueï Skripal. Qu'en est-il donc des nombreuses versions de l'empoisonnement des Skripal publiées régulièrement par les médias britanniques, y compris par la BBC? Il aurait fallu présenter des excuses, dire que le contenu du film ne correspondait pas à toutes les informations présentées par la chaîne par le passé. Il aurait fallu dire "Nous ne voulons pas être une chaîne de fake news" et avouer que les versions présentées plutôt ne correspondaient pas à la réalité. Ou au moins le présenter sous une forme plus nuancée: "Elles n'ont pas été confirmées". Nous avons même rédigé une compilation de toutes les versions des médias britanniques au cours d'une conférence de presse - il y en avait plus d'une dizaine.

Pourquoi la journaliste ne se demande-t-elle pas s'il s'agissait de mensonges prémédités? Comment peut-on faire confiance aux médias s'ils sont utilisés pour manipuler la population?

Il est regrettable que les auteurs de ce documentaire n'aient pas enquêté ni même examiné les circonstances très étranges des événements à Porton Down et dans ses alentours, que nous avons évoquées à plusieurs reprises et sur lesquelles nous avons attiré l'attention. La journaliste ne pose pas la question de la possible conception d'une substance de type Novitchok par ce laboratoire.

Les auteurs du film n'ont visiblement pas non plus été gênés par les inconsistances évidentes des détails concernant les caractéristiques de la substance toxique. Dans une interview filmée, le chimiste soviétique Vil Mirzaïanov, qui a quitté notre pays il y a longtemps, affirme que le Novitchok se désintègre rapidement au contact de l'eau et que c'est le temps humide enregistré le jour de l'empoisonnement qui aurait permis aux Skripal de ne pas recevoir une dose mortelle. Mais regardons les faits. S'ils n'ont pas reçu une dose létale, ils sont donc vivants. S'ils sont vivants: montrez-les. Pour une raison inconnue, personne ne les a montrés, même dans ce documentaire.

Si les faits correspondent réellement aux affirmations du film britannique et que tout s'explique par l'humidité locale, pourquoi les autorités ont-elles organisé une désinfection de grande envergure en utilisant des substances fortes? A quoi bon avoir démoli tous les bâtiments que les Skripal avaient visité ce jour-là? On aurait pu tout arroser d'eau… Ne s'agit-il donc pas d'une opération visant à éliminer une chose différente, notamment une autre substance chimique? Pourquoi les médias britanniques n'y ont-ils accordé aucune attention?

Le "professeur Tim" de Porton Down, autre expert cité dans ce film (le documentaire ne donne pas les vrais noms, mais ne cache pas les visages des scientifiques interviewés ou des agents des services secrets… s'agit-il d'acteurs?), affirme que la quantité de substance découverte aurait pu tuer plusieurs milliers de personnes. Pourquoi donc le nombre de victimes ne s'élève-t-il alors qu'à quelques personnes? La maison des Skripal se trouvait en effet "à la périphérie de Salisbury", mais entourée d'autres bâtiments et pas dans une région désertique.

Il faut également accorder une attention particulière à tout un nombre d'outils artistiques dont j'ai déjà mentionné l'utilisation. Ainsi, afin de traduire l'interview des experts russes et des parents des Skripal, on a choisi un présentateur parlant anglais avec un accent russe très fort. Dans quel monde vivons-nous? Imaginez bien: on fait la traduction du russe vers l'anglais, mais une personne qui connaît parfaitement l'anglais mutile sa langue natale pour que les spectateurs de ce film aient l'impression d'une authenticité absolue, comme s'ils écoutaient les propos des participants à ce drame. Il s'agit d'une véritable nouveauté journalistique.

La cerise sur le gâteau est évidemment la scène d'un best-seller de Vladimir Rezoun démontrant aux futurs protagonistes de drames similaires de ce qui pourrait se passer avec eux. Il s'agit notamment d'un film sur un traître brûlé. Tout cela est raconté par John Cipher, ancien agent de la CIA qui a travaillé à Moscou. On aurait aussi bien pu lire des contes de fées. C'est une absurdité présentée comme du journalisme. Le plus intéressant est qu'un travail journalistique a en effet été mené, sans pourtant répondre aux questions existantes à l'aide des matériaux présentés. Les interrogations n'ont fait que multiplier.

Tout cela se passe dans un pays géographiquement proche de la France, qui adopte des lois sur les fake news - ce qui est étonnant, pour ne pas dire plus.

 

Sur les poursuites du journaliste Iouri Alexeev par la police de sécurité lettonne

 

La semaine dernière, la police de sécurité lettonne a arrêté Iouri Alexeev, rédacteur en chef du site Imhoclub.lv, qui est aussi l'un des leaders de l'association "Congrès des non-citoyens" pour les droits des compatriotes russophones et la préservation de l'enseignement en russe.

Selon son avocat, les forces de l'ordre lettonnes ont procédé à l'interpellation de manière très violente, en recourant à la force. Ensuite, Iouri Alexeev a subi une pression psychologique. Le journaliste avait déjà été poursuivi pénalement en décembre 2017. A l'époque, selon lui, des cartouches de pistolet avaient été déposées à son domicile pendant la perquisition.

En fait, il s'agit de répressions flagrantes contre un journaliste d'opposition "indésirable" aux yeux de Riga, et de tentatives de le faire taire. De tels incidents d'interpellation de journalistes progressistes sont devenus une routine en Lettonie. Ayant mis le cap sur la répression de la dissidence, les autorités poursuivent leur lutte contre les activistes indésirables et russophones, en recourant notamment à une falsification flagrante et à la pression pénale.

Nous pensons que de tels actes ne doivent pas rester sans réaction. Nous appelons les structures internationales compétentes et les organisations internationales des droits de l'homme à réagir. Nous attendons l'avis de l'OSCE. Nous voudrions entendre les commentaires publics de Bruxelles pour savoir de quelle manière de tels actes d'un pays membres de l'UE, réprimant la liberté d'expression et transgressant le droit international, s'accordent avec les valeurs démocratiques européennes.

 

Sur la célébration de la Journée du soldat inconnu

 

Le 3 décembre, la Russie célèbre la Journée du soldat inconnu. A cette occasion, nous honorons la mémoire des fils tombés pour notre Patrie. Cette date commémorative a été instaurée depuis peu, en 2014. C'est ce jour-là, en 1966, pour célébrer l'anniversaire de la défaite des forces fascistes allemandes, que les cendres du soldat inconnu avaient été transférées de la fosse commune du 41e km de la chaussée Leningradskoe à son lieu de repos éternel – le monument du jardin Alexandre près du Kremlin de Moscou.

Chaque année, ce jour-là, nos représentations à l'étranger, en étroite coordination avec les ambassades des pays de la CEI, organisent des activités solennelles de commémoration et de dépôt de fleurs. Cette tradition importante du point de vue de l'entretien et de la préservation de la mémoire historique, s'est déjà propagée dans le monde entier – de la Chine aux pays européens, aux USA et au Canada.

Vous trouverez un récit plus détaillé sur chacune d'elles sur les ressources numériques de nos ambassades. Aujourd'hui, je voudrais m'arrêter sur l'inauguration solennelle de plaques commémoratives portant les noms de 2455 prisonniers soviétiques morts emprisonnés par les fascistes et enterrés dans une fosse commune au mémorial près du cimetière central de Sokolov en République tchèque. Pour la première fois de l'histoire de ce pays, un tel nombre de guerriers soviétiques a été immortalisé directement sur le lieu de leur inhumation.

Ces noms revenus du néant sont le résultat d'un an de travail de longue haleine pour cataloguer les cimetières militaires de la région de Karlovy Vary, réalisé par le personnel de la Représentation  du Ministère russe de la Défense avec le soutien du Consulat général de Karlovy Vary, des ambassades des pays de la CEI et des autorités des régions de la Fédération de Russie. Durant le travail d'archives et de recherche mené par les collaborateurs de la représentation pour retrouver les informations personnelles des militaires morts, plus de 25 000 cartes de prisonniers de guerre ont été analysées. Cela a permis de faire la lumière sur le sort de plus de 2 000 personnes portées disparues.

La participation des autorités de la ville de Sokolov et de Karlovy Vary, des représentants des ambassades de Russie et des pays de la CEI, ainsi que des proches des défunts, pour qui ce jour aura une importance particulière, est attendu à cet événement solennel organisé par l'administration municipale.

Le fait que cette initiative se soit concrétisée est particulièrement important dans le contexte des événements récents. Pendant nos conférences de presse, nous avons abordé à de nombreuses reprises les actions révoltantes et cyniques visant à détruire les monuments en hommage aux soldats soviétiques dans plusieurs pays d'Europe de l'Est. La Pologne, où de telles actions sont organisées avec l'accord tacite, voire avec la participation directe des autorités, se distingue particulièrement dans ce domaine. Le plus regrettable est que ce ne sont pas des cas isolés ou des actes de vandalisme ponctuel, mais une tendance.

 

Sur la position de la Russie concernant la situation autour de l'Accord-cadre (de Dayton) pour la paix en Bosnie-Herzégovine

 

Lors de la dernière conférence de presse, une question a été posée sur la position de la Russie concernant la situation autour de l'Accord-cadre (de Dayton) pour la paix en Bosnie-Herzégovine à l'occasion du 23e anniversaire de l'Accord de Dayton célébré le 21 novembre. Vous le savez, Milorad Dodik, qui vient de prendre les fonctions de Président du collège présidentiel de Bosnie-Herzégovine, a déclaré sur la chaîne nationale serbe qu'il avait l'intention de faire supprimer l'Appareil du Haut-Représentant en Bosnie-Herzégovine. La Russie, qui est l'un des pays garants de l'Accord de Dayton, pense-t-elle que la Bosnie-Herzégovine est prête à cela?

Je voudrais souligner que notre position à ce sujet n'a pas changé. Quand il a visité la région et qu'on lui a posé des questions sur ce thème, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en a parlé, plusieurs fois.

La Fédération de Russie prône de manière cohérente le respect des principes fondamentaux de l'Accord-cadre (de Dayton) pour la paix en Bosnie-Herzégovine de 1995, qui sont le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du pays, la garantie de larges pouvoirs aux deux entités formant la Bosnie-Herzégovine (la République serbe et la Fédération de Bosnie-Herzégovine), ainsi que l'égalité des trois peuples qui la constituent - Bosniaques, Serbes et Croates. Ces approches sont totalement partagées en Bosnie-Herzégovine, ce qui a été confirmé pendant la visite de travail du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Sarajevo et à Banja Luka le 21 septembre.

La Russie promeut activement le processus de stabilisation en Bosnie-Herzégovine, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies et au Comité directeur du Conseil de mise en œuvre de la paix en Bosnie-Herzégovine. Nous nous tenons immuablement à la ligne de transfert aux parties bosniaques de l'ensemble de la responsabilité pour la situation dans le pays. Nous avons déclaré plusieurs fois et à différents niveaux que nous pensions depuis longtemps que l'heure était venue de supprimer au plus vite l'Appareil du Haut-Représentant en Bosnie-Herzégovine. Nous partons du principe que cette présence protectrice a complètement épuisé sa ressource et ne fait que ralentir le développement normal de la Bosnie-Herzégovine en tant que pays souverain indépendant.

Nous sommes certains que le bon fonctionnement de la Bosnie-Herzégovine ne sera possible qu'avec une utilisation efficace du système de freins et de contrepoids établi par l'Accord de Dayton, orienté sur une recherche autonome et sans ingérence extérieure de consensus sur toutes les questions d'actualité. Nous pensons que le rôle de la communauté internationale dans le processus de paix bosniaque doit se limiter à aider les Bosniaques à développer un ordre du jour commun constructif. Cette approche correspond totalement aux intérêts des peuples de la Bosnie-Herzégovine, et à la tâche fondamentale de renforcer la stabilité dans les Balkans.

 

Sur la Convention d'Ottawa

 

Durant la dernière conférence de presse, une question a été posée concernant la Convention d'Ottawa.

La Russie partage les objectifs et les tâches de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel (Convention d'Ottawa). Dans le cadre de la Convention sur l'armement "inhumain" et de son Protocole annexe II (Protocole II), nous réalisons avec succès nos approches de la lutte contre la menace des mines et travaillons activement à créer un monde sans mines.

Ces dernières années, la Russie a recyclé plus de 10 millions de mines, notamment antipersonnel. Depuis 1994, notre pays a instauré un moratoire sur la transmission des mines antipersonnel indétectables, ainsi que des mines non équipées de mécanismes d'autodestruction. Compte tenu des aspects humanitaires du problème des mines, nous avons complètement cessé depuis 1998 la production de mines explosives antipersonnel, qui sont l'une des principales sources de victimes civiles. Le Ministère russe de la Défense a signé en 2001 une consigne s'inscrivant dans le cadre du droit humanitaire international pour les forces armées russes, fixant les principales exigences pour l'usage de mines antipersonnel conformément au Protocole II.

Le génie russe a accumulé un solide potentiel scientifique, technique et d'experts lui permettant de participer à des programmes de déminage de difficulté variable. A différentes époques, les unités de l'armée russe et du Ministère russe des Situations d'urgence ont participé à des opérations de déminage sur le territoire de la Bosnie-Herzégovine, de la Croatie, du Kosovo, du Nicaragua et de la Serbie. Depuis décembre 2016, des militaires russes ont mené des opérations de déminage sur le territoire syrien: deux sur le site architectural historique et les quartiers résidentiels de Tadmora (Palmyre), une à Alep et une à Deir ez-Zor. Un tel travail est mené actuellement en Ossétie du Sud.

Le Centre international d'action antimines de l'armée russe créé en 2014 occupe une place importante dans l'activité antimines menée par la Russie. Il forme des spécialistes dans le domaine de la détection et de la neutralisation d'explosifs, des professionnels du déminage, des opérateurs de robots mobiles, et des collaborateurs pour la recherche de mines.

Nous soulignons que le Centre international d'action antimines est disposé à une coopération internationale et à partager son expérience avec tous les pays intéressés. Afin d'utiliser l'expérience acquise de déminage humanitaire, nous essayons d'enregistrer le centre au Bureau des Nations unies pour les services d'appui aux projets (UNOPS) pour qu'il soit inscrit sur la liste des organisations sous-traitantes pour mener une activité de déminage humanitaire sous l'égide de l'Onu à titre commercial, ainsi que dans le " Système de préparation des moyens de maintien de la paix des Nations Unies" (Peacekeeping Capability Readiness System - UNPCRS).

Dans le même temps, nous notons que les mines antipersonnel restent un moyen efficace et peu coûteux pour garantir la sécurité des frontières russes. Pour des raisons de sécurité nationale de la Russie, nous ne jugeons pas utile d'adhérer à la Convention d'Ottawa.

Nous attirons l'attention sur le fait que les États qui ne partagent pas l'idée d'interdire complètement les mines antipersonnel forment un très grand groupe, qui inclut les principaux producteurs et utilisateurs de ces mines. Outre la Russie, il s'agit d'Israël, de l'Inde, de la Chine, du Pakistan et des USA. A la Convention d'Ottawa ne participent pas non plus les pays comme l'Azerbaïdjan, l'Arménie, le Vietnam, l’Égypte, l'Iran, le Kazakhstan, la Corée du nord, Cuba, la Mongolie, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, la Syrie, Singapour, l'Ouzbékistan, la Corée du Sud et d'autres.

 

Réponses aux questions:

Question: Le dirigeant de la République du Haut-Karabakh autoproclamée, Bako Sahakian, s'est récemment rendu à Moscou. Le Ministère des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan a déclaré que l'autorisation qui lui avait été délivrée pour entrer sur le territoire russe sapait les efforts pour la promotion du processus de paix dans le Haut-Karabakh et était contraire aux engagements de la Russie en tant que coprésident du Groupe de Minsk de l'OSCE. Pouvez-vous exposer la position du Ministère russe des Affaires étrangères à ce sujet?

Réponse: Ce séjour doit être considéré comme privé, et rien d'autre. Son statut est évident. En cette qualité, il ne contredit ni la législation russe ni les engagements internationaux ni la mission de médiation de la Russie dans le processus de paix du Haut-Karabakh. Les reproches exprimés vis-à-vis de Moscou dans la récente déclaration de Bakou sont, de notre point de vue, infondés.

Question: Washington a mis en garde la Russie. Le Pentagone a appelé à renoncer aux falsifications sur les lieux de l'attaque chimique supposée commise samedi dans la ville syrienne d'Alep. Que pensez-vous de ce genre de mises en garde? Ont-ils des raisons de penser que la Russie pourrait faire entrave à cette enquête?

Réponse: C'est une supposition absurde. Malheureusement, elle s'inscrit dans le cadre de nombreuses autres déclarations absurdes de nos collègues américains. Je viens de commenter ce thème et j'ai dit que l'OIAC devait mener une enquête impartiale et analyser les faits. Il me semble que Washington ne suit pas les déclarations officielles des représentants russes officiels, notamment de nos diplomates. Ils devraient peut-être consulter plus souvent notre site?

Question: Il y a littéralement une heure, il a été annoncé que le Président ukrainien Petro Porochenko avait interdit l'entrée dans le pays aux citoyens russes de sexe masculin âgés de 16 à 60 ans. Quelle sera la réaction du Ministère des Affaires étrangères? Faut-il s'attendre à des mesures symétriques?

Réponse: En ce qui concerne l'Ukraine, pas tant l’État que le régime qui se trouve actuellement aux commandes du pays, il est tout simplement terrifiant de parler de réciprocité. Si quelqu'un essayait de répéter symétriquement ce qui se passe actuellement en Ukraine, cela pourrait conduire à la folie et, à l'échelle nationale, à l'effondrement du pays. Les cabrioles observées aujourd'hui à Kiev et dans l'ensemble en Ukraine sont un dysfonctionnement total de l'ordre étatique et de l’État en tant qu'entité. Cela résulte d'agissements du gouvernement du pays qu'on ne peut pas qualifier d'irréfléchis, mais certainement de barbares. Quant à cette décision, il me semble qu'elle s'inscrit dans ce que je viens de dire.

Question: Des diplomates ukrainiens ont-ils exprimé leur intention de rendre visite aux citoyens de leur pays membres des équipages arrêtés après la provocation dans le détroit de Kertch?

Réponse: L'Ukraine nous a envoyé une note demandant d'assurer un accès consulaire à ses citoyens arrêtés. Il faut dire que c'est toujours le cas quand il s'agit d'arrestations résonantes largement médiatisées. Dans d'autres cas, les diplomates ukrainiens ne montrent pas autant de zèle.

Question: L'élection présidentielle géorgienne a été remportée par Salomé Zourabichvili. C'est une diplomate d'expérience, qui a été ambassadrice et ministre des Affaires étrangères. Le Ministère russe des Affaires étrangères a-t-il déjà interagi avec elle? Que peut-on attendre de ce choix du peuple géorgien?

Réponse: Vous devez connaître la réponse à cette question puisque vous avez mentionné qu'elle a été ministre des Affaires étrangères et qu'évidemment, elle est bien connue en cette qualité.

Quant aux attentes, cette question ne s'adresse pas au Ministère russe des Affaires étrangères. Nous nous tenons à la position que vous connaissez bien également.

Ce n'est pas la Russie qui a rompu les relations diplomatiques en premier lieu. Nous partons du principe que c'était une grave erreur commise par ceux qui se trouvaient à l'époque au pouvoir en Géorgie. Nous comprenons que cette position impacte les peuples de nos deux États. Les relations entre les gens et les peuples se poursuivent dans différents domaines qui ne sont pas liés à la communication interétatique: le dialogue culturel, les relations économiques, les liens sociaux. Mais elles sont fortement compliquées par l'absence de relations diplomatiques normales entre les États.

Question: Que pense le Ministère russe des Affaires étrangères des relations entre le Kurdistan irakien et Bagdad? Comment la Russie pourrait-elle contribuer à l'amélioration des relations entre ces deux entités?

Réponse: Comme nous l'avons dit à plusieurs reprises, nous considérons l'Irak comme un État intègre. Nous développons les relations au niveau Moscou-Bagdad. Vous le savez, nous entretenons des liens économiques et une coopération énergétique avec les régions irakiennes en nous basant sur le principe primordial du développement des relations et des liens interétatiques.

En ce qui concerne notre éventuelle contribution à l'amélioration du dialogue, il me semble que de l'attitude concrète de la Russie envers l'Irak ressort une théorie pour le peuple irakien. Nous ne disons pas seulement en théorie que le dialogue et le respect mutuel sont importants: nous agissons également de manière à ce que cette conception trouve une traduction pratique.

Question: Malheureusement, il a été annoncé hier que le dialogue russo-américain n'aurait pas lieu au sommet du G20. Le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo a notamment déclaré qu'il ne projetait pas de rencontrer le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Le dialogue sur le Traité FNI est également gelé. D'après vous,  comment évolueront les relations russo-américaines suite à cette décision des USA? Qu'en sera-t-il du Traité FNI?

Réponse: En ce qui concerne l'avenir du Traité, le vice-Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a très récemment organisé une conférence de presse à ce sujet.

Quant à l'avenir des relations bilatérales, cela fait longtemps que nous disons qu'il faut les faire sortir de l'impasse. Vous comprendrez qu'il est assez difficile d'analyser ce qui se passe à Washington en matière de stratégie des élites politiques car cette stratégie change toutes les minutes, toutes les secondes. Sur un plan global tout est clair: il s'agit d'un véritable affrontement politique intérieur brutal, qui a notamment pour résultat la détérioration des relations des USA avec différents pays, mais aussi avec des organisations, des traités internationaux, etc.

Question: Le 1er décembre, le Premier ministre japonais Shinzo Abe rencontrera le Président russe Vladimir Poutine. Il y a de grandes attentes côté japonais pour la poursuite des négociations sur le traité de paix, basées sur la Déclaration de 1956, qui permettraient de déboucher sur des accords concrets. Ces attentes sont-elles similaires côté russe? Quels pourraient être les accords?

Réponse: Nous pouvons répéter indéfiniment les phrases magiques sur nos attentes et sur leur stimulation, ajouter des propos sur la teinte émotionnelle et tourner autour du pot. Il existe un plan d'action concret qui peut être réalisé afin d'avancer réellement. Nos partenaires japonais, tout comme les journalistes, le savent. Le plan, le schéma et la succession des actions sont bien connus, personne ne les cache. Les attentes – c'est très bien. Les contacts diplomatiques – c'est merveilleux. Nous profitons de chaque opportunité et sommes reconnaissants de constater la même approche côté japonais. Vous le savez, une nouvelle rencontre du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avec son homologue japonais Taro Kono a eu lieu récemment à Rome. En ce qui concerne la progression, les rencontres et les contacts sont une bonne chose mais il faut également mettre en œuvre ce qui est convenu.

Question: Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov a déclaré hier qu'il valait mieux ne pas plaisanter avec le Président russe, tout en appelant, avec le Président bulgare, à libérer les navires immobilisés dans le détroit de Kertch.

Réponse: Je ne suis pas d'accord. Je pense que le sens de l'humour des autorités russes se porte très bien. En revanche, il ne faut pas provoquer. C'est un fait.

Question: Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov dit qu'un nouveau hub gazier devra être construit. Est-ce que la Bulgarie pourrait jouer ce rôle en Europe?

Réponse: La Bulgarie a eu cette opportunité pendant plusieurs années. Elle y a elle-même renoncé. Tout le monde a des opportunités. La question est de savoir si l’État en profite ou non.

Question: Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu'Ankara était prêt à apporter sa médiation dans le règlement de l'incident dans le détroit de Kertch. Que pensez-vous de telles déclarations?

Réponse: Nous avons déjà entendu de telles propositions de la part de nos partenaires allemands. D'autres déclarations ont également été faites à ce sujet. La Fédération de Russie a déjà déclaré qu'en l'occurrence il fallait surtout que les pays, les États et les responsables qui avaient inspiré Kiev à la politique qu'il mène depuis des années, le remettent à sa place. Le régime au pouvoir aujourd'hui est un phénomène artificiel et le résultat obtenu par l'Ukraine et le monde après les expériences sur l'ordre étatique et la démocratie organisées par les Occidentaux - les USA, les structures européennes, ainsi que certains pays du continent européen. L'heure est venue d'adopter une approche responsable et, disons le directement et sans sarcasme, pour une véritable aide à l'Ukraine. Parce que sous la direction de son Président Petro Porochenko elle est allée trop loin dans ses provocations.

Question: Nous constatons avec inquiétude un degré d'extrémisme grandissant contre les missions diplomatiques et les diplomates russes en Ukraine. Si cette tendance se poursuivait, serait-il possible de transférer certaines fonctions diplomatiques de Kiev  et de Lvov à Donetsk et à Lougansk, ce qui pourrait soutenir la légitimité du Donbass en tant que territoire ukrainien qui n'a pas voulu se soumettre au coup d'État militaire de 2014, assurer la sécurité des diplomates et contribuer au projet politique de Malorossia, héritage d'Alexandre Zakhartchenko? 

Réponse: C'est une question longue et compliquée. Je me permettrai de me focaliser sur son sens principal, c'est-à-dire sur les missions diplomatiques. Les médias montrent régulièrement des images et couvrent ce que les nationalistes radicaux ukrainiens se permettent vis-à-vis des représentants diplomatiques et consulaires de la Russie. Qui plus est, il ne s'agit pas d'une stratégie préméditée visant à propager ces faits sur les chaînes fédérales: internet et les réseaux sociaux sont tout simplement pleins de photos et de vidéos ou d'autres informations partagées par les utilisateurs.

Je n'ai qu'une seule question: les Ukrainiens comprennent-ils que la patience de l'opinion publique russe n'est pas illimitée? Je voudrais rappeler qu'il existe en Russie des missions diplomatiques et consulaires ukrainiennes, que les diplomates ukrainiens travaillent également sur le territoire russe. Nous maintenons non contacts avec eux, les respectons et leur offrons notre protection. Nous sommes réalistes et comprenons bien que la population (par exemple, j'ai ressenti de l'indignation dans votre voix) voit sa patience s'épuiser.

Les radicaux se permettent de nouvelles provocations contre des établissements politiques russes en Ukraine. Il ne s'agit pas de simples citoyens, ni de travailleurs ordinaires. Les travailleurs n'ont pas le temps de casser: ils s'occupent de leurs revenus (ce qui est encore plus important compte tenu de la situation actuelle dans le pays), de leur famille et de leur survie. Ils ne veulent pas perdre des heures pour jeter des cocktails Molotov sur l'ambassade et le consulat, pour brûler des voitures. C'est le fait de personnes payées pour le faire ou des vrais nationalistes (ou formés de manière artificielle).

Le Ministère russe des Affaires étrangères reçoit chaque jour des milliers de requêtes demandant de mettre fin à cet arbitraire. L'Ukraine doit comprendre que Moscou fera officiellement tout pour rester attaché à toutes les conventions sur les relations diplomatiques et protéger les missions diplomatiques ukrainiennes sur son territoire. Mais la patience populaire a ses limites, on ne peut pas l'oublier.

En ce qui concerne votre question sur le transfert éventuel de ces missions, notre récente expérience historique indique que ce transfert n'est pas toujours nécessaire: le statut des missions diplomatiques peut occasionnellement changer. Ainsi, notre Consulat général à Simferopol s'est transformé en Bureau régional du Ministère des Affaires étrangères. Cela arrive parfois.

Question: Je voudrais vous remercier pour la réponse que vous avez donnée en conférence de presse à une question concernant l'attaque sur le consulat chinois au Pakistan. Que pensez-vous de la politique "deux poids, deux mesures" du Royaume-Uni? D'un côté, il soutient le leader d'une organisation terroriste dans son pays natal. De l'autre, les Britanniques luttent pour les droits de l'homme sur leur propre territoire. Qui plus est, ils accusent d'autres pays d'ingérence dans leurs affaires intérieures. On a notamment entendu plusieurs accusations de ce genre contre la Russie.

Réponse: J'ai déjà partiellement répondu à votre question. Nous n'avons aucune information confirmant que ce représentant de la structure extrémiste que vous avez mentionnée se trouve en effet sur le territoire britannique. Si vous aviez des preuves et obteniez une réponse officielle britannique à ce sujet, nous ferions certainement une déclaration politique. Mais aujourd'hui, faute d'information, je ne peux rien dire de la présence éventuelle de cette personne au Royaume-Uni. Comme vous l'avez justement remarqué, nous ne sommes pas Londres. Nous ne lançons pas des spéculations en l'absence d'information. Si vous nous présentez vos données, nous les analyserons.

Question: Envisage-t-on une rencontre entre le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue ukrainien Pavel Klimkine en marge de la prochaine réunion du Conseil des Ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe à Milan? Si cette rencontre était en effet organisée, quels sujets pourraient être évoqués?  

Réponse: Le calendrier de travail du Ministre russe des Affaires étrangères est actuellement en cours d'élaboration. Le Ministre se trouve actuellement en Argentine en tant que membre de la délégation du Président russe. Il pourrait bien y rencontrer d'autres chefs de diplomatie. J'espère que nous serons en mesure de vous présenter les informations relatives aux rencontres planifiées à Milan au début de la semaine prochaine. Pour le moment, je ne rien peux vous dire de concret.

Question: La Première ministre britannique Theresa May a déclaré dans la nuit de jeudi à vendredi (29-30 novembre) que de nouvelles sanctions devaient être décrétées contre la Russie à cause de l'incident dans le détroit de Kertch. Que pouvez-vous dire à ce sujet?

Réponse: Je pense qu'on peut se calmer et ne plus mentionner de prétextes. C'est inutile. Nous savons parfaitement que le Royaume-Uni et plusieurs politiciens étrangers, surtout occidentaux, se tiennent fermement à une position de pression par les sanctions. Non seulement contre la Russie, mais également d'autres pays. Ils pensent qu'il est possible de régler de cette manière leurs propres problèmes ou d'influencer l'agenda international. C'est leur approche.

Pourquoi parler de la situation dans le détroit de Kertch, du processus de paix en Syrie, de la situation dans d'autres régions? C'est inutile à présent. Je pense qu'il serait plus juste, honnête et économique (or le Royaume-Uni a besoin de forces aujourd'hui dans le contexte du Brexit) de dire directement qu'il faut de nouvelles sanctions contre la Russie. Peut-être que personne n'aurait de revendications à formuler par rapport au Royaume-Uni. C'est simplement la répétition du même mantra. La scénographie change mais la danse reste la même.

Question: Vous avez mentionné l'annulation de la rencontre russo-américaine au sommet du G20 en Argentine. Était-ce raisonnable, de la part de la délégation américaine, d'annuler la rencontre avec le Président russe Vladimir Poutine à moins d'une journée de celle-ci?

Réponse: Cette question doit être adressée aux politologues américains qui connaissent la situation politique dans le pays. Le terme "raisonnable" est plus approprié pour qualifier l'ordre du jour intérieur des USA.

Nous parlons de l'utilité, du règlement de questions concrètes, de l'avenir du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), de l'agenda mondial. De ce point de vue, tout contact, qui plus est au sommet, annoncé à l'avance et sérieusement préparé, est un pas en avant. Mais je vous prie d'adresser la question du "raisonnable" à la société américaine.

Question: Au début de la conférence de presse, vous avez dit que le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov comptait évoquer pendant la prochaine réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE à Milan les questions relatives au processus de paix du Haut-Karabakh. Est-il prévu d'évoquer les futures démarches concrètes pour régler le conflit?

Réponse: Si nous parlons du discours du Ministre à la réunion du CMAE de l'OSCE, il englobera tout ce qui est lié à l'agenda de l'OSCE, notamment les questions auxquelles la Russie participe directement. Nous partagerons notre avis.

Bien sûr, des entretiens bilatéraux auront également lieu, pendant lesquels ce problème sera soulevé plus substantiellement. Des démarches concrètes et des propositions pourraient être déterminées dans leur cadre.

Question: Pensez-vous que ce nouveau refus de Donald Trump de rencontrer Vladimir Poutine soit lié à l'incident de Kertch? Qui rencontrera le chef de l’État russe à Buenos Aires à la place de Trump? Les USA font-ils toujours preuve d'une telle incapacité à s'entendre ou est-ce un nouveau phénomène dans les relations russo-américaines?

Réponse: En fait, Donald Trump est un nouveau phénomène. Il est novateur dans un très grand nombre de domaines.

La provocation de Kertch organisée par Kiev est-elle le vrai prétexte à l'annulation de l'entretien? C'est l'explication que nous avons entendue publiquement et nous en avons pris note. Je pense qu'il faut tout de même chercher des réponses dans la situation politique intérieure aux USA. Elle est déterminante dans la prise de décisions.

Dans l'ensemble, tout ce qui se passe dans les relations bilatérales ces dernières années attire effectivement l'attention. Cela a commencé avec Barack Obama et, malheureusement, cela continue aujourd'hui. La détérioration des relations bilatérales, les actions pour attiser les tensions ont été un choix consciencieux du Président américain Barack Obama et de son équipe. A présent, nous sommes confrontés à l'héritage de cette ligne qui ne peut pas être abandonnée immédiatement. La situation reflète la dure lutte politique intérieure qui perdure aux USA.

Quant à l'agenda de Vladimir Poutine, il est commenté par l'Administration du Président russe.

Question: Concernant la provocation dans le détroit de Kertch, le Sénat américain a adopté à l'unanimité une résolution sur la culpabilité de la Russie dans l'agression contre l'Ukraine. Elle appelle les membres de la communauté internationale à s'unir en signe de protestation contre les actions du gouvernement de la Fédération de Russie dans le détroit de Kertch parce qu'elles "enfreignent les principes fondamentaux du droit international adoptés par tous les États". Cette résolution est-elle appelée à faire pression sur tous les autres pays?

Réponse: Je ne suis pas au courant mais peut-être avez-vous des informations: le Sénat a-t-il déjà élucidé la disparition et l'assassinat du journaliste qui travaillait pour des médias américains? Vous l'avez vu? Ils ont décidé quelque chose? Cela ne les intéresse pas?

En ce qui concerne la résolution, elle met en évidence le niveau intellectuel et éducatif extrêmement bas de ceux qui l'ont rédigée. Ses auteurs n'ont aucune idée des choses dont ils parlent. Ils ignorent les faits et ne comprennent pas les problèmes sur lesquels ils s'expriment.

Je voudrais répéter que ce sont les USA et les diplomates de ce pays qui sont responsables du sort de l'Ukraine et du peuple ukrainien ces dernières années. C'est sous la direction directe des représentants du Département d’État américain qu'ont eu lieu les Maïdan, la prise du pouvoir, la dissolution des institutions légitimement élues et tous les changements auxquels nous assistons. C'est sous la dictée des diplomates, des représentants officiels et des structures de force américains qu'a été "dessiné" l'avenir de l'Ukraine – la constitution du pouvoir public et la politique, notamment vis-à-vis du Donbass.

Au lieu d'adopter un nouveau texte, les USA devraient prendre conscience du rôle de leur pays et de leurs représentants officiels dans la tragédie ukrainienne et faire une autre déclaration, par exemple sur le rôle du Département d’État américain dans les événements en Ukraine en 2013-2014.

Question: Jeudi 6 décembre à Saint-Pétersbourg, les pays de l'OTSC évoqueront la candidature du futur secrétaire général de cette organisation. Vous le savez, il existe trois possibilités: la nomination d'un candidat arménien, ou biélorusse, ou alors le Secrétaire général adjoint Valeri Semerikov conservera ses fonctions. Y a-t-il des consultations actuellement entre les ministères des Affaires étrangères de l'Arménie et de la Russie à ce sujet? Pour quelle solution penche la Russie?

Réponse: Les consultations à ce sujet ne sont pas menées seulement entre les ministères des Affaires étrangères de l'Arménie et de la Russie, mais également entre tous les pays membres de l'OTSC. Car il est question de la direction de toute l'organisation.

En ce qui concerne les options que vous avez mentionnées, cette question nécessite une expertise, sur laquelle est naturellement basée la décision des gouvernements des pays concernés.

 

 

 

 

 

 

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