Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de son entretien avec le Ministre jordanien des Affaires étrangères et des Expatriés Ayman Safadi, Sotchi, 3 mai 2018

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Mesdames et messieurs,

Nous avons évoqué aujourd'hui l'état et les perspectives de nos relations bilatérales en mettant l'accent sur leur développement futur dans le cadre des accords conclus entre le Président russe Vladimir Poutine et le Roi Abdallah II de Jordanie.

Une attention particulière a été accordée à la nécessité d'intensifier notre coopération commerciale et économique. A cet égard, nous accordons beaucoup d'importance aux préparatifs de la quatrième réunion de la Commission intergouvernementale pour le développement de la coopération commerciale, économique, scientifique et technique prévue pour le troisième trimestre de cette année.

Nous avons également évoqué les perspectives de développement de notre coopération dans le secteur de l'énergie nucléaire pacifique et la coopération dans le domaine éducatif et social. Nous partons du fait que les plans qui se dessinent actuellement seront mis en œuvre.

Pour des raisons évidentes liées à l'agenda international, nous avons accordé une attention centrale au processus de paix syrien. Nous sommes solidaires pour dire que les efforts visant à lancer le processus de paix doivent être combinés à la lutte contre les vestiges des groupes terroristes. La Russie et la Jordanie se basent sur la nécessité de diriger tous les efforts entrepris pour nouer le dialogue intersyrien vers l'accomplissement des tâches fixées par la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous coopérons dans le cadre du processus d'Astana auquel la Jordanie participe en tant qu'observateur. Nous coopérons pour soutenir le régime des zones de désescalade aux sud-ouest de la Syrie à proximité de la frontière avec la Jordanie. Aujourd'hui, nous sommes convenus de poursuivre la coopération sur ce thème important tant au niveau bilatéral qu'au format trilatéral du centre de surveillance avec la participation des Américains.

Nous sommes préoccupés par la situation du processus de paix israélo-palestinien. Nous partons de la nécessité de s'orienter sur les décisions prises à l'Onu. Nous prônons le rétablissement au plus vite, sur cette base, d'un dialogue direct entre les Palestiniens et les Israéliens. Je rappelle qu'à une époque, la Russie a invité les dirigeants de la Palestine et d'Israël à mener à Moscou un dialogue direct sans conditions préalables. Cette proposition est toujours valable.

En évoquant d'autres problèmes du Moyen-Orient, notamment la situation en Irak, nous nous sommes prononcés pour l'absence d'alternative au règlement de toutes les situations de crise à travers un dialogue inclusif avec la participation de tous les groupes ethniques et confessionnels.

Nous avons réaffirmé notre haute estime du rôle joué par la Jordanie dans les affaires régionales, notamment en ce qui concerne le sort de Jérusalem qui doit rester une capitale pour les trois religions mondiales.

Dans l'ensemble, je trouve que notre entretien était très utile. Je remercie mon homologue et ami le Ministre jordanien des Affaires étrangères et des Expatriés Ayman Safadi pour cette coopération étroite. Nous entretiendrons ces contacts de manière régulière.

Question: Le processus de paix dans deux zones de désescalade de la Ghouta orientale et près de Homs se reflétera-t-il sur la troisième zone de désescalade au sud de la Syrie? Comment pourrait-il se refléter, dans l'ensemble, sur le processus de paix en Syrie?

Sergueï Lavrov: Les zones de désescalade ont été créées temporairement, dans le sens où après le règlement des objectifs fixés par ces zones et quand il sera possible de revenir à la vie pacifique, elles cesseront d'exister. Le régime de désescalade ne s'applique évidemment pas aux terroristes qui doivent être éliminés conformément aux décisions du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce problème a été réglé en grande partie dans la Ghouta orientale parce que les groupes qui soit se solidarisaient avec le Front al-Nosra et d'autres groupes terroristes, soit enfreignaient eux-mêmes le cessez-le-feu, ont été éliminés en grande partie ou ont été évacués. Par conséquent, le gouvernent syrien a rétabli le contrôle de la Ghouta orientale et a accompli sa mission dans la zone de désescalade dans cette région syrienne. Nous espérons que dans la zone de désescalade du sud, l'élimination des menaces et le rétablissement de la vie pacifique seront également réalisés rapidement. Avec nos amis jordaniens, nous sommes convenus de poursuivre le dialogue aussi bien au niveau bilatéral qu'avec la participation des Américains à Amman où a été créé un mécanisme de surveillance spécial pour contrôler l'accomplissement des accords sur la zone de désescalade du sud.

Question: Cette semaine, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que les renseignements israéliens avaient réussi à obtenir des informations sur l'existence de plans de Téhéran de développer l'arme nucléaire. Que pense la Russie de ces déclarations du Premier ministre israélien? Quelle sera la réaction de Moscou si, le 12 mai, le Président américain Donald Trump annonçait la sortie des USA du Plan d'action global commun?

Sergueï Lavrov: Si Israël ou quelqu'un d'autre a obtenu des documents qui, affirme-t-on, prouvent l'existence en Iran de plans de développement de l'arme nucléaire, ils doivent être immédiatement transmis à l'AIEA responsable de l'application du Plan d'action global commun.

Le commentaire que j'ai entendu de la part des spécialistes qui ont participé aux négociations pour préparer ce plan d'action indique qu'il est tout à fait probable que ces documents dont parle Tel-Aviv se rapportent à une activité antérieure qui a déjà été prise en compte pendant les inspections de l'AIEA. Je rappelle qu'actuellement l'Iran est soumis au régime d'inspections de l'AIEA le plus intrusif.

En ce qui concerne le Plan d'action en soi, comme l'a souligné à plusieurs occasions le Président russe Vladimir Poutine, notamment à l'issue de son entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, cet accord doit être rigoureusement respecté par toutes les parties qui l'ont signé, d'autant plus qu'il a été approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies sans aucune modification. Si les USA, comme l'a annoncé plusieurs fois le Président américain Donald Trump, annonçaient la sortie de cet accord, alors nous – la communauté internationale – perdrions l'un des outils primordiaux contribuant à la garantie du régime de non-prolifération des armes de destruction massive.

Question: Le Ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson et le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres ont évoqué hier la réforme de l'Onu. D'après vous, pourquoi parle-t-on de plus en plus de cette réforme? Êtes-vous d'accord avec l'avis du Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres selon qui aujourd'hui, le Conseil de sécurité des Nations unies ne reflète pas l'équilibre des forces dans le monde?

Sergueï Lavrov: Bien sûr, le Conseil de sécurité des Nations unies a besoin d'une mise à jour. Je suis d'accord sur le fait que la composition de cet organe central ne reflète plus le rapport de forces réel dans le monde d'aujourd'hui. De nouveaux centres de croissance économique, de puissance financière et d'influence politique sont apparus dans le cadre du processus de formation d'un monde multipolaire.

Aujourd'hui, sur quinze membres du Conseil de sécurité des Nations unies (cinq permanents et dix non permanents) un tiers appartiennent au groupe des pays occidentaux qui possède trois places permanentes et deux places non permanentes. Bien évidemment, cela ne reflète pas la réalité du monde actuel.

Le problème principal consiste à surmonter une situation où les régions émergentes sont très sous-représentés dans cet organe de l'Onu. Nous prônons continuellement que cette injustice soit réparée et que le Conseil de sécurité des Nations unies se dote de représentants de pays émergents d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Nous avons déclaré plusieurs fois officiellement que les pays comme l'Inde et le Brésil étaient de sérieux prétendants pour devenir membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies quand sera prise la décision d'élargir le Conseil. Bien sûr, des représentants d'Afrique doivent également rejoindre les rangs du Conseil. C'est également une condition sine qua non pour une réforme juste.

Il est évident que les questions relatives au règlement de la situation dans cette région syrienne doivent être analysées de manière complexe, notamment compte tenu de ce qui se passe à Al-Tanf où les Américains ont unilatéralement proclamé leur mainmise sur un grand territoire dans un rayon de 55 km, ainsi que compte tenu de la situation dans le camp de réfugiés de Roukban que mon homologue a évoquée. Dans cette région où les Américains ont unilatéralement proclamé le territoire autour d'Al-Tanf et dans le camp de réfugiés de Roukban comme "leur zone" se produisent des choses très étranges, notamment la formation de combattants pour qu'ils poursuivent les opérations militaires malgré les accords de cessez-le-feu.

Quant au camp de réfugiés de Roukban du point de vue des livraisons d'aide humanitaire, il faut dire que pendant très longtemps les Américains ont refusé d'accorder un accès aux convois humanitaires, prétendant que le gouvernement syrien ne leur en donnait pas l'autorisation. C'est faux. Toutes les questions entre le gouvernement syrien et les établissements humanitaires sont réglées. Maintenant, de facto, les USA ne donnent pas de garanties suffisantes de sécurité pour transporter les cargaisons humanitaires dans ce camp. Les Américains proposent de transporter les convois humanitaires jusqu'à la frontière du camp de Roukban pour que ses habitants s'occupent de la répartition de l'aide à l'intérieur. Nous avons déjà vu plusieurs fois, y compris dans l'Est d'Alep et dans la Ghouta orientale, que l'aide humanitaire acheminée de cette manière était soit "privatisée" par les combattants, soit revendue très cher. Ce n'est donc pas une solution. Je souligne à nouveau que l'ensemble des questions liées à la normalisation de la situation au sud de la Syrie à proximité de la frontière jordanienne nécessite une analyse complexe et interdépendante.

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