Allocution du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse conjointe avec l'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura sur le bilan de leurs pourparlers

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Mesdames et messieurs,

Nous sommes ravis d'avoir pu mener un nouveau cycle de négociations avec l'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura et son équipe. Nous nous sommes rencontrés il n'y a pas si longtemps - à la fin du mois de mars - ici, à Moscou. On a constaté, depuis, des événements particulièrement graves. Notre rencontre d'aujourd'hui se déroulait donc à un moment très compliqué et aigu de l'évolution de la situation en Syrie et dans la région. Je parle évidemment des répercussions des événements du 14 avril, quand les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont lancé des frappes de missiles et ont bombardé de nombreux sites syriens. Comme nous l'avons déjà souligné à plusieurs reprises, ils l'ont fait sous des prétextes absolument fallacieux en violation des principes fondamentaux du droit international. Cet acte d'agression a compliqué beaucoup de choses, y compris le mandat de l'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura. Suite au Congrès de Sotchi et au sommet des présidents russe, turc et iranien le 4 avril dernier, nous étions très proches de la reprise éventuelle d'un dialogue inter-syrien réel à Genève, notamment en matière de réforme constitutionnelle. Le 14 avril, les trois pays mentionnés ont non seulement bombardé des sites chimiques imaginaires, mais aussi les négociations de Genève.

Nous avons souligné aujourd'hui l'absence d'alternative à la résolution politique et diplomatique de la crise actuelle sur la base de la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l'Onu et des décisions du Congrès du dialogue national syrien de Sotchi qui a consolidé l'attachement aux 12 principes-clés du règlement. Je voudrais rappeler que ces derniers ont été initialement avancés par monsieur de Mistura. Ils s'appuient sur le respect de l'indépendance, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Syrie.  

Nous avons évoqué en détail nos efforts communs avec l'Iran et la Turquie en tant que pays garants du format d'Astana. Il est évident que malgré l'agression du 14 avril, nous continuons tous d'insister sur le lancement le plus rapide possible du Comité constitutionnel à Genève avec le concours de monsieur de Mistura et en coordination avec les autres pays garants. Nous estimons que ce processus doit être dirigé et mené par les Syriens-mêmes. Il doit se baser sur la parole libre du peuple syrien et viser l'adoption de la constitution ainsi que l'organisation des élections réunissant tous les Syriens ayant le droit de voter sous la surveillance de l'Onu.

Nous insistons, avec nos amis de l'Onu, sur l'impossibilité d'une résolution militaire du problème syrien. Toute tentative de mettre en œuvre un scénario de ce genre pourrait évidemment se solder par des répercussions très négatives pour la Syrie, tout comme pour la stabilité régionale et internationale. Dans ce contexte, nous avons exprimé notre préoccupation considérable vis-à-vis du fait que les opposants représentant ladite Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution ont appelé les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France à poursuivre leurs actions militaires agressives et à élargir leur opération militaire à tout le territoire syrien. Ces propos sont absolument inacceptables. Nous espérons que ceux qui influencent et contrôlent ce groupe d'opposition tireront les bonnes conclusions et le rappelleront à l'ordre.

Nous avons accordé une attention particulière aux problèmes humanitaires. Les autorités centrales rétablissent leur contrôle dans les régions syriennes libérées des terroristes, et elles ont besoin de soutien. Il est très important d'assurer le lancement de grands projets de reconstruction. Le problème principal réside dans le fait que certains donateurs perdent tout intérêt à octroyer leur aide dès qu'ils n'ont plus la possibilité d'en tirer des bénéfices politiques voire militaires. Nous espérons que l'Onu et ses organisations spécialisées n'ignoreront pas les problèmes et les difficultés du peuple syrien et agiront en conformité avec leur mandat.

Nous voudrions que l'Onu élargisse sa présence dans les zones qui ont besoin de son aide pour reconstruire les maisons, l'infrastructure et l'économie: il s'agit des régions libérées des terroristes et des extrémistes à Alep, dans la Ghouta orientale, à Raqqa ou à Deir-ez-Zor où on constate le retour des réfugiés et des personnes déplacées. L'élargissement de la présence de l'Onu en Syrie mérite de l'attention, notamment en ce qui concerne la collecte d'informations fiables. Nous ne pouvons pas être satisfaits d'une situation où les rapports et les déclarations publiques de certaines structures onusiennes s'appuient sur les données de sources non-onusiennes en Syrie. Car il s'agit souvent de militants et de représentants d'ONG douteuses et financées par les États hostiles envers Damas. Tout cela forme un paysage altéré et biaisé.

Nous avons évoqué aujourd'hui tous ces sujets de manière franche. Tout comme nos collègues de l'Onu, nous avons intérêt à affranchir au maximum nos efforts communs de tous les obstacles et jeux géopolitiques, afin de nous focaliser sur les intérêts vitaux du peuple syrien  en conformité absolue avec la résolution 2254 qui est le principal mandat des activités de l'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura.

Je pense que notre entretien d'aujourd'hui a été très utile. Nous sommes au courant des moyens possibles de surmonter cette situation compliquée et nous poursuivrons nos contacts. 

  

 

 

 

 


 

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