Réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en marge de la 72e session de l'Assemblée générale des Nations unies, New York, 22 septembre 2017

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Question: Au nom de l'Association des correspondants de l'Onu, je vous remercie pour cette conférence de presse et pour l'opportunité de s'entretenir avec vous dans le cadre de l'Assemblée générale des Nations unies.

Monsieur Lavrov, la grande majorité des dirigeants des pays qui ont déjà tenu un discours à l'Assemblée générale des Nations unies ont parlé avec inquiétude de l'activité nucléaire en Corée du Nord. Le Président américain Donald Trump a notamment utilisé la tribune de l'Onu pour menacer ce pays. Et maintenant la Corée du Nord menace de réagir. Sachant que ni le dirigeant américain ni le dirigeant nord-coréen ne semblent prêts à travailler selon la "feuille de route" proposée par la Russie et la Chine. Dans ce cas, que doit faire la communauté internationale? Quelle doit être la prochaine démarche? La Russie a-t-elle une autre proposition pour régler la crise?

Sergueï Lavrov: Merci beaucoup pour ces bonnes paroles.

En ce qui concerne le problème nucléaire de la péninsule coréenne, nous n'avons pas de nouvelles propositions parce que nous sommes convaincus que le potentiel de la "feuille de route" présentée en juillet dernier à l'Onu est loin d'être épuisé. Nous n'entendons pas d'arguments raisonnables contre nos propositions d'entamer un travail sur sa base, comme nous n'entendons pas de raisons pour lesquelles nos partenaires occidentaux, USA y compris, ne peuvent pas le faire. Je rappelle que la "feuille de route" est en grande partie dans l'esprit des fameux quatre "non" formulés il y a un mois par le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson. Nous sommes convaincus que le Conseil de sécurité des Nations unies doit utiliser plus activement ces positions des USA.

L'échange de menaces est évidemment une mauvaise chose. Oui, il est inadmissible d'observer en silence les "aventures" nucléaires et balistiques de la Corée du Nord, ainsi que de déclencher une guerre sur la péninsule coréenne. En traduisant ces menaces dans le langage des actions pratiques, c'est précisément de cela qu'il est question. C'est pourquoi il faut "refroidir" les têtes chaudes et comprendre qu'il faut marquer une pause dans les contacts. Je saluerais tout ceux qui souhaiteraient y contribuer. Certains pays européens neutres étaient prêts à être des médiateurs. Le Secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres disait que si le Conseil de sécurité des Nations unies formulait une telle requête, il essaierait de la remplir. C'est pourquoi ceux qui voudraient essayer tout de même une option politique au lieu du scénario de force et des sanctions ne manquent pas. Je rappelle ce que j'ai dit hier à la réunion de l'Assemblée générale des Nations unies: chaque résolution sans exception - hormis les sanctions - exige de s'occuper du processus  politique. Nos collègues occidentaux refusent de travailler dans ce sens et ne remplissent pas les engagements pris lors de la mise au point des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous continuerons, avec la Chine, de tenter de parvenir à une approche raisonnable, et non émotionnelle comme si des enfants se bagarraient à la maternelle et que personne n'arrivait à les séparer.

Question: Vous, monsieur le Ministre, et le Représentant russe auprès de l'Onu Vassili Nebenzia, avez déclaré que vous espériez préserver le Plan d'action global conjoint pour régler le problème nucléaire iranien. La Fédération de Russie est-elle ouverte aux négociations sur les missiles, les droits de l'homme en Syrie dans le cadre du Plan d'action ou d'autres formats?

Sergueï Lavrov: La Russie n'a pas seulement déclaré qu'il fallait sauver ce programme, à savoir le Plan d'action global conjoint pour régler le problème nucléaire iranien. Tous les pays européens qui ont participé aux négociations l'ont dit, ainsi que la grande majorité des pays membres de l'Onu. Ce programme est finalisé et approuvé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, et l'ouvrir reviendrait à tirer un trait sur tous les acquis. Tout le monde en est conscient. Si les USA ou d'autres ont des préoccupations par rapport à l'Iran, il faut les régler dans le cadre des formats adaptés. Il existe plusieurs processus de négociations sur la Syrie, en ce qui concerne les missiles il existe un régime qui n'interdit pas la possession de missiles, pour les droits de l'homme il existe le Conseil des droits de l'homme. Il ne faut pas confondre les pommes et les oranges, ce n'est pas très juste, qui plus est dans des questions aussi complexes que l'accord sur le programme nucléaire iranien.

Question: Pouvez-vous parler des problèmes dans les relations russo-américaines liés à l'attention particulière accordée aux questions de la Corée du Nord, de l'Iran, de la Syrie et de l'Ukraine? Comment évoluent les relations russo-américaines sous le Président américain Donald Trump?

Sergueï Lavrov: Vous avez tout mis dans un tas – la Corée, l'Iran, la Syrie et l'Ukraine – et, selon vous, tous sont des problèmes des relations russo-américaines. Je n'apprécie pas vraiment quand certains politiciens désignent la Russie comme étant responsable de tout: la Russie et la Chine doivent régler le problème nord-coréen, sur la Syrie nous devons faire ceci et cela… On nous désigne comme responsables d'autres crises, jusqu'au conflit yéménite avec lequel nous n'avons absolument rien à voir.

Les relations russo-américaines ne souffrent pas de l'existence de conflits mais du fait que l'ancienne administration américaine a agi de manière bassement vindicative en posant cette mine à retardement dans les relations russo-américaines. Je ne m'attendais pas à cela de la part d'un prix Nobel de la paix. Mais il a montré sa nature. Cela se ressent encore, ainsi que l'attisement de la campagne concernant la légitimité de l'élection du Président américain Donald Trump, laissant entendre que la Russie aurait garanti son élection en s'ingérant dans les affaires américaines sans nous présenter la moindre preuve. Pourtant, le fait que le site du Parti démocrate a été piraté par un insider, c'est-à-dire un membre du siège de ce parti, a été mentionné une fois au Ministère des Affaires étrangères avant de disparaître. Rappelez-le à vos lecteurs, auditeurs et spectateurs. Cela fera bientôt un an que travaillent différentes commissions, auditions, procureurs, et aucune preuve n'a encore été présentée, par personne. Comme personne n'a apporté la preuve que nous nous étions ingérés dans les élections en France, en Allemagne, et maintenant les Suédois le disent aussi.

En Union soviétique nous avions le Procureur général Andreï Vychinski, qui disait quand il organisait des procès (ils ne duraient pas plus de deux jours) que l'aveu était la reine des preuves. Les responsables américains qui attisent aujourd'hui cette campagne sont allés plus loin qu'Andreï Vychinski: pour eux ce n'est pas l'aveu qui est la reine des preuves, mais l'accusation, en d'autres termes qu'il ne faut même pas "soutirer" des aveux de l'accusé. Je ne peux pas l'appeler autrement. Tout cela n'est pas normal et empêche un développement sain de nos relations. Nous n'avons jamais demandé à être un allié de l'autre, mais nous étions des alliés et avons combattu avec succès. Alors qu'aujourd'hui, l'immense potentiel de nos relations bilatérales est gaspillé dans le vide et même se réduit à cause de l'hystérie russophobe. Les problèmes internationaux pâtissent de l'impossibilité, pour la Russie et les USA, de se coordonner étroitement pour des raisons qui ne dépendent pas d'eux. C'est également très mal. Par exemple, sur la Syrie, nous avons ce qu'on appelle une "deconfliction" (désescalade de conflit). Cela ne suffit peut-être pas quand il est question de la lutte contre le terrorisme, et nous éliminons des foyers terroristes à Racca et à Deir ez-Zor, il y a de facto une répartition des tâches, mais pour achever efficacement les terroristes une simple "deconfliction" ne suffit pas, il faut coordonner les actions. Alors que la coordination est interdite aux militaires par la loi sur les allocations budgétaires du Congrès pour le Pentagone directement. Pourquoi? Parce que tels sont les législateurs pour qui il est important de ne pas régler les conflits dans différentes régions du monde et de ne pas développer les relations avec la Russie bénéfiques pour les entreprises américaines, mais d'envoyer des signaux politiques. C'est ce qu'ils ont fait. C'est ainsi que nous vivons depuis.

Question: Une question sur les actions de la Russie en Syrie. D'après votre approche, après la victoire sur Daech tous les rebelles et les forces doivent quitter la Syrie. Avez-vous des délais? Êtes-vous en consultations avec l'Iran à ce sujet? Les forces présentes en permanence en Syrie  resteront-elles? C'est ce qu'on appelle la "carte Lavrov". Pouvez-vous nous en parler?

Sergueï Lavrov: Je n'en ai jamais entendu parler (rire dans la salle).

Premièrement, il faut d'abord terminer la lutte contre le terrorisme. Cependant, il faut aussi penser au rétablissement de l'unité de la République arabe syrienne. On ne peut admettre aucune division, car elle entraînerait une réaction en chaîne dans tout le Moyen-Orient. C'est probablement ce que certains voudraient, ceux pour qui il est bénéfique d'entretenir constamment le chaos et la confusion (même si le chaos est devenu incontrôlable depuis longtemps).

Depuis le début, nous avons dit que les zones de désescalade seraient temporaires. Il a été annoncé qu'en parallèle nous voulions stimuler les processus de réconciliation nationale, de création d'un mécanisme de réconciliation nationale entre les autorités centrales et les zones de désescalade afin d'entamer le dialogue national, de préparer le terrain pour le processus politique, en plus de ce qui est fait à Genève.

Jusqu'à récemment à Genève étaient représentés des politiciens syriens (une majorité étaient des inconnus) vivant à l'étranger depuis longtemps. Et le fait que le processus d'Astana a réuni à la même table des négociations le gouvernement et les groupes armés opposés à l'armée syrienne gouvernementale sur le terrain en Syrie est un progrès colossal, selon moi. C'est probablement tout aussi important que le dialogue avec les émigrants qui veulent aider à régler la crise syrienne. C'est un dialogue les yeux dans les yeux entre ceux qui, jusqu'à récemment, s'opposaient armes à la main. Désormais, avec la mise en place des zones de désescalade, cette confrontation a cessé, ils deviennent (ils doivent devenir du moins) des alliés dans la lutte contre le terrorisme.

En ce qui concerne la présence étrangère. J'ai déjà dit plusieurs fois qu'il y avait une présence légitime à l'invitation des autorités officielles d'un État membre de l'Onu, et qu'il y avait une présence illégitime comme celle de la coalition menée par les Américains et les forces spéciales de plusieurs pays, que personne n'a invité en Syrie mais qui ont été envoyées pour aider les opposants.

Dans un premier lieu, après la victoire sur le terrorisme, j'en suis sûr, il faut faire sortir tous ceux qui se trouvent en Syrie illégitimement. Quant à ceux qui ont été invités légitimement, ce sera décidé, je pense, par les dirigeants de l’État syrien à l'issue du processus de paix.

Question: Autrement dit, vous n'avez pas en tête de délais concrets?

Sergueï Lavrov: Vous savez, nous avions un délai limite en 2000 quand le Quartet pour le Proche-Orient avait adopté la "feuille de route": elle stipulait qu'il fallait régler le conflit israélo-palestinien d'ici un an. 17 années se sont écoulées… C'est pourquoi il vaut mieux éviter des délais artificiels fixant la fin de tel ou tel processus. C'est une crise très complexe et les négociations prendront beaucoup de temps.

Question: Une question sur la crise dans le Golfe. D'après vous, dans quelle mesure l'embargo contre le Qatar correspond-il ou non au principe de respect de la souveraineté mentionné dans votre allocution à l'Assemblée générale des Nations unies? Le Conseil de sécurité des Nations unies doit-il condamner ou ignorer cet embargo?

Sergueï Lavrov: Nous avons déjà évoqué plusieurs fois le problème après l'annonce de cette décision de quatre pays arabes. Le Président russe Vladimir Poutine s'est entretenu par téléphone avec la plupart des chefs d’État impliqués dans ce conflit, y compris l'Arabie saoudite, le Qatar et l’Égypte. J'ai parlé aux ministres des Affaires étrangères de l'Arabie saoudite, du Qatar, je me suis rendu récemment dans le Golfe: j'ai visité les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, l'Arabie saoudite et la Jordanie. Dans tous ces contacts et lors de tous ces entretiens nous avons envoyé un signal très simple: les pays qui ont soudainement commencé à se faire des reproches et parler de l'infraction de l'accord de 2014 (qui a été conclu entre eux confidentiellement, si je comprends bien) doivent tout de même s'asseoir à la table des négociations, renoncer aux ultimatums et chercher des solutions mutuellement acceptables. Les préoccupations doivent être analysées et il faut trouver une solution pour les satisfaire de manière réciproque. Je suis certain qu'il est possible de le faire.

En parlant des sanctions contre le Qatar, il faut noter l'exemple de l'attitude différente envers les civils du Qatar et de la Syrie. Vous le savez, l'UE et plusieurs autres pays ont décrété des sanctions très sévères contre la Syrie, qui jouent un rôle majeur dans les graves problèmes humanitaires auxquels le pays est confronté aujourd'hui. Nous avons appelé plusieurs fois ceux qui avaient décrété les sanctions – qui sapent aujourd'hui les efforts pour fournir l'aide humanitaire et normaliser la vie des civils – à les lever.

Pour revenir au Qatar, il y a environ deux semaines le Président français Emmanuel Macron a appelé à annuler les sanctions contre le Qatar au moins pour celles qui affectent la vie des civils ordinaires. Depuis combien de temps dure ce conflit? Trois mois, je crois. Et en Syrie il dure depuis six ans. J'appelle aussi à lever les sanctions contre la Syrie dans la mesure où elles affectent la vie de civils ordinaires.

Question: Ici, à New York, pendant les débats à la dernière Assemblée générale des Nations unies nous avons souvent entendu les dirigeants occidentaux prononcer le terme "pragmatisme". Le Président français Emmanuel Macron, dans une interview à CNN, a qualifié la Russie de "partenaire", le Président américain Donald Trump a noté le travail conjoint au Conseil de sécurité des Nations unies sur le problème nord-coréen. Vous vous êtes entretenu avec le Ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson, avec le Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg. Vous ne trouvez pas que cette Assemblée générale est d'importance et que l'Occident comprend enfin qu'on a touché le fond dans les relations avec la Russie et qu'il faut revenir à une coopération normale?

Sergueï Lavrov: Vous savez, je ne dirais pas que cette Assemblée générale a marqué un tournant. Le nombre de réunions est le même que ces dernières années. Il y a également peu de changement de contenu. Parce que l'année dernière et avant-dernière, quand nous organisions des entretiens bilatéraux avec mes homologues, ils disaient tous que la situation était anormale et qu'il fallait la redresser. Peut-être que vous avez raison, cela se ressent davantage aujourd'hui. Mais je ne peux pas dire que j'ai entendu des affirmations selon lesquelles maintenant l'Occident cesserait de jouer à ces jeux de sanctions et cesserait d'ignorer les intérêts de notre coopération mutuellement bénéfique.

Je pense que la prise de conscience viendra. Après tout, nous n'avons jamais cherché à convaincre nos partenaires occidentaux de lever les sanctions en échange de quelque chose de notre pays – jamais. Je pense que la réalité poussera elle-même à renoncer à cette ligne complètement sans issue.

Question: Comme vous le savez, une très grande crise humanitaire a lieu autour de la communauté musulmane des Rohingyas dans l’État d'Arakan en Birmanie. Plus de 500 000 personnes se sont réfugiées au Bangladesh. Quelle est la position de votre pays?

Sergueï Lavrov: J'ai rencontré hier le Ministre des Affaires étrangères du Bangladesh Abul Hassan Mahmood Ali et nous en avons parlé. Nous notons qu'en réponse aux appels les autorités birmanes ont commencé à prendre en compte l'avis de la communauté internationale, la nécessité de garantir la composante humanitaire de leurs actions, parce que personne ne nie que des attaques extrémistes y ont eu lieu. Bien sûr, aucun civil innocent ne doit souffrir.

Nous notons positivement qu'aujourd'hui les autorités birmanes travaillent déjà sur les recommandations qui ont été transmises via le Comité international de la Croix-Rouge, du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et collaborent avec la commission indépendante sous l'égide du "patriarche" de la diplomatie mondiale Kofi Annan.

Il me semble qu'aujourd'hui tout le monde a compris qu'il fallait faire passer la situation sur la voie du dialogue politique, de la même manière que dans tout autre pays où surviennent des différends internes – que ce soit le Venezuela ou un autre pays.

Question: La Russie et la Chine ont avancé une initiative conjointe sur la Corée du Nord, que les USA ont rejetée. Compte tenu de l'escalade, notamment ces derniers jours, y a-t-il encore des initiatives susceptibles d'aider à réduire la tension et de faire s'asseoir les deux parties à la table des négociations?

Sergueï Lavrov: (traduit de l'anglais) Cela reprend mot pour mot la première question, je pense que je ne dois pas répéter ma réponse. C'est une question complètement identique: est-ce que l'initiative russo-chinoise est morte et que faut-il faire à la place. Je pense que j'ai entièrement répondu à cette question.

Question: Dans votre allocution d'hier à la 72e session de l'Assemblée générale des Nations , vous avez mentionné les difficultés dans le travail de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) en Syrie. De toute évidence, on pointe aussi bien Daech que le gouvernement syrien. Pourquoi pensez-vous qu'ils ont des préjugés et ne voulez-vous pas soutenir les éventuels résultats du Mécanisme d'enquête conjoint de l'Onu?

Sergueï Lavrov: Premièrement, il suffit de voir la composition nationale des experts de la mission d'établissement des faits (FFM) créée par l'OIAC en Syrie. Elle comprend deux groupes: l'un étudie les plaintes reçues de l'opposition, l'autre les affirmations du gouvernement selon lesquelles l'opposition aurait également fait usage de substances toxiques. Les deux groupes sont dirigés par des citoyens d'un même État occidental qui adopte les positions antigouvernementales les plus radicales par rapport à la crise syrienne. Trouvez-vous cela normal? Je pense que ce n'est pas normal en soi. Sachant que la plupart des experts admis dans cette mission font partie du groupe des "amis de la Syrie" créé encore par l'administration de Barack, ceux qui veulent changer le régime.

Deuxièmement, en parlant d'exemples concrets: le 4 avril s'est produit l'incident de Khan Cheikhoun où il a été immédiatement annoncé, se référant aux "Casques blancs", que le sarin avait été utilisé. Sur les images on peut voir un cratère dont la forme ne correspond pas à celui formé en cas d'usage d'une bombe chimique air-sol. Les Américains ont déclaré que les avions ayant lancé cette bombe avaient décollé de la base aérienne de Shayrat du gouvernement syrien. Littéralement le surlendemain de l'incidentn les Américains nous ont demandé d'obtenir du gouvernement syrien l'autorisation de visiter cet aéroport pour prendre "en flagrant délit" les militaires syriens. Nous avons immédiatement répondu que le gouvernement syrien était non seulement prêt, mais qu'il invitait également les experts à visiter cet aéroport. Nous l'avons annoncé avec joie à Washington, qui a répondu: "Non, merci, ce n'est plus la peine".

Je ne pars que d'une seule chose: à ce moment ils avaient déjà compris qu'ils n'y trouveraient rien. Néanmoins, nous avons invité la FFM de l'OIAC dirigée par deux citoyens d'un même État à visiter l'aéroport et le lieu de l'incident. On nous a dit que ce n'était pas sûr car le lieu de l'incident était contrôlé par Nosra, et qu'ils ne voulaient pas se rendre à l'aéroport, comme je l'ai déjà dit, même si c'est précisément ce que les Américains nous avaient demandé. Mais quand ont été avancés les arguments contre la visite de Khan Cheikhoun se référant à la menace de sécurité, soudainement cette même OIAC a annoncé qu'il ne servait à rien d'y aller parce qu'ils possédaient déjà les échantillons analysés par trois laboratoires de pays membres. Les Français et les Britanniques ont eux-mêmes déclaré que c'étaient leurs laboratoires et qu'ils avaient analysé les échantillons rapportés de Khan Cheikhoun.

D'où la question: si nos collègues français et britanniques ont obtenu des échantillons dans une région que l'OIAC considère comme dangereuse à visiter, cela signifie que Londres et Paris ont une influence sur ceux qui contrôlent cette région ou sont amis avec ceux qui ont une influence sur les "contrôleurs" de cette région.

D'après moi, c'est si évident qu'aucun argument n'est nécessaire. C'est une approche anormale et incorrecte. Personne ne peut nous prouver que les échantillons analysés à Londres et à Paris n'ont pas été ouverts et ont été livrés en toute intégrité comme l'exigent les règles de l'OIAC.

Enfin, à partir de ces analyses est paru un rapport stipulant que de toute évidence il s'agissait de sarin utilisé par le gouvernement syrien. Cependant, le rapport ne contient aucune phrase affirmative. Toutes les phrases s'accompagnent des termes  comme "le plus probable", "probablement", "il est à supposer".

Ce n'est pas une approche scientifique, qui plus est d'une situation qui est l'une des plus graves dans les affaires internationales aujourd'hui. Le Mécanisme d'enquête, après nos conversations très insistantes, y compris au Secrétariat de l'Onu, ainsi qu'avec les États qui peuvent exercer une influence de retenue sur telles ou telles démarches du Secrétariat, a enfin envoyé une mission, mais pas à l'aéroport d'où aurait décollé l'avion transportant les bombes chimiques, mais seulement à Damas. Le gouvernement syrien a répondu à toutes les questions des représentants du Mécanisme d'enquête.

Nous remercions le nouveau dirigeant de ce mécanisme pour son approche de principe et espérons que prochainement ses experts visiteront également l'aéroport de Shayrat, parce qu'il était affirmé depuis le début que c'est de là qu'aurait décollé l'avion transportant prétendument la bombe chimique.

Je pense que ces exemples suffisent pour répondre à votre question.

Question: Dans le processus d'adoption de sanctions contre la Corée du Nord, conformément à l'article 32 de la Charte de l'Onu, la Corée du Nord aurait dû être invitée aux réunions du Conseil de sécurité des Nations unies, ses représentants auraient  également dû assister aux activités communes. Ils envoient d'innombrables lettres au Conseil de sécurité des Nations unies à ce sujet, tout en disant qu'ils ne veulent pas négocier. Comment peuvent-ils avoir l'impression qu'un processus a lieu au sein du Conseil de sécurité des Nations unies? Pouvez-vous exprimer la position de la Russie concernant l'envoi d'une invitation conformément à l'article 32, qui doit être garantie à un pays évoqué au Conseil de sécurité et qui doit également être entendu?

Sergueï Lavrov: Je pense que quand le Conseil de sécurité étudie une question relative à un pays membre, ce pays doit être invité et avoir la possibilité d'exprimer sa position au Conseil de sécurité des Nations unies. C'est un fait évident pour moi. Vous avez raison, c'est fixé dans la Charte. Mais quand l'affaire concerne les actions pratiques, cela ne dépend pas de nous. Les autres membres du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment les membres permanents, peuvent interdire d'inviter tel ou tel représentant. Quoi qu'il en soit, malgré cette condition de la Charte, la pratique est telle qu'il faut un consensus. Je répète que tout cela ne dépend pas de nous.

Question: Je voudrais revenir au début de cette semaine, au discours de Donald Trump, à ses menaces d'anéantir complètement la Corée du Nord, de sortir de l'accord nucléaire iranien, ses remarques concernant Cuba et le Venezuela. Ne pensez-vous pas que la manière de son discours, ses intonations et ses approches font du monde un endroit plus ou moins sûr?

Sergueï Lavrov: Il est facile de répondre à votre question parce que j'y ai répondu hier à l'Assemblée générale des Nations unies. J'ai soutenu l'approche conceptuelle du président américain concernant la nécessité de respecter la souveraineté, la nécessité d'être un leader en montrant l'exemple et non par la pression. La nécessité d'éviter de s'ingérer dans les affaires intérieures. Puis j'ai dit que tout le monde pouvait signer sous ses propos et surtout si ces principes étaient logiquement mis en œuvre. Honnêtement, je n'ai rien à ajouter. Nous n'avons jamais soutenu les actions unilatérales, nous n'avons jamais soutenu les menaces qui n'ont jamais rien réglé, et nous n'avons jamais soutenu les ingérences directes, qui plus est par la force militaire grossière. Il faut mener les négociations sur toutes les questions mentionnées.

Question: Huit mois après l'arrivée au pouvoir de l'administration de Donald Trump pouvez-vous dire: vous attendiez-vous ou espériez-vous que durant cette période les relations entre les USA et la Russie s'amélioreraient? Qu'est-ce qui s'est déjà amélioré? Que pouvez-vous dire concernant l'investigation Miller, qui recueillait ses informations à partir de différentes sources, y compris Facebook. Je voudrais connaître votre avis à ce sujet?

Sergueï Lavrov: J'ai déjà répondu sur tous les cas d'enquête, d'audiences au Congrès américain, les investigations du procureur. Je répète: en presque un an de ce cafouillage autour des rumeurs sur la prétendue ingérence de la Russie dans les affaires électorales des USA, aucune preuve n'a été présentée. Et quand je demandais à Rex Tillerson comment il pouvait confirmer ses propos selon lesquels l'ingérence de la Russie dans les élections américaines était "bien documentée", il a répondu qu'il ne pouvait rien me dire parce qu'il s'agissait d'informations confidentielles. Je ne peux pas le croire. Premièrement, et c'est le plus important, toutes les informations fuient toujours  aux États-Unis. Quand un grand nombre de personnes est impliqué dans les audiences, dans les enquêtes du procureur, s'il y avait la moindre preuve il y aurait eu une fuite. Quant à Facebook, la Maison blanche a déjà répondu et je n'ai rien à rajouter.

Question: Pouvez-vous dire, quelle est, d'après vous, le lien entre la position de l'administration de Donald Trump par rapport à l'accord nucléaire avec l'Iran et la crise avec la Corée du Nord? Pensez-vous que si les USA quittaient l'accord ou ouvraient de nouvelles négociations, cela affecterait le gouvernement nord-coréen et sa décision de s'asseoir à la table des négociations?

Sergueï Lavrov: Comme je l'ai déjà dit, nous ne voulons pas "ouvrir" le Plan d'action global conjoint, tout comme ne le veulent pas la Chine, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Quant au changement ou à l'influence de la situation autour de l'accord iranien sur la situation sur la péninsule coréenne – le Ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel en a parlé hier avec conviction. Je ne veux pas ternir sa qualité d'auteur: il a dit que si dans cette situation les USA sortaient de l'accord pour rétablir les sanctions unilatérales contre l'Iran, qui avaient été levées il y a 2 ans dans le cadre de cet accord, ce serait un signal très incorrect pour la Corée du Nord. Maintenant on dit à la Corée du Nord de renoncer à l'arme nucléaire et, dans ce cas, que les sanctions seront levées. Si l'accord sur le programme nucléaire iranien s'effondrait aujourd'hui, la Corée du Nord dirait "pourquoi passer un accord avec vous si vous ne le respectez pas? Si vous revenez non seulement sur vos promesses, mais également sur les choses déjà faites". Je trouve que c'est une chose évidente et j'espère que cet exemple ne sera pas un modèle à suivre.

Question: Il y a quelques jours, dans cette même salle, le Secrétaire général de l'Onu a déclaré que pour lui la Libye était une question qu'il était possible de régler très simplement, ou du moins rapidement, au niveau international. Selon la Russie, que faut-il à la Libye pour parvenir enfin à la paix?

Sergueï Lavrov: Bien sûr, on ne peut pas revenir vers le passé mais le meilleur moyen d'assurer la paix et la stabilité en Libye et dans la région serait ne pas avoir bombardé Mouammar Kadhafi parce que quelqu'un l'a voulu. Le meilleur moyen aurait également été de ne pas utiliser les sentiments des peuples arabes en plein Printemps arabe pour manipuler les processus politiques.

La Libye a été détruite en bafouant grossièrement la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui ne faisait qu'établir une zone d'exclusion aérienne. Une zone d'exclusion aérienne signifie que l'aviation ne survole pas l'espace aérien concerné. Les membres de l'Otan (l'organisation "la plus démocratique du monde" comme elle se fait appeler - c'est pourquoi tout le monde "veut" y adhérer) ont profité de cette résolution pour bombarder l'armée de Mouammar Kadhafi et le pourchasser personnellement. Mais, comme je l'ai dit, malheureusement, on ne peut pas revenir vers le passé.

En ce qui concerne la situation actuelle, la Libye s'est transformée en un trou par lequel les combattants, le trafic d'armes et d'autres formes de contrebande passent au sud – au Mali, en Centrafrique, au Tchad et d'autres pays où l'on continue de ressentir les conséquences de cette aventure.

Vous savez qu'il y a eu une autre résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur la Libye, adoptée avant la seconde, concernant l'embargo sur la livraison d'armes. Je me souviens parfaitement, et personne ne le cachait, que nos collègues français en la personne du représentant de leur QG déclaraient fièrement qu'avec d'autres marchandises ils livraient des armes aux adversaires de Mouammar Kadhafi. On peut retrouver cette information sur internet. Je ne mets personne en porte-à-faux, je ne dévoile pas un secret.

Ensuite, quand une partie du drame s'était déjà déroulée et que les terroristes sont venus au Mali via la Libye, et qu'au nord de ce pays où vivent les Touaregs des activités militaires ont commencé, les Français ont demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de donner le feu vert à l'envoi d'un contingent pour y combattre les terroristes. L'ancien ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius m'avait alors téléphoné pour demander à la Russie de soutenir cette initiative au Conseil de sécurité des Nations unies. J'ai répondu que nous la soutiendrions, bien sûr, parce qu'il s'agissait d'une lutte contre un mal commun pour nous tous. Mais j'espère que vous en tirerez des conclusions, lui avais-je dit: vous combattrez aujourd'hui au Mali les hommes que vous avez armés en Libye. Il m'a répondu "c'est la vie". Vous comprenez, "c'est la vie" – ce n'est pas de la politique. C'est ce fameux deux poids deux mesures. Voilà, Mouammar Kadhafi ne me plaît pas, c'est pourquoi je ferai tout pour détruire son État, alors qu'au Mali j'ai un président ami… Il faut probablement traiter tout le monde avec respect et identifier l'ennemi commun.

En ce qui concerne l'évolution de la situation, malheureusement, les deux anciens représentants spéciaux du Secrétaire général de l'Onu n'ont pas réussi à lancer un tel processus. Mais cela peut probablement s'expliquer – ils commençaient seulement leur travail. Je trouve qu'aujourd'hui, un potentiel suffisamment sérieux a déjà été accumulé pour faire avancer l'affaire du point mort. La semaine dernière, nous avons reçu à Moscou Ghassan Salame. Je viens de rencontrer aujourd'hui Fayez al-Sarraj. Il y a quelques semaines le général Khalifa Haftar s'est rendu à Moscou. Nous travaillons aussi bien avec Aguila Saleh Issa qu'avec toutes les autres figures notables sur la scène politique libyenne. Il est évident et indéniable qu'ils doivent se réconcilier. Nous saluons les initiatives entreprises par le Prince héritier d'Abou Dabi Mohammed en avril, puis en juillet par le Président français Emmanuel Macron pour la médiation dans le dialogue entre Tripoli et Tobrouk. Tripoli était représenté par Fayez al-Sarraj, comme vous le savez, et Tobrouk par le commandant de l'armée nationale libyenne le général Haftar. A Paris ont été conclus des accords promettant que le processus serait lancé et évoluerait correctement. Nous avons apprécié la contribution déjà apportée par le représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu Ghassan Salame, qu'il est prêt à développer. Comme me l'ont dit certains collègues africains, certes c'est une évolution positive, mais il est important de se rappeler que la Libye est un pays de tribus, qu'il n'y a jamais eu de partis politiques. Quand nous parlons des élections en Libye, auxquelles il faut évidemment aspirer et mettre un point, il faut déterminer la base sur laquelle ces élections doivent être préparées. Ceux qui connaissent l'histoire de la Libye doivent, bien sûr, apporter leur contribution d'expert.

Question: Comptez-vous rencontrer votre homologue nord-coréen pendant l'Assemblée générale? Encore une chose: vous avez souligné à nouveau qu'un mécanisme de règlement pacifique en Asie du Nord-Est serait nécessaire à terme, et nous savons que pendant les négociations à Six, par le passé, la Russie était attachée à ce mécanisme. Pouvez-vous parler de la position de Moscou en ce qui concerne le mécanisme pacifique pour le Nord-Est?

Sergueï Lavrov: Au sujet de mes contacts avec le Ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho, nous nous sommes entretenus en août aux Philippines pendant les activités de l'ANASE. Cette fois cette réunion n'était pas prévue et n'est plus prévue. En effet, dans le cadre des négociations à Six a été trouvé un accord de développer le dialogue afin de créer un mécanisme de paix et de sécurité en Asie du Nord-Est. Avec l'accord général la Russie a été désignée comme coordinateur de ce mécanisme. Depuis, plusieurs fois – à une période meilleure, bien avant cette crise – nous avons proposé de nous réunir pour convenir des principes les plus généraux: le respect de la Charte, de la souveraineté, de l'intégrité territoriale de tous les pays de la région, la prise en compte de leurs intérêts dans le domaine de la sécurité et ainsi de suite. Nos partenaires, avant tout l'administration américaine de l'époque, refusaient de le faire en disant: nous le ferons seulement quand la Corée du Nord remplira toutes nos exigences. Je trouve que c'est incorrect. Je suis entièrement d'accord avec vous: si nous évoquions au moins ce mécanisme, si au moins nous entamions ce processus pour former un tel mécanisme de paix et de sécurité en Asie du Nord-Est, on obtiendrait peut-être un canal de liaison permanent avec la Corée du Nord. Et, dans le cadre de ce canal, la Corée du Nord comprendrait mieux les préoccupations des Six, et les membres des Six comprendraient mieux les préoccupations de la Corée du Nord et comprendraient si ces préoccupations sont fondées ou non. Quoi qu'il en soit, parler, se rencontrer, examiner les propositions mutuelles serait considérablement mieux que d'isoler, d'ignorer ou de menacer quelqu'un.

Question: Le Président palestinien Mahmoud Abbas, dans son allocution à l'Assemblée générale, a pratiquement édicté le règlement du problème de l'Autorité palestinienne. Il était si désespéré qu'il a demandé dans quelle direction il fallait avancer. Je pense que c'est une bonne question à poser à la Russie: vous aviez émis l'initiative d'inviter les parties à Moscou pour entamer des négociations sérieuses, or la Palestine a accepté cette invitation mais pas Israël. D'après vous, existe-t-il une chance de parvenir à régler cette question? Il ne reste plus de terres en Palestine, la Russie peut-elle se retrouver sérieusement impliquée dans ce marécage?

Sergueï Lavrov: Voilà encore un problème dont la Russie est responsable... Mais blague à part, nous sommes très inquiets de l'impasse qui s'approfondit dans le processus de paix israélo-palestinien, avant tout parce que le non-règlement du problème palestinien depuis près de 70 ans est activement utilisé par les extrémistes pour recruter des jeunes dans leurs rangs en disant que la communauté internationale commet une injustice envers le peuple qui souffre à cause du plus vieux conflit à ce jour. Et évidemment, le non-règlement ne peut pas satisfaire parce que le peuple palestinien n'a toujours pas de son propre État. On peut rappeler les périodes et les étapes pendant lesquelles les négociations étaient très actives, puis s'atténuaient, il y a eu l'accord de Camp David, l'accord d'Annapolis. On peut débattre pour savoir s'il était juste ou non de renoncer aux propositions de Camp David – cela peut même paraître un rêve inatteignable aujourd'hui. Mais nous avons ce que nous avons. Malheureusement, nous n'apprenons pas des erreurs des autres, ni des nôtres, et je pense que nous ne pourrons plus apprendre. Mais vous avez raison, je suis certain que l'absence de dialogue direct est une mauvaise chose. Et effectivement, avec l'accord des deux parties nous avons pris l'initiative d'organiser chez nous une rencontre entre le Président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sans conditions préalables. Dès qu'ils y seront prêts concrètement, nous leur fourniront évidemment la possibilité d'évoquer la situation et, j'espère, cela aidera à faire avancer le processus de paix du point mort où il se trouve actuellement. Parce que son absence affecte très négativement la situation aussi bien dans la région que dans les relations entre les Israéliens et les Palestiniens.

Question: Ma question concerne Cuba et le Venezuela, que vous avez mentionnés hier. Nous voudrions connaître votre position par rapport aux sanctions décrétées par les USA contre le Venezuela et par rapport au blocus économique américain de Cuba.

Sergueï Lavrov: Pas besoin de m'interroger sur l'embargo contre Cuba. Notre position, tout comme la position de 99% des membres de l'Onu, est connue. Elle est exprimée dans les résolutions adoptées chaque année par l'Assemblée générale. La majorité écrasante pense que l'embargo est absolument contreproductif et illégitime. Les mesures unilatérales n'ont jamais apporté le résultat voulu – elles ne font qu'empoisonner l'atmosphère et ne permettent pas de créer les conditions pour un dialogue réciproquement respectueux.

En ce qui concerne les sanctions contre le Venezuela, ce que je viens de dire les concerne à part entière. Nous sommes préoccupés par les événements dans ce pays amical. J'ai abordé ce sujet dans mes conversations avec plusieurs pays de la région: j'ai rencontré hier le "quartet" de la Celac, le Ministre mexicain des Affaires étrangères, des représentants du Salvador, de la République dominicaine et bien d'autres. Nous saluons les initiatives du Salvador qui préside actuellement la Celac. Nous saluons la disposition de la République dominicaine à participer également directement aux efforts pour établir le dialogue. Nous saluons la disposition que j'ai sentie hier dans l'entretien avec le Ministre vénézuélien des Affaires étrangères à entamer un tel dialogue. Tout en sachant que ce sera bien un dialogue entre les parties vénézuéliennes sans aucune ingérence extérieure. Ces dernières saluent la médiation des pays d'Amérique latine. Le comportement des acteurs extérieurs est également un facteur à prendre en compte. Ceux qui veulent vraiment aider travaillent effectivement avec tous les belligérants, alors que ceux qui veulent saper le processus de paix ne travaillent qu'avec un seul camp. Nous avons de très bonnes relations avec le gouvernement et le Président vénézuélien, mais nous sommes également contactés par la direction du parlement qui est en opposition à ce gouvernement. Et nous n'esquivons pas les contacts, au contraire, nous travaillons activement en incitant aussi bien le gouvernement que l'opposition à s'asseoir à la table des négociations pour s'entendre, comme cela doit être fait quelle que soit la situation: dans les relations quand une crise se produit dans un pays, aux négociations à l'Onu et au sein d'autres structures internationales et, évidemment, cela doit être toujours le cas dans la vie privée – s'asseoir pour trouver un terrain d'entente.

Merci beaucoup!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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